L. B. — ÉCON. PoL
2 INTRODUCTlOrt.
sont souit*<îses la production, la distribution, la circulation et la consommation des richesses.
Les lois dont s'occupe l'économie politique n'ont rien de commun avec ce que l'on appelle la technologie : elles ne nous apprennent pas comment se sème le blé ou se travaille le fer, comment les marchandises se transportent ou se transforment : elles concernent des règles plus élevées, moins variables et plus universelles.
Elles montrent, par exemple, à quelles conditions générales un travail est productif, quelle est l'utilité du capital, quelles sont les causes qui font augmenter ou diminuer de valeur la monnaie, quels sont les agents sociaux qui influent sur la hausse ou la baisse des salaires, sur la hausse ou la baisse des profits, quelles sont les circonstances qui tendent à élever ou à déprécier le taux de l'intérêt, etc.
Les phénomènes qui se rattachent à la production ou aux mouvements des richesses dans une société ne sont pas abandonnés au hasard. Ils se présentent dans un ordre presque constant. Ils sont affectés d'une façon analogue par les mêmes causes qui i,ieniient ou à la nature des choses elles-mêmes ou au tond toujours invariable de la nature de l'homme. ^ Si la monnaie, quand on la multiplie outre meure, perd de sa valeur ou de son pouvoir d'achat ; si l'épargne, en augmentant les moyens de production, rend une société plus progressive ; si un mode de salaire qu'on s'etpplique à graduer exactement
sur l'effort de l'ouvrier donne à ce dernier plus d*entrain et plus d'activité dans le travail; ce ne sont pas Jà des vérités accidentelles, transitoires, variables suivant les pays ou les temps ; ce sont des lois qui chez toutes les nations, chez toutes les races, dans tous les siècles, se manifestent de la même manière.
Voilà pourquoi l'économie politique n'est pas une routine, mais bien une science.
En dégageant les lois qui concernent la production et les mouvements des richesses, l'économie politique cherche à éclairer et à servir l'humanité, à lui éviter des erreurs nuisibles, des tâtonnements coûteux ou des arrangements préjudiciables, à prévenir ou à corriger les fautes des hommes d'État et ce que l'on a pittoresquement appelé les péchés des législateurs..
Par là même elle contribue à développer le bienêtre et la paix dans les sociétés humaines
La science économique est de date assez récente; quelques grands hommes, dès l'antiquité, Aristote notamment, ont eu l'intuition de certaines de ses lois; mais ce n'est qu'au xvin^ siècle, avec Quesnay et Turgot en France, avec Adam Smith surtout en Angleterre, qu'elle s'est constituée en un corps de doctrine étendu et vraiment solide.
Cette nouveauté de la science économique ne doit pas servir d'argument contre elle et la faire mettre en suspicion. Plusieurs des plus impor-
tantes sciences naturelles, la chimie entre autres eont dans le même cas.
La chimie, avec Lavoisier, Priestley et Scheele est née presque le même jour que l'économie poli tique dans le dernier tiers du xvni* siècle (1)
Bien avant que ces trois savants illustres eussent jeté presque en même temps les bases de la science chimique, les hommes se livraient à des expériences et à des combinaisons de chimie pratique. Mais si l'on eût connu le fondement et les règles de la science, combien Ton eût évité de fautes, de gaspillages de force, de temps et d'argent I
De même l'on a fait d'instinct dans tous les siècles de )a physique et de la mécanique appliquée ; mais si l'on n'cùtpas ignoré les règles théoriques qui dominent ces phénomènes, combien les résultats eussent été meilleurs?
Il en est exactement ainsi pour l'économie politique : les hommes n'ont pas cessé depuis le commencement du monde de faire en tâtonnant de l'économie politique appliquée, tantôt bien servis par leur instinct, tantôt trahis par leur présomption; mais s'ils eussent été maîtres des principes de la
(1) Le Tableau économique et les Maximes^ de Quesnay, dateDk de 1758; les Réflexions sur la formation et la distribution des ri'chesses, de Turgot, ont paru en 1766; les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, d'Adam Smith, ont été publiées en 1776; d'autre part, c'est en 1772 que paraissent les premiers mémoires de Lavoisier relatifs à sa théorie chimique; les Expériences sur les différentes espèces d'air, de Priestley, ont été publiée! en 1774) et le Traité de l'Air et du Ftu, de Scheele, en 1777.
science, combien leur marche eût été plus sûre et leurs mesures moins incohérentes I
Si la science économique est née à une date récente, c'est que les phénomènes qu'elle étudie sont parmi les plus compliqués que puisse offrir le monde ; c'est que les sociétés aussi, les unes ayant l'esclavage, d'autres le servage ou un régime restrictif de corporations et de privilèges, se prêtaient mal à Tobservation des lois économiques naturelles
Les phénomènes économiques semblaient dépendre uniquement de l'arbitraire des gouvernements ; il fallait un régime de liberté civile et, dans une certaine mesure, de liberté politique pour que la science économique se trouvât sur un terrain propice et déblayé.
Rapports de réconomie politique avec les diverses sciences morales. — Consacrée uniquement à l'étude de la production et des mouvements de la richesse, l'économie politique ne doit pas être taxée de science immorale. Elle n'est pas, comme on le prétend, la théorie de l'égoïsme.
Elle fait la part aux sentiments sympathiques. Elle n'affecte pas d'être la science universelle, ello n'est qu'une partie de cette dernière. Elle fait bon ménage avec toutes les autres sciences sociales
Avec la morale, par exemple, eCe s'entend sur tous les points. Bien loin de contredire la morale ou de la considérer comme indifférente, l'économie politique proclame qu'une société qui serait animée
e INTRODUCTION.
de seniiments d'une haute moraine, présenterail des avantages économiques incontestables : elle produirait plus et mieux, avec une régularité plus soutenue ; elle se laisserait moins entraîner aux mouvements d'une spéculation désordonnée ; elle apporterait, dans la répartition des richesses et la fixation des droits de chacun, un précieux sentiment de modération et d'équité ; elle mettrait dans ses consommations plus de discernement; elle compterait moins de prodigues et pljiis d'hommes économes ; elle développerait, en même temps que la loyauté dans les relations d'intérêt, l'habitude de l'association.
La plupart des vertus morales sont aussi des veM-*«iti économiques : le goût du travail, la possession de soi, la patience, la persévérance, l'esprit de justice, la prévoyance, le goût de la famille. Un père de famille dont la pensée, au lieu de se renfermer dans le cercle étroit de sa vie, embrasse toute la série des générations futures, est un bien meilleur agent économique qu'un célibataire
Avec la philosophie qui cherche à dégager des faits particuliers les idées générales, et qui, par des systèmes divers, arrive à la même conclusion, l'harmonie générale du monde ; avec l'histoire qui s'efforce de tirer du passé des leçons pour la conduite des hommes et qui donne l'expérience des siècles pour guide aux générations éphémères; avec la statistique, cette laborieuse ouvrière qui recueille
tous les faits sociaux et les groupai pour que le sa* vaut en puisse induire des conclusions et des règles, l'économie politique n'a pas de peine à s'entendre.
Elle tire des unes et des autres une matière à observation et à réflexion. Mais elle ne s'asservit â aucune d'elles. Sans dédaigner l'histoire, entre autres, elle ne conclut pas que tous les faits historiques soient légitimes et dignes d'approbation, que les opinions des hommes dans le passé aient toujours été la vérité.
On peut parfaitement rêver, par exemple, que la Révolution française eût pu ne faire ni les assignats ni la loi du « maximum », de même qu'on peut rêver que les guerres de religion eussent dû être évitées.
Avec le droit, l'économie politique a des rapports spéciaux. Elle a avec lui un fond commun, une base identique; car le droit repose, comme l'économie politique, sur la responsabilité individuelle, qui elle-même se rattache à deux principes : la liberté et la propriété.
Or, responsabilité, liberté et propriété sont, je ne dis pas les grands articles de foi, car il ne s'agit ^tas ici de dogmes révélés, mais les grandes vérités Bcientifiques qu'après beaucoup d'études et d'expéïiences proclame l'économie politique.
Le droit, toutefois, se modifie graduellement dans Vs applications pratiques, au fur et à mesure que à/d sociétés se compliquent et se développent : la
science économique, prudemment interprétée, peut lui indiquer les changements graduels qui deviennent utiles.
L'économie politique n'a garde de prétendre qu'elle doive être la souveraine maîtresse et régenter le monde avec un absolu pouvoir. Elle donne des conseils qui sont bons. à suivre ; parfois, mais rarement, d'autres considérations, tirées de la situation nationale ou politique, peuvent suggérer des atermoiements ou des tempéraments dans l'application.
Considérons la médecine : les médecins disent que le séjour des villes est moins hygiénique que celui de la campagne ; ils déclarent que le travail dans les fabriques est plus pernicieux que le travail à la maison. Cela ne veut pas dire qu'il faille détruire et les ateliers et les villes.
Il peut se rencontrer certaines nécessités autres que celles de la médecine qui fassent que l'on doive violer les lois de la médecine ; mais encore faut-il savoir que l'on viole ces lois.
Il en est de même des lois économiques ; si parfois on est induit à les sacrifier aux considérations politiques ou internationales , encore faut-il savoir qu'on les sacrifie et qu'il en résulte un mal.
Après avoir fait ainsi, sans présomption ridicule et sans modestie exagérée, la part que l'économie politique doit tenir dans le monde des idées et dans le monde de» faits, nous allons aborder les diverses
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parties de cette science, à savoir : la produclioo, la distribution, la circulation et la consommation des richesses.
Cette division en quatre branches, contre laquelle certains novateurs se sont élevés, reste la plus commode et permet de suivre les phénomènes, sans •'égarer ni revenir trop souvent sur ses pas.