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CHANSONS POUR EXCITER A LA CROISADE

Signor, saciez, ki or ne s'en ira

En celé terre, u Dieix fut mors et vis.

Et ki la crois d'outre mer ne prendra,

A paines mais ira en paradis :

Ki a en soi pitié et ramenbrance

Au haut seignor, doit querre sa venjance,

Et délivrer sa terre et son païs

Traduction.

Seigneur, sachez que celui qui ne s'en ira En cette terre où Dieu mourut et vécut Et ne prendra pas la croix d'outre- mer, Aura grande peine à gagner le paradis.

Qui en soi a pitié et souvenir Du haut Seigneur, doit chercher à le venger

Et à délivrer sa terre et son pays

Dieu se laissa pour nous martyriser en croix ,

Et il nous dira au jour où tous viendront devant lui :

18 PRtCIfl D'HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Vous «jui m'aidâtes à porter ma croix,

« Là vous me verrez avec ma mère Marie,

« Allez- vous-en où sont les anges;

i Et vuus par qui je n'eus jamais aucune aide,

« hescendez tous en enfer le profond. »

(Trad. de Tissot.)

Eustache Deschamps (1340-1421), né en Champagne, a composé des ballades pleines d'élégance et de poésie sur nos désastres de Crécy et de Poitiers.

Froissart, Christine de Pisan, Alain Chartier, trois noms que nous aurons à citer parmi nos prosateurs, ont laissé des élégies, des ballades, etc., très estimées des contemporains.

Charles d'Orléans (1391-1464), né à Paris, était fils de Louis d'Orléans, assassiné en 1407 par les émissaires de Jean sans Peur. Fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, en 1415, il charma les ennuis de sa captivité de vingt- cinq ans, en Angleterre, par des chansons, des ballades et des rondeaux, que distinguent le naturel, l'élégance et le pathétique des sentiments.

souhaits de l'exilé. (Ballade.)

En regardant vers le paï's de France, Ung jour m'avint, a Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la doulce plaisance Que souloye ou dit païs trouver1.

Si commencay de cueur. à souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit, De veoir France que mon cueur amer 2 doit.

Je m'avisay que c'estoit nonsçavance3 De telz souspirs dedens mon cueur garder ; Yeu que je voy que la voye commence De bonne paix qui tous biens peut donner. Pour ce tournay en confort mon penser : Mais non pourtant mon cueur ne se lassoit De veoir France que mon cueur amer doit.

Alors chargeay en la nef d'espérance Tous mes souhaitz , en les priant d'aler

i Que j'avais coutume au dit pays trouver. — 2 Aimer. — 3 Ignorance.

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I »r imii doinl ' Dieu bonne pâli ini tardai Adonc .iiii-.iv loisir, mail qu'ainsi soif , I ».' raoir France que non cueur imer d

I'.iin e t tréaor qu'on lie peut t rc »| > louer Je hé ; guerre, point ne le doy priser ; Destourbé ' n'a long temps, eolï tort ou droit, Pc reoir France que non oueur amer doit

François Villon 1431-1484), néà Paris, était doué d'un vrai talent poétique. Malheureusement il se laissa entraîner de bonne heure par les mauvaises compagnies, i fuyant l'escolle comme faict le mauvais enfant. » Son génie, déprimé par l'inconduite , ne brilla qu'à de rares et trop courts instants. — Il a laissé deux poèmes, le Petit Testament et le Grand Testament, où, parmi ses lega satiriques faits à des amis dignes de lui, se trouvent enchâssées des pièces de tout genre : des sonnets, des complaintes, des ballades.

Villon a peint avec originalité ses impressions et ses sentiments les plus divers. Voici deux strophes de sa ballade des Dames du temps jadis :

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