CHAPITRE PREMIER Anatomie pathologique générale des moqueuses
V Lésions des couches épithéliales.
L — Inflammation catarrhale aiguë. — Les inflammations catarrhales des muqueuses sont mal connues et surtout mal précisées. On réunit sous cette dénomination des irritations mécaniques ou chimiques, et des inflammations toxiques, à côté de processus microbiens.
Quoi qu'il en soit, les muqueuses atteintes d'inflammation catarrhale présentent de la congestion, de la, rougeur, de la tuméfaction, et une sécrétion muqueuse plus abondante, plus trouble, allant dans les cas intenses jusqu'à devenir muco-purulente. Cette sécrétion contient des éléments figurés plus nombreux, qu'à l'état normal ; ce sont des cellules desquamées,^
des globules blancs, et quelques globules rouges quand la congestion est très intense.
Les lésions de la muquease consistent essentiellement en une prolifération plus ou moins abondante, catarrhale, des cellules épithéliales. Le réseau capillaire superficiel de la muqueuse est très distendu, surtout au niveau des saillies interglandulaires. Le chorion sous jacent est œdémateux, turgescent ; ses mailles renferment quelques leucocytes et quelques globules rouges.
Les lésions épithéliales varient suivant le type anatomique de la muqueuse considérée. Dans les muqueuses du type épidermique, les couches épithéliales augmentent d'abord de hauteur, mais bientôt la desquamation est activée, elle dépasse Tintensité de la prolifération elle-même ; à l'épaississement du début succèdent Tamincissement et l'aspect plus lisse, plus rosé, comme exulcéré qui en résulte.
Dans les muqueuses du type cylindrique, les cellules adultes sont repoussées par les formes rondes embryonnaires ; Tépithélium de la surface tombe d'ailleurs rapidement après la mort et ne peut guère être étudié. Le plus souvent le processus reste superficiel, et les glandules de la couche profonde ne participent pas à rinflammation. La tuméfaction du tissu conjonctif, le gonflement des papilles interglandulaires compriment les orifices des canaux excréteurs, sans intéresser les culs-de-sac glandulaires.
Dans une première série de cas, l'inflammation catarrhale s'accompagne du maintien à la surface des cellules, desquamées sous la forme d'exsudats peu cohérents, qu'il ne faut pas confondre avec des fausses membranes proprement dites; il s'agit alors d'inflammation pultacée.
Dans une série de cas précisément inverses, la desquamation des cellules épithéliales jeunes, plus intense, détermine des exulcérations, qui ne vont pas
, cependant jusqu'à mettre complètement à nu le derme sous-jacent. Dans quelques cas de petites ecchymoses superficielles sont la cause efficiente des ulcérations.
II. — Inflammation catarrhale chronique. — Elle succède rarement au catarrhe aigu ; le plus souvent elle résulte d'une cause persistante d'irritation chronique, telle que Falcoolisme par exemple pour la muqueuse pharyngée et pour la muqueuse gastrique.
L'aspect des lésions est assez différent sur les muqueuses stratifiées du type épidermique, et sur les muqueuses à épithélium cylindrique. La description suivante repose sur Finfiammation catarrhale chronique de ces dernières, et plus spécialement sur la Ipastrite chronique prise pour type.
i. Au premier degré de l'affection, la muqueuse conserve encore son aspect lisse ; la couche épithéliale est seule intéressée.
La muqueuse paraît épaissie, d'un rouge sombre et comme ardoisé. Le mucus qui la recouvre est plus épais, plus adhérent, plus trouble.
Les tubes glandulaires sont altérés, remaniés, quelquefois à peine reconnaissables. Leurs cellules épithéliales sont en partie cachées par une accumulation de petites cellules embryonnaires rondes, surtout abondantes dans les parties profondes de la couche glandulaire. Cette infiltration ne dépasse pas encore la muscularis mucosœ et laisse indemne le tissu sousmuqueux.
2. A un degré plus élevé les glandes sont profondément altérées et en même temps le tissu sousmuquenx participe à l'inflammation.
Les glandes présentent des altérations diverses : tantôt elles sont dilatées par l'accumulation d'un mucus plus cohérent que normalement, tantôt l'inflammation aboutit à la dégénérescence graisseuse de leurs cellules, puis à l'atrophie des glandes ellesmêmes. Les glandules dilatées apparaissent à la surface
Bard. * 25
de la muqueuse sous la forme de petites vésicules brillantes, transparentes, assez semblables à de petites bulles d'air ; les plus grosses ne dépassent guère un millimètre de diamètre.
Le tissu sous-muqueux réagit à son tour; il s'hypertyopkiey ses fibres constituantes deviennent plus épaisses et. plus denses. L'hypertrophie porte principalement sur les cônes papillaires interglandulaires ; ceux-ci bourgeonnent ters la surface libre; revêtus seulement d'une mince couche épithéliale, ils deviennent saillants et donnent à la muqueuse un aspect viUeux. La muqueuse stomacale rappelle alors Taspect de rintestin grêle. Les villosités pathologiques peuvent arriver à se souder par leurs bases, au-dessus de la couche glandulaire qu'elles emprisonnent et dont elles oblitèrent les canaux excréteurs.
La répartition des lésions glandulaires n'étant pas uniforme, les zones d'hypertrophie glandulaire et d'épaississement alternent avec celles d'atrophie, qui forment autour d'elles des espèces de sillons. De là un aspect mamelonné particulier.L'état villeux et l'aspect mamelonné senties aboutissants ordinaires des inflammations catarrhales chroniques des muqueuses digestives.
3. Quand l'inflammation chronique est à la fois très ancienne et très accusée, le retentissement réactionnel entraîne non seulement l'hypertrophie delà couche conjonctive sous-muqueuse, mais encore celle de la tunique musculaire elle-même. L'aspect mamelonné atteint alors son plus haut degré et il se forme à la surface interne de l'organe une sorte de réseau de larges trabécules qui rappelle l'aspect des vessies à colonnes.
III. — Inflammations ulcéreuses . — Ce groupe mal défini comprend toutes les ulcérations qui n'intéressent que les couches superficielles de la muqueuse et qui sont le fait d'une lésion de l'épithélium capable d'en déterminer la chute.
Ce 3ont tantôt des eschares iiilUmmatoIreft liées à Tâction de substances corrosives, tantôt des lésions vésiculeuses ou pustuleuses de natures diverses, depuis les petites ulcérations aphtheuses arrondies, jusqu'aux bulles plus ou moins volumineuses du penphigus des muqueuses.
L'inflammation catarrhale qui résulte de rurémie détermine des ulcérations importantes à connaître ; elle peut occuper toute l'étendue du tube digestif, mais elle se localise de préférence sur là muqueuse du gros intestin. Les ulcérations sont d'ordinaire petites, arrondies, et très superficielles; dans quelques cas elles détruisent les follicules clos et peuvent atteindre une étendue de plusieurs centimètres.
IV. — Inflammations pseudo-membraneuses. — On réunit sous cette dénomination les inflammations des muqueuses qui déterminent la formation à leur surface d'un exsudât particulier, cobérent, prenant la forme et l'aspect de fausses membranes.
Le processus pathologique qui leur donne naissance se limite à la couche épithéliale de la muqueuse et n'intéresse que secondairement le derme sous-jacent. Par l'aspect de l'exsudat, il se rapproche des inflaimmalions fibrineuses des séreuses ou des alvéoles pulmonaires.
Les Allemands réunissent toutes les inflammations pseudo-mehibraneuses superficielles sous le terme commun d'inflammatioii croupale, qu'ils emploient par opposition à celui d'inflammation diphtôritiqae donné aux inflammations interstitielles profondes.
Ces deux termes doivent être abandonnés; ils prêtent souvent à confusion, parce qu'ils prennent d'autre part en clinique une signification différente, qui ne comporte entre eux aucune opposition, le croup étant en nosologie la localisation laryngée de la diphtérie.
L'opposition qu'on a voulu créer entre ces deux formes ne correspond pas d'ailleurs à la nature des
choses. La lésion essentielle de la diphtérie par exemple est superficielle ou profonde suivant les cas; pour employer la terminologie anatomique allemande, elle serait croupale ou diphtéritique, suivant les régions et suivant son degré d'intensité.
De plus l'analogie n'est pas aussi étroite qu'il le semble au premier abord entre les fausses membranes des séreuses et celles des muqueuses. A la surface des séreuses la fibrine s'étale en couches superficielles, d'abord bien délimitées du côté profond, et que les cellules proliférées ne pénètrent que secondairement; dans l'inflammation des muqueuses, comme dans la pneumonie fibrineuse, l'exsudat englobe dès l'origine un plus ou moins grand nombre d*éléments cellulaires.
Les fausses membranes qui caractérisent ce mode d'inflammation des muqueuses sont composées tout à la fois de fibrine et de cellules proliférées et desquamées. La fermentation directe des cellules du revêtement épithélial est la lésion fondamentale des inflammations pseudo-membraneuses.
Il paraît probable qu'il existe plusieurs espèces de microbes pathogènes capables de déterminer des lésions de cette nature, mais les diverses variétés auxquelles ils donneraient naissance ne sont pas encore différenciées. On se contente généralement d'en distinguer deux formes : l'inflammation fibrineuse ou pseudo-membraneuse simple, qui est fort rare, et l'inflammation diphtéritique, au sens clinique du mot, qui sera plus loin l'objet d'une description spéciale.
2^ Lésions des couclies sous-épithéliales.
I. — Congestion. — La congestion ne joue qu'un rôle secondaire dans la pathologie des muqueuses stratifiées, mais elle constitue une lésion assez importante sur les muqueuses à revêtement cylindri*
qae. Là, les congestions donnent naissance à des extravasations sanguines, à de véritables taches ecchymotiques. Ces dernières se présentent tantôt sous la forme de petites taches arrondies, d'un rouge vif, plus ou moins confluentes et rapprochées, tantôt sous la forme de plaques plus brunes et plus ardoisées. Souvent le sommet des plis de la muqueuse est seul le siège d'une congestion vive et d'un piqueté hémorrha- «;ique, pendant que les parties voisines sont normales pu anémiées.
Au niveau des points congestionnés on constate, tantôt une simple dilatation des réseaux capillaires, tantôt des exsudats et des globules rouges autour des vaisseaux. La matière colorante du sang épanché subit les transformations ordinaires des ecchymoses, et donne naissance à des pigmentations brunes, sous formes de taches ou d'arborisations parallèles aux vaisseaux. Ces pigmentations s'accusent surtout dans les congestions chroniques et à répétition. Le pigment s'accumule à la fois dans le tissu conjonctif et dans les cellules épithéliales glandulaires.
IL — Inflammations on chorion. — Les lésions qui affectent les couches épithéliales des muqueuses leur appartiennent en propre, tandis que celles qui portent leur action sur le chorion muqueuxressortissent plutôt aux maladies du tissu conjonctif.
Suppuration. — La suppuration se produit le plus souvent sous la forme d'abcès isolés, plus ou moins volumineux ; plus rarement on observe une suppuration diffuse, qui s'étend en nappe et décoUe la muqueuse, tout en déterminant des ulcérations sur divers points. Tel est le cas dans certaines formes rares de gastrite phlegmoueuse.
Gangrènes. — Certaines formes de gangrène débutent dans les couches profondes des muqueuses, .et envahissent progressivement les couches sous-jacentes. Telle est la gangrène de la bouche, le noma, dont les
eschares noirâtres et sèches peuvent dans les cas' extrêmes perforer les vaisseaux, aboutir à Textérieur et amener des fistules cutanées.
Syphilis. — Elle atteint surtout les muqueuses pendant la période secondaire de la maladie; elle détermine : d'une part, Vinflltration des couches superficielles du ehorion par des cellules embryonnaires, rondes et très petites ; 4'autre part, au-dessus d'elles, une hypertrophie réactionnelle très accusée des couches épithéliales qui donne naissance aux plaques muqueuses. La lésion dans son ensemble diffère peu des condylomes cutanés.
Tuberculose. — La tuberculose amincit au contraire la couche épithéliale située au-dessus des granulations ; tantôt elle la réduit à une Couche mince, comme dans le lupus, tantôt eUe entraîne sa chute et provoque une ulcération.