‹ Précis d'économie politiqueChapitre 1 sur 113 · AVANT-PROPOS DE LA VINGTIÈME EDITION · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DE LA VINGTIÈME EDITION

Dès le début dël'avant-propos que Paul Leroy* Beaulieu écrivait en 1887 pour la première édition de ce Précis, il donnait la raison qui l'avait décidé à faire cet exposé succinct de la Science économique. Son but était d'éclairer le grand public sur des questions au sujet desquelles on assistait à « un prodigieux débordement d'erreurs, de préjugés ou de niaiseries ».

Ce débordement s'est continué depuis ; la guerre Ta même fortement accentué. Aussi, l'Avant-Propos de 1887 a-t-il pu accompagner toutes les éditions de ce volume sans cesser d'être vrai. Ces éditions ont été nombreuses — celle-ci est la 20®. Ce succès prouve de quelle façon brillante l'auteur avaitréponduaux besoins d'instruction économique qu'il se proposait de satisfaire.

Le Précis garde aujourd'hui toute la force — faite de clarté — de son enseignement. Il n'a pas vieilli, car il contient des principes sur lesquels n'ont pu mordre les sophismesles plus insidieux,

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et que ne sauraient atteindre les troubles pathologiques engendrés par les graves événements delà guerre. Et c'est parce que des ignorants, surpris et impuissants en face de ces troubles, se sont mis à écrire ou à proclamer, jusqu'en des discours parlementaires, que la guerre avait renversé les principes économiques acceptés jusque-là, qu'il est nécessaire de dire qu'une lecture attentive de ce volume suffit pour s'assurer combien cette prétentieuse affirmation est erronée et quels démentis elle reçoit des faits scientifiquement observés.

Il ne vient cependant à personne l'idée de déclarer que la physiologie n'existe plus, à partir du moment où les phénomènes normaux qu'elle étudie sont troublés par des crises que l'on appelle des maladies. La guerre a fait naître aussi une redoutable maladie, une crise économique, d'où nous ne sommes pas encore sortis. C'est à peine si l'on peut dire que nous entrons, à l'heure présente, dans la période de convalescence, d'une convalescence longue et difficile. Or, de même que le retour à la santé physiologique exige qu'on y aide en suivant les principes qui président aux conditions de la vie, de même il est rationnellement indispensable d'obéir aux principes de la science économique pour que reprenne le mouvement normal de la production et des échanges.

Ce volume, aujourd'hui comme hier, demeure un résumé précieux pour apprendre à se reconnaître à travers les faits, souventcontradictoires

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en apparence, et pour découvrir le vide de» paradoxes, et les erreurs qu'enfantent les préjugés et la sottise. N'entend-on pas chaque jour réclamer de nouvelles émissions de billets de banque comme un moyen d'accroître le mouvement des afï'aires et, en même temps, — affirment d'intrépides sophistes, — la richesse générale? Les exemples de l'histoire, la faillite lamentable des assignats, démonstration par Tabsurde d'un système poussé à l'extrême, ne réussissent point à écarter les manifestations en faveur d'une inflation de circulation fiduciaire dont les conséquences seraient un véritable d-3sastre.

La guerre a aussi provoqué un déchaînement des interventions de l'Etat que l'on dénomme r « étatisme ». Les leçons ruineuses que l'on a pu en tirer, leçons de choses cependant évidentes parce qu'elles se sont fait durement sentir, ne semblent pas avoir porté entièrement les fruits que l'on pouvait en attendre. De nouvelles tentatives ont, en effet, pour objet de remettre à l'Etatdes fonctions qu'il ne devrait pas remplir.

Le ménage financier des Etats n'échappe pas, non plus, à l'action des lois naturelles économiques et aux enseignements de la science qui les étudie. Plus que jamais, à l'heure actuelle, ces' ' enseignements devraient être suivis avec une tenace rigueur, en présence desdifïïcultésbudgétaires au milieu desquelles on se débat.

La guerre, en dépit de ce que peuvent prétendre

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les gens à paradoxes, ainsi que ceux que conduisent des intérêts égoïstes, n'a fait malheureusement qu'apporter des preuves cruelles de la vérité des lois économiques. On a pu s'en convaincre parles essais infructueux et particulièrement nuisibles de la taxation des prix, par les réglementations multiples mal conçues, par le manque de prévision qu'on retrouve dans la plupart des interventions de l'Etat, organisées par des personnes pour lesquelles l'Etat est une sorte de puissance providentielle destinée à guérir tous les maux.

La nature de ce livre qui en fait « un exposé succinct » ne permet pas d'y ajouter de nombreuses pages. Paul Leroy-Beaulieu, dans la préface de la 13® édition en 1910, expliqueque les additions qu'il faisait alors portaient i^ur des tendances — tendances interventionnistes — qui s'affirmaient de plus en plus à cette époque. Il les a marquées et jugées comme il convenait. Nous ne faisons, dans la présente édition, que les additions relatives aux plus importants événements économiques et financiers qu'a fait naître la guerre sans précédent de 1914-1918. Nous les avons résumés, quand cela nous a paru nécessaire, dans des tableaux. On y verra les effets les plus saillants de la crise économique dont nous ne sommes pas d'ailleurs sortis et l'on y trouvera une nouvelle confirmation des principes que contient ce livre

1922, André Liesse.

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