CHAPITRE I
La médecine est aussi ancienne que le genre humain lui-même; elle a pour base l'instinct de conservation. Les premiers hommes se sentant malades durent naturellement chercher à se soulager ; c'est à eux que remonte l'origine de notre histoire ; ils furent les premiers médecins. « Il est une médecine populaire, dit Bordeu *, et née, pour ainsi dire, avec les hommes : ils l'ont toujours portée partout, et partout cultivée avec un soin égal ; la nécessité la leur a dictée, comme elle leur apprit à se préparer divers aliments et diverses boissons. » Le besoin de remédier à ses souffrances étant une des premières néces-
1. Théophile Bordeu, Recherches snr Vhistoire de la médecine.
sites de l'homme, la médecine, suivant Houdart % naquit du sein même de nos infirmités et fut, par cette raison, une des premières conquêtes de l'esprit humain.
Mais, comme celui de beaucoup d'histoires, son berceau se perd dans la nuit des temps fabuleux, et chez les païens les noms des créateurs de notre art ont été consacrés par des apothéoses. Ils ne pouvaient se figurer, nous dit Quintilien % que le génie de l'homnin ait pu inventer la médecine, et Cicéron lui-même s'exprime en ces termes : « Deorwn immortalium inventioni consecrata est ars medica '' », Pline ne nous enseigne-t-il pas, d'ailleurs, qu'on rendit à Hippocrate les mêmes honneurs qu'à Hercule, et le vieillard de Gos n'a-t-il pas été convaincu de l'origine mystérieuse et en quelque sorte divine de notre art ? — « Ceux qui ont trouvé les premiers la manière de guérir les maladies, écrivit- il \ ont jugé que c'était un g-enre de connaissances qui méritait que l'on en attribuât l'invention à Dieu ; ce qui est, ajoute-t-il, le sentiment commun. » — Enfin^ les docteurs juifs, se basant sur le récit de la Genèse, crurent que le Seig^neur, après avoir appelé tous les animaux devant Adam pour leur donner des noms^ avait inculqué au premier homme la notion de leurs qualités et celle de toutes les créatures.
Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps à des données aussi incertaines; il y a eu avant tout une médecine instinctive : le premier homme, nous l'avons dit, a été le premier médecin, et la médecine est née en même temps que la maladie. « Les grossières mais judicieuses indications
1. Houdart, Etudes Jiistoriqnes et critiqnes sur la vie et la doctrine d" Hippocrate et sur Vétat de la médecine avant lui. Paris, 1840.