INTOXICATION PHÉNIQUÉE
Bar a signalé de petites eschares siégeant au niveau des organes génitaux et dues à l’action caustique des solutions phéniquées ; ces lésions ne se produisent pas tant par suite d’une finesse particulière des tissus qu’en raison d’un défaut d’homogénéité dans la solution.
Tarnier a vu ces accidents se produire : à l’hôpital, parce qu’il se dépose au fond des jarres une couche très chargée d’acide phénique ; en ville, parce qu’on verse dans Finjecteur la solution mère d’acide phénique, sans agiter le liquide. Aussi recommande-t-il1 « de verser, dans de l’eau préparée d’avance, l’acide phénique concentré (il ne faut pas procéder de la façon inverse, c’est-à-dire verser l’eau sur l’acide phénique) ; puis de mélanger intimement les deux liquides, en les agitant avec une cuiller ou simplement avec la canule à injections, en les battant pour ainsi dire, comme on bat des œufs quand on veut faire une omelette » .
Intoxication phéniquée. — L’acide phénique peut produire des phénomènes d’intoxication (voy. thèse de Blusson 1884, thèse de Brun 1886) plus ou moins graves qu’on désigne sous le nom de carbolisme.
h' intoxication légère se traduit par du vertige, de la céphalée frontale et un état de demi-ivresse : la tête est lourde; l’appétit fait défaut; il existe un état nauséeux suivi parfois de vomissements. Les urines ont une teinte foncée, noirâtre, couleur d’encre, presque caractéristique.
Dans V intoxication grave , les phénomènes généraux et surtout les symptômes nerveux sont plus marqués ; la femme peut présenter des accidents convulsifs, des paralysies partielles; la peau est décolorée; il existe des sueurs froides, visqueuses.
La température descend au-dessous de la normale à 55°, 6, à 55°, et même à 54°; les extrémités sont froides; le pouls est petit, fdiformc. Les urines sont noirâtres et peu abondantes. Quelquefois on note de la congestion pulmonaire .
Si dans la majorité des cas, les femmes qui présentent ces phénomènes d’intoxication guérissent, il y a cependant des cas mortels.
On sait encore peu de chose sur la manière dont se produisent les accidents d’intoxication phéniquée; ce qu’il y a de certain, ce qui résulte des observations deDreyfous, de L. Championnière, c’est que les nouveau-nés sont très susceptibles à l’action de l’acide phénique ; les observateurs pré cédents ont vu des cas de mort à la suite d’absorption phéniquée chez des nouveau-nés. Aussi faut-il s’en abstenir même pour le pansement du cordon .
L’acide phénique, pour être un antiseptique puissant, doit être employé à des doses assez élevées qui ne peuvent être utilisées dans la
3 Loc. cil., p. 185.
DE L’ANTISEPSIE OBSTÉTRICALE.
pratique obstétricale; ainsi les solutions à 50 pour 1000 sont caustiques, celles à "25 pour 1000 sont douloureuses en injections vaginales.
Il faut se contenter de solutions à 20 pour 1000, qui ne sont pas tout à fait suffisantes pour la désinfection des mains. 11 faut cependant reconnaître que dans la pratique ces solutions sont utiles et que les femmes soignées avec l’acide phénique ne présentent ni une mortalité, ni une morbidité supérieures à celles des femmes pansées avec le sublimé.
Voici les principales formules des solutions employées :
Acide phénique cristallisé 20 gr.
Alcool 40 gr.
Eau 940 gr.
pour usage externe.
La quantité d’alcool doit toujours être double de celle de la quantité d'acide phénique; les solutions phéniquées additionnées d’alcool sont un peu irritantes pour la peau ; L. Championnière remplace l’alcool par une quantité égale de glycérine et formule :
Acide phénique cristallisé 20 gr.
Glycérine. 40 gr.
Eau 940 gr.
On se sert habituellement dans la pratique courante de solutions concentrées, par exemple :
Acide phénique cristallisé. 300 gr.
Alcool 000 gr.
60 grammes de cette solution dans un litre d’eau donnent une solution à 20 pour 1000 : pour mesurer ces 60 grammes, on peut se servir d’un flacon contenant environ 70 centimètres cubes qui représente en poids les 60 grammes, ou mettre quaire cuillerées à soupe de cette solution mère dans un litre d’eau.
La même solution faite avec de la glycérine est, à volume égal, plus riche en acide phénique, puisque 55 centimètres cubes contiennent 20 grammes d’acide phénique : il suffit alors de verser trois cuillerées à soupe de solution mère (5x18 = 54).
« Les solutions mères, dit Tarnier, sont souvent mesurées avec peu de précaution par des gardes négligentes ; tantôt la quantité d’acide phénique est trop faible, tantôt elle est trop forte. Pour obvier à cet inconvénient, j’ai pris l’habitude, dans la pratique civile, de faire préparer par le pharmacien de petits flacons contenant 20 grammes d’acide phénique, c’est-à-