‹ Précis d'obstétrique (volume 2)Chapitre 88 sur 317 · AUSCULTATION · texte numérisé non relu

AUSCULTATION

Historique. — Les bruits du cœur fœtal out été entendus pour la première fois vers 1818 par Mayor (de Lausanne), chirurgien de Genève; mais c’est Lejumeau de Kergaradec qui, en 1821, ignorant la découverte de Mayor, présenta h l’Académie de médecine pour la première fois un important travail, où il montre toute la valeur de l’auscultation obstétricale.

Ce ne fut point l’avis de quelques accoucheurs « parmi lesquels, dit Tarnier, on regrette de trouver les noms de Siebold, Dugès, Capuron ». D’autres, au contraire, vulgarisèrent cette méthode (Maygrier, d’Outrepont, Hans, Ritgen, Nœgelé, etc.).

En 1851, P. Dubois fit à l’Académie de médecine, un rapport sur un mémoire présenté auparavant par Bodson, et exposa les résultats de son expérience sur l’auscultation obstétricale.

Vinrent ensuite différents travaux de Kennedy (1850-1835), en Angleterre, de Hohl (1855) etKilian (1854) en Allemagne, de Velpeau (1855), Jacquemier (1857), Stoltz et Carrière (1858), de Devilliers et Cbailly (1842), de Cazeaux (1842), de Barth et Roger (1844).

Depaul (1859) étudia dans sa thèse inaugurale l’auscultation obstétricale, comme moyen de diagnostic des présentations et des positions du fœtus, et compléta cette étude en 1847 en publiant un Traité cV auscultation obstétricale.

Depuis cette époque, l’auscultation a été de plus en plus employée par les accoucheurs; à mesure que s’est perfectionnée la méthode du palper, on a pu préciser d’une manière plus parfaite les foyers d’auscultation. C’est ce qu’a essayé de faire Ribemont-Dessaignes en 1878, après avoir indiqué à l’aide de coupes sur des cadavres de fœtus congelés les rapports du cœur, et le mode de transmission des bruits cardiaques de l’enfant; en 1884, Cantacuzène, dans sa thèse faite sous l’inspiration de Finaud, a figuré les foyers d’auscultation pour chaque position. Enfin, Pinard a consacré à ce sujet une série de leçons en 1890.

Manière de pratiquer l’auscultation. — L’auscultation est habituellement pratiquée lorsque la femme est couchée sur le dos ; on peut laisser l’abdomen recouvert par une chemise fine, lorsque les bruits du cœur s’entendent facilement et nettement; mais toutes les fois que l’auscultation a besoin d’être pratiquée avec soin, soit pour établir le

AUSCULTATION OBSTÉTRICALE.

diagnostic de grossesse par l’auscultation du quatrième au cinquième mois, soit pour s’assurer de la vitalité du fœtus, soit enfin lorsqu’une paroi abdominale épaisse amortit les bruits du cœur, l’abdomen doit être à nu pour qu’aucun bruit ne vienne s’interposer entre l’oreille de l’observateur et la paroi abdominale.

C’est généralement à travers la paroi abdominale que l’on cherche à entendre les bruits du cœur; Maygrier a eu cependant l’idée d’ausculter l’utérus par le vagin. C’est pour réaliser cette idée que Nauche fit construire un stéthoscope coudé, destiné à ausculter le museau de tanche (métroscope). Yerardini (de Bologne) a repris en 1878 ce procédé d’auscultation intra-vaginale, qui n’est pas entré dans la pratique.

L’auscultation peut être faite en appliquant directement l’oreille sur la paroi abdominale : c’est l’auscultation immédiate , procédé peu commode, désagréable pour la femme et souvent aussi pour l’accoucheur; il ne faut y recourir que comme méthode d’exception, lorsqu’on n’a pas de stéthoscope sous la main.

Stéthoscope. — En règle générale on pratique l’auscultation médiate : on se sert d’un stéthoscope, à large ouverture, dont les bords sont arrondis, et assez long pour que l’observateur n’ait pas la figure trop rapprochée des parties génitales de la femme.

On applique le stéthoscope avec la main, bien perpendiculairement à la région que l’on veut ausculter; on place l’oreille sur le pavillon du stéthoscope qu’on maintient pendant quelques secondes avec les doigts; puis on retire ces doigts de crainte que leur frôlement contre le stéthoscope ne produise des bruits anormaux.

Lorsqu’on met le stéthoscope sur le ventre d’une femme enceinte, on peut entendre des bruits maternels et des bruits fœtaux.

Bruits maternels . — Parmi les bruits maternels, signalons seulement des bruits accessoires qui viennent plutôt gêner l’auscultation, les borborygmes intestinaux , le souffle ou les simples pulsations des gros troncs vasculaires du bassin, et même les bruits du cœur de la mère qui peuvent être transmis jusqu’à la région hypogastrique.

Enfin, après la sortie de l’enfant, lorsque le placenta se détache, on peut entendre de petits craquements dus au décollement du placenta (bruit de Caillaut).

Bruit de souffle maternel. — Le plus important des bruits maternels c’est le bruit de souffle signalé dès 1821 par Lejumeau de Kergaradec, sous le nom de battement simple avec souffle. Ce souffle est isochrone avec le pouls maternel.

Son intensité s’accroît jusqu’à la fin du septième ou du huitième

GROSSESSE OU GESTATION

mois, puis reste stationnaire; elle est diminuée par toutes les causes qui peuvent restreindre le calibre des vaisseaux utérins (pression forte du stéthoscope, mouvements actifs du fœtus tendant la paroi utérine et surtout les contractions utérines) (Depaul). Lorsque Lutérus se contracte, le bruit de souffle devient de suite plus fort, plus ronflant, puis diminue progressivement pour devenir imperceptible, à mesure que la contraction augmente d’intensité.

Lorsque la contraction s'affaiblit, le souffle utérin reprend peu à peu ses caractères de timbre et de sonorité. Son rhytlime est très variable : le plus souvent simple, intermittent, il est quelquefois continu avec ou sans redoublement.

D’après Depaul son timbre est toujours doux, sans choc ; il ressemble au bruit que l’on fait en prononçant bas la syllabe vous. Cazeaux l’a trouvé quelquefois râpeux et accompagné de vibrations. « Tantôt sibilant, il ressemble assez bien au bruit qui est produit par l’air s’échappant à travers une porte mal close ; tantôt ronflant, il est comparable à la note grave que donne sous l’archet une corde de basse; dans certains cas il ressemble à une plainte ou à un piaulement. »

Ce bruit de souffle s’entend habituellement vers la tin du quatrième mois, quelquefois plus tôt (Carrière, Depaul). Dans la première moitié de la grossesse, c’est sur la ligne médiane, au-dessus du pubis qu’on perçoit le mieux le bruit de souffle; du reste, môme à une époque plus avancée de la grossesse, c’est presque toujours vers les parties inférieures et latérales de l’utérus, rarement vers le fond que l’on peut entendre ce bruit de souffle. D’ailleurs il est mobile et peut être perçu en des points différents. Il peut manquer au moment où l’on ausculte une femme enceinte, mais il est rare qu’on ne le trouve pas si on répète fréquemment cet examen.

Le souffle persiste pendant un certain temps (jusqu’à 63 heures) après la délivrance; il persiste également après la mort du fœtus (Bailly).

Nature du bruit de souffle. — De nombreuses théories ont été émises pour démontrer le siège et le mécanisme du bruit de souffle utérin; résumons les quatre principales :

1° Théorie placentaire. — Monod et Hohl localisent le bruit de souffle dans le placenta : d’après Hohl le souffle serait produit par le passage du sang artériel dans les sinus veineux du placenta.

Cette théorie ne peut être soutenue puisque les recherches de Bailly et de Maggia ont montré que le souffle persiste neuf fois sur dix, pendant un temps variable après la délivrance.

2° Théorie iliaque. — D’après cette théorie, défendue surtout par

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