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III. — PRO.CÉDÉS D'ÉVACUATION DES IMMONDICES LIQUIDES

Au point de vue hygiénique, comme d'ailleurs au point de vue économique, on doit, dans les villes, condamner le système (ïévacuation individuelle ^.qui est plutôt l'absence de tout système; on ne peut laisser à chaque maison le soin de se débarrasser de ses immondices; non seulement elle s'infecterait elle-même, mais elle infecterait les immeubles voisins, le quartier, la ville entière.

C'est donc à raulorité municipale de présider à Finstallation et au fonctionnement d'un système d'évacuation générale, c'est-àdire desservant un groupe entier.

A. — Procédés statiques.

Cette conservation des matières peut être à long ou à court délai. Elle ne devrait être tolérée que pour les maisons isolées ou les petites agglomérations.

1° Conservation à long délai. — a) Puits absorbants, puits perdus, puisards. — Ce système, applicable seulement dans les régions où le sous-sol est perméable, permet d'évacuer les eaux vannes, sans avoir à en faire l'extraction. Cette évacuation souterraine peut être commode pour celui qui la pratique; elle a le grave défaut d'infecter la nappe souterraine (puits et sources du voisinage), d'où une cause fréquente de contamination des eaux potables. Les inconvénients sont considérables.

b) Fosses fixes à vidange ordinaire. — La fosse fixe est une excavation à parois maçonnées, pratiquée dans le sol au niveau des fondations de la maison et recevant le tuyau de chute des cabinets d'aisances. La fosse fixe sera placée un peu en dehors de Taire de la maison et, comme la conduite de chute doit être aussi directe que possible, le cabinet d'aisances sera avancé en conséquence. La distance, entre la fosse et le puits, sera aussi grande que possible , pour éviter les infiltrations que l'on sait si fréquentes. Elle devra être munie d'un tuyau d'évent, débouchant sur le toit, pour donner issue aux gaz qui se produisent en quantité énorme, pendant la fermentation et qu'Erismann estime à 1 200 m"^ en vingt-quatre heures . Les tuyaux d'évent doivent être couronnés de chapiteaux grillagés, pour empêcher les moustiques de déposer leurs œufs à la surface des matières et ainsi de se multiplier.

Il est nécessaire de la construire avec toute l'étanchéité possible et d'arrondir les angles des parois et du fond pour le curage.

Les inconvénients des fosses fixes sont multiples. Le principal est de laisser la feriiientation se faire dans la maison même et y dégager les gaz infects, (]ui, après avoir rempli la fosse, gagnent les cabinets d'aisances et les apparlemenls, en même temps que l'atmosphère, par le tuyau d'évent. Les émanations sont à leur comble le jour où il faut ouvrir la fosse pour la vidanger.

Un autre reproche à faire à la fosse fixe, c'est qu'elle prohibe, vu sa faible contenance et le coût élevé de l'extraction, l'usage de l'eau dans les cabinets. On s'abstient de laver ce qui en a le plus besoin! De plus, on ne peut se servir des obturateurs hydrauliques là où ils seraient si utiles, pour empêcher le passage des gaz, montant de la fosse.

D'autres inconvénients se font encore sentir. En premier lieu, Tétanchéité est le plus souvent illusoire, le béton et la maçonnerie comportant d'ordinaire (au moins après un certain temps) des fissures par lesquelles les liquides septiques gagnent le sol, en sorte que la fosse devient un simple puits perdu (résultat cherché par les propriétaires pour diminuer les frais de vidange) et qu'il faut abandonner tous les puits aux environs. L'imperméabilité, même avec la double paroi, est une utopie.

D'autre part, la ventilation, malgré la présence du tuyau d'évent s'élevant au-dessus du toit, est toujours bien imparfaite, et chacun sait que, dans certaines conditions atmosphériques (grosses chaleurs, approche d'un orage), le sens des courants d'air peut se renverser. Sander, d'Arcet et d'autres ont indiqué de faire déboucher le tuyau d'évent dans une cheminée et de préférence dans celle de la cuisine, afin de profiter du tirage; Pettenkofer a recommandé rinstallalion d'un bec de gaz brûlant à la partie supérieure du tuyau ; Page a imaginé un brûleur plus perfectionné (trois cloches en fonte superposées et munies de trous) pour brûler les gaz à leur passage, etc. Tous ces appareils ne sont que des palliatifs et le mal subsiste.

Malgré tout, la fosse fixe reste encore employée dans bien des cas et on doit rechercher, quand on est obligé d'y recourir, à atténuer, dans la mesure du possible, ses inconvénients. On y arrive : 1" en assurant à la fosse une bonne construction, de bons enduits et des dimensions assez grandes, pour permettre de jeter de l'eau dans les cabinets; 2° en employant de bons procédés de vidange; 3° en appliquant des moyens d'épuration et de désinfection aux matières.

L3i vidange doit se faire, par aspiration, à l'aide d'une pompe à bras ou à vapeur. Le prix élevé de cette opération force souvent d'avoir recours au procédé de l'évacuation au seau, dangereux pour l'opérateur et gênant pour tous, par la dissémination des matières et la diffusion des odeurs. Les ouvriers, chargés de cette évacuation, sont exposés à des accidents de gravité variable : conjonctivite ou coryza, provoqués par l'action irritante des produits ammoniacaux, intoxication, parfois mortelle, causée par l'hydrogène sulfuré et le sulfhydrale d'ammoniaque, se dégageant en masse. Ces accidents, désignés sous le nom de plomb, se produisent, à l'ouverture de la fosse, au moment du brassage ou au moment où l'ouvrier descend dans la fosse pour achever le curage : d'où cette indication de désinfecter la fosse avant de procéder à la vidange.

La désinfection des matières a donné lieu à de nombreuses tentatives. Les corps essayés se groupent en deux catégories : les absorbants (terre, humus, tourbe, poudre de charbon, cendres, menue paille, etc.) et les

LES GRANDS PROBLEMES URBAliNS

stérilisants et décomposants (chaux, sulfate de cuivre, de fer, zinc ou plomb, crésol, lysol. etc.). Vincent conseille, pour t kg. de matière : soit 10 g. de sulfate de cuivre, acidifiés par 10 g. d'acide sulfurique, soit 8 g. de chlorure de chaux, additionné d'acide chlorhydrique. Mais la désinfection complète n'est guère réalisable. La difficulté est de pratiquer un brassage convenable des matières avec le désinfectant; les microbes à tuer sont enrobés dans des masses au milieu desquelles l'agent bactéricide ne pénètre pas, et il est reconnu qu'il ne faudrait pas de flocons en suspension d'un diamètre de plus de 1 mm.

Ces moyens ont cependant une action désodorisante, non négligeable. Le sulfate de fer, en particulier, qui se combine avec l'ammoniaque (sulfate d'ammoniaque) et avec l'hydrogène sulfuré (sulfure de fer), diminue l'odeur et la quantité de gaz. On l'emploie, dans ce but, à la dose de 9 kg. par mètre cube de fosse et dilué à 3 p. 100.

c) Fosses fixes à vidange automatique . — Pour pouvoir admettre Teau dans les cabinets, on a songé à mettre les fosses

fixes en communication avec l'égout, afin d'évacuer les liquides dans ce dernier. C'est Deplanque d'abord, puis Mouras, qui, vers 1860, ont proposé, les premiers, des fosses à sipbon de ce genre.

1" Fosse à siphon Deplanque. — Ce système cherche à désinfecter en mêmetempsqu'àdiviserles matières. La fosse ne comporte pas de tuyau d'évent (fig. 70); elle est fermée aussi herméliquement que possible et le tuyau de chute plonge dans Tintérieur, de manière à tremper dans le liquide, ce qui assure une obturation hydraulique pour les cabinets. D'autre part, un tuyau recourbé, au niveau des naissances de la voûte, plonge également par sa petite branche, tandis que la grande va se déverser dans Fégout. La fosse est d'abord remplie d'eau de chaux jusqu'au

Fig. 70. — Fosse à siphon Deplanque.

MATIERES USIŒS LIQUIDES

niveau du point culminant du tuyau : dès lors, toute i)rojection de matières solides ou liquides entraînera récoulenient à Tégout d'un égal volume de liquide. On espère que les matières organiques solides ou dissoutes se combinent avec la chaux et forment un précipité tombant au fond de la fosse : Tappareil fonctionnerait jusqu'à ce que le niveau de ce précipité atteigne l'orifice du tuyau. Mais il est clair que la désinfection par la chaux est à peu près illusoire, parce que, peu à peu, et surtout si l'on jette de grandes quantités de liquides, l'eau de chaux est diluée ou disparaît. Deplanque proposait, pour répondre à cette objection, d'ajouter, de temps en temps, de l'eau de chaux dans la fosse, de s'en servir pour laver les cabinets.

2° Fosse et vidangeuse automatiques Mouras. — Ces appareils, quelque peu modifiés sous le nom de fosses septiques (fîg. 71

Tuyau de chute

Fier. '\.

Fosse Mouras.

et 72), consistent en une fosse à double compartiment, hermétiquement fermée . Le premier compartiment reçoit les matières et l'eau, directement par le tuyau de chute, qui plonge à mi-hauteur dans le liquide, ce qui empêche la remontée des gaz de putréfaction. La cloi- '

son qui part du fond, et dont le bord supérieur est au-dessus du niveau du liquide, est percée, vers son tiers inférieur, d'orifices destinés à laisser passer le liquide, mais non les solides, du premier vers le second compartiment. Dans ces appareils où l'air n'a pas accès, il se fait une fermentation anaérobie qui dissout les particules solides. Le niveau du liquide étant constant, lorsque le tuyau de chute apporte un volume quelconque de matières, le tuyau de sortie qui plonge dans le liquide du second compartiment en laisse sortir un volume égal; les produits gazeux qui montent à la surface sont évacués par un petit branchement, placé sur le coude de ce tuyau. Enfin, un tampon hermétique, placé sur le grand compartiment, en permet la visite en cas de besoin.

Pour être liquéfié, le contenu de ces fosses n'est nullement purifié et il reste chargé de microbes, de matières organiques,

Eaux pluviales Water-closets .'et ménagères

"■f=) fj , Tampon

J — l^ ^ — k^ /^hermétique

Evacuation

Fig. 7-2. — Fosse septique.

et il est très putrescible. Un grand nombre d'autres fosses analogues, Goldner, Schmidt, Friedrich, etc., ont été construites. 2° Conservation à court délai. — Récipients mobiles.

1" Seaux. — Les seaux ordinaires, en bois, avec couvercle simple (flg. 73) ou hermétique (flg-. 74), sont souvent employés dans les maisons isolées. Le contenu en est enfoui tous les jours et recouvert de terre.

2° Tinettes ou fosses mobiles. — Ces appareils sont des récipients en tôle galvanisée d'assez faible capacité (100 1.) pour être facilement transportables. Le tuyau de chute est étroitement uni au couvercle par une pièce mobile ; et, pour empêcher le retour des gaz, un tuyau d'évent part de la tinette pour remonter au toit.

L'avantage du système des tinettes est le court séjour des matières dans la maison: de plus, la vidange ne s'exécute pas sur place. Mais les inconvénients sont multiples : la manipulation et le charroi de ces récipients entraînent généralement des souillures du local qui devient plus fétide qu'une fosse fixe. Par suite de l'impossibilité de jeter de l'eau, sous peine de remplir trop vite la tinette, le tuyau de chute, de même que le cabinet, ne sont pas nettoyés, et les locaux habités sont envahis par les mauvaises odeurs. Enfin, les fosses mobiles permettent l'accès aux insectes et particulièrement aux mouches, qui peuvent ainsi disséminer des germes nocifs.

On a essayé de parer à ces inconvénients, en garnissant la tinette de poudre absorbante. L'idée est venue d'Angleterre et la plupart des systèmes dérivent de ïearth-closet de Moule, encore très employé dans ce pays. La substance absorbante était primitivement la terre sèche (earthclosetde Moule), employée dans la proportion de 3 kg. par jour et par

personne. La poussière sèche des routes, très avide d'eau, peut èlre utilisée, dans les pays méridionaux surtout, où, au moment de la belle

Fig. 13. — Seau avec couvercle simple.

Fig. 74. — Seau avec couvercle hermétique.

saison, on peut aisément en faire d'amples provisions. Les cendres, comparées à la terre, n'ont qu'un pouvoir déso dorisant très faible. Leur

Cheminée pouv&ntcontenir de la tourbe pour£5 personnes pendant 1 mois

Cheminée pouvant contenir de la. tourbe pour 25 personnes pendant J mois.

Fig. 75. — Cabinet automatique de Dumay.

rôle principal est simplement de rendre les matières plus sèches et, par là môme, plus transportables. La poudre de tourbe est extrêmement absorbante, elle peut absorber six à dix fois son poids de liquide et elle fixe des quantités importantes d'ammoniaque et de gaz malodorants.

En France, la f;arniture de tinetles avec la paille, plus ou moins hachée, est communément employée dans les établissements militaires, mais le pouvoir absorbant de la paille est très faible ou même nul.

Des appareils plus perfectionnés ont été préconisés, tel le, cabinet automatique à la tourbe de Dumay (fig. 75) : en s'asseyant sur le siège, le visiteur délermine le chargement d'un petit réservoir qui projette son contenu de tourbe dans le récipient, dès que le visiteur quitte le siège.

La tinette à poudre absorbante est certainement supérieure à la fosse fixe, mais elle ne devra être utilisée que dans les campagnes.

3° Tinetles filtrantes {ou système diviseur proprement dit). — Ces appareils ont pour but de remédier au défaut capital des tinettes ordinaires, c'està-dire à l'impossibilité du lavage des conduites dont les parois retiennent toujours une partie des matières. On a donné à ces appareils une disposition destinée à permeUre l'évacuation immédiate de la partie liquide dans la conduite des eaux ménagères et à garder la partie solide, qu'il suffirait demporter de temps à autre.

Le plus ancien de ces systèmes est le type Dugléré (flg. 76), (jui date de 1850 et eut le succès le plus durable, malgré les etforts de divers inventeurs subséquents. 11 a été très répandu à Paris. Dans cet appareil, la division s'opère à l'aide de deux récipients emboîtés: l'interne, percé de trous, relient les solides et laisse passer les liquides dans le cylindre externe qui les déverse dans l'égout.

Comme, en réalité, les matières fécales, retenues dans la tinette, se diluent et se liquéfient peu à peu, elles sont finalement entraînées avec les parties liquides dans la canalisation : et la tinette filtrante peut rester des années sans nécessiter sa vidange. C'est en somme la réalisation du tout à l'égout avec l'inconvénient de maintenir un dépôt fecal permanent dans la maison. C'est « l'hypocrisie du tout à l'égout ».

3° Conclusions. — Tous ces procédés ne sont que des pisaller. Dans loule agglomération urbaine, ils devront être interdits. Mais, il est des cas (villages, maisons isolées, etc.), où ils pourront rendre des services et le meilleur système à proposer est encore, et malgré ses inconvénients, la tinette à poudre absorbante. Les matières y sont désodorisées, sinon com[)lèlemenl désinlectées et du mélange, exposé à l'air pendant un mois, résulte une sorte de terreau, qui peut servir à Tagriculture. 11 restera, malgré tout, les inconvénients d'un voisinage et d'un charroi désagréables.

Appareil Dugléré.

MATIÈRES USÉES LIQUIDES , 33o

B. — Procédés dynamiques (tout à ïégout).

Le tout à légout esl le procédé universellement recommandé et reconnu aujourd'hui, comme le plus capable d'assurer l'évacuation rapide et hygiénique des matières fécales et des eaux usées. C'est le seul moyen d'assurer leur évacuation immédiate, qui devrait être la règle absolue.

Certains hygiénistes vont même jusqu'à vouloir charger le tout à l'égout de l'enlèvement des déchets solides et proposent de jeter les ordures ménagères dans les égouts (comme Paris y jette déjà les boues de ses chaussées) : c'est là, le tout à l'égout complet. L'idée en est séduisante, mais il faut reconnaître, outre que l'entraînement de certains corps solides par l'eau est quelquefois peu réahsable, qu'une grosse difficulté se présenterait d'ordinaire au débouché des collecteurs pour Fextraction et la destruction de ces matières (d'autant plus difficiles à incinérer qu'elles sont imbibées d'eau). Aussi, ce procédé est-il pratiquement irréalisable, et on n'appHque le tout à l'égout qu'aux immondices liquides.

1° Tout à l'égout, système unitaire. — On fait passer par les mêmes égouts, formant alors un unique réseau, l'ensemble des immondices Hquides.

a) Réseaux d'égouts. — La disposition générale des canalisations dépend surtout de la topographie et du relief de la ville.

1° Système perpendiculaire. — C'est le plus simple, puisque chaque collecteur va le plus directement possible se jeter dans le cours d'eau. Mais on infecte le fleuve dans l'intérieur même de la ville.

2° Système de détournement latéral ou d'interception, — Pour protéger la traversée du fleuve, on construit sur les deux rives et parallèlement ù elles, deux collecteurs, qui recueillent les apports des égouts perpendiculaires et les conduisent hors de la ville : si on jette alors leur etfluent dans le cours d'eau, on a bien protégé la ville elle-même, mais on continue à infecler l'aval.

La vilie de Paris est divisée en 4 bassins, desservis par les collecteurs du Nord, de Clichy, d'Asnières et Marceau. Le premier répand ses eaux sur la pres(iu'ile de Gennevilliers, tandis que les 3 derniers se réunissent à l'usine de Clichy pour envoyer leurs eaux aux champs d'épuralion d'Achères (fig. 77).

3" Système en éventail. — C'est le type du réseau ramifié que forment les canalisations d'un même groupe, en partant du tronc commun pour remonter vers les branches. Karisruhc a adopté ce genre de réseau.

4" Système parallèle, ou par étages. — Si la ville est bâtie sur un plan faiblement incliné, mais continu, on est amené à créer deux ou plusieurs

. Coltect.dEClich

Collect.d Asnières Col lect .M arceau

collecteurs parallèles, mais situés à des niveaux différents (avec des communications entre les étages). C'est le cas de Reims.

5" Système par bassin ou système naturel. — C'est le système qui, adapté à la topographie du territoire, le subdivise en zones correspondant aux

vallons secondaires. ?ui- \Coliet du Nord vaut les cas, les collecteurs

de chaque bassin se réunissent entre eux ou bien marchent isolément vers leur lieu de destination.

Milan a ses quatre bassins, Marseille a ses vingt bassins.

6° Système radial ou sectionnel. — On peut aussi diviser la ville en sections, ayant chacune leur réseau, leur émissaire et, s'il y a lieu, leur usine élévatoire.

C'est le système de Berlin avec ses douze radial System et ses douze stations de pompage. On a Tavantage de pouvoir se contenter de canaux de moindre section et de faciliter la répartition des eaux d'égout entre plusieurs régions d'épandage, tout autour de la ville. En revanche on multiplie le nombre des émissaires. Ce système est obligatoire pour une ville absolument plate.

b) Constitution des égoiits. — Les conduites de faible dimension

Fio-.

Division de Paris en 1 bassins principaux.

Fii;-. 78. — Éo-out cir^nilairo

Fii;". 79. — Kirout ovoïde.

0 m. 40 à 0 m. 60, sont circulaires, en grès vernissé, inipermt'ables (fig. 78). Poui- les dimensions supérieures, permettant le

passage cruii homme (1 m. 70 sur 1 m.), on coiistiuit l'égouL en béton ciinenlé et on lui donne une forme ovoïde (fig. 79] ; et dès que les dimensions le permettent, la rigole inférieure, dite cuvette, est dominée par une, puis deux banquettes de circulation. Les grands collecteurs ont 5 m. de haut et 6 m. de large.

L'égout doit être au moins à Im. et, ou mieux, à -4 m. 50 sous le sol. La pente, qui doit être d'autant plus forte que la conduite est plus petite, est 0 m. 05 à 0 m. 005 par mètre pour les petits; elle se réduit àO m. 0005 pour les collecteurs.

Des déversoirs sont placés le long des égouts, pour permettre le déversement direct à la rivière, des masses d'eau amenées brusquement par les pluies d'orage et qui risqueraient d'encombrer la canalisation. 11 en résulte une souillure du fleuve, mais on ne pourrait l'éviter qu'en don-

Fig. 80. — Bouche dégoût et branchement (d'après Imbeaux).

nant aux égouts des dimensions, hors de proportion avec leur rôle habituel; d'ailleurs, la dilution extrême, qui véhicule cette souillure passagère, en atténue l'importance.

Les bouches d'égout sont les orifices, placés de distance en distance, dans la bordure des trottoirs, par lesquels les ruisseaux amènent l'eau de la rue. A Paris, la bouche d'égout se continue librement par une sorte de cheminée verticale, à laquelle fait suite un branchement très incliné, qui se raccorde à l'égout (fig. 80).

Dans les villes, où les boues des rues sont exclues de la canalisation, ce qui s'impose d'ailleurs, lorsque celle-ci n'est qu'un tuyauLage de petit calibre, il est nécessaire d'organiser les bouches d'égout de manière à ne laisser passer que les liquides, en retenant la majeure partie des solides. Souvent, d'ailleurs, dans ce but, on suspend dans la cavité un panier métallique, chargé de retenir les corps solides encombrants, ou bien, on place une grille qui laisse passer l'eau dans ses intervalles, dirige ces corps par un puisard qu'il suffit de nettoyer. Les bouches

CouRMONT. — Précis d'hygiène. 22

d'égout dégagent, surtout en été, des odeurs nauséabondes, qu'on cherche à empêcher, dans certains pays, par des intercepteurs hydrauliques. Un égout bien construit ne doit pas donner de mauvaises odeurs, s'il est bien alimenté d'eau à cours rapide, et s'il est bien aéré. Il est donc nécessaire de laver copieusement toute la canalisation, pour entraîner les dépôts toujours possibles.

c) Lavage et curage des égouts. — Le lavage s'exécute ordinairement à Taide de chasses : c'est-à-dire qu'on projette brusquement dans l'égout une masse d'eau, assez considérable pour y déterminer momentanément la production d'un flot, capable d'entraîner sur son passage les dépôts existants. Mais ces chasses n'agissent que sur un parcours limité. En outre, leur efficacité est ordinairement restreinte aux dépôts vaseux.

Dans les égouts tubulaires de faibles dimensions, on fait aussi passer, d'un regard à l'autre, une sorte d'écouvillon ou hérisson métallique qui racle et brosse à la fois les tuyautages.

Dans les grands égouts ovoïdes, qui permettent aux ouvriers une circulation facile, on utilise, pour le curage et le nettoyage, des vannes mobiles, épousant le profil de l'égout sur une certaine hauteur, et derrière laquelle l'eau se met en charge tout en passant avec force au-dessous et sur les côtés de ce barrage partiel. Dans les grands collecteurs, la vanne mobile est portée par un chariot, roulant sur les banquettes latérales (wagon-vanne) ou par un bateau (bateau-vanne).

Sables et vases rassemblés par ces divers moyens doivent être extraits par les regards et amenés à la surface du sol. Cette extraction et le charroi sont une source de dépenses assez considérables.

d) Ventilation des égouts. — l^'atmosphère des égouts, s'il est quelque peu fétide, n'est pas très dangereux, ainsi qu'en témoigne l'état sanitaire assez bon des égouttiers. Elle contient un peu moins d'oxygène et un peu plus d'acide carbonique, et quelquefois, si la ventilation est insuffisante, de l'hydrogène sulfuré et du sulfhydrate d'ammoniaque.

La ventilation ne peut être assurée qu'en mettant les égouts en libre communication avec Talmosphère extérieure, par des orifices servant, les uns, à faire pénétrer l'air dans les conduits, les autres à l'évacuer.

2° Tout à l'égout, système séparatif. — Il y a double réseau, l'un pour les eaux pluviales, et 1 autre pour les eaux ménagères et les matières de vidange : ces deux canalisations sont très ditïV rentes.

Le réseau vanne (eaux ménagères et matières de vidange), n'ayant à recevoir que 100 à 200 1. par tèle et par jour, sera presque toujours constitué par des tuyaux, ol on n'arrivera aux formes visi-

tables que pour les collecteurs des très grandes villes, après un long trajet.

Le réseau pluvial comportera au contraire des canaux de dimensions, comparables à celles des égouts unitaires.

Les deux réseaux, ayant des points d'aboutissement différents, pourront avoir aussi des tracés «j

tout à fait discordants.

Dans le système sépara tif, les eaux vannes, n'étant plus entraînées par les eaux pluviales, leur progression soulève des difficultés :

Flotteur

Grille intérieure

Fig. 81, — Goupe du récipient de la compagnie de salubrité, à Levallois-Perret (système Berlier) (d'après Proust).

a) Système Waring ou par simple gravité. — Le système appelé aussi système de Memphis, du nom de la ville où il fut appliqué pour la première fois (1879). fonctionne sous l'influence de la pesanteur.

Les excréments et les eaux ménagères sont reçus dans des tuyaux de grès vernissé, dont le diamètre va croissant pour éviter les encombrements. Les tuyaux ont une pente assez forte et les matières, sous l'influence des chasses, sont rapidement entraînées. Ce système, utilisé en Amérique et en Angleterre, présente quelques inconvénients : obstructions assez fréquentes, nettoyage moins commode, fuites pouvant contaminer le sol.

b) Systèmes aspirateurs. — Ces systèmes ont pour objectif de suppléer au manque de pentes dans les villes plates, en faisant le vide dans les conduites : il faut, dès lors, une usine centrale, faisant le vide, et des conduites aussi hermétiquement étanches que possible, pour le maintenir et le propager.

Le système Liernur est le plus ancien (1867). Les matières et eaux d'évier, reçues ù la cave dans un récipient, où elles séjournent vingtquatre heures, sont déversées dans un réservoir de quartier et aspirées par le vide une ou deux fois par jour dans une usine extra muras. Le système Liernur a été appliqué en France, à TrouviUe. A l'étranger, citons Leyde, Dordrecht et surtout Amsterdam.

Le système Berlier effectue aussi une évacuation pneumatique. Les matières sont reçues dans un récipient réduit, placé dans la cave. Arrivées à un certain niveau, elles soulèvent un flotteur qui ouvre un clapet, lequel obturait l'orifice de sortie. Elles sont alors brusquement aspirées. Chaque jour, un appareil de chasse lave le récipient. L'installation de Levallois-Perret est la plus connue (fig. 81).

Le système Burelle (Lyon) est analogue. Les récipients de maison, de

;uo

capacité plus considérable, ne se vident pas automatiquement; ils sont fermés par un robinet à main, qu'on ouvre périodiquement.

c) Systèmes par compression. — Ces systèmes ont également pour but de faciliter la progression des eaux vannes dans les villes plates. Pour

cela, les agglomérations sont -B ))) divisées en sections et une distribution spéciale amène de l'air comprimé, à chaque point bas. On peut, grâce à lui, relever les eaux vannes à chaque station. L'appareil le plus usité dans ce but est l'éjecteur Shone (l'hydro-élévateur Salmson, qui est une sorte d'éjecteur double, remplit le même but). L'eau dégoût arrive par la conduite A (flg. 82) et remplit l'éjecteur. Une fois plein, l'eau est refoulée dans la conduite B, vers le débouché de l'égout.

Ce système a le grand inconvénient d'exiger l'établissement d'une distribution d'air comprimé. Cette distribution est difficilement maintenue étanche et les fuites, augmentant avec le temps, le rendement devient mauvais.

FiC"

Kjecteur Shone.

3° Comparaison du système unitaire et du système séparatif . — Il faut se placer à différents points de vue :

a) En ce qui concerne la protection des cours d'eau., le système séparatif paraît supérieur; avec l'unitaire, le fleuve reçoit le mélange d'eaux vannes et d'eau de ruissellement; avec le séparatif, il ne reçoit que le réseau pluvial. En réalité, dans les grandes villes. Teau de ruissellement est extrêmement souillée, presque autant que les eaux vannes, et le système séparatif perd beaucoup de sa supériorité; dans une petite ville bien tenue, où les maisons sont espacées et la circulation peu intense, les causes de pollution sont moindres, et Teau de ruissellement reste assez propre.

b) Au point de vue de la facilité d'évacuation et d'entretien., l'unitaire est le système le plus parfait, en raison de sa simplicité, de la facilité de la visite et de nettoyage de ses égouts à grande section, du fonctionnemenl par simple gravité.

c) Au point de vue de la facilité d'épuration, le système séparatif a nettement le dessus. Il n'envoie, en effet, aux champs

crépandage ou aux installations d'épuration que le débit modéré et régulier du réseau-vanne, lequel est, en outre, d'autant plus apte au traitement ou à Textraction des produits, qu'il s'agit d'une eau très semblable à elle-même et ayant un maximum de valeur en principes fertilisants : le directeur de l'épuration, qu'elle soit agricole, chimique ou bactérienne, peut pratiquer ses opérations régulièrement et à coup sur.

d) Au point de vue des dépenses (le plus important, les deux systèmes satisfaisant d'ordinaire aux exigences de l'hygiène), l'installation et l'entretien d'un réseau séparatif sont plus coûteux, mais on peut plus facilement récupérer, dès sa sortie, des sousproduits qui diminuent d'autant la dépense. Il n'y a pas de solution unique ; suivant les conditions locales, c'est tantôt l'un ou l'autre système qui remporte.

e) Jin somme, on doit adopter la résolution volée par le Congrès d'Hygiène de Bruxelles, en 1903 : « Les systèmes séparatif, unitaire et mixte peuvent être utilement employés, selon les circonstances. Ce n'est qu'après une étude comparée, après avoir soigneusement mis en balance les avantages et les inconvénients des divers systèmes pour le cas particulier, soumis à son examen, que l'ingénieur sanitaire pourra prétendre formuler des conclusions fondées. »

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