PROGRÈS
morales, ces faits bien connus que l'infanticide a été, et est encore, en bien des contrées, une pratique courante et parfaitement reçue (en Australie, en Polynésie, en Amérique, dans rinde) : les filles surlout étaient ou sont victimes de cette coutume. Rappelons que l'abandon pur et simple des vieillards a passé, et passe encore, pour chose légitime en quelques pays; que le sort abject des femmes n'a rien de révoltant pour une grande quantité de nations, non plus que l'esclavage ou l'institution des castes. A ces différents faits il nous serait loisible d'en ajouter beaucoup d'autres, si nous n'avions à présenter qu'un résumé très succinct de l'évolution morale de l'humanité. A l'heure actuelle, chez les peuples civilisés, la morale s'identifie de plus en plus avec la solidarité; la moralité est conçue enfin comme l'utilité scientifiquement démontrée ^ : la morale, dans la société, est l'établissement d'une organisation satisfaisant aux besoins physiques et intellectuels de tous (B. Gendre), et le juste, comme le dit André Lefèvre, se détermine dans la pratique par le respect de tout intérêt compatible avec une harmonie générale qui se nomme le bonheur. C'est à cette conception qu'en sont arrivées les couches les plus éclairées de la civilisation européenne, avec les philosophes du xvin* siècle, avec Voltaire, avec Diderot.
En somme, de l'ensemble des études anthropologiques — aussi bien des recherches sur l'origine de l'homme que de l'examen des diverses civilisations, — il se dégage un fait hors de conteste : l'évolution, le progrès. Le progrès a sa source dans la satisfaction de besoins inconscients ' ; malgré les nombreuses survivances du passé, il tend chaque jour à devenir plus rapide, grâce à l'accroissement des connais-
1. Letouraeau, Bull, de la Soc. cCAnthrop,, 1884, p. 901. — Eug. Véron, La Morale, p. 448.