VII. — ALCOOLISME EXPÉRIMENTAL
Quelle est la toxicité de l'a/cooi? Quelle est celle des essences? 1° Toxicité des alcools. Loi de Rabuteau. — Rabuteau (1870) a formulé la loi que la toxicité des alcools croit avec l'élévation du point
d' ébullltion cl avec le nombre des atomes de carbone {\-o\t, p. 789, le tableau des alcools alimentaires). Dujardin-Beaumelz et Audigé (1879) ont confirmé, en injectant des chiens sous la peau. En 1895, Joiïroy et Seivaux ont repris ces expériences, en injectant l'alcool au lapin, dans le sang rendu incoagulable par Tinjection préalable d'extrait de sangsues; il faut, pour ces expériences, une technique très sévère. On injecte jusqu'à la mort de l'animal (équivalent toxicjue expérimental de Bouchard). Voici les chiffres de Joffroy et Servaux :
Equiv. toxique cxpérim.
Alcool méthylique 25,00 (voir p. 767)
— éthylique 11,70
— propylique 3,40
— butylique 1,45
— amylique 0,63
On voit que ce tableau est le même que celui de la composition chimique (p. 767).
Lesieur a montré qu'on pouvait mesurer la toxicité des alcools en ajoutant de l'alcool à l'eau où vivent de petits poissons jusqu'à la mort de ceux-ci.
On a vu (p. 768) (jue les levures cessent de se développer dès que les moûts contiennent 15 p. 100 d'alcool.
L'alcool est bien un poison. Même absolument rectifié Calcool est très toxique.
Les symptômes de l'intoxication sont les mêmes pour tous les alcools : excitation, puis paralysie, coma, mort en hypothermie; à l'autopsie : congestion généralisée. Jamais de phénomènes convulsifs (p. 784).
2° Toxicité des impuretés. — Les impuretés augmentent naturellement la toxicité. Le furfurol a un équivalent toxique de 0,14 à 0,20.
3° Toxicité des essences. — Les essences sont par elles-mêmes très toxiques (Magnan, Laborde, etc.). On doit à Cadéac et Meunier la démonstration du pouvoir convulsivant des essences; cela explique les symptômes de l'absinthisme.
Toutes les essences sont dangereuses. Actuellement, l'attention est surtout attirée sur la toxicité de la thuyone (p. 776) qui est considérable. C'est une erreur de croire que l'absinthe sans thuyone n'est pas toxique.
Il suffit d'injecter des doses infinitésimales d'essence ou de thuyone dans les veines d'un chien ou d'un lapin pour le faire périr en quelques minutes dans des crises convulsives épouvantables.
4" Alcoolisme expérimental chronique. — On a souvent essayé de reproduire expérimentalement les lésions chroniques de l'alcoolisme. On a en général échoué; il faudrait des expériences conduites avec beaucoup de patience. En général, on n'obtient que des lésions cellulaires. Cependant, Afanasiew (1890) et Mertens (1895) auraient créé de véritables cirrhoses atrophiques.
Lancereaux et Laffitte (1892) auraient obtenu de la cirrhose du foie avec les seuls sels de potasse.
Enfin, on a vu (p. 787) qu'il est possible de reproduire des malformations en alcoolisant les parents.