Précis d'archéologie du moyen âge
On a imprimé, depuis un certain nombre d’années, des Manuels qui ont beaucoup fait pour la diffusion des études historiques. A vrai dire, les Manuels dont il s’agit sont de véritables traités, complets et savants, et ces qualités meme ne vont pas sans quelques inconvénients : de tels livres sont longs à lire, parfois difficiles à comprendre, toujours coûteux. Très précieux pour les hommes du métier, auxquels ils s’adressent surtout, ils répondent moins heureusement aux besoins du reste des lecteurs.
M. Enlart a publié naguère un Manuel d’archéologie qui fournit aux spécialistes des renseignements d'une abondance et d’une variété surprenantes. De longtemps, il ne saurait être question d’entreprendre une oeuvre similaire. Mais, à coté de cet excellent traité, il y a place, semble-t-il, pour un précis de lecture plus rapide, de prix plus abordable, où l’état actuel de l’archéologie médiévale soit résumé à l’usage d’un public plus étendu : professeurs ou étudiants, ecclésiastiques appelés à s’occuper des églises dont ils ont la garde, innombrables voyageurs curieux de comprendre les édifices qu’ils visitent.
D’un cours libre d’archéologie fait, il y a quelques
PREFACE
années, à la Faculté des Lettres de Bordeaux, je me suis efforcé de tirer ce précis, aussi net et aussi substantiel que possible.
Il restait à le publier : M. Privât père et mon confrère M. Édouard Privât se sont prêtés à la réalisation de ce projet avec une bonne volonté et une bonne grâce auxquelles je tiens à rendre hommage. Voilà, grâce à eux, le livre sur pied.
Les discussions ne pouvaient guère tenir dans une synthèse aussi brève. Aussi les notions contestables en ont-elles été simplement écartées : on y chercherait en vain certaines thèses séduisantes récemment écloses et qui n’ont pas subi l’épreuve de la critique et du temps.
Par contre, une large place a été faite aux explications, à la recherche des raisons d’où les formes sont sorties. Rien n'est moins scientifique, en effet, que de réduire l’archéologie à un exposé de phénomènes successifs, sans indication de leur provenance ni des rapports qui existent entre eux. Le chapitre premier est consacré aux causes de l’archéologie médiévale, notamment aux causes techniques : il renferme un aperçu très succinct des principes généraux de la construction ; les chapitres suivants passent en revue les solutions spéciales que les diverses périodes du Moyen Age ont adoptées.
Le dernier chapitre a trait à la rédaction et à la publication des travaux archéologiques. On y trouvera un petit glossaire de termes douteux ou parfois détournés de leur sens. Les professionnels, qui ont peine à s’entendre entre eux, savent combien il est nécessaire de définir les mots et d’en préciser la valeur.
L’illustration, didactique et schématique avant tout, a moins pour but de faire connaître au lecteur des édi-
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fices que de l’aider à comprendre ceux qui passeront sous ses yeux. Cette illustration se compose principalement de croquis sans autre prétention que d’être clairs ; des architectes, mon ami P. Lafollye, M. Postel-Vinay et M. Albert Vlayeux, ont bien voulu faire un certain nombre de dessins plus soignés et dont on appréciera le charme et l’habileté.
Il est presque superflu de déclarer que ce modeste essai de vulgarisation, rédigé en dehors de toute recherche de l’originalité, ne vise aucunement à renouveler la doctrine. Des théories que l’on y a réunies, presque toutes ont été déjà formulées bien souvent. Le fond en est tiré du cours que professait avec tant d’autorité, à l’Ecole des Chartes, M. Robert de Lasteyrie. Des études poursuivies en divers pays m’ont amené à introduire çà et là quelques vues nouvelles ; les dissertations judicieuses de M. Ànthyme Saint-Paul, les volumes où M. Choisy analyse avec tant de pénétration les procédés de l’art de bàl ii', le Manuel de mon ami M. Enlart, quantité d’autres ouvrages ont modifié mes idées.
Deux de mes confrères de la Société française d'archéologie, auxquels je suis plus reconnaissant que je ne saurais le dire, M. le marquis de Fayolle et M. Louis Régnier, ont pris la peine de revoir les pages qui suivent et m’ont suggéré mainte correction. Enfin, mon vieil ami M. Hubert Balland, chef d’escadron d’artillerie breveté, a fort amélioré de ses conseils le chapitre relatif à l’architecture militaire.
Mais — on me permettra de le dire — mes inspirateurs et mes maîtres de tous les jours ne sont autres (pie les maîtres d’œuvre romans et gothiques, donl on ne se lasse jamais de recueillir, dans le silence des caillé-
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drales, clans la solitude des vieux donjons ruinés, les incomparables leçons.
A ces ouvriers de génie, qui ont tant fait pour promouvoir l’art et pour embellir notre France, j’ai voué une admiration profonde. Mon ambition, en publiant ce petit livre, est de contribuer à faire comprendre leur œuvre et à la faire aimer.
QUELQUES INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
Les lecteurs en quête de dotions bibliographiques un peu développées voudront bien se reporter aux bibliographies par lesquelles M. Enlarl commence la seconde édition de son Manuel; on ne trouvera ici que de brèves indications sur les principaux ouvrages à consulter.
Il est des livres aujourd'hui vieillis qu'un archéologue doit connaître, à cause du rôle qu’ils ont tenu dans l’élaboration de la doctrine. Parmi ces ouvrages, il convient de ciler la Monographie de l’église Noire-Daine de Noyon, par L. Vitet (i845, in-4% avec un volume de planches, dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France ) et divers travaux de Prosper Mérimée, notamment Peintures de l’église de Saint-Savin (i84a, in-f°, avec un volume de planches, dans la collection précitée).
U Abécédaire ou rudiment d’archéologie, par Arcisse de Gaumont, comprend trois volumes in-8°, respectivement consacrés à l 'Archéologie gallo-romaine, à V Arc hile dure religieuse, à V Architecture civile el militaire. Sans nier les immenses services rendus par Gaumont, il est permis de constater que scs explications, trop superficielles, no pénètrent pas les raisons techniques des formes. Son Architecture religieuse surtout ne vaut plus guère que par les nombreuses gravures dont elle est illustrée.
M. Robert de Laslcyrie a réuni des mémoires de J. Quiciieuat, dans les Mélanges d’archéologie el d'histoire; L’Archéologie du moyen âge, (1886, in-8°). Quicherat connaissait mieux queCaumont l’aspect historique de l’archéologie et il avait une compréhension plus exacte el plus précise de l’architecture. S’il apportait une méthode trop géométrique, une classificalion Irop rigoureuse à des recherches qui s’en accommodaient mal, il a eu, du moins, le mérite de formuler la théorie avec une netteté qui permet d’en poursuivre la révision.
Le Dictionnaire raisonné de l'architecture française du onzième au seizième siècle, par \ iollet-le-Duc (10 vol. in-8"), est d’un architecte éclairé et d’un incomparable dessinateur. C’est l’œuvre d’un homme
XIV QUELQUES INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
du métier révélant le secret de notre vieille architecture; mais les théories sont flottantes et trop souvent erronées. Il arrive à Violletle-Duc de dénaturer les faits, et l’illustration même de ses volumes, si admirable comme œuvre d’art, csl sujette à caution en tant que document. Pour savoir avec quelle circonspection on doit utiliser cet ouvrage, il convient de lire la critique excellente qui en a été faite par Anthyme Saint-Paul, Viollel-le-Duc, ses travaux cl’arl et son système archéologique ( 1 88 r , in-8°).
Auguste Giioisy, Inspecteur général des Ponts el Chaussées, a écrit une Histoire de l'architecture (1899, 2 in-8°); une notable pari ie du tome II est consacrée au Moyen Age. Il faut, dans ce livre, distinguer de l’analyse technique des procédés, qui est de premier ordre, les idées générales sur l’évolution, qui méritent moins de créance. Certaines descriptions de Choisy sont des modèles du genre; ses dessins, qui sont des vues par-dessous, sont froids, mais ils donnent, à qui en a l’habitude, un aperçu remarquable des masses : plan, coupe en long et en travers, élévation extérieure.
Le Manuel, d’archéologie française depuis les temps mérovingiens jusqu’à la Renaissance, par M. Camille Enlart, comprend trois tomes. Le tome 1 (1902), relatif à Y Architecture religieuse, vient d’être réimprimé en deux volumes (1919-1920). Le tome 11 (1904) concerne Y Architecture civile el militaire et le lome 111 (191G), le Costume. Si l’exposé des théories est parfois un peu imprécis, par contre l’information est merveilleusement étendue.
La doctrine est mieux arrêtée et plus sûre dans le grand ouvrage de M. 11. de Lasteyiue, dont le premier volume a seul paru : L 'Architecture religieuse en France à l'époque romane, ses origines, son développement (1912. in-4°). M. de Lasteyrie, qui vient de mourir, était le chef de l'École archéologique française. Successeur de Quicherat dans sa chaire de l’Ecole des Chartes, il avait recueilli l’enseignement du maître; mais il l’avait amendé et complété, surtout en ce qui concerne la période pré-romane. On trouvera dans son livre magistral des renseignements sur les principaux édifices el des considérations d’ensemble mises au point.
On 111e permettra enfin de signaler le livre suivant, composé d’études critiques sur l’état des connaissances archéologiques : J. -A. Buutails, L’Archéologie du Moyen Age et ses méthodes (1900, in-8°), cl cet autre, qui est un résumé : Pour comprendre les monuments de la France (1922, iii-iti, 4e éd.).
L'Histoire de l’art, dont M. André Michel dirige la publication, sera consultée avec profit. Certains chapitres dus à M. A. Michel sur la
QUELQUES INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
sculpture, à M. E. Male sur les vitraux peuvent prendre place parmi les meilleures productions de l’archéologie contemporaine.
M. Enlarï, conservateur du Musée de sculpture du Trocadéro, a trouvé dans ce Musée les éléments d’une étude attrayante sur l’histoire de la sculpture : Musée de sculpture comparée du Trocadéro (19.11, in-8°).
MM. Gélis-Didot et Laffillée ont consigné le résultat d’un enquête exceptionnellement attachante dans leur livre : La Peinture décorative en France du onzième ail seizième siècle (s. d., in-f°).
Sur les principes dont s’inspirait l’iconographie, M. Emile Male a énoncé en un beau langage bien des observations précieuses dans L’Art religieux en France au treizième siècle (20 éd., 1902, in-4°) et L’Art religieux de la fin du moyen âge en France (1908, in-4°).
L’archéologue a souvent besoin de recourir à des manuels d’iconographie, listes de saints indiquant l’attribut qui appartient à chaque saint, listes d’attributs indiquant le ou les saints auxquels appartient chaque attribut : Guénebault, Dictionnaire iconographique... et répertoire alphabétique des attributs (dans la collection Migne, i85o, in-8°), et Barbier de Monta ult, Traité d’iconographie chrétienne (1890, 2 in-8°).
Il existe des publications qui se bornent à être de très utiles recueils de documents. C’esL notamment le cas des Archives de la Commission des monuments historiques (5 in-f°), par MM. de Baudot et Perrault- Dabot : on y voit reproduits un nombre élevé de dessins et de photographies cia service des Monuments historiques, brièvement commentés par M. de Baudot.
Aux mêmes auteurs on doit une série analogue sur les Cathédrales de France.
MM. Paul Vitra et Gaston Brière ont l'ait paraître des Documents de sculpture française du moyen âge, recueil de 1U0 planches contenant hUO documents de statuaire et de décoration (in-f°).
M. Frardz Marcou a donné un recueil plus instructif peut-être Album du Musée de sculpture comparée (5 in-f°).
Le volume de M. Roussel rendra bien des services : Archives de la Commission des monuments historiques, catalogue des photographies (in-8°).
Les monographies que nous possédions sur les très vieux monuments religieux de notre pays ont, depuis l’apparition du travail de M. de Lasteyrie, perdu beaucoup de leur intérêt. On lira néanmoins avec fruit : G. Bouet, L’Eglise de Germigny-des-Prés, paru dans le Bulletin monumental en 1 8G8 cl réimprimé dans le volume du Congrès tenu à Orléans, en 1892, par la Société française d’archéologie.
QUELQUES INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
Le Manuel d’archéologie chrétienne depuis les origines jusqu’au huitième siècle , par Dom Leclercq (1907, 2 in-8°), esl surtout une compilation où esl résumée une vaste information.
Dans le premier de ses deux volumes sur Le Origini délia architettura lombarda e clelle sue principali derivazioni nei paesi d'oltr' Alpe (1901-1907, 2 in-4°), Rivoira a rassemblé des données curieuses touchant la formation de l’art de bâtir en Italie et en France. Ses conclusions sont exagérées; mais ses observations méritent plus d’attention qu’on ne leur en a prêté.
De même, Raphaël Cattaneo a réuni nombre de faits et de croquis dans V Architecture latine en Italie du sixième au onzième siècle, traduction par Le Monnier (Venise, 1891, gr. in-8°).
Le Dictionnaire des antiquités chrétiennes de l'abbé Martigny (nouv. éd., 1877, gr. in-8°) est classique.
Le Dictionnaire d’archéologie chrétienne cl de liturgie, de Dom Fernand Cabrol, est entrepris sur un plan beaucoup plus vaste : en ce moment, bien que la let tre G 11e soit pas commencée, l’ouvrage comprend dix volumes (1907-1923, gr. in-S“).
Les Monuments antiques de l’Algérie, de M. Gsell (1901, 2 in-8°) et les Basiliques chrétiennes de Tunisie, de Paul Gacckler (igi3, in-f“), abondent en renseignements sur les édifices religieux de l’Afrique du Nord.
La période romane est plus largement représentée. Il existe, entre autres, une belle série d’études sur les écoles régionales, sur l’architecture d’une province ou d’un diocèse : Enlart, Monuments religieux de V architecture romane et de transition dans les anciens diocèses d’Amiens et de Boulogne (i8g5, in-4°) ; Rcprich-Robert, U Architecture normande aux onzième et douzième siècles (3 in 4") (planches très artistiques, texte faible); G. Durand, Églises romanes des Vosges (1918, in-4°); \ irey, L’ Architecture romane dans l'ancien diocèse de Mâcon (extrait des Mémoires clc la Société éduenne, t. XVII-XIX, 1889-1891); Noël Thiolher, L’ Architecture religieuse romane dans l’ancien diocèse du Puy (1900, in-f°); Ad. de Chalvet de Rochemonteix, Les Églises romanes delà llaule-Auvergne (1902, in-4°); Félix de Verneilii, L’Architecture byzantine en France (i85i, in-4“) (la thèse de ce livre est inexacte; toutefois, l’auteur, un des esprits les plus remarquables dont s'honore l’archéologie française, a inséré dans son ouvrage des monographies qui gardent leur utilité); J. -A. Brutails, Les Vieilles églises de la Gironde (1912, in-4°); G. Tholin, Élude sur l'architecture religieuse de l’Agenais (1879, in-8°, avec un supplément paru en 1888); Revoil,
QUELQUES INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
Architecture romane du midi de la France (1873, 3 in-f°) (l’ouvrage est superbement illustré; mais Revoil, qui n’était pas historien, a édifié un système chronologique déplorable); J. -A. Brütails, Notes sur l'art religieux du Roussillon (dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques , 1892-1898), remanié, augmenté et publié en calalan sous le litre : L'Art religiôs en el Rossellô (Barcelone, 1901, in-8°). L' Encyclopédie de l’architecture et de la construction cle Planat (6 in-8°) contient plusieurs études dans le genre de celles qui précèdent : de M. de Baudot sur l’architecture d’Auvergne et de Bourgogne, de VF. de Dartein sur l’architecture lombarde, d’Anthyme Saint-Paul sur les écoles de la Normandie, de l’Ilc-çlo-France, du Languedoc, du Limousin, du Poitou.
Le style gothique a inspiré moins de travaux. M. Gonse a résumé l'état de la science en ce qui concerne cette période dans un brillant el solide volume : L’ irt gothique (in-f°).
M. Beritielé a retracé l’évolution de L’Architecture Plantagenet dans un très consciencieux chapitre de ses Recherches pour servir à l'histoire des arts en Poitou (1889, iu-8°) el dans le volume du Congrès archéologique tenu à Poitiers en 1908.
M. E. Lefèvre-Pontalis a écrit sur les origines de l’architecture gothique un luxueux ouvrage, qui appellerait une refonte : L\ Architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Boissons au onzième et au douzième siècle (.1894-1898, 2 gr. in-4°). Le même a présenté, dans le compte rendu du Congrès archéologique tenu à Troyes en 1902, une analyse de L’Architecture gothique dans la Champagne méridionale, du treizième au seizième siècle.
M. Enlart a consacré à la diffusion de l'architecture gothique en dehors de la France une série de travaux, dont les principaux sont : Origines françaises de l'architecture gothique en Italie (1894, in-8°), et L’Art gothique el la Renaissance en Chypre (1899, 2 in-S°).
Enfin, dans les Monuments historiques, conservation, restauration (1917, in-4°), M. Paul Léon a raconté avec érudition et avec art l’hisloire de celte administration.