BOURGEON FRONTAL
chaque côté, en doux parties : l'une interne, appliquée contre sa congénère du côté opposé, c'est le bourgeon nasal interne [Ni, fig. 78), l'autre externe appelée bourgeon 7iasal externe (Ne).
Fig. 77. — Emphyon de trrntk JODRS (schéma d'après Coste).
S/, bourgeon frontal ; — Fo, fossette olfactive; — Se, sillon lacrymal ; — Ms, bourgeon maxillaire supérieur; — Ai, A-2, Aj, premier, deuxième, Iroisième arcs branchiaux.
Fin. 78. — EiiDnvoN be quahanje JOUBS (schéma d'après Coste).
Bf, Bf, partie supérieure du bourgeon frontal ; — Fo, fossette olfactive; — Si, sillon nasal; — Ni, bourgeon nasal interne ; — Ne, bourgeon nasal externe ; — SI, sillon lacrymal ; — Aïs, bourgeon maxillaire supérieur; — Ai, Aj, A^, arcs branchiaux.
Chaque fossette olfactive communique avec la cavité buccale par un sillon passant entre le bourgeon nasal interne d'un côté, le bourgeon nasal externe et le bourgeon maxillaire supérieur [Ms) de l'autre; c'est le sillon nasal (Si).
FACE
B. Premier arc branchial.
Le premier arc branchial est constitué par deux lames latérales qui viennent se réunir sur la ligne médiane, vers le vingt-cinquième jour, pour constituer le maxillaire inférieur {A^].
Un peu avant que cette soudure soit réalisée, cet arc a émis un bourgeon secondaire, le bourgeon maxillaire supérieur {Ms) qui s'a.va.nce, de chaque côté, entre le bourgeon frontal et l'arc maxillaire inférieur (1).
1° BOURGEON MAXILLAIRIÎ SUPÉRIEUR.
Au 40» jour, le bourgeon maxillaire supérieur est séparé du bourgeon nasal externe par un sillon étendu de la vésicule oculaire au sillon nasal, le sillon lacrymal (SI, fig. 78). Le bourgeon maxillaire supérieur se développe d'une façon très active et, des parties latérales, gagne la ligne médiane de .la face. Il s'accole d'abord au bourgeon nasal externe, avec lequel il se confondrait, d'après les anciennes données; il passe, de chaque côté, au devant du sillon nasal {Si) ({u'il convertit en canal ; les deux canaux ainsi formés sont les rudiments des fosses nasales. En même temps, il repousse, l'un contre l'autre, les deux bourgeons nasaux internes qui forment ainsi le bourgeon incisif (Ni).
Vers la 8"= semaine, le maxillaire supérieur émet,
(1) Pour certains auteurs ce bourgeon se formerait aux dépens d'un arj branchial indépendant.
rREMIER ARC BRANCUIAL.
par sa face interne, deux lames, les lames palatines de Kollilvcr(Lp,rig. 78) qui tendent à se réunir pour se souder d'avant en arrière. En avant, elles s'écartent et, dans leur écartement, se loge le bourgeon incisif, qui est comme suspendu à la cloison des fosses nasales.
A la 9" semaine, la voiUe jmlatine est formée; dès lors se trouve réalisée la division de la cavité buccale primitive en deux portions : l'une inférieure digestive, l'autre supérieure respiratoire ou nasale. La soudure du voile du palais sera plus tardive.
Le bourgeon maxillaire supérieur fournit encore un autre bourgeon, le bourgeon pténjgo-palalin qui se soude avec son homologue du côté opposé, pour donner naissance au palatin et à Vaile interne de Vapophyse ptérygoïde (Sappey et Kôlliker); d'après Cusset, ce serait l'aile externe qui proviendrait du bourgeon ptérygo-palatin, op-inion qui n'a pas prévalu.
En même temps que les parties osseuses de la face, les parties molles correspondantes se développent parallèlement.
Ossification. — On admettait, jusqu'à ces derniers temps, que les os provenant du bourgeon maxillaire supérieur étaient des os secondaires ou de revêtement, c'est-à-dire se développant sans l'intermédiaire du cartilage.
Dursy, Hervé (1884) ont montré que cette distinction entre le squelette basai du crâne et les os de la face n'est pas absolue. Hervé, en effet, a vu la
no
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cloison nasale cartilagineuse, qui dépend du cartilage delà hase du crâne, fournir, à sa partie supérieure, deux lames qui s'incurvent latéralement pour former la paroi externe des fosses nasales. C'est à la surface de ces lames, véritables maxillaires supérieurs cartilagineux, que se développent les maxillaires osseux. Le cartilage ne se transforme pas en os; il semble n'être là, d'une façon transitoire, que pour guider l'ossification.
Cinq points d'ossification se rencontrent dans le maxillaire supérieur. Le cinquième est le point incisif. Ainsi, l'os incisif ou os intermaxillaire se développerait par deux points d'ossification (Hamy), un de chaque côté. Il n'en est pas ainsi, et, comme l'histoire de cet os est intimement liée à celle d'une malformation assez fréquente, le bec-delièvre, nous insisterons un peu sur ce sujet.
Os intermaxillaire. — Bec-de-lièvre. — On donne le nom de bec-âe-lièvre à une fissure congénitale des lèvres. 11 s'agit d'un arrêt de développement, de la persistance, avec béance, d'une des sutures qui unissent les divers bourgeons de la mâchoire supérieure. De là un certain nombre de variétés.
Si les deux bourgeons incisifs ne se réunissent pas sur la ligne médiane, il en résulte un bec-delièvre médian, ce qui est rare.
La fissure, qui persiste le plus souvent, est à gauche delà ligne médiane et constitue le bec-de-liévre unilatéral simple. Elle peut persister des deux côtés, le bec-de-lièvre est alors bi-latéral.
L'arrêt de développement peut, en même temps.
os INTERMAXIIXAIRE.
porter sur les os, soit d'un côté soit des deux ù la l'ois, et alors, les deux os intermaxillaires, isolés, sont suspendus à la cloison des fosses nasales.
Les fissures, séparant les os incisifs des maxillaires supérieurs, se réunissent au niveau du trou palatin antérieur; de là, elles peuvent se continuer, en arrière, par une fissure unique occupant la voûte palatine et le voile du palais. C'est le degré extrême du bec-de-lièvre connu sous le nom de gueule de loup.
D'après la théorie de Gœthe, qui a, l'un des premiers, établi l'existence dé l'os interraaxillaire chez l'homme (1786), quand le maxillaire est intéressé, la fente passe entre la seconde incisive et la canine, c'est-à-dire entre le bourgeon incisif et le bourgeon maxillaire supérieur. Cette opinion n'est pas acceptée par tous les auteurs. Albrecht l'a combattue dans une série de mémoires sur l'os interraaxillaire et sur le bec-de-lièvre. Depuis 1879, cet embryologiste poursuit ses idées qui ont été soutenues, en France, par A. Broca (1).
D'après Albrecht, le bourgeon nasal externe ne s'arrête pas à l'aile du nez; il continue à descendre et vient se placer entre le bourgeon nasal interne et le maxillaire, constituant ainsi l'intermaxillaire externe destinéàporter l'incisivelatérale. Ontrouve, à ce niveau, cinq fentes : une médiane et deux latérales symétriques. L'os intermaxillaira est double, de chaque côté.
Cette théorie d' Albrecht parait justifiée par l'exa-
(1) Bulletin de la Société anatomique, 1887.
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men de la mâchoire supérieure normale d'un fœtus de six mois (fig. 79) (1). Les sutures sont, sur ce crâne, d'une grande netteté; les segments osseux sont encore séparés par une traînée de substance
Fig. 79. — Voûte palatine osselsb d'un fœtus de si\ mois.
a, suture eiKlo-exognathique ; — b, suture endo-endognathique ;
— c, méso-exogiiatliique ou suture incisive; — endo-mésognathique ou suture d'Albreclit ; — e, mésognathion ; — f, endognathioii ;
— h, exognathion; — m, alvéole de la deuxième incisive; — ?i, alvéole de la première incisive ; — o, alvéole de la canine.
hyaline. De chaque côté de la ligne médiane, la mâchoire supérieure se décompose en trois pièces, celles-là mêmes qui sont désignées, dans le vocabulaire d'Albrecht, par les dénominations suivantes : Exognalhion {h) (maxillaire supérieur); Mésognathion (e) (intermaxillaire externe correspondant au
(1) Gilis. Os intermaxillaire quadruple. Société onatomtque, Paris, 1888.
os INTERMAXILLAIRE.
Ijourgeon nasal externe) ; Endognathion {f) (intermaxillairc inlerne, correspondant au bourgeon nasal inlcrne). Les sutures, séparant ces divers segments, portent dos noms correspondant à ces segments mêmes : sutures endo-exognathique (a), endoendognalhique (h), méso-exognalhique (c), endo-inésognathique (d).
L'os incisif parait donc composé, à ce stade, de quatre pièces.
Or, pour Albrecht, la fente du bec-de-liùvre latéral complique passerait, non pas entre l'incisive latérale et la canine (Gœthe), mais entre l'incisive moyenne et l'incisive latérale. Ce serait une persistance delà suture endo-mésognathique {d). A l'appui immédiat de cette théorie, viennent tous les cas de bec-de-lière double, avec bourgeon médian porteur des deux incisives moyennes, les deux latérales étant à côté de la canine, sur le bord externe de la fente. Ces cas se multiplient de jour en jour. Cependant il faut convenir qu'il existe des faits discordants : tantôt, la fente passe entre l'incisive médiane et la canine, à la place où devrait être l'incisive latérale absente; tantôt le bourgeon médian porte quatre incisives ; sur le bourgeon maxillaire, on trouve ou Ton ne trouve pas d'incisive juxtacanine.
Les anomalies sont nombreuses dans cette portion du système dentaire. Pour Albrecht, quand on trouverait quatre incisives sur le bourgeon médian, les deux externes seraient deux incisives supplémentaires. Les incisives latérales seraient reportées
FACK.
sur l'autre bord de la fenio, à côté de la caiiino ; elles peuvent manquer : dans ces cas, elles se seraient atrophiées et il n'y aurait qu'une justification apparente de la théorie de Gœthe.
L'examen des diverses statistiques de Ijec-de-lièvre montre que la théorie d'Albrecht se vérifie souvent. A. Broca rapporte vingt-sept cas qui lui sont favorables. Il paraît donc probable que la tissure du bec-de-lière compliqué, ouvrant la narine, passe entre l'incisive moyenne et l'incisive latérale.
Les travaux d'Albrecht ont provoqué de nombreuses discussions. Ses opinions sont vivement contestées par des embryologistes de grande autorité. His, Th. KôUiker, Biondi n'ont pas accepté les données d'Albrecht sur la disposition du bourgeon nasal externe et sur son rôle dans l'édification de la mâchoire supérieure. Ces auteurs semblent avoir établi que le bourgeon nasal externe ne descend pas assez bas, pour contribuer à la formation du rebord alvéolaire et de la lèvre supérieure ; ces parties seraient constitués par le bourgeon nasal interne (os intermaxillaire) et le bourgeon maxillaire supérieur. Dès lors, l'état quadiniple de l'os intermaxillaire serait fort douteux; il ne serait même qu'apparent et, d'après les derniers travaux de Biondi (1), de Warynski (2), cette apparence quadruple serait
(1) Lippenspalte und deren complicationen. Archiv. de Wirchow. 1888.
(2) Contribution h l'étude de bcc-de-lièvre, Ai-chiv. Wi)-chow. 1888.
os INTERMAXILLAIRI-:
due au mode d'ossification de l'os intermaxillaire.
Celui-ci se développerait par deux points d'ossification : l'un, occupant la face externe de l'os [ci, fig. 79) et se propageant ensuite à la face palatine {op, fig. 80); l'autre, supplémentaire (pii, fig. 80), formant la paroi postérieure de l'alvéole de l'incisive centrale et prenant part à la constitution du canal incisif; il correspondrait à l'endo-gnathion.
La suture endo-mésognatliique ou su tured'Albrecht (d, fig. 79) est l'espace resté libre entre ces deux points d'ossification ; elle est constante, du cinquième au sixième mois, d'après Warynski. Avant cette époque, elle n'a pas ses caractères distinctifs ; après, elle disparaît, avec une rapidité variable, par l'accroissement des alvéoles.
La suture d'Albrecht ne représente donc pas un espace séparant deux pièces d'origine distincte; la tissure palatine du bec-de-lièvre ne lui correspond pas, et l'auteur revient à la théorie de Gœthe qui fait passer la fissure palatine entre l'inte^maxillaire et le maxillaire (Ij.
Mais, il s'écarte de l'ancienne théorie, quand il
(1) War-ynsky émet encore une opinion nouvelle sur la situation exacte de la suture exo-mésognathique ou suture incisive. Les partisans d'Albrecht et les partisans de l'ancienne théorie de Gœthe font passer cette suture entre l'alvéole de l'incisive latérale et l'alvéole de la canine. Pour lui, la suture incisive divise l'alvéole de l'incisive latérale en deux parties : l'une, plus grande, dépendant de l'intermaxillaire ; l'autre, plus petite, se rattachant au maxillaire supérieur. Les dents incisives, chez l'homme, ne se développeraient pa3 strictement sur l'intermaxillaire.
FACE
'■nu-.
FlG. 80. — MiXILLAinE d'un EMIIHYON HUMAIN DE DEUX MOIS ET DESII, lU PAn SA FACE EXTERNE.
m, corps du maxillaire; — si, suture incisive encore ijien distincte; — d, corps de l'intermaxillaire ; — ani, apophyse nasale de Tintermaxillaire (d'après Warynski).
FiG. 80 bis. — Le siÈiiE os vu i"An la face palatine.
m, maxillaire; — sî, suture incisive; — oy), ossification de hi face palatine dépendant de l'ossification externe ; — pii, point d'ossification <iu canal incisif de l'intermaxillaire ; — baa, bord alvéolaire antérieur déjà ossifié (d'après Warynski).
os intermaxillaire.
s'agit d'interpréter le trajet de la fissure, sur la face antérieure de la mâchoire. Le bourgeon nasal externe, en effet, entrerait pour une part dans la formation de l'os intermaxillaire : il fournirait l'apophyse nasale externe de cet os {ani, fig. 80). L'apophyse peut s'ossifier par un point supplémentaii-e, se souder hâtivement avec le maxillaire, et la tissure passe alors entre l'apophyse nasale externe (bourgeon nasal externe) et le corps de l'os intermaxillaire (bourgeon nasal interne). Nous revenons ainsi, en partie, par ce fait, aux idées d'Albrecht.
Tout cela montre que cette question est loin d'être définitivement fixée. Il est des cas où la fissure passe par la suture incisive, puisqu'on trouve en dedans la suture d'Albrecht persistante (cas cité par Warynski). Mais, il en est d'autres oîi la fissure est en dedans de la suture incisive. En l'état actuel, il semble donc qu'on ne puisse pas donner une théorie unique du bec-de-lièvre latéral. II est fort probable que chaque suture de cette région peut donner naissance à une variété de fissure.
En dehors de la région de l'os intermaxillaire, se présentent d'autres malformations.
La fente méso-exognathique ou fente incisive peut manifestement persister et donner naissance à une fissure faciale qui remonte jusqu'à l'œil, en passant à un centimètre environ de l'aile du nez qui est intacte (cas de Guersant).
La fente, qui sépare le bourgeon maxillaire supérieur du bourgeon maxillaire inférieur, se montre
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quelquefois sous la forme de fissures génicnnes congénitales remontant vers la région temporale ou vers l'angle externe de l'œil.
Entre le bourgeon maxillaire supérieur et le bourgeon orbito-frontal, se trouve aussi une fente {frontoorbitaire de Cusset). Au moment de la soudure de ses lèvres, il s'y produit souvent des inclusion.=; épidermiques, origine des kystes dermoldes si fréquents de la queue du sourcil.
Pour terminer l'étude du premier arc branchial, énumerons les dérivés osseux de chaque bourgeon.
Le bourgeon maxillaire supérieur fournit : le maxillaire supérieur, l'aile interne de Vapophyse ptérygoïde, le palatin, le malaire et le cor7iet inférieur.
Du bourgeon nasal externe j)YO\\er\nent: V intermaxillaire externe ou, tout au moins, l'apophyse nasale externe de cet os, Vunguis et les os du nez.
Le bourgeon nasal interne forme : V intermaxillaire interne et le vomer.
Nous connaissons ainsi l'origine de tous les os de la mâchoire supérieure. 11 reste à suivre le développement de la mâchoire inférieure, qui naît du bourgeon maxillaire inférieur.