LES MEMBRES
Broca a conclu que la perforation olécranienae avait été, sinon constante, du moins extrêmement fréquente chez l'une des races qui précédèrent sur notre sol l'arrivée des peuples germaniques. Cette fréquence a diminué ensuite par les croisements; elle est restée plus grande chez les Basques que chez les Français du nord, sans doute parce que les Basques sont les descendants les moins mélangés d'une des races préhistoriques de notre pays.
Le tableau ci-dessous montre la répartition ethnique et historique de ce caractère :
Nombre Proportion
d'hiim<îros p. 100
66 Caverne de rHomme-Mort 10.6
388 Dolmens de la Lozère 10.6
30 — de Quiberon 12.1
156 stations néolithiques (environs de Paris) 21.8
1000 Mérovingiens de Chelles 2.0
42 MonUgnards de l'Ain (v« siècle) 27.7
200 Parisiens du iv* au xii* siècle 5.5
218 — du moyen âge 4.1
150 — antérieurs au xvu* siècle 4.6
122 Guanches 25.6
80 Mounds dos États-Unis (J. Wyman) 31 .2
30 Races altaïques et Américains 36.2
32 Polynésiens 34.3
97 Nègres d'Afrique 21.7
28 Mélanésiens 14.1
La comparaison de la torsion de rhumérus dans les races humaines donne les résultats suivants :
Angle Angle
de torsion de torsion
Européens 161*,50 Calirorniens 151%58
Epoque néolithique Péruviens 150',26
(France).'.. 152s32 Négritos 153%00
Parisiens anciens 158*J6 Noirs de rinde 150*,10
Français modernes 164* ,00 Nègres d'Afrique 144»,00
Arabes et Kabyles 143",93 Mélanésiens 139«,07
Guanches 141%19 Australiens , . . . . 134%50
Polynésiens 14i%00
nombre de, fois, à divers degrés d'accentuation, sur les tibias des populations néolithiques (Clichy S Grenelle, Laugerie, Gibraltar*, l'Homme-Mort, Chamant, etc.). Prùner-Hey avait lait intervenir le rachitisme comme cause de la platycnémie dans les populations en question. Broca n'a pas eu de peine à démontrer le peu de fondement de cette opinion : les tibias rachitiques sont le siège d'une courbure générale; les tibias platycnémiques sont parfaitement droits. Nulle part ailleurs, au surplus, les squelettes de Cro-Magnon, Grenelle, etc., ne montrent de traces de rachitisme. La question est de savoir si le tibia platycnémique, certainement en rapport avec la puissance relative des muscles de la jambe, est un caractère simplement individuel et acquis ou un caractère de race. Le degré de fréquence et, pour certaines stations même, la constance de ce caractère à l'époque de la pierre polie, indiquent qu'il s'agit là d'un des attributs d'une ou de plusieurs des races anciennes de l'Europe occidentale, héritage très probablement des hommes quaternaires. L'association de ce caractère au fémur à colonne, au cubitus incurvé et au péroné cannelé indique une race très vigoureuse, aux muscles puissants. L'aplatissement des tibias, s'il ne caractérise pas une des races néolithiques en particulier, n'est du moins pas généralisé à cette époque : ainsi, les tibias extraits par Ed. Dupont des cavernes de la vallée de la Lësse sont prismatiques et triangulaires.
J. Wyman a observé la platycnémie, plus accusée qu'à Cro- Magnon et qu'à Gibraltar, sur un tiers des tibias provenant des Mounds des États-Unis. Elle se retrouve çà et là dans les races actuelles. Sur quelques tibias de Nègres, Broca a noté une conformation intermédiaire entre le tibia platycnémique et le tibia triangulaire.