FIC. I 7 I . — POUSSIN. — LES BERGERS D'ARCADIE
(Musée du Louvre.)
tendre, l’autre plus viril, sont des âmes de même famille; aussi a-t-on supposé entre eux des relations qui peut-être n’ont pas existé. Au point de vue de la composition, de l’invention, de l’expression, ils peuvent compter parmi les plus grands maîtres; mais leur coloris est souvent taible et terne comme celui de la plupart des peintres français de ce temps. Aussi au Louvre leurs tableaux ne séduisent point d abord l’œil, quand on sort des salles où brillent les grands maîtres italiens et flamands; mais, à mesure qu’on les regarde avec
LES TEMPS MODERNES
plus d’attention, on est gagné par leur sincérité et leur élévation, et ils inspirent peu à peu un attachement profond et respectueux.
A Rome, autour de Poussin, se groupaient des artistes qui souvent subirent l’autorité de son caractère et de son talent, Gaspard Dughet, son beau-frère, Jacques Stella, qui revint en France en 1634 et devint un des peintres de Louis XIII. Valentin, au contraire (1600-1634), adopte le style de Michel-Ange de Caravage, prend pour modèles les types populaires les moins nobles, les joueurs et les ivrognes, prodigue le noir dans ses tableaux sous prétexte d’énergie [Concerts, Jugement de Salomon, au Louvre). Dans cette colonie française, le plus illustre après Poussin est Claude Gelée, dit « Claude Lorrain » (1600-1682). Etabli de bonne heure à Rome, il y a passé sa vie, multipliant soit les simples pastorales, soit les paysages héroïques où, dans des sites parsemés d’édifices, il introduit les personnages célèbres de l’antiquité (plusieurs tableaux au Louvre et notamment Débarquement de Cléopâtre , Vue d'un port au soleil levant (fig. 172), Vue d'un port au soleil couchant). Claude Lorrain est le peintre de la lumière telle qu’elle éclate dans les pays du Midi, chaude, dorée, toujours riche en effets puissants. Il la connaît sous tous ses aspects, il en a noté toutes les nuances, depuis les lueurs de l’aube jusqu’aux splendeurs du soleil couchant. S’il laisse le pinceau pour l’eau-forte ou la plume, il ne se montre ni moins coloré ni moins habile; ses estampes, son livre d'esquisses, le fameux Liber Veritatis (aujourd’hui au duc de Devonshire), l’attestent.
Les peintres de la cour df. Louis XIV. — Poussin,, Claude Lorrain se sont fixés à Rome; d’autres y sont venus, mais sont rentrés en France, attirés par l’éclat de la cour.
• Charles Le Brun (1619-1690) a été le camarade de Le Sueur chez Simon Vouet, et Poussin l’a initié à la connaissance de l’antique, lors du séjour qu’il fit à Rome, de 1642 à 1646. Il n’a ni leur force de conception ni leur sensibilité; mais actif, doué d’un esprit bien équilibré et d’une grande facilité d’invention, il possède toutes les qualités nécessaires au rôle que son ambition veut jouer. De retour en France, c'est lui qui, en 1648, obtient la constitution de l'Académie
l’art FRANÇAIS AU XVIIe SIECLE. 321,
royale de peinture et de sculpture, destinée à grouper les maîtres et à assurer leur unité de direction sur les jeunes artistes. Dès le début, il en fut le chef véritable; il en devint plus tard le directeur à vie. D'ailleurs, il y enseigne, il y fait des conférences qu’on a conservées et qui constituent comme le code de Part officiel de ce temps. Ainsi triomphe le style académique, dédaigneux du passé artistique de la France, étroit et intransigeant, qui trop souvent vécut de procédés et de conventions. L’Académie royale assura son