‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 111 sur 175 · LÉSIONS DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

J’ai examiné sur six cents et quelques cadavres le canal thoracique, ainsi que les principaux troncs lymphatiques, et ce n’est que très-rarement que

PRÉCIS

j’ai rencontré dans les parois de ces vaisseaux quelque lésion appréciable.

Trois fois seulement les parois du canal thoracique m’ont paru injectées et rouges -.dans l’un de ces cas il y avait en même temps du pus dans la cavité du canal ; ses parois étaient épaissies et friables.

Le cas suivant va nous montrer un fait encore plus rare que les précédents ; je ne l’ai rencontré qu’une seule fois, et je ne sache pas qu’il y en ait de semblables déjà publiés par d’autres auteurs.

Chez une femme atteinte d’un cancer utérin, qui succomba à l’hôpital de la Charité, on trouva le canal thoracique beaucoup plus volumineux que de coutume ; il apparaissait comme un cordon d’un blanc mat, entre la veine azygos et l’aorte. Un liquide puriforme remplissait sa cavité ; de sa surface interne s’élevaient un grand nombre de petits corps d’un blanc mat, irrégulièrement arrondis, ayant, terme moyen, le volume d’un pois. Ces petits corps se continuaient avec le tissu des parois du canal. On les eut pris pour des ganglions d’un petit volume chroniquement engorgés. Dans 1 intervalle de ces tumeurs, les parois du canal thoracique étaient considérablement épaissies ; et comme cet épaississement n’était pas le même dans tous les points, il en résultait à l’extérieur un aspect bosselé du canal. Partoutoùle canal élaitainsi épaissi, ses parois présentaient un tissu d’un blanc mat, sillonné çà et là de lignes rougeâtres, et ailleurs réduit en une pulpe d’un gris rouge sale. En plusieurs points de la surface interne du canal existait une vive rougeur ; la veine sous-clavière gauche, dans laquelle s’ou vrait librement le canal thoracique, était distendue depuis son origine jusqu’aux veines caves supérieure et brachiale, par des caillots sanguins dont les plus externes, remarquables par leur densité , avaienf contracté d’intimes adhérences avec les parois de la veine , dont la surface interne était d’un rouge brun et rugueuse.

Chez cette femme, un putrilage noir et fétide avait remplacé le col utérin , et d’énormes masses cancéreuses étaient développées dans le bassin, dans le mésentère et sur toute la région lombaire de la colonne vertébrale, jusqu’aux racines du canal thoracique, que se perdaient au milieu d’elles.

L’épaississement des paroisdu canal thoracique peut être porté au point qu’il en résulte une oblitération plus ou moins complète de sa cavité ; il y a même des cas où, dans une portion plus ou moins considérable de son étendue, on ne trouve plus dans^ce canal aucune trace de cavité. Je l’ai vu transformé en une sorte de cordon fibreux entièrement plein, dans un espace correspondant aux corps des troisième, quatrième et cinquième vertèbres dorsales. Cependant au-dessus de ce point oblitéré le canal thoracique était rempli de lymphe ; elle y était apportée par un vaisseau lymphatique considérable , qui, né du canal thoracique un peu au-dessous de l’endroit où commençait l’oblitération de ce canal, allait s’ouvrir dans celui-ci à quelques lignes au-dessus du point où sa cavité renaissait.

Les vaisseaux lymphatiques m’ont offert plusieurs des altérations que

D'ANATOMIE t ATHOLOGUJUE.

Tient de nous présenter le canal thoracique. En ouvrant à la Charité le cadavre d’un phthisique, dont les intestins étaient parsemés de nombreuses ulcérations, j’ai trouvé sur la surface externe des intestins, là où intérieurement existaient des ulcérations, des vaisseaux lymphatiques, parfaitement bien dessinés , qui présentaient d’espace en espace de petits renflements arrondis, blanchâtres et très-durs. Au premier examen, on les eût pris pour des grains tuberculeux disséminés sous la tunique péritonéale de l’intestin ; mais il n’en était rien , et chacun de ces grains était le résultat d’un épaississement partiel des parois des vaisseaux lymphatiques; il semblait que ce fût à l’endroit de chaque valvule que le tissu de ces parois se fût ainsi épaissi et induré. Il n’y avait d’ailleurs à l’intérieur même de la cavité des vaisseaux aucune matière morbide. Ainsi voilà encore un cas où une lésion, qui aurait pu être très-facilement prise pour un produit nouveau , se trouve ramenée à n’être autre chose qu’une altération de la nutrition d’un tissu normal.

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