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SEPTIÈME PARTIE

PATHOLOGIE DE LA GROSSESSE

GÉNÉRALITÉS

Nous avons étudié jusqu’à présent la grossesse physiologique, celle qui existe chez une femme bien portante et qui évolue d une manière normale, régulière, sans incident notable, ou tout au moins sans complication assez accusée pour être pathologique.

11 n’en est pas toujours ainsi; la grossesse peut être compliquée de deux manières différentes, suivant que : A. la femme est atteinte d’une affection qu’on observe en dehors de la grossesse, ou B. suivant qu’elle présente une complication qui n’existe guère que chez la femme enceinte.

A. La femme enceinte présente une tare pathologique antérieure à la conception, ou elle est atteinte d’une affection morbide quelconque, au cours de la grossesse. Pour prendre deux exemples : une femme tuberculeuse devient enceinte, ou bien une femme enceinte est atteinte de fièvre typhoïde. Dans les deux cas, il est intéressant de connaître quelle influence la maladie préexistante ou intercurrente va exercer sur la physionomie de la grossesse, et, inversement, comment la grossesse va retentir sur cet état morbide.

L’étude de ces faits est en réalité celle de la pathologie ( interne et externe ) pendant la grossesse : malgré les nombreux travaux parus sur ce sujet, cette étude est loin d’ètre achevée. Il faut, en effet, que l’observateur de ces faits soit en même temps un pathologiste sagace et un accoucheur instruit, pour distinguer ce qui appartient en propre à la maladie et ce qui appartient à la grossesse.

De plus, les progrès incessants de la bactériologie ont, sur beaucoup de points, apporté des données nouvelles sur le mode d’action des maladies infectieuses sur l’utérus gravide et sur son contenu. C’est grâce aussi à la bactériologie qu’on a commencé l’étude scientifique des infections à microbes déterminés (streptocoques, staphylocoques, bacterium coli) chez la femme enceinte ; au fur et à mesure que les médecins connaissent mieux les différents symptômes produits par tel ou tel microbe pathogène, les accoucheurs peuvent mieux différencier comment ces mêmes micro-organismes agissent sur la femme enceinte et quelle peut être leur action ou celle de leurs toxines sur le fœtus.

Nous commencerons par le chapitre de la pathologie pendant la gros-

PATHOLOGIE DE LA GROSSESSE

, sesse , parce que ce sont souvent les maladies intercurrentes ou préexistantes à la grossesse qui créent les véritables complications delà grossesse, celles qui sont inhérentes à cet état fonctionnel particulier. Ainsi la syphilis ne produitelle pas souvent l’hydramnios et d’autres maladies de l’œuf ou du fœtus.

B. Il y a en outre des complications spéciales plus importantes à étudier et d’ailleurs mieux connues : elles constituent la grossesse pathologique (Pinard) ou mieux les maladies propres à la femme enceinte.

S’inspirant des recherches de A. Gautier sur les leucomaïnes , de celles de Bouchard sur les auto-intoxications, Pinard a émis l’opinion que chez la femme enceinte un certain nombre de phénomènes morbides sont causés par un défaut d’élimination par les émonctoires (reins, peau, intestin, etc.) des produits excrémentiels contenus en excès dans le sang.

Les recherches expérimentales de Bouchard sur la toxicité des urines ont -en effet montré que, toutes les fois que l’élimination par la voie rénale est insuffisante, il peut se produire du côté de l’organisme des accidents (crises convulsives, hypothermie ou hyperthermie, etc.) causés par les produits toxiques retenus dans le sang. Or, chez la femme enceinte, les produits de désassimilation sont plus abondants, puisque l’organisme maternel doit suffire non seulement à ses propres besoins, mais en même temps à la nutrition et à l’accroissement du fœtus.

En outre, par suite des transformations anatomiques qu’ils subissent du fait de la grossesse, dans certains cas le rein élimine moins et le foie ne détruit plus d’une manière aussi parfaite les ptomaïnes du tube digestif. Ainsi, chez la femme enceinte, il y a en même temps augmentation des produits de désassimilation et élimination moindre : ces deux circonstances favorisent donc Y auto-intoxication.

Pinard pense que c’est d’après cette pathogénie qu’il faut expliquer les œdèmes, l’albuminurie, les crises convulsives (éclampsie) qu’on observe chez la femme gravide ; il fait même rentrer dans ce groupe certains faits pathologiques, tels que les troubles digestifs (ptyalisme, vomissements incoercibles, etc.) qu’on observe au cours de la grossesse. Il pense que l’état du foie joue un rôle important dans la pathogénie de ces accidents dont la véritable cause est souvent une insuffisance de la fonction hépatique; c’est pourquoi (voy. chapitre des Vomissements incoercibles ) Pinard rattache cette complication à une hépato-toxémie gravidique.

Cette division est bien en rapport avec les idées médicales actuelles et se trouve confirmée par les faits observés. C’est ainsi que, lorsque le fœtus succombe, — la grossesse s’arrêtant ainsi, — on voit habituellement disparaître, ou tout au moins diminuer, les vomissements graves, l’albuminurie, etc.

Tout en reconnaissant que cette conception pathogénique a encore besoin d’être contrôlée et confirmée par la clinique et l’expérimentation, nous admettrons donc pour les maladies propres à la femme enceinte la division suivante :

1° Phénomènes pathologiques liés à l’auto-intoxication gravidique qui résulte de l’insuffisance du foie ou du rein : Troubles de T appareil digestif précis d’obstétrique. 36

PATHOLOGIE CHEZ LA FEMME ENCEINTE

(ptyalisme, vomissements incoercibles, diarrhée), Œdèmes, Albuminurie , Crises convulsives (éclampsie), Manifestations cutanées (Herpes gestationis, etc.) ;

2° Maladies de l’appareil génital ;

5° Maladies de l’œuf;

4° Maladies du fœtus qui peuvent compromettre plus ou moins sa vitalité ou même entraîner sa mort. Il est difficile de séparer les maladies de l’œuf et du fœtus de l’étude des maladies de la femme enceinte.

Cette pathologie spéciale à la femme enceinte sera plus détaillée que le chapitre des faits de pathologie générale observés au cours de la grossesse ; elle doit être bien connue de celui qui se livre à l’art obstétrical. C’est ainsi que nous décrirons avec soin l’albuminurie, l'éclampsie, la rétroversion de l’utérus gravide, l’hydramnios, etc.

Certaines maladies de la femme enceinte ou de l’œuf contenu dans l’utérus amènent la mort du fœtus ou son expulsion prématurée à une époque plus ou moins avancée de la grossesse : nous étudierons ces complications qui font partie de la pathologie de la femme enceinte.

Quelques complications locales, telles que le cancer de l’utérus, les fibromes utérins, les kystes de l’ovaire, etc., devraient être comprises dans cette septième partie (pathologie de la grossesse); il est cependant plus rationnel de n’en parler qu'à la dystocie , puisque c’est surtout au moment de l’accouchement, que leur présence complique la grossesse. Il en est de même de certaines maladies du fœtus, telles que l’hydrocéphalie.

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