CAUSES GÉNÉRALES DE NUISANCE
l*' Insalubrité, — a) Dégagements ré^iduaires {fumées, gaz, poussières). — Il s'agit tantôt de fumées plus ou moins chargées de gaz nuisibles, provenant de combustions incomplètes, tantôt de gaz infects provenant de la décomposition des matières organiques, tantôt enfin de vapeurs acides, de buées fumeuses chargées de particules toxiques, de produite volatils empyreumatiques, de gaz délétères.
Sur la seule ville de Paris, d'après A. Gautier, les fumées répandent annuellement IGOOOO kgr. de matières solides (dont 80 p. 100 sont dus, il est vrai, aux foyers domestiques); à la campagne, les vapeurs industrielles (acide fluoi'liydriijue, etc.) peuvent nuire à la végétation, aux récolles. Bref, les dégagements résiduaires peuvent être seulement gênants ou incommodes (par leur odeur désagréable), ou être insalubres par les gfiz toxiques (ju'ils contiennent (2 p. 100 d'HCI, 5 p. 100 de SO^ H2, d'après A. Gautier).
La composition de la fumée industrielle [de houille surtout) a été bien déterminée : elle contient, comme gaz combustibles, de riiydrogène, de Toxyde de carbone, de Fhydrogène proto et bicarboné; comme autres gaz ou vapeurs, de Tacide carbonique, de Tazote, de l'ammoniaque, de Tanhydride sulfureux, de la vapeur d'eau, des huiles pyrogénées ; comme matières solides en suspension, de la suie, du charbon, du goudron, des hydrocarbures, etc.
Les modes de novicilé de la fumée et des dégagements industriels sont multiples. Elle est nuisible physiquement, car elle altère lair resjtirable, favorise la foi'mation des brouillards (Muscart, Aitkens), diminue la luminosité de Fatmosphère, si utile dans la destruction des germes atmosphériques (S. Arloing,
Diiclaux, etc.). Elle est nuisible mécaniquemenl, en a|)|)ortant sur le sol, sur les constructions, sur les arbres et les plantes, et dans Fintérieur des habitations, des particules de charbon ou de suie, des fuliginosités noires plus ou moins visqueuses, grasses et adhérentes (Angleterre noire, Lille, St-Etienne). Elle est nuisible chimiquement, par ses vapeurs acides et délétères, surlout par Tanhydride sulfureux (houilles pyritenses) et Foxyde de carbone (Gautier et Gréhanl). Elle est nuisible ôiologiquemeni, en introduisant dans les bronches des particules de charbon et de suie et les microorganismes dont ils sont le véhicule (anthracose, p. 430), en facilitant les gaz malodorants ou pestilentiels, les pullulations microbiennes (Trillat) ou les maladies dites par inhalation (pneumoconioses, etc.) ; en déprimant le système nerveux et le caractère par privation de l'excitant lumineux.
Les fumées chargées de vapeurs sulfureuses, chlorhydriques, nitreuses, fluorhydriques, etc., peuvent avoir une influence désastreuse sur la végétation environnante.
En somme, la fumée est non seulement incommode mais insalubre : il est nécessaire de Fatténuer dans la mesure du possible.
Outre la fumée, les établissements industriels peuvent être la cause de production de poussières, de dégagements de vapeurs, de gaz, qui constituent des conditions non seulement d'incommodité, mais encore d'insalubrité, et cela, à la fois pour le voisinage et pour les ouvriers eux-mêmes. L'étude de ces différents points trouve mieux sa place au chapitre concernant FHygiène intérieure des ateliers. Quoi qu'il en soit, nous rappellerons encore ici l'influence délétère de certains dégagements gazeux industriels sur la végétation voisine; les expériences récentes de Trillat ont montré aussi que la présence de vapeurs, alcalines notamment, dans l'atmosphère, y facilite les pullulations microbiennes.
Certaines usines surtout produisent ces dégagements : usines de produits chimiques, fabriques de superphosphates, fabriques de colle, mégisseries, traitement des matières de vidanges, etc. Elles répandent notamment dansFair : de Facide carbonique, de l'oxyde de carbone, des vapeurs sulfureuses chlorées, sulfocarbonécs phosphorées ammoniacales, ou acides (chlorhydrique, lluorhydrique, sulfurique, nitrique). Nous reviendrons plus loin sur les dégagements résiduaires.
b) Écoulements résiduaires. — Les eaux industrielles consti-
tuant les écoulements résiduaires proviennent soit du trempage ou du nettoyage des matières premières et du lavage des ateliers, soit du traitement des matières par macération, cuisson ou action chimique, soit de la décantation des masses résiduaires liquides ou de la condensation des résidus gazeux. On leur donne encore le nom d'Eftluent {Sorage, Abwasser). Tous ces résidus liquides sont capables de produire des amas d'eaux, stagnantes ou courantes, pouvant souiller l'air par leurs émanations, le sol par leurs dépôts, le sous-sol et les eaux potables en se mélangeant à la nappe souterraine ou en se déversant dans les ruisseaux et les rivières.
Le principal danger réside précisément dans cette pollution des cours d^eau et de la nappe souterraine par des principes toxiques d'origine chimique ou par des produits infectieux : témoi^ les accidents qui furent produits par les eaux arsenicales d'une fabrique de fuchsine à Pierre-Bénite.
Les poissons sont très sensibles à l'action des eaux industrielles, lorsqu'elles ne sont pas neutralisées ou épuisées (l'anguille leur résiste davantage) ; les mollusques fuient les eaux malsaines, sauf le planorbis corneus et la hithynia impura, qui vivent parfaitement dans Feau corrompue.
De même pour les végétaux : le cresson ne vit que dans les eaux très pures, les roseaux dans les eaux troubles; la présence de heggialoa alba ou sulfuraire est l'indice d'une extrême corruption : il s'agit d'une algue inférieure se développant sous forme de crasses blanches, visqueuses, très adhérentes, à la surface des eaux chargées des résidus des féculeries : leurs dimensions sont 3 à 4 a ; à leur intérieur, on voit des grains de soufre.
c) Encombrements résiduaires . — A l'état solide, les déchets industriels peuvent être une cause non seulement d'encombrement du sol, de danger (voir risques d'incendie), mais aussi d'insalubrité. Les poussières, gaz, vapeurs qui s'en dégagent, les insectes qui peuvent y pulluler, sont capables d'occasionner diverses maladies ; les produits chimiques qu'ils contiennent, surtout s'ils sont dissous par l'eau, la pluie, par exemple, peuvent contaminer le sol et le sous-sol, de même que les microbes et parasites qu'ils renferment parfois, ils nuisent donc à la façon des écoulements et des dégagements résiduaires.
2° Insécurité. — Les établissements industriels peuvent être une cause d'insécurité non seulement pour les ouvriers qui y
travaillent (accidents de machines) mais encore pour le voisinage, du fait surtout des dangers d'incendie ou (rexplosion.
a) Dangers d'incendie. — Les dangers existent surtout dans les usines, les scieries, les dépôts d hydrocarbures, les fabriques d'allumettes ou d'objets en celluloïd, etc., en somme, partout où il existe en grande quantité, et à proximité de foyers quelconques, du bois, du charbon, de Tétoupe, des vapeurs inflammables, des poussières fines, de la benzine, du pétrole, de Falcool, de Téther, de l'essence, des graisses, du celluloïd, etc.
b) Dangers d'explosion. — Les explosions sont à craindre, à peu près dans les mêmes établissements ; surtout dans les fabriques d'amorces, de pièces d'artifices, de cartouches, de poudre, de dynamite, etc., et partout où se trouvent des chaudières, des substances explosibles, fulminate de mercure, etc.
c) Dangers provenant des animaux. — A signaler, au voisinage des abattoirs, tueries, écuries, ménageries, etc.
3° Incommodité. — Certains établissements industriels paraissent être plus incommodes qu'insalubres. C'est surtout contre les incommodités résultant de mauvaises odeurs qu'avaient été prises les premières ordonnances de réglementation (1810). Aujourd'hui, on sait que les dégagements malodorants ammoniacaux, sulfhydriques, etc., peuvent être nuisibles à la santé, en favorisant les infections (Trillat), en produisant des intoxications chroniques ou même massives. On sait aussi que le bruit, la trépidation, surtout s'ils troublent le sommeil, peuvent créer ou aggraver certains troubles morbides chez les personnes prédisposées (névropathes).
a) Mauvaises odeurs. — Nous en avons parlé déjà à propos des dégagements industriels. Il s'agit surtout d'émanations d'origine animale : tueries, boyauderies, triperies, fontes de graisses et de suif, débris animaux, peaux et cuirs, poils et cornes, engrais, savons et colles, fromages, etc. Il peut s'agir aussi d'émanations de matières végétales décomposées ou non (chiffons, huiles, essences, alcools, tabac, café, etc.), ou de produits volatils d'origine minérale (gaz et autres dérivés des goudrons et des houilles, vapeurs acides ou ammoniacales, produits chimiques et pharmaceutiques, fours et hauts-fourneaux, etc.).
b) Bruit et trépidation . — Les ateliers de battage, lespileries, chaudronneries, verreries, atehers de forges, de construction mécanique (machines et wagons), les emboutisseuses, les moutons et marteaux-pilons, les tonnelleries, tréfileries, les moulins, le
LES GRANDS l'ROBLEMES URBAINS
lavage de minerai, etc., peuvent être des causes d'incommodité. Pendant le jour, en général, Taccoutumance préserve les voisins, comme elle préserve les ouvriers. Mais les malades, les personnes irritables, peuvent être affectés défavorablement, à plus forte raison pendant la nuit. Les constructions elles-mêmes peuvent être ébranlées : au-dessus des mines en terrain argileux, lorsque les galeries sont mal étayées, mal consolidées, on a observé le tassement et le glissement de tout un village ! C'est là une véritable cause d'insécurité en même temps que d'incommodité.