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LÉSIONS DES GANGLIONS LYMPHATIQUES

Deux parties distinctes entrent dans la composition anatomique de ces ganglions : 1° du tissu cellulaire; 2° des vaisseaux lymphatiques qui font de nombreuses circonvolutions. Cette composition peut être prouvée soit

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chez l’homme par les injections, soit chez certains animaux où la trame celluleuse disparaît , et où, à la place d’un parenchyme , on ne trouve plus que des plexus composes d’une infinité de lymphatiques entrelacés les uns avec les autres comme le sont les nerfs dans les plexus nerveux. C’est donc dans cesdeux principaux éléments anatomiques qu’il faut chercher le siège des lésions des ganglions lymphatiques; mais d’abord remarquons que ces lésions ne sont pas également communes à tous les âges : elles sont plus fréquentes à l’époque de la vie , où normalement les ganglions jouis sent d’une nutrition plus active , de telle sorte que ce cas particulier vérifie cette loi générale en vertu de laquelle la fréquence des maladies de tout organe se trouve être en raison directe de son développement de structure ou d’action. C’est donc dans l’enfance que la théorie conduirait à admettre que les maladies des ganglions lymphatiques sont le plus communes, et c’est effectivement ce qui a lieu.

Un anatomiste allemand, le docteur Bœker, s’est occupé plusieurs fois réinjecter avec du merctire des ganglions lymphatiques diversement altérés, et toujours il a vu l’injection traverser librement les vaisseaux lymphatiques; d’où il a conclu que dans la plupart des états morbides des ganglions le siège principal delà maladie est dans le tissu cellulaire interposé entre les vaisseaux, ou dans les parois de ceux-ci, mais qu’il n’y a pas obstruction de leurs cavités.

Quel que soit leur siège, les états morbides des ganglions lymphatiques se réduisent, comme partout, à des lésions de circulation, de nutrition ou de sécrétion.

L’hyperémie active est fréquente dans les ganglions lymphatiques; elle est accompagnée d’une remarquable turgescence de leur tissu ; elle peut être aiguë ou chronique ; n’affecter qu’un ganglion isolé ; s’étendre à plu sieurs, ou les envahir tous simultanément. Ainsi hyperémiés, les ganglions lymphatiques sont rouges, tuméfiés, et ils deviennent très-friables.

Au lieu de devoir leur augmentation' de volume à une simple congestion sanguine, les ganglions lymphatiques peuvent s’hypertrophier, et alors ils présentent un accroissement de volume et de dureté qui coïncide tantôt avec une couleur rouge, grise ou brune de leur tissu, et tantôt avec une décoloration complète de ce même tissu. L’induration blanche des ganglions lymphatiques constitue ce qu’on appelle leur état squirrheux ; on n’y trouve plus alors qu’un tissu homogène, dur, criantsousle scalpel, d’un blanc mat ou resplendissant comme de la nacre. Au milieu de ce tissu apparaissent quelquefois des vaisseaux injectés, qui ne sont pas des vaisseaux de nouvelle formation, comme on l’a dit, mais qui appartiennent à la structure normale du ganglion ; ils en sont en quelque sorte un débris.

Les ganglions lymphatiques sont fréquemment le siège de diverses sécrétions morbides.

PRECIS

D’abord, sous l’influence d’une hyperémie antécédente plus ou moins appréciable, les ganglions peuvent suppurer. Le pus qui s’y amasse s’y présente de trois manières : 1° infiltrant leur tissu, qui est alors grisâtre et mou, et dont la pression fait suinter un liquide purulent; 2° disséminé dans ce tissu, sousformede pointsisolés, de gouttelettes en quelquesorte, autour desquelles le tissu peut être ou altéré, ou parfaitement sain en apparence ; 3° rassemblé au milieu du ganglion en un foyer plus ou moins considérable, qui, dans quelques circonstances, occupe loutre ganglion ; alors on ne trouveplus à son intérieur de traces de parenchyme : il ne reste plus que son enveloppe celluleuse qui entoure l’abcès, comme feraientles parois d’un kyste. Enfin cette enveloppe elle-même peut s’altérer ; elle se ramollit, s’ulcère, se perfore; et le pus, rassemblé dans le ganglion, se fraie une issue au dehors.

Les ganglions lymphatiques sont une des parties du corps où se sécrète le plus souvent de la matière tuberculeuse. Elle y présente les mêmes variétés d’aspect que le pus ; comme celui-ci elle peut» s’infiltrer, n’occuper que quelques points isolés du ganglion, ou en avoir envahi la totalité. Les ganglions lymphatiques sont une des parties où l’on peut voir le mieux la matière tuberculeuse naître à la suite d’un travail d’hyperémie. Souvent, en effet, au sein de ganglions volumineux et rouges dans leur totalité, on aperçoit quelques points tuberculeux, qui semblent s’être déposés dans un tissu préliminairement hyperémié, comme chez d’autres individus s’y serait déposé du pus. Mais il faut reconnaître qu’il y a aussi d’autres cas où l’on trouve des tubercules dans un ganglion, sans que rien démontre dans celui-ci l’existence d’une hyperémie actuelle ou antécédente ; et ce n’est plus que par. hypothèse ou par analogie que celle hyperémie peut être alors admise.

J’ai dit qu’il y avait sécrétion de la matière tuberculeuse au sein des ganglions. Dans l’état actuel de la science, c’est ce qui doit être admis. Mais peut-être un jour les faits conduiront-ils à donner à cette matière une autre origine ; peut-être la regardera-t-on comme susceptible de se former dans l’intérieur même des vaisseaux lymphatiques qui s’entrecroisent dans les ganglions; peut-être, enfin, ne reculera-t on pas devant l’idée que cette matière est un simple résultat d’une altération de la lymphe elle-même , altération soit spontanée , soit produite par un état morbide des vaisseaux eux-mêmes, soit résultant du simple fait d’un obstacle mécanique à la libre circulation du sérum dans les plexus lymphatiques. Supposez ce sérum venant à contenir accidentellement de la fibrine : pourquoi ne se coagulerait-il pas dans les lymphatiques, soit isolés, soit réunis en plexus, comme cette même fibrine se coagule dans les vaisseaux sanguins? Rappelons-nous ces cas cité# plus haut, où nous avons trouvé remplis de matière tuberculeuse le canal thoracique et plusieurs vaisseaux lymphatiques. Pourquoi cette même matière n’aurait-elle pas existé dans

lies lymphatiques mêmes des ganglions d’où naissaient ces canaux , ganglions qui étaient transformés en masses blanchâtres, soit dures, soit plus ou moins ramollies? Rapprochons ces cas de ceux où nous avons vu des masses dites cancéreuses être constituées dans la rate, dans le foie, dans le poumon, par du sang coagulé et plus ou moins altéré, et tirons-en la conséquence, que nous avons encore bien des recherches à faire sur l’origine et sur la nature d’un grand nombre de productions morbides.

Un autre produit de sécrétion morbide, la mélanose, se dépose souvent aussi dans les ganglions lymphatiques. Un grand nombre de tumeurs mélaniques, décrites par les auteurs soit chez l’homme, soit chez les animaux, ne me paraissent être autre chose que des ganglions lymphatiques colorés en noir. Quelles sont, dans les ganglions lymphatiques, les causes qui favorisent la production de la mélanose? Est-ce l’irritation qui lui donne naissance? Oui, dans quelques cas; car, nous Je répéterons sans cesse, en modifiant dans les ganglions comme ailleurs les deux grands actes de nutrition et de sécrétion, il n’est aucune altération dont l’irritation ne puisse être la cause occasionnelle. Mais certainement personne, je crois, n’oserait soutenir que la teinte noire que présentent si souvent les ganglions bronchiques est une ganglionite.

Des amas de phosphate calcaire s’observent parfois dans les ganglions lymphatiques. La présence de ce sel dans les ganglions y coïncide souvent avec la présence de matière tuberculeuse ; souvent il n’y existe que comme de petits grains de sable mêlés à cette matière ; d’autres fois ce sel y forme des masses considérables, et il est des cas où tout un ganglion se trouve métamorphosé en un corps comme pierreux , où l’analyse découvre à peine quelques traces de matière animale.

Les ganglions lymphatiques ne se remplissent ordinairement de phosphate calcaire qu’à une époque assez avancée de la vie. Cependant, chez un jeune garçon à peine âgé de seize ans, j’ai trouvé dans les ganglions qui entourent les bronches, dans ceux du mésentère et du bassin , un grand nombre de concrétions semblables à de la craie, à laquelle était mêlée une matière grasse, comme suifeuse, qui était très-loin d’avoir l’aspect du tubercule ordinaire. Des masses de concrétions crayeuses existaient aussi dans les poumons de ce jeune homme ; mais chez lui existait de plus une circonstance digne de remarque : c’était un vaste foyer purulent dans l’une des fosses iliaques , avec déperdition assez considérable de la substance de l’os des îles.

Ces amas de phosphate calcaire dans les ganglions lymphatiques et dans les poumons étaient-ils liés à l’état de l’os des îles? Le phosphate calcaire qui ne se déposait plus en quantité convenable dans une partie de cet os était-il déposé dans les ganglions et dans le poumon? Je n’oserais pas l’affirmer, cl cependant, en rapprochant ce faitdu suivant, il me semble que c’est là au moins une question à agiter.

PRÉCIS

Une femme, âgée de trente-trois ans seulement, meurt à la Charité d’une pleurésie aiguë, qui se déclare chez elle pendant le cours d’une affection chronique de l’appareil respiratoire. A l’ouverture du cadavre, on trouve complètement détruit le corps de six vertèbres (la dernière dorsale, et les cinq lombaires). On trouve en même temps des concrétions calculeuses, l°dans les ganglions lymphatiques du cou ; 2° dans ceux qui existent soit entre la trachée et l’œsophage , soit entre l’œsophage et la colonne vertébrale; 3° dans les ganglions bronchiques; 4° dans ceux qui occupent la scissure du foie et de la rate ; 5° dans ceux du bassin, où ils forment des chapelets considérables; 6° dans les ganglions axillaires; 7° dans les ganglions inguinaux. De plus, au milieu d’une des excavations ulcéreuses qui remplissaient les poumons, existait une concrétion calculeuse très-dure, du volume d’une grosse noisette. De semblables concrétions étaient enchatonnées en beaucoup d’autres points du poumon ; on y voyait très-peu de tubercules proprement dits.

Ainsi, dans ce cas , comme dans le précédent , existe une coïncidence entre l’absence d’une certaine quantité de la matière osseuse dans la trame destinée à la recevoir , et de nombreux dépôts de phosphate calcaire à un âge où on ne les rencontre pas ordinairement. Dans ces deux cas ce sont les mêmes parties (ganglions lymphatiques et poumon) dans lesquelles se retrouve le phosphate calcaire ; enfin , c’est dans celui de ces deux cas où la déperdition de matière osseuse a été la plus considérable, que les dépôts calcaires sont les plus nombreux. M. Reynaud m’a dit avoir observé à la Charité un autre eas analogue aux précédents.

Devant de tels faits qui n’hésiterait pas à regarder, au moins comme incertaine et ébranlable , l’opinion qui admet que tout dépôt calcaire dans les ganglions , comme tout dépôt tuberculeux , mélanique , etc., dans ces ganglions , est le résultat tout local de leur irritation nutritive , sécrétoire, ou autre? D’une part, dans celte opinion, on suppose un fait qui n’est pas démontré , et d’une autre part on néglige et on laisse en quelque sorte en dehors de l’observation, parce qu’ils sont en dehors de la théorie» d’autres faits dont l’examen et la discussion conduiraient à de tout autres conséquences.

Du reste , parmi les états morbides des ganglions lympathiques, il en est peu dont il faille chercher la cause unique ou constante dans le ganglion lui-même. Je ne parle pas des cas où les ganglions ne s’affectent que par suite de l’irritation des parties d’où naissent les vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent, ces cas sont généralement connus, et tout le monde sait aujourd’hui que l’engorgement des ganglions mésentériques, par exemple , n’est le plus souvent que la suite d’une irritation primitivement fixée sur la membrane muqueuse intestinale. Mais j’appellerai ici l’attention sur ces cas , au moins aussi communs que les précédents , où 1 affection des ganglions lymphatiques n’est qu’un des effets d une

cause qui exerça simultanément son influence sur vingt autres points de l’économie, et dont l’existence se manifeste par l’apparition de cet ensemble de symptômes qui caractérisent l’état scrophuleux. Alors la simple hyperémie d’un ganglion lymphatique , sa suppuration , ou sa tuberculisation , ne nous apparaissent plus comme des phénomènes isolés ; la raison de leur existence se trouve dans l’état du reste de l’économie ; Groirez-vous les détruire en cherchant à combattre la Ganglionite par des émissions sanguines? mais ne voyez-vous pas qu’en pareil cas l’irritation n’est elle-même qu’un effet? ne voyez-vous pas que , derrière tous ces désordres , il y a une cause qui en est le lieu commun et le point de départ? Celte cause , sans doute on ne la voit ni on ne la louche ; mais, à mon avis, c’est précisément une des plus grandes erreurs où l’on ait pu tomber, que de ne vouloir admettre , comme cause des phénomènes de l’étal sain ou morbide, que ce qui est saisissable par nos sens.

Une fois altérés, les ganglions lymphatiques peuvent déranger la structure ou l’action des parties qui les environnent , soit par la compression qu’ils peuvent exercer sur elles en se développant , soit par l’irritation qu’il déterminent en elles. Ainsi , dans la poitrine , on voit quelquefois les ganglions bronchiques comprimer assez fortement les bronches pour s’opposer à la libre entrée de l’air dans les poumons. M. Heynaud m’a fait voir sur un singe un cas de ce genre bien remarquable : un ganglion très-volumineux, et plein de matière tuberculeuse , pressait de telle sorte sur la bronche principale d’un des poumons, que sa cavité était à peu près complètement effacée , et que le poumon auquel cette bronche distribuait l’air avait subi une atrophie notable ; il était d’un tiers moins volumineux que l’autre poumon. Du côté du poumon atrophié les parois thoraciques s’étaient affaissées , comme dans le cas de résorption d’un épanchement pleurétique. Il n’y avait d’ailleurs dans la plèvre aucune trace de maladie ancienne ou récente.

Au lieu de comprimer les bronches, les ganglions malades qui entourent l’origine peuvent les irriter de telle sorte qu’il en. résulte une perforation deces conduits, et qu’une libre communication s’établisse entre la cavité bronchique et l’intérieur du ganglion. Si celui-ci est en suppuration, le pus qu’il contient pourra ainsi trouver une route au dehors, et la guérison survenir; il en sera de même si, au lieu de pus, c’est du tubercule qu’a sécrété le ganglion. Seulement, dans ce dernier cas, la guérison sera beaucoup plus rare, parce que, dans la très-grande majorité des cas, il ne se forme de tubercules dans les ganglions bronchiques, que lorsqu’il y en a dans le poumon ; cependant le contraire a été observé, et pour ma part j’ai vu plus d’une fois des tubercules dans les ganglions bronchiques, sans qu’il y en eût la moindre apparence dans les poumons (l). M. Reynaud m a montré une pièce dans laquelle on

(1) Clinique Médicale .

PRÉCIS

voyait un ganglion bronchique, rempli de concrétions calcaires, qui communiquait avec l’intérieur d’une bronche. L’orifice de communication était arrondi, à bords lisses et noirs. L’individu chez lequel fut trouvé ce cas était une femme âgée , qui toussait depuis long-temps. Cette femme aurait pu expectorer des calculs qui ne seraient pas venus du poumon.

Dans l’abdomen, les ganglions lymphatiques peuvent être, d’une manière toute mécanique, la cause de plusieurs maladies. Ainsi, développés en énormes chapelets autour du pylore, il compriment cet orifice, et donnent lieu à tout les accidents qui caractérisent ordinairement le squirrhe de cette portion de l’estomac. Accumulés autour des canaux biliaires, ils en rapprochent les parois, la bile ne coule plus que difficilement dans le duodénum, et un ictère en est le résultat. J’en ai vu d’autres occuper la place de la vésicule biliaire, qu’ils avaient vidée, aplatie et atrophiée. D’autres fois, ce sont les uretères qui se trouvent comprimées par ces ganglions ; d’autres fois, enfin, ils passent sur la veine cave, et l’oblitèrent au point de donner naissance à un œdème des membres inférieurs par la gêne qu’ils apportent dans la circulation du sang à travers cette veine.

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