EAU MAUVAISE
plus de 100° — 20°
— de 4
plus de 1
Les valeurs sont indiquées en milligrammes par litre, sauf, bien entendu, pour les degrés hydrotimétriques.
7° Procédés d'expertise chimique et physique. — Outre la
limpidifé et l'odeur, on recherchera les points suivants :
a) Température. — La température d'une eau de source ou de nappe souterraine, qui ne communique pas avec l'eau de surface, est fixe et basse (6"^ à 13°). La courbe de température ne doit donc pas indiquer des variations.
b) Conductibilité électrique. — Des appareils (app. dé Kohlrausch) recherchant la conductibilité (résistivité) électrique servent à la surveillance des eaux (Guillard et Dienert). Des variations très minimes de la teneur de l'eau en sels minéraux provoquent des variations considérables de la conductibilité.
c) Dosages chimiques. — 1" Détermination des degrés hydrotimétriques. — L'hydrotimétrie repose sur la propriété que possède le savon de donner une mousse avec l'eau pure après agitation. Si l'eau contient des sels calcaires et mag:nésiens qui précipitent le savon, il ne se produira une mousse persistante que lorsque tous ces sels seront précipités et que le savon sera en excès. La quantité de liqueur de savon employée jusqu'à l'apparition de la mousse correspond donc à la quantité de sels calcaires et magnésiens contenue dans l'eau. Elle est appréciée en degrés hydrotimétriques.
2" Matières organiques. — Leur quantité est appréciée en oxygène emprunté par elles au permanganate de potasse, pour s'oxyder.
3" Ammoniaque. — La recherche et le dosage se fait à l'aide du réactif de Nessler (iodo-mercurate de potasse), qui donne avec l'ammoniaque une coloration jaune ou jaune rougeàtre.
4" Nitrites. — On peut employer le réactif de Griess (sulfate de métaphénylènediamine), coloration brun jaune, ou le réactif de Tromsdorff (dissolution d'amidon à la faveur du chlorure de zinc, additionnée d'iodure de zinc), coloration bleue.
5" Nitrates. — Une solution de Brucine à I p. 2.50 donne avec les nitrates, une coloration rouge après addition d'acide sulfurique. Pour le dosage, on utilise ordinairement le réactif sulfo-phéniqué (12 gr. d'acide phénique dans 114 gr. d'acide sulfurique pur) qui donne, avec les nitrates et l'ammoniaque, du picrate d'ammoniaque, jaune, qui permet de faire un dosage colorimétrique.
G" Chlorures. — Le dosage se fait à l'aide de la solution décinormale d'azotate d'argent dont 1 centimètre cube représente Ogr. 00 35 de chlore ou 0 gr. 00 585 de chlorure de sodium.
7° Sulfates. — Ils sont dosés avec la solution titrée de chlorure de baryum.
8" Chaux totale. — Le dosage repose sur la décomposition intégrale de l'acide oxalique par le permanganate de potasse et sur la composition de l'oxalate de calcium.
9° Phosphates. — On les dose à l'état de phosphates ammoniacomagnésiens, suivant la méthode classique.
8° Qualités biologiques de l'eau potable. — L'eau ne doit pas contenir des amibes, des vers, des œufs de vers, en un mot de parasites pouvant être dangereux. On connaît les méfaits des amibes (dysenterie), des tricocéphales, des oxyures, des douves du foie, de Tankylostome duodénal (p. 634), etc., etc. Un examen
microscopique du culot, après centrifugation d'une certaine quantité d'eau ou filtration sur sable, pourra les faire reconnaître.
Plus importante est la question des microbes. On a vu (p. 358) que Teau ])ouvait communiquer la fièvre typhoïde^ le choléra, la diarrhée infantile, etc. Nombreux sont les microbes qui peuvent vivre assez longtemps dans Teau.
9° Procédés d'expertise bactériologique. — a) Analyse bactériologique quantitative. — Elle indique le nombre total des germes contenus dans Teau. On ne compte en général que les aérobies.
Rares sont les eaux privées de germes. On admet qu\me eau contenant moins de 100 germes au centimètre cube est très pure ; de 100 à 1000 germes elle est encore pure ; elle est malsaine audessus de 1000 germes; elle, est très impure au-dessus de 10 000.
Mais, le nombre absolu des germes donné par une seule analyse ne suffit pas à conclure. // faut faire une série d'analyses à diverses jjériodes; en temps de sécheresse, en temps de pluie. Ce sont les variations gui sont importantes. Telle eau, très pure en été, se charge de microbes à la première pluie; cette crue microbienne indique une communication de la nappe souterraine avec la surface. Concluons : plusieurs analyses sont nécessaires ; le nombre des microbes doit être peu élevé et constant.
Le nombre des microbes contenus dans les fleuves est très variable : 72 000 (par centimètre cube) dans le Rhône, 4 280 000 dans la Saône, 200 000 000 dans la Seine. Nous avons dit (p. 360) que les cours d'eau rapides, les lacs se purifiaient spontanément et rapidement (colmatage, oxygénation, concurrence vitale). Au moment des crues, Teau se trouble et se charge en microbes.
b) Analyse bactériologique qualitative . — Elle est plus importante et plus difficile. On recherche le B. d'Eberth, le B. du choléra, le Colibacille, les bactéries putrides. En réalité, presque tous les microbes pathogènes peuvent se rencontrer dans Peau, mais accidentellement.
La recherche du B. d'Eberth est très difficile, celui-ci étant toujours mélangé à son parent le colibacille; en outre, le B. d'Eberth a, en général, disparu de Teau lorsqu 'éclate la fièvre typhoïde ; on ne le recherche ])lus que dans quelques cas spéciaux.
l'eau potable 367
La recherche du ^. du choléra est plus facile; mais certains vibrions peuvent en imposer pour le B. virgule.
En pratique, on ne recherche que le Colibacille et les bactéries putrides.
Pourquoi recherche-t-on, avec tant de soin., le Colibacille? Parce que ce bacille est Thôle des matières fécales et que sa présence dans reau indique une contamination fécale. Trouver du colibacille dans l'eau doit faire conclure, non pas que Teau est dangereuse, mais qu'elle q?>\, susceptible de le devenir; une eau à colibacilles est une eau qui reçoit des infiltrations de fosses, de purins, de jardins maraîchers, c'est une eau conlaminée par les souillures de la surface. Pendant des années cette eau peut ne causer aucune maladie; elle doit cependant être rejetée, car le jour où les matières fécales proviendront d'un typhique, l'épidémie de fièvre typhoïde éclatera. Le colibacille est donc le témoin de la souillure fécale, il doit faire condamner une eau destinée à la boisson.
Mais, objecte-t-on, le colibacille habite aussi l'intestin des animaux; sa présence ne veut donc pas dire : souillure humaine. Là encore il y a une question de nombre et de fréquence. Il faut faire des numérations et multiplier les analyses ; une seule analyse a peu de signification.
L'eau qui contient un colibacille par centimètre cube, soit 1 000 par litre est très suspecte. Un chiffre supérieur à 1 000 indique une souillure importante.
Une eau qui contient par hasard quelques colibacilles peut être considérée comme bonne, tout au plus à surveiller. Une eau qui contient habituellement des coHbacilles ou qui subit, après les pluies, une crue importante de coHbacilles est une eau à rejeter. Elle est alimentée par les eaux de surface .
La recherche en colibacille est la base de l'analyse bactériologique qualitative de l'eau.
Les bactéries putrides ont à peu près la même signification. Ces bactéries proviennent fatalement des fumiers, des matières en décomposition.
c) Procédés d'expertise bactériologique . — Les noms de Miquel, Koch, Gtiauveau et S. Arloing, Vincent, sont attacliés à ces études. II serait l^ien à désirer qu'on admit une méthode officielle d'analyses (milieux, nombre de jours de la numération, température des états, etc.). I^es lectures des chiffres seraient alors comparables.
a) Puisage. — Transport. — Le puisage doit être fait aseptiquement (c'est-à-dire sans souiller l'eau à analyser par les doigts, la boue, la vase, etc.), dans des llacons stérilisés^ quon rebouche (émeri) et qu'on cachette à la cire. Ces flacons doivent être transportés dans la glace (caisse avec morceaux de glace et sciure de bois). Si l'eau se réchaulîe pendant le voyage, il y a un extraordinaire développement de certains microbes (aquatiles) et la disparition de certains autres; l'analyse est alors sans signification au point de vue qualitatif ou quantitatif. Refuser tout flacon qui arrive au laboratoire sans être entouré de glace. Même pour l'analyse chimique, il est important que l'eau ne se réchauffe pas (modifications dues au développement des microbes). Plusieurs flacons en cas de bris.^
En somme : flacons de 50 cm^ bouchés à l'émeri, stérilisés; cire; étiquettes; boîte avec glace et sciure de bois; envoi au laboratoire par les voies les plus rapides.
Différents appareils (fig. 90) permettent le puisage profond (couches inférieures d'un fleuve, d'un lac ou eau de puits).
b) Analyse quantitative. — On a à peu près renoncé aux cultures en milieux liquides. On fait des cultures sur gélatine. La quantité d'eau à ensemencer dans chaque boîte de Pelri varie suivant la teneur présumée de l'eau en germes; si l'eau est très polluée, on fait une dilution préa lable avec do l'eau stérilisée. En général : on fait fondre (30") trois tubes de gélatine; on verse 1/4, 1/8, 1/16 de centimètre cube d'eau dans chacun; on agite; on verse chacun dans une boîte de Pétri. On place ù 20°. On observe tous les jours, et on compte. La numération n^esi définitive que vers le 12^ jour (microbes poussant tardivement). Souvent, les colonies liquéfiantes envahissent la plaque; on peut arrêter la liquéfaction en versant sur ces colonnes quelques gouttes de stérésol.
On ne compte ainsi que les microbes aérobies végétant sur gélatine à 20°. Ce sont les chiffres qu'on utilise habituellement.
c) Analyse qualitative. — 1" Microbes putrides. — Le simple examen de la plaque de gélatine, l'odeur répandue, suffisent en général.
2" Bacille d'Éberth, Vibrion cholérique. — Procédés délicats. Les cultures obtenues, authentifier par l'agglutination avec les sérums spécifiques. Se souvenir que les bacilles d'Éberth, récemment isolés de l'eau, ne sont pas toujours agglutinables; il faut faire au préalable une série de générations en bouillon.
3° Colibacille. — Deux méthodes.
a. L'une utilise la propriété qu'a Vacide pliénique d'empêcher la pullulation de la plupart des microbes, en laissant pousser le colibacille. Nombreux procédés. Vincent répartit l'eau à analyser dans des ballons stérilisés (10, 50, 100, 150 cm. 3); il ajoute à chaque ballon des quantités fixes de deux solutions mères de peplone et d'acide phénique, ce qui transforme l'eau en un bouillon phénique. On met à l'éluve si-{-i2".
Fig. 90. — Appareil de puisage profond (G. Roux). Lorsque l'appareil est à la profondeur voulue on débouche la bouteille A en tirant sur il.
On examine au bout de 24 heures. Les ballons troubles contiennent du colibacille. On fait la numération en notant la quantité d'eau qui correspond aux ballons troubles (ballons de 10 cm^ d'eau, clairs; ballons de 50 cm3, troubles = approximativement un ou deux bacilles pour 50 cm^, soit 20 à 40 par litre).
<^. L'autre méthode utilise la propriété qu'a le colibacille défaire virer le neutralroth et de produire des gaz dans le bouillon glucose. La figure 91 montre deux tubes ensemencés; le tube A (rouge et sans gaz) ne contient pas de colibacilles, le tube B qui a viré au vert (fluorescence) et qui a des gaz,contientdu colibacille. On numère en notant les quantités d'eau ensemencées.
Les microbes aréiques font également virer le neutralroth (RochaixetDufourt); ils indiquent aussi que l'eau estsouillée de matières fécales, de fumier, etc.
Répétons que la numération des colibacilles est de première utilité; sa simple présence ne prouvant pas une véritable souillure i.
d) Épreuve à la Jluorescéine, à la levure de bière. — Ce sont les épreuves
classiques pour reconnaître si un terrain est fissuré, si l'eau d'une source, d'un puits, communique avec la surface. Si ces épreuves démontrent la communication, l'analyse bactériologique est moins importante; l'eau esta rejeter.
On verse une solution de fluorescéine sur un terrain, sur un tas de fumier, dans une fosse, etc.; si on la retrouve (fluorescence verte à rechercher avec soin, appareils) dans l'eau, la communication est certaine (parfois plusieurs kilomètres). On peut opérer en versant de la levure de bière (plus grosse que la plupart des microbes); on la constatera dans l'eau par la fermentation des milieux sucrés.
Faire ces épreuves spécialement au moment des pluies.
10° Glace. — La glace a les qualités ou les défauts de Feau qui
Fig. 91. — Méthode de Lacomme (tubes d'Éijckmann), pour la recherche du Colibacille.
1. Pour les détails de technique voir Précis de Bactériologie de J. Courmont. (Doin, collection Testut, A^ édition.)
Courmont. — Précis d'hygiène.
a servi à la produire. La glace provenant des étangs, des marais n'est pas potable. La partie transparente est moins riche en sels et en microbes que la partie opaque. On tend de plus en plus à n'utiliser que les glaces dites hygiéniques, c'est-à-dire fabriquées artificiellement avec de l'eau pure. Il est prudent de refroidir les boissons en les entourant de glace au lieu de mettre la glace dedans.