PRÉFACE
DE LA Ire ET DE LA IIe ÉDITION.
Ce livre n'a d'autre bot que Futilité ; si j'eusse voulu faire une œuvre d'art , j'aurais négligé certains détails auxquels fat accordé une large place. Mais l'intérêt dramatique n'est pas toujours d'accord avec la nécessité de tout dire, ou du moins de dire tout ce que rédame l'intelligence des enfants auxquels tes travaux de ce genre sont destinés. Ce livre n'est pas non pVus, quant à la forme, un ouvragerférudition , une suite de mémoires moins destinés à nos collèges qu'à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il y a deux écueils , ce me semble, à éviter dans un travail de ce genre : d'une part, l'érudition sévère , quelquefois aride , et toujours désespérante pour la jeune et fraîche imagination des enfants; de l'autre, cette allore trop décidée et trop vive qui court aux détails dramatiques , aux faits pittoresques -, en passant souvent pardessus les périodes peu fécondes en émotions. L'histoire est un beau pays , sans doute , et il y a profit et plaisir à le parcourir; mais ce beau pays n'offre point toujours de riches et riantes campagnes. Pour arriver aux plus admirables paysages, il faut souvent franchir avec peine des steppes sauvages où, de toutes parts, l'œil ne rencontre qu'un triste horizon ; ma/s qu'importe ? Si l'humanité les a franchis, il faut la suivre là comme ailleurs , comme partout où elle passe.
J'ai dit ce que j'ai voulu éviter; voici maintenant ce que j'ai essayé de faire. Renfermer toute l'histoire romaine en un seul volume eût été chose impossible; il fallait, ou être concis et incomplet sur plusieurs points, et même sec et aride sur quelques autres; ou bien, des deux éléments principaux de l'histoire romaine , la guerre et la politique , sacrifier l'un à l'autre, indiquer sommairement les conquêtes extérieures, sans nous arrêter aiwrécit minutieux des batailles et des opérations militaires ; en un mot , passer rapidement sur les événements qui se trouvent racontés longuement dans des livres
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que les élèves ont etut la main et qpfilr peuvent consulter sans peine, et insisté» partfculiftremcat sar la véritable histoire de Rome, celle de ses éternelles guerres du Forum, de ses révolutions intérieures, de ses institutions , des causes de sa grandeur et de sa chute : c'est à ce dernier parti que je me suis arrêté. L'histoire de Rome est tout entière dans oe livre; seulement, je ne me suis étendu que sur les parties qui eussent présenté trop de difficultés à l'élève, et je lui ai laissé à développer ee fui n'est point au-dessus de ses forces, liais là même où, dans cette histoire, je me suis borné à résumer les faits , je me suis efforcé de conserver à la narration vivacité et intérêt; de soutenir constamment l'attention de mes jeunes lecteurs ; en un mot, de ne jamais sacrifier la forme au fond, convaincu que le plus sûr moyen de graver une leçon dans la mémoire, c'est de parler à f imagination et d'exciter la curiosité.
Du reste , je ne saurais trop recommander aux élèves, pour le& développements qu'ils doivent donner par eux-mêmes à * certaines parties de ce livre, la riche et abondante compilation de notre bon Rollin , les savantes et consciencieuses recherches de M. Poirson pour l'histoire de la république, celles de M. Caïx pour l'histoire des empereurs, et surtout le travail si fécond en résultats qu'achève en ce moment M. Dumont. C'est là qu'ils apprendront que l'histoire n'est pas seulement dans les historiens; qu'un esprit judicieux et fin, guidé par le flambeau d'une saine critique, peut, à l'aide des orateurs, des philosophes et même des poètes, présenter souvent un tableau plus animé et plus vrai que s'il eut suivi gaa à pas les annales officielles. Qu'ils lisent aussi le brillant travail de M. Michelet , surtout pour les époques où les faits commencent à prendre un degré de certitude que le scepticisme ne saurait plus contester, ils y apprendront comment un grand écrivain peut prêter à l'histoire tout l'intérêt <J'ua drame* Mais qu'ils admirent ce peintre habile » sans chercher à l'imiter. Leur âge est celui de l'étude. Plus tard seulement , quand ils auront acquis la science , ils pourront, s'ils ont reçu l'étincelle sacrée, devenir aussi des artistes.