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A. MALADIES GÉNÉRALES

Leur influence sur la grossesse est habituellement considérable ; la microbiologie a jeté un jour nouvêau sur cette question si intéressante de pathologie générale, mais la lumière n’est pas encore faite complètement. Aussi sommes-nous obligés de relater, dans nombre de cas, des opinions anciennes.

PATHOLOGIE I)E LA GROSSESSE

Ainsi, dans les maladies générales aiguës fébriles, on attache une assez grande importance à la température ; telle femme pourra mener à bien sa grossesse malgré une fièvre typhoïde assez grave, si la température ne dépasse pas 40 degrés ; telle autre au contraire avortera et peut-être même succombera si la température dépasse 40°, 5. Il est bien certain que la température n’est ici que l’expression du degré de l’infection typhique.

Les maladies générales, dans leurs rapports avec la grossesse, doivent être séparées en maladies — nous allions dire en intoxications — aiguës ou chroniques.

MALADIES AIGUËS

Nous n’y comprenons pas, à dessein, certaines affections, telles que la fièvre typhoïde, la pneumonie, etc.; malgré leur nature infectieuse et leur retentissement sur l’organisme entier, ce sont des affections localisées sur un appareil spécial et qui seront étudiées en même temps que les autres maladies de ces appareils.

Fièvres éruptives. — Au premier rang des maladies aiguës se trouvent les fièvres éruptives : variole, rougeole, scarlatine.

Avant d’en aborder l’étude, rappelons l’influence de l’hyperthermie maternelle sur le fœtus : nombre d’auteurs ont constaté que toutes les fois que la température s’élève chez la mère, il y a accélération des battements du cœur fœtal, et dès que la température dépasse 40 degrés, il y a pour lui danger de plus en plus menaçant. Ces constatations, faites surtout par Kaminski chez les femmes atteintes de fièvre typhoïde, ont été confirmées expérimentalement par Max Runge : en mettant des lapines pleines dans des étuves chauffées à 60 ou 80 degrés centigrades, il a constaté que les petits mouraient lorsque la température vaginale atteignait 41°, 5.

Ces expériences ont été en partie infirmées par celles de Doléris et Doré, qui ont montré que la mort survenait lorsque le surchauffage était brusque et élevé, mais qu’en élevant progressivement la température, la marche de la grossesse et la vitalité des petits n’étaient point troublées.

L’hyperthermie est d’autant plus redoutable pour le fœtus que la température de la mère est plus élevée.

Le Gendre a observé dans une salle de maladies aiguës contagieuses un certain nombre de femmes enceintes ou accouchées. De ces observations Le Gendre1 conclut que la scarlatine et l’érysipèle n’exercent pas

1 Soc. méd. des hôpitaux , 25 décembre 1892.

MALADIES AIGUES

en général une influence aussi nuisible qu’on pourrait le croire sur la marche de la grossesse; que, si un avortement ou un accouchement pré* maturé se produisent, l’enfant peut naître indemne de l’affection maternelle ; que les suites de couches n’offrent point de phénomènes pathologiques si les précautions antiseptiques nécessaires ont été bien prises. C’est surtout l’hyperthermie qu’il faut éviter aux femmes enceintes atteintes d’érysipèle et de scarlatine ; les antithermiques médicamenteux ne donnent guère de résultats satisfaisants. C’est le bain tiède ou froid qui convient surtout pour modérer l’hyperthermie.

Rougeole. — Les faits de rougeole survenant pendant la grossesse ne sont pas très communs, en raison même du peu de fréquence de cette maladie chez la femme adulte.

D’après Grisolle, Cazeaux, la rougeole n’est que peu influencée par la grossesse ; d’autres auteurs , Schneider , Bohn , la considèrent au contraire comme grave pour la mère et pour le fœtus. Il est probable que ces divergences d’opinions résultent du caractère différent des faits observés. Bourgeois aurait remarqué que la rougeole n’a guère de gravité lorsqu’elle survient dans les premiers mois de la grossesse, mais qu’elle est d’un pronostic plus sérieux à mesure que la période de la grossesse à laquelle elle se déclare est plus avancée.

Y. Gautier (de Genève) a observé 11 cas de rougeole au cours de la grossesse : dans 4 cas les femmes étaient loin du terme, elles ont avorté ou accouché prématurément; deux ont guéri, une est morte; on ne sait ce qu’est devenue la quatrième. Dans un cinquième cas, le terme de la grossesse n’est pas indiqué : l’enfant a vécu quatre jours.

Dans les six derniers cas la femme était dans le dernier mois de la grossesse ; 4 fois la mère et l’enfant ont succombé, 2 fois la terminaison n’est pas indiquée. Les 6 enfants ont eu des taches de rougeole au moment de la naissance ou peu de jours après.

La rougeole chez la mère ne crée point cependant l’immunité pour plus tard chez l’enfant.

D’après Tarnier et Budin, « toute femme enceinte n’ayant pas eu la rougeole doit éviter avec le plus grand soin toutes les occasions qui pourraient l’exposer à la contagion de cette maladie, et changer momentanément de demeure, si la maison qu’elle habite est contaminée ».

Scarlatine1. — C’est une affection rare chez la femme enceinte : Trousseau a depuis longtemps signalé cette immunité spéciale de la femme grosse, qui est admise par presque tous les auteurs.

1 La rougeole et la scarlatine dans la grossesse et les suites de couches par M. de Tornery. Paris, 1891.

PATHOLOGIE DE LA GROSSESSE

Pour quelques-uns cependant cette immunité n’est qiï apparente; ainsi, d’après Hervieux, la scarlatine serait souvent méconnue, elle donnerait lieu à l’accouchement prématuré dont la véritable cause échapperait ; ou, si la scarlatine est constatée, on en fait une scarlatine post-partum , alors qu’en réalité c’est pendant la grossesse qu’elle est survenue.

Braxton-Hicks donne une autre explication : frappé de la fréquence considérable des scarlatines chez la femme accouchée, surtout proportionnellement à sa rareté pendant la grossesse, il pense qu’il y a incubation prolongée et que la maladie scarlatineuse contractée pendant la grossesse ne se manifeste que pendant les jours qui suivent raccouchement.

C’est là une hypothèse fort ingénieuse admise par Barnes etOlshausen, qui a donné une statistique intéressante de plusieurs cas de scarlatine ; tandis qu’il n’a pu rassembler que sept observations de scarlatine au cours de la grossesse; il a trouvé 119 cas après l’accouchement; la scarlatine est survenue : 8 fois aussitôt après l’accouchement, 62 fois le premier et le deuxième jour, 27 fois le troisième jour et 22 fois après le troisième jour. Il est certain que les faits observés par Pagct, de scarlatine survenant après une opération chirurgicale, donnent un certain fondement à cette théorie ; mais il ne faut pas oublier qu’il est très difficile de distinguer cliniquement une scarlatine vraie de ces éruptions scarlatiniformes qui se montrent dans les septicémies puerpérales, d’autant que la scarlatine qui survient peu après raccouchement est habi- ■< tuellement d’un pronostic très grave.

Lorsque la scarlatine survient pendant la grossesse, elle peut l’interrompre en tuant le fœtus ou en déterminant l’accouchement prématuré.

Le Gendre a observé en même temps 8 femmes enceintes atteintes de scarlatine : 6 étaient enceintes de 4 à 6 mois et ont guéri sans que la grossesse soit interrompue. Une est accouchée prématurément à 7 mois d’un enfant vivant qui a continué à vivre ; une autre a fait un avortement de 5 mois ; ces deux femmes ont eu des suites de couches physiologiques. Par contre, l’un de nous a récemment vu la scarlatine provoquer prématurément raccouchement et tuer la femme. L’enfant resta indemne et vécut.

D’après Pinard, « les observations manquent pour élucider la question de l’immunité scarlatineuse chez les enfants nés de femmes ayant eu la scarlatine pendant la grossesse » .

Variole. — Pour apprécier l’influence de cette maladie sur la gros- i sesse, il faut distinguer les différentes formes de la maladie :

1° Varioloïde. — Elle est généralement bénigne, mais donne lieu cependant quelquefois à l’avortement (4 fois sur 57, d’après Mayer).

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