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III. MALADIES DE L URÈTRE

Nous ne devons en présenter ici qu’une rapide esquisse.

Parmi ces maladies, qui sont toujours le résultat de lésions de circulation, de nutrition ou de sécrétion, il en est qui se rattachent à un vice de développement du fœtus. Dans les maladies de cet ordre, nous trouvons, 1° l’occlusion du canal de l’urètre, occlusion dont la cause peut résider , soit dans le prépuce, soit dans l’urètre lui-même, dont les parois sont agglutinées, ou dont une membrane, semblableà un diaphragme, interrompt la continuité.

2° L’ouverture insolite de ce canal , soit qu’en même temps l’ouverture naturelle manque ou existe.

Cette ouverture insolite peut consister dans un simple orifice placé sous le gland. D’autres fois beaucoup plus considérable, elle se .présente sous forme d’une gouttière qui règne tout le long de la face inférieure du pénis. D’autres fois, enfin, celte gouttière s’étend sous le scrotum, qui est fendu comme le pénis. Si alors les testicules sont restés dans l'abdomen, si le

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pénis est petit et imperforé comme un clitoris, les deux côtés du scrotum divisé présentent quelque analogie avec les lèvres de la vulve, et il en ré* suite une apparence d’hermaphrodisme.

En même temps que l’urètre présente un de ces vices de conformation, il arrive souvent que l’ouraque se conserve, et que l’urine sort par l’ombilic. On a vu aussi l’ouraque persister dans des cas où aucun autre vice de conformation n’était apparent à l’extérieur.

Les maladies de l’urètre, survenues après la naissance; peuvent consister d’abord dans une simple modification de la circulation capillaire de sa membrane muqueuse. Ainsi on la trouve rouge , mais le plus ordinairement sans aucune trace d’ulcération, chezles individus qui succombent, pendant qu’ils ont un écoulement purulent, quelle qu’en soit la source. Ajoutons cependant que , dans quelques cas d’écoulements soit très-récents-, soit, au contraire, très-anciens, la membrane muqueuse urétrale, examinée après la mort, ne présente aucune rougeur: ainsi lorsqu’un individu succombe pendant le cours d’une angine , il arrive souvent, ainsi que Bichat l’avait remarqué, que le pharynx, rouge pendant la vie, se montre pâle après la mort. Ainsi chez les individus qui sont atteints d’un catarrhe chronique , soit des intestins , soit des bronches, j’ai trouvé plus d’une fois parfaitement blanche la membrane muqueuse des voies digestives ou aériennes (l).

Soit dans sa membrane muqueuse, soit dans les tissus qui lui sont subjacents, l’urètre présente un certain nombre de lésions de nutrition, dont le résultat le plus commun est de déterminer divers degrés de rétrécissement du conduit.

Les lésions de nutrition qu’on remarque particulièrement dans la muqueuse : 1° son épaississement; 2° des végétations ou excroissances qui s’élèvent de sa surface (Morgagni , Swediaur) ; 3° des granulations semblables à des poireaux qui parsèment cette même surface (Hunter) ; 4° des cicatrices d’ulcération (Dupuytren); 3° des brides transversales ou obliques qui s’étendent d’un point des parois du canal au point opposé ; 6° une augmentation de volume des follicules muqueux ; 7° une dilatation contre nature , ou d’autres altérations des sinus qui existent normalement à la surface interne du canal de l’urètre.

Les lésions de nutrition qui existent au-dessous de la muqueuse sont surtout de nombreuses variétés d’épaississement et d’induration du tissu cellulaire sous-muqueux.

Dans ces divers cas un simple rétrécissement peut être momentanément changé en une oblitération complète par la production d’une hyperémie passagère de la membrane muqueuse.

(1) Clinique Médicale.

§ IV. ALTÉRATIONS DE l’uRINE.

Le liquide sécrété par les reins présente dans son aspect d’innombrables variétés , qui sont surtout du ressort de la séméiologie, et dont nous ne devons pas nous occuper ici. Arrêtons-nous seulement sur les grands changements que l’urine peut présenter dans sa composition , et qui constituent véritablement, si l’on peut ainsi dire, l’anatomie pathologique de ce liquide.

Les changements que l’urine est susceptible d’éprouver dans sa composition peuvent se rapporter à trois classes.

La première de ces classes comprend les cas où il y a simple changement dans la proportion des principes qui normalement constituent l’urine.

La seconde classe comprend les cas où il y a dans l’urine addition de nouveaux principes, mais de principes qu’on retrouve dans le sang, soit en état de santé, soit en état de maladie.

Enfin dans la troisième classe viennent se ranger les cas où les nouveaux principes qui composent l’urine ne se trouvent plus dans le sang.

Je vais parler de chacune de ces classes dans trois articles distincts.

A. Altération de l’urine, par changement de proportion de ses principes constituants .

L’eau qui existe dans Turine comme dans tous les liquides animaux est, de tous ses principes, celui dont les proportions sont plus sujettes à varier. Lorsque cette variation de proportion n’a lieif que dans de certaines limites , elle est compatible avec un bon état de santé ; au-delà de ces limites elle se lie à un état morbide, dont elle est ou l’effet ou la cause. Il est des individus chez lesquels, soit habituellement, soit par intervalles, l’urine n’est presque exclusivement composée que d’eau et d’une très-petite quantité de matière animale ; c’est là le caractère chimique du diabètes non sucré.

L’urée peut aussi présenter dans quelques cas des variations remarquables dans ses proportions. Plusieurs fois on l’a vue exister dans l’urine en quantité beaucoup plus abondante que de coutume ; on peut s’assurer facilement de cet excès d’urée par la quantité insolite que précipite l’acide nitrique, ajouté à une quantité d’urine égale à la sienne (l). En pareil cas l’on observe une activité plus grande dans la sécrétion de l’urine; le flux qui en résulte a été confondu avec le diabètes.

D’autres fois, au contraire, la quantité d’urée que doivent fournir les reins est notablement diminuée ; l’acide nitrique précipite à peine de l’urine quelques petits cristaux d’urée. Des analyses déjà un peu anciennes

(1) Prout.

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ont faitlong-temps admettre que, dans les cas'de diabètes sucré ou non sucré, il y a dans l’urine absence complète de son principe immédiat. Des recherches plus récentes faites par M. Barruel aîné (1) ont démontré que l’absence de l’urée dans les cas de diabètes n’est pas au moins aussi constante qu’on l’avait dit. Il en a trouvé en effet une certaine quantité dans une urine qui cohtenait en même temps de la matière sucrée ; ainsi la présence de l’une de ces matières dans l’urine n’exclut pas nécessairement l’autre.

Soit qu’ainsi que l’admettent la plupart des chimistes , il y ait normalement une certaine quantité d’acide urique libre dans l’urine , soit que , comme le pense M. Prout, cet acide s’y trouve combiné normalement avec l’ammoniaque (2), toujours est-il que, dans certains étals morbides, cet acide urique existe dans l’urine à l’état libre, et que, trop abondant pour pouvoir se dissoudre dans l’eau que contient l’urine, il s’y montre sous forme solide. La matière -de la gravejle est presque constamment formée par cet acide urique ; plusieurs calculs sont aussi composés par lui.

Il est, au contraire, d’autres cas où l’on ne trouve plus dans l’urine de trace d’acide urique ; c’est ce qui a lieu dans le diabètes, dont le caractère chimique paraît être beaucoup plus constamment l’absence de l’acide urique que celle de l’urée.

Les causes sous l’influence desquelles un excès d’acide urique se forme dans l’urine, ont été dans ces derniers temps mises au jour par M. Magendie (3), j’en ai déjà parlé dans d’autres endroits de cet ouvrage.

L’acide lactique, dontM. Berzélius admet l’existence dans l’urine comme dans la plupart des liquides animaux, n’a pas encore été vu* altéré dans ses proportions.

Il n’en est pas de même de l’acide phosphorique. D’après M. Prout, c’est parce que les reins ne le forment plus en suffisante quantité, que les sels dont il est le radical, se transforment en sels neutres ou en sous-sels, et se précipitent pour former des concrétions calculeuses. Delà l’origine des calculs formés soit de phosphate de chaux, soit de phosphate ammo niaco-magnésien.

Les acalis, qui entrent dans la composition de l’urine (potasse, soude, chaux, ammoniaque), peuvent y exister en quantité surabondante; il n’en résulte aucun inconvénient, si c’est la potasse ou la soude ; si c’est la chaux, il y aura précipitation des sels qu’elle forme avec l’acide phosphorique; si c’est enfin l’ammoniaque, il y aura également précipitation des sels terreux qui, en l’absence de cet excès d’ammoniaque, sont maintenus en dissolution dans l’urine.

(1) Journal de chimie médicale.

(2) D’après M. Prout , ce serait à l’urate d’ammoniaque que l’urine , sortie récemment du corps, devrait la propriété de rougir la teinture de tournesol.

(3) Recherches sur la gravelle.

H# Altération de l'urine par addition de nouveaux principes, qu on retrouve

dans le sang.

Ces principes sont de deux espèces : les uns font partie constituante du sang, les autres n’y existent qu’accidentellement.

Les principes de la première espèce sont l’albumine, la fibrine, et la matière colorante du sang.

L’urine, dans son état normal, ne contient pas la moindre trace de ces trois principes. Mais il est des cas morbides où on les y rencontre soit isolés, soit réunis en proportion variable.

La présence de l’albumine dans l’urine s’y reconnaît facilement par le précipité qu’y fait naître la chaleur; on obtient ainsi un caillot plus ou moins ferme qui a tous les caractères de l’albumine coagulée. En pareil cas, l’urine est ordinairement pâle, quelquefois opalescente au moment de son émission. Tantôt la quantité d’urine est en même temps augmentée ; tantôt elle est diminuée. Nous avons vu plus haut qu’un des signes qui, d’après M. Brigth, peuvent révéler pendant la vie l’existence d’un état granuleux des reins, c’est l’état albumineux des urines. La présence de l’albumine dans l’urine n’y exclut pas l’existence de l’urée.

Les reins peuvent aussi séparer du sang une certaine quantité de fibrine. M. Prout en a vu un exemple remarquable chez une femme âgée de trente ans, d’un appétit vorace, et qui d’ailleurs se portait bien. L’urine qu’elle rendait était presque entièrement formée par une masse d’un jaune pâle, peu consistante, composée d’une partie séreuse qu’on en exprimait, et d’une partie solide qui avait tous les caractères de la fibrine du sang.

On a dit que dans certaines hydropisies l’urine contenait une grande quantité de matière fibrineuse. La cause de ces hydropisies résiderait-elle dans l’altération des fonctions des reins? serait-ce parce que ces organes viendraient accidentellement à soustraire au sang une grande partie de sa fibrine, que des collections séreuses tendraient à se former de toutes parts? le rein, en séparant du sang la fibrine, agirait alors comme une saignée qui, trop abondante ou trop souvent répétée, dispose aussi à l’hydropisie.

Enfin, avec l’urine peut s’échapper, en quantité variable, la matière colorante du sang. Cette matière peut se mêler à l’urine, soit dans les reins mêmes, d’où elle se sépare du»sang avec les divers éléments de l’urine, soit dans la vessie, où elle est exhalée par la membrane muqueuse de cet organe. L’exhalation dg la matière colorante du sang est souvent le produit d’une irritation des reins ou de la vessie ; elle est alors le symptôme d’une lésion toute locale. Mais d’autres fois celle exhalation n’est qu’un des phénomènes par lesquels se traduit une disposition morbide générale, en vertu de laquelle le sang tend à s’échapper de toutes parts des conduits

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qui le renferment. C’est ce qui arrive dans le scorbut, dans certaines formes de typhus, etc.

On rencontre encore dans l’urine quelques autres principes insolites, qui diffèrent des précédents, en ce qu’ils n’existent non plus dans le sang que d’une manière accidentelle. Ces principes sont de deux sortes : les uns viennent du dehors; ils ont été introduits dans le sang soit avec les aliments, soit avec les boissons, soit avec l’air inspiré; l’économie s’en débarrasse parla sécrétion rénale. Cesprincipes sont très-nombreux ; ce sont surtout des matières colorantes ou odorantes. D’autres principes sont les éléments de divers liquides sécrétés qui sont restés dans le sang, ou qui y sont rentrés, et qui en sortent avec l’urée par la voie des reins. Celui de ces principes qu’on y a le plus souvent rencontré , c’est la matière jaune de la bile; on dit aussi y avoir trouvé la matière caséeuse.

C. Altération de l’urine par addition de nouveaux principes qu’on ne retrouve pas dans le sang.

Ces principes sont particulièrement les suivants:

1° Des matières acides. Parmi elles se trouve l’acide oxalique, quj n’existe normalement ni dans le sang, ni dans l’urine. Cet acide s’empare de la chaux qu’il trouve toute formée dans le liquide rénal ; de là, la production d’une espèce particulière de calcul, composée d’oxalatede chaux. Dans quelques cas cités par MM. Prout ( l), Magendie (2) et Ralier (3), l'existence de l’acide oxalique dans l’urine a été le résultat manifeste de l’emploi, comme aliment, d’une grande quantité d’oseille. D’autres fois c’est sans cause connue que les reins viennent à former cet acide. Dironsnous alors avec Berzélius, que la formation de l’acide oxalique dans les reins est le résultat d’un simple accroissement d’activité des fonctions de ces organes, fonctions qui consisteraient principalement dans un procédé d’acidification ?

Brugnatelli dit avoir trouvé dans l’urine de l’acide hydrocyanique.

2° Des oxides, dont on ne trouve nulle part ailleurs les analogues, et qui ont été désignés sous les noms d’oxides cystique et xanthique.

3° Des matières colorantes. La teinte noire de quelques urines a été attribuée par M. Prout à la présence de l’acide mélanique dans ce liquide, sa teinte rouge à celle de l’acide purpurique. Quelquefois on a trouvé l’urine colorée en bleu, et, dans un casde ce genre, M. Julia Fontenelle (4) y a découvert l’existence de l’hydrocyanate de fer.

(1) Oper. cit.

(2) Journal de physiologie.

(3) Journal hebdomadaire.

(4) Archives de médecine, tome II, page 104.,

4° ÏJne matière sucrée, semblable ausucre de raisin. Cette matière constitue le caractère chimique du diabètes sucré. Quelques chimistes avaient avancé que, lorsque cette matière existait dans l’urine, on la retrouvait aussi dans le sang : des recherches plus récentes portent maintenant à admettre que, quelle que soit la quantité de matière sucrée qui existe dans l’urine, le sang n’en contient pas ; je pense qu’il y a encore quelques recherches à faire sur ce point. La cause sous l’influence de laquelle une matière sucrée vient à se formerdans l’urine, n’est pas connue.

5° Une matière grasse. M. Prout a trouvé une fois dans l’urine une substance semblable à du beurre.

6° Des poils. L’existence de cette production dans l’urine, déjà signalée par d’anciens observateurs, a été mise hors de doute par les faits de ce genre qui ont été récemment publiés par M. Magendie. Ces poils étaient unis à une certaine quantité de matière saline. J’ai observé moi-même avec M. Magendie un des deux cas qu’il a rapportés dans son ouvrage (l) : un grand nombre de petits poils, longs d’une ligne à plus d’une pouce, étaient mêlés à une poudre blanche, qui fut trouvée composée de beaucoup de phosphate de chaux, d’un peu de phosphate de magnésie et de quelques traces d’acide urique. L’individu qui a présenté ce cas était un vieillard , qui vivait d’une manière sobre. Il rendait par jour, dit M. Magendie, une telle quantité de cette matière saline pileuse, qu’il en remplissait en quelques jours des boîtes de la grandeur d’un litre. Un second malade, observé par M. Magendie, expulsait avep ses urines des concrétions velues à leur surface.

Dans ces nombreuses altérations de l’urine, quel est l’état de son organe sécréteur? Examiné sur le cadavre, il peut présenter l’une des lésions précédemment étudiées; mais d’autres fois il paraît sain, et cependant le liquide qu’il sépare du sang n’est plus dans son état normal. C’est que bien souvent ce n’est pas dans le rein qu’il faut chercher la cause des modifications de l’urine. Cette cause, il faut la chercher tantôt dans le sang, tantôt dans l’innervation, tantôt dans le mode d’accomplissement des diverses fonctions d’assimilation ou de désassimilation , tantôt enfin dans les qualités mêmes de l’air et des aliments. De tout cela, rien ne nous est révélé par la simple investigation anatomique.

Les différents principes que nous avons passés en revue dans cet article et dans les deux précédents, apportent plusieurs changements dans les propriétés physiques de l’urine. Tantôt ils n’en altèrent ni la liquidité ni la transparence ; tantôt ils la troublent ou la colorent d’une manière insolite ; tantôt enfin ils y constituent des corps solides qui, à l’état purulent, prennent le nom de graviers, et celui de calculs lorsqu’ils sont réunis en masses plus ou moins considérables. Sur les cadavres, on trouve des cal-

(1) Recherches sur la gravelle, par Magendie, 2« édition.

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culs, 1° dans les calices et dans le bassinet, qu’ils distendent, et dont ils représentent la forme; -2° en divers points des uretères; 3° dans la vessie, où ils sont soit libres, soit enchatonnés ; 4° dans l’urètre.

Les matières élémentaires que l’on a trouvées jusqu’à présent dans ces calculs, soit isolées, soit combinées les unes avec les autres, sont au nombre de onze ; savoir : l’acide urique, l’urate d’ammoniaque, le phosphate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien , l’oxalate de chaux, la silice, l’oxide cyslique, l’oxide xanthique, une matière muqueuse, une matière fibrineuse , une matière pileuse.

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