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Le rôle de rentrepreneur et celui du salarié

Nous venons de voir que la division du travail implique la formation d’ateliers dans lesquels plusieurs travailleurs coopèrent à la création des mêmes produits. De là naissent des responsabilités diverses et des rapports de subordination.

Est entrepreneur quiconque fait profession d’entreprendre à son propre compte la fabrication d’un produit ou. l’exécution d’un travail. L’entrepreneur qui travaille seul, sans avoir de coopérateurs sous ses ordres ou avec la seule assistance de sa famille et d’un ou deux aides, est un ai'tisan; la loi en France le classe, au point de vue de l’impôt, comme ouvrier à façon. L’entrepreneur qui emploie des ouvriers est un patron; il exerce l’autorité du patronat sur ses subordonnés qu’il paye et dont le travail lui appartient dans la

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mesure des convenlions failes. Il y a des patrons de fortune très diverse, les uns employant deux ou trois ouvriers et différant peu des artisans, d’autres ayant des centaines et des milliers d’ouvriers et d'employés et désignés sous les noms d’entrepreneurs, de manufacturiers, de chefs d’usine, de négociants.

Le salarié est celui qui travaille sous les ordres et pour le compte d’autrui : il ne vend pas de produits, il vend son travail et son temps. 11 y a diverses catégories de salariés : Vouvrier, qui loue son travail pour exercer son métier en coopérant, sous les ordres de .son patron, à la fabrication de certains produits déterminés ou à l’exécution de certains travaux, et qui le loue à la tâche, à la journée ou au mois; l’employé, qui loue son temps, ordinairement par mois, pour accomplir, dans une administration ou sous les ordres d’un patron, certains travaux manuels ou intellectuels, tels qu’écritures, vente des produits, etc., utiles à l’ensemble d’une entreprise; le domestique — catégorie dans laquelle l’homme de peine est compris —, qui loue son temps, à la journée ou au mois, pour rendre des services personnels dans la maison de son maître ou dans l’atelier.

Les fonctionnaires et les gens qui exercent des professions libérales sont aussi des producteurs d’une catégorie spéciale; les premiers .sont classés parmi les salariés; les seconds sont tantôt des entrepreneurs et tantôt des salariés.

33. L’asf^ociation. — Plusieurs travailleurs peuvent, sans que l’im se subordonne à l’autre, unir leurs efforts et leurs capitaux en vue de coopérer à une même entreprise industrielle et de s’en partager les bénéfices : c’est ce qu’on appelle association.

L’association est, comme la division du travail et la coopération, une des formes les plus importantes de l’organisation industrielle. Tant que rindustrie est peu développée et que les capitaux sont peu abondants, l’association n’a qu’une place restreinte. Elle était interdite en France aux artisans dans les anciennes corporations industrielles des villes, et elle était en même temps fréquente dans certaines régions de nos campagnes où des familles de cultivateurs étaient

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groupées en communautés. L’association, comme tant d’autres manières d’être de la vie économique, s’est développée avec la liberté et la richesse; elle est devenue aujourd’hui une des forces les plus puissantes dont dispose l’industrie humaine, et l’on peut comparer sans exagération sou action bienfaisante sur l’organisation industrilele à celle que les machines ont exercée sur le travail manuel. C’est par elle que les vastes enl reprises, telles que les chemins de fer, qui dépassent la mesure des fortunes individuelles, ont été rendues * possibles, /.'association industrielle est Vunion de plusieurs travailleurs ou runion de capitaux fournis par plusieurs personnes pour une même entreprise; c'est un mode d' organisation mdustrielle qui a pour objet d'augmenter la puissance productive et qui peut l'accroître dans une proportion indéfinie^ sous des formes très diverses.

L’association peut être formée en Ire plusieurs personnes pour l’accomplissement d’un certain acte de production ou de commerce et limitée à cet objet unique et au temps nécessaire pour l’accomplir : c’est V association en participation : les « Trusts » (expression américaine) sont de celte espèce.

Elle peut être formée entre plusieurs personnes qui associent leur travail et leurs capitaux dans une entreprise industrielle et qui acceptent tous, sans réserve, la responsabilité entière du succès ou de l’insuccès de l’entreprise : c’est la société en nom collectif et le type le plus fréquemment employé.

Elle peut être formée entre plusieurs personnes dont les unes engagent leur travail et leurs capitaux, en acceptant l’entière responsabilité de l’entreprise, et dont les autres engagent seulement leurs capitaux, jusqu’à concurrence d’une somme déterminée ; c’est la société en commandite.

Elle peut être formée par plusieurs personnes fournissant leur travail et une somme de capitaux limitée et être combinée de façon que la retraite d’un ou plusieurs associés ne dissolve pas l’association ; c’est ce que la loi désigne sous le nom de société à capital variable., type créé pour favoriser la formation entre ouvriers de sociétés coopératives (voir § 6:2).

Elle peut être formée par une simple association de capitaux, réunis sous forme de parts ou d’actions, et nul u’elaut

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responsable au delà de la somme qu’il a souscrite. Ce sont dune des capitaux, rien que des capitaux en quantité déterminée, qui sont associés. Aussi n’y a-t-il pas de patron, mais il y a un ou plusieurs directeurs, et ceux-ci, qu’ils aient ou non un intérêt sur les bénélices, sont des salariés. C’est la société anonyme, mode d’association qui, de nos jours, a donné naissance aux plus grandes entreprises.

Dans toutes ces associations le capital de l’entreprise est • formé par agglomération, et, une fois engagé, il est tout entier consommé, reproduit et soumis aux mômes chances de gain, de perte et de destruction; seulement, dans les deux premières catégories, la responsabilité s’étend sur toutes les personnes associées et sur leurs biens au delà du capital engagé.

L’association s’applique à beaucoup d’autres cas dans l’œuvre économique : sociétés d’étude, syndicats professionnels, sociétés d’assurance, etc. La mutualité, qui en est le principe, est un des liens les plus puissants des hommes et des intérêts. 11 imimrle beaucoup aujourd’hui d’en fortifier en France le sentiment et d’en développer les effets.

Ce sont les associations, avons-nous dit, et particuliérement les sociétés anonymes, qui ont rendu possibles la plupart des grandes entrejuises industrielles de nos jours, exploitations de mines, chemins de fer, assurances, banques, usines, aucun particulier n’ayant une fortune personnelle capable d’y suffire, ou, s’il l’avait, n’osant engager dans une même affaire tout ce qu’il possède. On peut appliquer ici le proverbe : « Les petits ruisseaux font les grandes rivières » . Ce que ne pouvait un gros capitaliste, beaucoup de petits, quelquefois même de très petits capitalistes, l’ont fait ; ce sont principalement des actions et des obligations de 500 fr. qui ont formé les 1:2 milliards de capital réalisé par nos chemins de fer.

Aucune organisation industrielle na permis jiisgiCici de constituer des faisceaux de forces productives aussi polissants-, aucune n’a un caractère démocratique qui soit aussi bien adapté au mode de capitalisation de notre temps, puisqu’e//e fournit à de très modiques épargnes un emploi qui est également avantageux aux grandes entreprises et aux petits capitalistes.

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36. Les corporations industrielles. — Les corpora,tions industrielles sont des corps légalement constitués et comprenant tous les artisans de la même profession dans an même lieu, ville ou région.

Elles se sont constituées le plus souvent dans un but de protection mutuelle, là surtout où le gouvernement n’assurait pas à l’individu isolé une sécurité suffisante. Elles se donnaient elles-mêmes des lois, des chefs, jugeaient les différends survenus entre leurs membres et les protégeaient contre les violences extérieures; c’était là le bon côté des corporations et leur raison d’être.

Mais ces groupes, sont, comme les individus eux-mêmes, jaloux d’avoir le moins possible de concurrents. Les corporations s’étaient arrogé et avaient fait sanctionner par la puissance politique le monopole de leur industrie-, elles étaient devenues souvent à leur tour oppressives, soit en gênant ceux de leurs membres qui tendaient par la supériorité de leur production à accaparer la clientèle, soit en excluant ceux qui aspiraient à entrer dans la corporation ou qui tentaient d’exercer le métier hors de son sein : c’était là le mauvais côté des corpoiations privilégiées, qu’il faut bien se garder de confondre avec les associations libres de gens du même métier. Ces corporations sont non seulement inutiles, mais nuisibles dans toute société riche et active où

les lois générales suffisent à garantir la sûreté individuelle.

S'y. Aperçu Eiistorîqne des corps de métiers et des règlements eu France. — Du temps de la domination romaine, il y a eu dans l’Empire romain, particulièrement dans la Gaule, des corporations d’artisans, qu’on désignait sous le nom de collèges. Une partie de ces corporations était soumise à des obligations ayant pour objet moins la protection mutuelle des artisans que l’accomplissement d’un certain travail, imposé par l’État comme une fonction obligatoire; au IV® siècle, dans beaucoup de professions, et surtout dans celle de l’alimentation, les membres des collèges furent en quelque sorte asservis à leur métier.

Durant le moyen âge, après plusieurs siècles de barbarie qui suivirent le bouleversement de la Gaule par les invasions

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germaniques, le travail industriel reprit vigueur dans les villes, et les artisans s’organisèrent en corporations ou corm de métiers : c’était cette fois dans un but de défense mutuelle. Longtemps les artisans vécurent dans le corps de métier comme dans une sorte de forteresse qui les protégeait contre les violences du dehors. Ils élisaient leurs jurés qui régissaient leurs intérêts communs. Au xiir® et au

xiv^ siècle, les corps de métiers furent florissants dans un certain nombre de localités.

Mais ces corporations, dites communautés d’arts et métiers finirent par être affectées en France, ainsi que dans d’autres pays, des vices inhérents à ce genre d’institution. Dans 1 administration intérieure de la corporation, les règlements devinrent plus complexes et plus minutieux, empêchant sous pretexte de maintenir les traditions et d’assurer la bonne

qualité du produit, l’industriel d’employer des procédés nouveaux, lui refusant le droit d’avoir plusieurs boutiques. Dans de riches corporations les jurés se recrutèrent dans une oligarchie, les taxes sur les membres s’accrurent L’accès du mélier fut hérissé de difncullés; le nombre des apprentis fut plus limite; un plus long stage fut imposé au comnaÿnon c est-à-dire à l’ouvrier, avant qu’il pût se présenter à la maîtrise; la maitnse, qui ne pouvait être obtenue qu’anrès un examen de capacité consistant la plupart du temps dans la confection d un chef-d œuvre, fut rendue plus coûteuse Le nombre des places de maîtres fut limité dans certaines corporations et les fits de maîtres jouirent de privilèges particuliers pour les obtenir au détriment des compagnons Chaque corporation, voulant garder intact le privilè°e dil metier, intenta des procès non seulement aux individus nui 1 exerçaient sans avoir été reçus maîtres par elle mais à toute corporation qui se permettait d’emplover les mêmes outils qu elle ou de confectionner des produits analogues aux siens. Ces a ms des corporations, qui étaient une conséquence de l'esprit de monopole, se développèrent surtout au xvi'^ siecle, lorsque la France eut réparé les ruines faites par la guerre de Cent ans et repris un nouvel essor.

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La royauté, qui devenait toute-puissante au xvi^ et au xvii° siècle et qui cherchait, d’une jiart, à introduire plus d’ordre dans l’administration et, d’autre part, à procurer des recettes au Trésor, fit sentir son autorité sur ces corporations dont elle sanctionnait les statuts. Henri III et Henri IV considérèrent le droit d’exercer un métier comme un droit que le roi pouvait conférer et dont le prix de vente faisait partie des revenus du domaine royal ; en même temps ils facilitèrent, contrairement aux restrictions égoïstes des communautés, l’établissementdansune ville quelconque deFrance, excepté Paris, d’un maître reçu dans une autreville.Depuisce temps, au nom de l’unité nationale, les corporations de province furent un peu moins fermées; mais, au nom des besoins du fisc, les impôts dont était frappé le droit de travailler s’aggravèrent.

Les officiers royaux exercèrent dès lors une surveillance plus active sur radministration des corps de métiers. Sous Louis XIV, Colbert augmenta le nombre des communautés; ambitionnant de perfectionner l’industrie française et pensant que les statuts des métiers étaient mal faits ou insuffisants, il fit, principalement pour les tissus, des règlements précis et minutieux et créa des inspecteurs pour en surveiller, au nom de la royauté, l’exécution. Les règlements furent rédigés avec soin ; mais, plus ils étaient précis, plus ils devinrent gênants en emprisonnant le travail dans des cadres étroits et peu flexibles.

La grande industrie était entravée par le système des corporations : car une manufacture importante n’aurait pas pu s’établir sans se soumettre aux visites de jurés qui la jalousaient ou sans s’exposer à des procès qui l’auraient ruinée. Colbert, qui s’appliquait à nationaliser en France les industries étrangères, créa des manufactures royales et des manufactures pnvilégiées, c’est-à-dire qu’il donna à des entrepreneurs, par brevet, des privilèges et principalement celui de n’être pas astreints aux statuts et à la surveillance des corps de métiers.

Le régime des règlements, des inspecteurs et des manufactures royales caractérisa, au xvii® et au xviii® siècle, la grande •industrie, nouvelle alors en Fiance, comme les corps de métiers continuaient à caractériser la moyenne et la petite

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industrie. Mais la manufacture royale ou privilégiée eut ellemême cerlains inconvénients du monopole.

38. Tarj^ot. — Les viccsde cette organisation ne pouvaient échapper à la critique du wiii® siècle, dans un temps où l’industrie prenait un plus ample dev'eloppement ; des écrivains et des administrateurs les signalèrent et réclamèrent, au nom de la justice, la liberté du travail. Au commencement du règne de Louis XVI, un grand penseur, Turgot, qui, avant d’être ministre, était déjà connu parmi les économistes, tenta d’accomplir cette réforme : il supprima les corps de métiers. Mais son ministère fut de courte durée; après sa chute, les corps de métiers furent rétablis, avec des modifications qui .les rendaient, il est vrai, moins rigoureux et les règlements fabrique furent adoucis. Les uns et les autres n’ont été définitivement supprimés que par la Révolution de 1789.

3Î). L’etablissement tle la liberté du travail en France.

— L Assemblée constituante avait pour mission de donner à la France une constitution civile et politique et de fonder cette constitution sur les deux principes de la liberté et de l’égalité : par conséquent, les restrictions de tout genre à l’activité laborieuse des citoyens étaient condamnées. Dans la séance de nuit du 4 août 1789^ la noblesse, le clergé, les villes vinrent faire successivement à la tribune l’abandon de tous leurs droits, privilèges et immunités; la suppression des jurandes et maîtrises, autrement dit des corps de métiers, fut décrétée en principe.

La loi du .2 mars i 7 9 i , votée par l’Assemblée nationale constituante, abolit les corporations; au mode d’organisation du Davail fondé sur le privilège, elle substitua le régime de la liberté du travail et de la concurrence. C’est le régime qui régit l’industrie française depuis cette époque.

L’Angleterre avait précédé la France dans l’établissement

de celle liberté. Les autres États européens l’ont suivie au XIX® siècle.

La liberté du travail, c est le droit pour tout ouvrier de louer son travail partout où il trouve à le faire et où il lui plaît de le faire, d’en discuter les conditions, de changer de résidence ou de métier à son gré, c’est le droit pour tout agriculteur de produire sur sa terre les récoltes qu’il veut; c’est le droit

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pour tout industriel d’entreprendre une profession quelconque, de fonder un ou plusieurs établissements sans passer d’examens devant ses concurrents, sans avoir de droits de réception à payer, de stage à faire, de statuts de fabrication à observer, de visites à subir, pourvu qu’il se conforme aux lois et aux règlements généraux de police et qu’il paye ses contributions.

40. Les avantages de la liberté du travail. — Le droit de travailler est assurément, comme le disait Turgot, un des droits les plus sacrés de l’homme. C’est pour l’individu la libre disposition de son temps, de ses bras et de son intelligence; c'est une partie essentielle de la liberté individuelle. L’exercice de ce droit est profitable à la société, puisqu’tV consiste à pouvoir être utile à soi-même en étant utile à autrui : une société bien organisée doit le protéger.

C’est une société grossière qui foule aux pieds ce droit en tolérant l’esclavage; c’est une société faible qui, ne pouvant défendre elle-même ses membres, les laisse accaparer par des groupes particuliers, formés en vue de la défense mutuelle. Une société forte et bien organisée respecte et favorise l’association libre des individus, qui est dans cerlains cas nécessaire et dans beaucoup de cas utile, comme elle respecte et favorise toutes les manifestations légitimes de l’activité individuelle. Elle est tenue de veiller sur le faible comme sur le fort, de maintenir à chacun le libre exercice de ses droits sociaux et d’empêcher l’oppression des uns par les autres : seul l’État est assez puissant pour accomplir cette lâche. La liberté du travail ne peut produire tous ses bons effets que dans une société bien organisée.

La liberté du travail est une des plus importantes conclusions au.xquelles aboutisse l’art économique et une de celles qui font le plus hautement ressortir l’harmonie des lois de l’utile et des lois du juste; car elle pj'ouve que la plus grande abondance des produits correspond d' ordinaire au plus complet respect des droits de l'homme. Dans ce fait se résument les avantages de la liberté du travail, qu’elle s’applique à l’agriculture, à l’industrie ou au commerce.

Si l’on veut analyser avec plus de détail ces avantages relativement à l’industrie, on constate :

1° Quft Ici liberté du travail facilite la division du travail^ qui est elle-même une source de biens; car, pour que les travailleurs puissent choisir tel mélier plutôt que tel autre, telle spécialité dans un métier, modifier au besoin cette spécialité, il faut qu’ils jouissent d’une pleine liberté;

2° Qu elle seule rend possible dans une large mesure la concurrence, autre source féconde du progrès industriel;

3® Qu’elle permet un emploi plus complet des activités individuelles, lesquelles ne trouvent plus sur leur chemin de barrières artificielles, les unes difficiles à surmonter, les autres insurmontables : résultat très important au point de vue économique, puisque, rien n’étant plus précieux que la force productive de l’homme, rien n’est plus regrettable que de voir cette force inactive ou mal employée;

4“ Qu’elle permet, par suite, un meilleur emploi des capitaux, qui trouvent pour se placer fructueusement plus d’entrepreneurs et des entrepreneurs placés sur le terrain qu’ils ont eux-mêmes choisi : il doit vraisemblablement arriver que, balance faite des gains et des pertes, la somme des gains soit supérieure sous le régime de la liberté que sous un autre, non seulement parce que les opérations y sont plus nombreuses, mais parce qu’elles sont, toute proportion gardée, conduites par des gens mieux placés pour bien faire;

5® Qu’elle rend la production plus économique, contribuant à procurer ainsi l’abondance et le bon marché, but suprême du travail industriel : ce résultat n’est pas contestable; car des producteurs plus nombreux et plus habiles, pratiquant plus complètement la division du travail et avant

à leur disposition plus de capitaux, doivent naturellement se rapprocher de ce but ;

6° Que, dans une société éclairée, elle tend en réalité à diminuer les causes de malaise social', car, si elle met au cœur de tous ceux qui se croient capables de parvenir une ambition plus grande et suscite l’émulation, elle ne permet à personne d’accuser les institutions sociales de le retenir, malgré son talent, dans une condition inferieure;

7° Que, parsuite, elle semble propre à faciliter les rapports despatrons avec leurs ouvriers. Celte proposition peutparaître

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paradoxale dans un temps plus agilé qu’aucun autre par les questions relatives à l’organisation du travail et aux salaires. Mais que l’on songe à ce qu’aurait été le débat si, avec le développement qu’a pris notre industrie et les prétentions que de dangereuses utopies ont fait naître, le régime des corporations industrielles eût encore existé, ainsi que les règlements de l’apprentissage, du compagnonnage, de la maîtrise et de la jurande : quand une société est composée de citoyens ayant des droits politiques égaux, assez éclairés pour que chacun réfléchisse sur la portée de ces droits, assez passionnés pour que beaucoup soient portés à se l’exagérer, les rapports du patron et des ouvriers ne tardaient pas à devenir impossibles sous un régime autre que celui de la liberté.

41. La concurrence, — Enumérer les conséquences de la liberté du travail, c’est dire, en réalité, les principaux effets de la concurrence, qui n’en est que le corollaire. On a donc tort d’accuser, comme on le fait quelquefois, la concurrence. Elle est toujours utile, quand elle est loyale.

Un marchand est établi dans un quartier; de quel droit se plaindrait-il que d’autres marchands vinssent s’èlablir dans le même quartier? Il vendait peut-être cher et se préoccupait médiocrement de satisfaire ses pratiques, quand il était seul. Pour retenir la clientèle, il devra certainement prendre plus de soin d’elle et peut-être baisser ses prix. Où sera le mal? Le public sera mieux servi, c’est-à-dire qu’il obtiendra plus de services ou de meilleurs services pour le môme prix ; c’est précisément le but économique.

Un fabricant vendait ses produits à tel prix; survient un autre qui en offre à meilleur marché, et l’acheteur le préfère : le but économique est atteint.

Un grand magasin se fonde, qui offre les commodités d’un assortiment très abondant et très varié et qui, faisant un gros chiffre d'affaires, peut se contenter d’un liénéfice moindre sur chaque article et qui en vend môme, en manière de réclame, quelques-uns au prix coûtant, sauf à se récupérer j)ar le prix élevé de certains autres. La foule des acheteurs s’y porte et plusieurs petits magasins d’alentoxr sont délaissés, C’est un effet de la concurrence, triste sans doute à

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envisager sous un certain côté, celui de l’appautTissemeut des petits tnorchands qui n’ont pas été assez forts ou assez habiles pour résister; leur cas est analogue à celui des patrons et des oiiyriers végétant par le travail à la main denuis que 1 introduction des machines a transformé leur indtisfrie Slais lorsque, sous le régime de la liberté, aucun magasin Il elaut investi d un privilège légal, la clientèle s’éloigne des petits pour aller au grand, c’est qu’elle y trouve son avantage : Je but économique est atteint.

Ce qui est mauvais, c’est la concurrence frauduleuse. Le client voit une étoffé affichée à très bon marché; il l’achètetant pis pour lui, si elle est de médiocre qualité : il en a, comme on dit, pour son argent. Mais un marchand vend à plus bas prix que son voisin une étoffe qu’il assure être toute en soiele client confiât l’achète, et s’aperçoit plus lard que la chaîné est en coton. Voila de la concurrence déloyale.

Il ne faut donc pas confondre deux choses différentes, l’une excellente, la concurrence, qui est le concours de plusieurs productCYs s offrant pour rendre aux consommLurs des services de même nature et s'efforçant chacun de les attirer par des offres plus avantageuses; l’autre détestable la fraude, qui trompe l’acheteur ou qui calomnie le concurrent, et qui est, de toute façon, une manœuvre coupable. La première doit être encouragée comme une des manières d’être

e a liberté; la seconde doit être poursuivie comme un délit devant les tribunaux.

RÉSUMÉ

La coopération et la division du travail accroissent ans un grand nombre de cas, la puissance productive des travailleurs. — La division du travail est subor- ' donnée à l’état de la richesse, de la science et à la nature du travail ; elle est liée à la liberté du travail.

L’industrie est l’activité humaine appliquée à produire des utilités. Elle comprend l’industrie agricole ou agriculture, avec la chasse et la pêche; Vindustrie pro-

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