PHYSIOLOGIE DU FŒTUS
Fig. 102. — Coupe antéro-postérieure du fœtus faite à gauche de la ligne médiane. — La ligne horizontale qui passe au milieu d'une ligne verticale représentant le fœtus traverse le cœur (Ribemont-Dessaignes).
C, Cœur. P, Poumon gauche. D, Diaphragme. F, Foie. E, Estomac. R a, Raie. I, Intestin. O, Ombilic. Re, Rem. V, Vessie.
Au fur et à mesure que
l’ovule fécondé se développe et évolue, au fur et à mesure que les différents organes se forment, ils se mettent à fonctionner et arrivent à leur développement parfait lorsque le fœtus est à terme.
Pour connaître les faits principaux de la physiologie du fœtus à terme il
HÉMATOSE FŒTALE.
faut étudier : la nutrition, Vhématose, la circulation, l'ncmatopoièse, les sécrétions et V innervation.
Nutrition — Pendant les premières semaines de son développement, l’œuf emprunte successivement les matériaux qui lui sont nécessaires « au disque proligère, à la couche albumineuse sécrétée par la trompe, puis aux liquides que les villosités naissantes puisent dans la muqueuse utérine. Quand l’embryon est formé, l’absorption nécessaire à son développement se fait aux dépens du contenu granuleux de la vésicule ombilicale, dont les parois renferment dans leur épaisseur des vaisseaux qui communiquent avec ceux du jeune organisme. Le contenu de cette vésicule est facilement absorbé, car il se transforme en peptone et en albuminose, qui sont l’une et l’autre très assimilables » (Tarnier et Chantreuil).
Lorsque la vésicule ombilicale s’est atrophiée de plus en plus, vers la fin de la cinquième semaine, l’embryon se nourrit aux dépens des villosités choriales. C’est à tort que certains physiologistes ont prétendu que c’était par l’absorption du liquide amniotique que se nourrissait l’embryon et plus tard le fœtus. C’est par l’intermédiaire du placenta (voy. p. 118) que le fœtus reçoit de l’organisme maternel les éléments nutritifs nécessaires à son développement : c’est par les matériaux qui sont dissous dans le sang que se fait cette nutrition : de telle sorte que, suivant la remarque de Beaunis et Bouchard, il n’y a chez le fœtus ni digestion proprement dite, ni absorption alimentaire; le fœtus se trouve dans le cas d’un animal à qui l’on injecterait directement dans le sang les principes nutritifs, tels que les peptones et les sels mi’néraux.
Hématose fœtale. — Si l’on considère la respiration comme l’acte physiologique par lequel le sang veineux se transforme en sang artériel, on peut dire que la respiration existe chez le fœtus pendant la vie intra-utérine ; mais il y a cette différence capitale entre ce qui se passe chez le fœtus et le nouveau-né, c’est que chez le premier l’oxygène est apporté parle sang maternel; tandis que chez le second il fait partie de l’air qui est introduit dans les poumons.
Aussi n’est-il pas très rationnel de dire que le fœtus respire, puisqu’il n’existe chez lui qu’une partie des phénomènes qui constituent l’acte de la respiration. En réalité il y a seulement hématose, et encore cette fonction est-elle pour ainsi dire à l’état d’ébauche : le fœtus n’a en effet besoin que de fort peu d’o.xygène en raison du peu d’intensité des combustions ; il perd peu de calorique puisqu’il n’y a pas de déperdition de chaleur par rayonnement et qu’il n’y a pas d’évaporation à la surface du corps ni à la surface des poumons. Aussi le fœtus résiste-t-il longtemps à l’asphyxie : il lui faut au cours du travail une suppression d’oxygène d’une certaine durée et assez complète pour qu’il succombe à l’asphyxie.
Cette question de la respiration fœtale in utero a été longtemps discutée : si quelques auteurs admettaient, sans preuve démonstrative, que la respiration a lieu au niveau du placenta et comparaient cet organe au poumon, d’autres (Schultze par exemple) croyaient à l’existence d’une respiration pulmonaire, analogue à la respiration branchiale.
HÉMATOSE FŒTALE.
Cette opinion n’eut guère de succès : un certain nombre d’observateurs, ayant constaté une différence de coloration entre le sang de la veine et des artères, considérèrent l’hématose parle placenta comme nettement démontrée.
C’est en se basant sur d’autres considérations (présence de l’urée et de l’acide urique dans l’urine, activité musculaire et nerveuse du fœtus) que Schwartz se rallia à cet avis ; Schrœder admit également la respiration placentaire en s’appuyant sur ce que l’interruption de la circulation dans le cordon ombilical force le fœtus à exécuter des mouvements respiratoires.
C’est grâce aux recherches d’Hoppe-Seyler et de Zweifel que le fait fut scientifiquement démontré : à l’aide du spectroscope ces auteurs constatèrent les raies spectrales d’absorption de l’hémoglobine oxygénée dans le sang des vaisseaux ombilicaux de fœtus n’ayant pas encore respiré.
Zweifel poussa plus loin l’analyse ; en expérimentant sur des lapines pleines qu’il faisait respirer artificiellement ou qu’il rendait apnéiques à volonté, il constata que, lorsque la mère respirait, le sang de la veine était rouge et celui des artères noir; lorsqu’au contraire on empêchait la mère de respirer, le sang prenait la même coloration dans les deux vaisseaux et même il devenait plus noir dans la veine que dans les artères. Ce qui tiendrait, d’après Zweifel et Zuntz, à ce que, par suite de l’asphyxie résultant de la suppression de la respiration, le sang maternel devient moins riche en oxygène que celui du fœtus et qu’alors les échanges se font en sens inverse ; non seulement le fœtus ne reçoit plus d’oxygène de la mère, mais il lui en fournit un peu
C’est ce qui explique pourquoi, dans les cas où la mère succombe par asphyxie simple sans intoxication, le fœtus meurt rapidement, parce que le sang maternel empruntejau sang fœtal l’oxygène qui ne lui parvient plus par les voies respiratoires. Aussi la mort du fœtus survient-elle avec plus ou moins de rapidité suivant qu’il cède plus ou moins facilement de l’oxygène à la mère, suivant la composition du sang maternel. Ainsi, lorsque la mère succombe à l’asphyxie par le charbon, son sang est impropre à l’absorption de l’oxygène par les globules sanguins : la mort du fœtus arrive alors beaucoup plus lentement que si la mère meurt d’asphyxie simple.
Il y a donc « une véritable respiration se faisant au niveau des villosités placentaires et qui est constatée, et par l’analyse chimique et par l’étude optique. Le fœtus, par l’intermédiaire du placenta, absorbe directement de l’oxygène, et se débarrasse de son acide carbonique. La totalité des globules sanguins maternels est à la circulation fœtale ce que l’air extérieur est à la circulation pulmonaire. L’échange se fait de globule à globule. Si l’hématose existe chez le fœtus, elle est peu active et peu intense. Le sang du fœtus contient beaucoup moins d’hémoglobine que le sang de la mère » (Pinard).
Les recherches d’Andral, de Munster, d’Alexeef, de Fehling, ont montré que la température du fœtus est un peu plus élevée que celle de la mère et que cette différence peut être même de 0,5 à 0,7 de degré : le fœtus possède donc une chaleur animale propre.
La première inspiration est due à une contraction réflexe du diaphragme qui agrandit ta cage thoracique et permet l’entrée de l’air dans les poumons
CIRCULATION FŒTALE.
Les mouvements respiratoires s’établissent d’une manière régulière et par voie réflexe d’origines multiples : ils résultent peut-être de l’impression de froid qu’éprouve le fœtus en sortant des organes génitaux et surtout de la compression du cordon, de la suppression de la circulation utéro-placentaire. Les expériences de Zweifel ont en effet montré qu’il suffit d’une compression brusque du cordon pour que le fœtus fasse même in utero dçs mouvements d’inspiration.
Circulation. — Il existe, pendant la vie intra-utérine, deux modes
Fi". 103. — L'embryon et Faire vasculaire du poulet à la quarante-sixième heure, vus par la face supérieure par transparence à un grossissement de cinq fois (Mathias Duval).
St, Sinus terminal. Vva, Veine vitelline antérieure. Ap, Aire transparente. Am, Bord tibre de l'amnios qui recouvre actuellement toute la tête et le cœur. Aom, Artère omphalo-mésentérique. ko, Aire opaque. R C, Renflement caudal.
différents de circulation qui se succèdent, mais sont d’inégale importance : la première ou circulation de la vésicule ombilicale {circulation omphalomésentérique) ; la seconde circulation ou circulation placentaire.
1“ Circulation omphalo-mésentérique. — Elle n’apparaît guère que vers le quinzième jour du développement de l’œuf humain; jusqu’à cette époque il n’y a que des mouvements de flux et de reflux du liquide contenu dans la cavité cardiaque, sans communication avec les vaisseaux.
Au moment où se forme la circulation omphalo-mésentérique, le cœur est représenté par une sorte de tube renflé : de son extrémité antérieure se détachent deux arcs aortiques qui se réunissent en un seul tronc {aorte thoracique) ; celui-ci se divise bientôt en descendant vers l’extrémité caudale de l’embryon en deux branches {vertébrales postérieures) d’où naissent de nombreux rameaux artériels qui se distribuent dans les tissus de l’embryou et parmi lesquels deux artères vont à Yintestin et à la vésicule ombilicale {artères omphalo-mésentériques).
CIRCULATION FŒTALE.
Le sang, chassé du cœur par la contraction, passe dans l’aorte, les artères vertébrales et les artères omphalo-mésentériques qui le conduisent dans les ]iarois de la vésicule ombilicale; il s’y répand dans un riche réseau {area vasculosa) et après s’être versé dans un sinus (fig. 105) qui occupe la périphérie de l’area vasculosa [sinus terminal), il revient par deux veines dites omphalo-mésentériques à l’extrémité postérieure du cylindre cardiaque.
Cette première circulation n’a que peu de durée : la vésicule ombilicale s’atrophie de la quatrième à la sixième semaine en même temps que se développe l’allantoïde; la partie correspondante des vaisseaux omphalo-mésentériques subit le même sort; les artères et les veines omphalo-mésentériques SC réduisent à une artère mésentérique et à une veine mésentérique.
2° Circulation placentaire. — Pour que cette circulation s’établisse, il faut que le système circulatoire se modifie et se perfectionne.
Cœur du fœtus. — Le cœur, qui n’était d’abord qu’un tube rectiligne, se contourne en forme d’S, puis se divise en trois cavités : auriculaire, ventriculaire et cavité artérielle (ou hulbe aortique). De la pointe du ventricule part une cloison médiane qui divise en deux la cavité ventriculaire ; d’où la formation de deux ventricules, droit et gauche.
La cavité auriculaire tend également à se dédoubler par une cloison qui part de la région auriculo-ventriculairc, est incomplète à sa partie supérieure et forme ainsi un orifice arrondi auquel on donne le nom de trou de Botal.
Dans le bulbe aortique qui se tord en spirale, se développe une cloison qui le partage en deux conduits dont l’im communique avec le ventricule droit : c’est l’origine de l'artère pulmonaire future ; l’autre avec le ventricule gauche : c’est l’origine de V aorte. Un vaisseau, canal artériel, fait communiquer l’artère pulmonaire avec l’aorte thoracique.
Artères ombilicales. — Des artères vertébrales primitives partent deux branches nouvelles, les artères ombilicales , qui se ramifient dans la vésicule allantoïde en voie de développement : d’où le nom d’artères allantoïdiennes . Les artères vertébrales se fusionnent en un seul tronc, l’aorte abdominale ; puis, des artères ombilicales partent deux branches grêles, artères iliaques, qui prennent bientôt un développement considérable, de telle sorte qu’elles semblent plutôt donner naissance aux artères ombilicales qu’en être les branches.
Les artères iliaques primitives se bifurquent en iliaques externes et internes; les premières se rendent aux membres inférieurs; les iliaques internes ou hypogastriques donnent en réalité naissance à deux artères ombilicales qui remontent, de chaque côté de l’ouraque, derrière la face postérieure de la paroi abdominale antérieure.
Ainsi nées successivement des artères vertébrales, de l’aorte abdominale, des artères iliaques, les artères ombilicales vont se ramifier dans la vésicule allantoïde et par suite dans le placenta.
Veines ombilicales. — Par quelle voie le sang fœtal, ainsi conduit dans les villosités placentaires, est-il ramené au cœur? Deux veines ombilicales, ou allantoïdiennes placentaires, partent de la vésicule allantoïde; l’une d’elles ne tarde pas à s’atrophier, l’autre vient se jeter dans l’extrémité pos-
140 CIRCULATION FŒTALE.
térieure du cœur en se fusionnant avec le bout central de la veine mésentérique.
Sur ce tronc commun se forme un bourgeon qui sera une glande vasculaire sanguine, le foie; dès que cet organe est formé, la veine ombilicale envoie, dans ce bourgeon glandulaire, des ramifications vasculaires (vaisseaux hépatiques afférents) qui constituent le système de la veine porte; ces ramifications vasculaires débouchent dans les veines hépatiques efférentes (veines sus-hépatiques) qui se jettent dans le tronc commun à la veine ombilicale et à la veine omphalo-mésentérique ; la portion de la veine ombilicale comprise entre la veine omphalo-mésentérique ; et l’embouchure des veines sus-népatiques, passe au-dessous du foie et constitue le canal veineux d’Aranzi.
C’est à la même époque que se développent les veines cardinales et les canaux de Cuvier ainsi que les deux veines caves. La veine cave inférieure est d’abord petite et se jette dans la veine ombilicale près du cœur; mais elle ne tarde pas à prendre un tel développement quelle est plutôt considérée comme le tronc collecteur de la veine ombilicale, et qu’en réalité, c’est elle qui se jette dans le cœur; à ce niveau s’abouchent de chaque côté par un canal commun [canaux de Cuvier) les veines qui ramènent le sang du corps de l’embryon (veines cardinales antérieures et postérieures). Les veines cardinales postérieures s’atrophient et ne laissent plus comme trace de leur existence que les veines azygos.
Après avoir étudié la canalisation circulatoire chez le fœtus, voyons quel est le cours du sang : au moment de la contraction du muscle cardiaque, le sang est projeté à la fois du ventricule gauche dans l’aorte, du ventricule droit dans l’artère pulmonaire. « Le sang qui arrive dans l’aorte est en grande partie dirigé vers la tête et les bras par le tronc brachio-céphalique, par la carotide primitive gauche et l’artère sous-clavière gauche. — Le sang qui a été projeté dans l’artère pulmonaire n’arrive qu’en très petite quantité aux poumons qui sont encore inactifs; il passe en presque totalité dans le canal artériel qui le conduit dans l’aorte, au-dessous de l’émergence de l’artère sous-clavière gauche.
« En ce point l’aorte contient donc du sang qui provient en partie du ventricule gauche, en partie du ventricule droit par l’intermédiaire du canal artériel; et ce liquide, en parcourant les différentes branches de l’arbre aortique, pénètre dans tous les organes situés dans le tronc, dans toutes les parties des membres inférieurs et dans le placenta, où il est apporté en grande quantité par les artères ombilicales » (Tarnier et Chantreuil).
Le sang qui a été envoyé à la tête et aux membres thoraciques est ramené par la veine cave supérieure VGS (fig. 104) à l’oreillette droite OD, passe de là dans le ventricule droit VD qui le lance dans l’artère pulmonaire AP. La petite quantité de sang apportée aux poumons par les ramifications de l’artère pulmonaire revient à l’oreillette gauche par les veines pulmonaires sans avoir été bématosée.
Du placenta P le sang fœtal, oxygéné, revient parla veine ombilicale \ Ü; au niveau de la conjonction de cette veine avec la veine omphalo-mésenté-
CIRCULATIOîS FŒTALE
ri que, le sang se partage en deux courants ; Tun, très important, suit le canal veineux d’Aranzi CV, et passe dans la veine cave inférieure; 1 autre se rend au foie F et se ramifie
dans les branches de la veine porte.
La veine cave inférieure VGl, renfermant à la fois le sang qui evient des parties inférieures, celui du canal veineux et des veines sus-hépatiques VsH, verse son contenu dans l’oreillette droite OD; mais ce sang ne tombe pas comme chez l’adulte dans le ventricule droit VD; la présence de la valvule d'Eustachi à l’embouchure de la veine cave inférieure le dirige par le trou de Botal TB dans l’oreillette gauche OG. Cette colonne sanguine croise donc la colonne sanguine qui, ramenée par la veine cave supérieure dans l’oreillette droite, passe dans le ventricule droit; il y a un léger mélange de ces deux courants sanguins.
Le sang présente une oxygénation plus ou moins marquée suivant les points où il se rend; de tous les organes, c’est le foie qui, chez le foetus, reçoit, par l’intermédiaire de la veine porte, le sang le plus riche en oxygène. Après le foie, viennent le cœur, l’extrémité supérieure du corps et enfin le tronc et les membres inférieurs.
En effet, le sang qui est ramené du placenta reçoit, avant d’arriver au cœur, en plusieurs endroits du sang veineux
i/ci—
l’ig. lûi. — Schéma de la circulation placentaire du l'œtus.
V, Placenta. CO, Cordon ombilical. VO, Veine ombilicale. ?,Foie. CV, Canal veineux d’Aranzi. V sl\. Veines sushépatiques. VCI, Veine cave inférieure. VOS, Veine cave supérieure. OD, Oreillette droite. VD, Ventricule droit. OG, Oreillette gauche. VG, Ventricule gauche. TB, Troii de Botal. AP, Artère pulmonaire se divisant ère AP D (artère pulmonaire droite) et A PG (artère pulmonaire gauche) et réunie à l’Aorte A par le Canal artériel Ck. T B G, Tronc brachio-céphalique naissant de l’Aorte. CP, Carotide primitive. SC, Sous-clavière du côté gauche. AH. Artère hypogastrique. AO, Artères ombilicales.
là où
la veine ombilicale reçoit la veine omphalo-mésentérique, il y a un premier mélange, puisque cette veine charrie le sang qui provient de la rate et de l’intestin; plus loin la veine cave inférieure reçoit le sang revenant des membres inférieurs, des reins et des veines sus-hépatiques.
Le sang hématosé continue à recevoir du sang veineux : au niveau de
hématopoïèse fœtale
Ipi
l’orcillctlc droite, comme nous l’avons vu; dans l’oreillette gauche par le sang qui est versé dans les veines pulmonaires; enfin dans l’aorte qui reçoit le sanfî du canal artériel.
Telle est la circulation du fœtus pendant la vie intra-utérine ; il est utile de remarquer que la veine ombilicale VO joue le bôle d’une artère puisqu’elle contient du sang artériel et que les artères ombilicales AO remplissent le RÔLE DE VEINES puisqu’elles charrient du sang veineux.
Signalons encore {'épaisseur égale des parois des deux ventricules : ce fait est dû sans doute à ce que la tension est la même dans le cœur droit et dans le cœur gauche. Notons enfin que les quatre cavités cardiaques servent à la circulation générale ou grande circulation.
Que se passe-t-il au moment de la naissance? Le fœtus, aussitôt après son expulsion, se met généralement à crier et fait de profondes inspirations; un afflux sanguin assez considérable se produit au niveau des poumons; le sang s’oxygène au contact de l’air qui a pénétré dans les ramifications bronchiques; ce sang oxygéné est versé par les veines pulmonaires dans l’oreillette gauche d’où il passe dans le ventricule gauche qui le lance dans l'aorte, assurant ainsi la circulation générale.
Le sang chargé d’acide carbonique, que les veines caves inférieure et supérieure VCI et VGS ont ramené dans l’oreillette droite, passe en entier dans le ventricule droit qui le lance dans le tronc de l’artère pulmonaire. L’appel fait par l’inspiration détermine le sang à s’engager dans les branches pulmonaires APD et APG de l’artère de ce nom et à abandonner la voie du canal artériel CA. Aussi celui-ci est-il oblitéré au bout de deux ou trois jours.
Il en est de même, douze à quinze jours plus tard, du trou de Botal, que ne traverse plus le sang venant de l’oreillette droite. La pression sanguine dans l’oreillette gauche est assez élevée pour s’y opposer.
Les vaisseaux ombilicaux s' oblitèrent dans leur trajet intra-abdominal et se transforment peu à peu en cordons fibreux. Leur portion funiculaire subit le même sort que le segment de cordon qui les contient; celui-ci se flétrit, se dessèche, et tombe cinq ou six jours après la naissance.
Hématopoïèse fœtale. Nombre d’auteurs, parmi lesquels il faut citer tout particulièrement Ch. Robin, Hayem, etc., ont étudié le mode de formation du sang chez l’embryon et le fœtus pendant la vie intra-utérine. Michel-Dansac, qui s’occupe laborieusement d’hématoscopie, a bien voulu résumer ici cette question en quelques lignes d’après les travaux de ses devanciers et d’après ses travaux personnels.
« L’étude de l'hématopoièse fœtale comprend : la formation, puis le développement des éléments figurés du sang pourvus d’hémoglobine {Globules rouges) depuis la segmentation de l’œuf jusqu’à l’expulsion du fœtus au moment de sa naissance.
« Une division toute physiologique permet de distinguer deux périodes, correspondant aux deux modes essentiellement ditférents du processus hématopoiétique.
« A. Première période {apparition des cellules rouges mères par processus nucléaire de karyokinèse). — La première période s’étend
hématopoïèse fœtale.
depuis la segmentation de l’œuf à la formation et à la mise en jeu définitive des organes. — Elle dure pendant tout le travail de différenciation et de spécialisation cellulaires.
« A cette première période correspond un processus hématopoiétique NUCLÉAIRE. — Très actif d’abord, il diminue au fur et à mesure de la différenciation et delà spécialisation cellulaires pour cesser définitivement au 9® mois et toujours après ta vie intra-utérine. — Il peut néanmoins reparaître dans certains cas pathologiques ou exister dans certains états d’infantilisme et de développement incomplet. — Tous les éléments figurés du sang portant l’hémoglobine sont pourvus de noyau.
« On sait qu’une invagination des feuillets endodermiques forme le mésenchyme. La majorité des cellules mésenchymiqucs se charge d’hémoglobine et entre en prolifération nucléaire indirecte [Karyokinèse active). — Elles forment une nappe, une aire sanguine, plus tard aire vascu~ iaire.
« Une première localisation de ces cellules hémoglobinifères, que nous désignerons sous le nom de cellules rouges mères, se fait dans les points sous-jacents à l’ectoderme et l’endoderme au moment où apparaissent les premiers vaisseaux.
« Bientôt, les cellules rouges mères se localisent et se fixent définitivement ■dans les points où apparaîtront les ganglions lymphatiques, le thymus, le poumon, la moelle osseuse, la rate et le foie.
« Dans ces amas fixes, les cellules rouges prolifèrent : les cellules qui en dérivent immédiatement seront tes cellules rouges filles, qui sous forme •de traînées anastomosées se répandent dans la matière amorphe voisine, et dans les espaces intercellulaires des tissus dérivés de l’ectoderme, de l’endo- •derme et du mésoderme.
« Ces cellules rouges filles se multiplient dans ces traînées par karyokinèse et donnent le globule rouge à noyau ou érythrocyte, terme final de cette évolution.
« Enfin, au dernier stade de cette période, le mésôderme a renforcé les parois vasculaires primitivement amorphes.
« Ce travail était préparé par une transformation des cellules rouges mères fixes qui ne gardent leur caractère et leur rôle que dans les amas hématopoiétiques, et les perdent dans les traînées en devenant cellules endothéliales, uniquement protectrices, sans aucune autre destinée dans la fonction hématopoiétique.
« En résumé, jusqu’à son stade le plus développé, la cellule rouge mère fournit à la fois Yhémoglohine et V albumine vectrice par karyokinèse.
« Pour multiplier et répandre l’hémoglobine, elle prolifère par division indirecte dans ses points fixes. — Le résultat est la production incessante de cellules analogues, mais libres, qui, dans le torrent circulatoire, donneront par le même processus nucléaire le lobule à noyau ou érythrocite.
« L’intermédiaire nécessaire entre cet érythrocyte définitif et la cellule rouge mère fixe est la cellule rouge fille libre et circulant. — Cet intermédiaire -est en somme un hématoblaste nucléé analogue aux mêmes éléments du
llÊMATOPUllîSfc: FŒTALE
sang des vertébrés à globules rouges nucléés permanents dans la vie intrautérine comme à l’àge adulte.
« B. Deuxième période [formation des hématoblastes et des hématies). j — Cette deuxième période s’établit lentement et présente un processus plus complexe que le premier.
« D’abord certains éléments d’organes particuliers fournissent les albumines jeunes, futurs vecteurs de l’hémoglobine: ce sont les Aémaioblastes découverts et décrits par Hayem. Puis ces jeunes albumines croissent et en se développant se chargent d’hémoglobine pour devenir globule rouge adulte ou parfait — hématie dépourvue de noyau.
« Ce qui distingue surtout la seconde période de la première, c’est la différenciation plus parfaite et la spécialisation anatomo-physiologique de la cellule rouge mère fixe des amas hématopoiétiques.
« Elle ne devient plus que réserve et distributrice de l’hémoglobine. — Elle la confie à des vecteurs, à des albumines qui, après un temps encore indéterminé, se détruisent et mettent en liberté X hémoglobine ou ses dérivés essentiels que récupère et reprend la cellule rouge pour la réserver, la parfaire et la rendre à de nouveaux vecteurs.
« Xâ production des albumines vectrices est confiée à certains amas devenus organes parfaits. — Tel est le poumon, dont les dimensions volumineuses et le développement sont si considérables à cette période. — Telle est encore la moelle osseuse en continuité avec le poumon chez les oiseaux, où elle prédomine toute la vie en volume sur cet organe considéré uniquement comme respiratoire et passt/ jusqu’ici.
« Les jeunes albumines se forment par prolifération endogène. — Ce sont les hématoblastes ; elles se chargent légèrement d’hémoglobine dans ces organes, et empruntent plus loin dans les organes lymphoïdes, ganglions, rate, moelle osseuse, foie, leur quantité hémoglobiquc. — Le poumon en est le siège d’élection.
« Ce sont des hématoblastes, qui plus tard deviennent globules rouges parfaits ou hématies. — Ces derniers ne doivent uniquement que transporter sous forme utilisable et en combinaison moléculaire inaltérable l’hémoglo- Jjine. — Ils n’ont ni à se multiplier, ni à se reproduire. — Ce sont des cellules travailleuses analogues à certaines catégories dans les espèces animales.
« Seule, la cellule rouge mère fixe persistera, suffisant à sa délicate et si importante fonction qui est de réserver, retenir et distribuer l’hémoglobine qui ne doit jamais sortir de l’organisme sous aucune forme.
« Elle relie donc au processus nucléaire ce processus définitif et si différent, si simple et si complexe à la fois. — Aussi, dans les insuffisances d’albumine vectrice, ou dans les affections héréditaires ou acquises dans lesquelles l’association de l’hémoglohine au vecteur est instable, ou encore dans les périodes ultimes des cachexies et les anémies extrêmes, recouvret-elle son rôle primitif. — Dès lors le globule à noyau et la cellule rouge ropa>’aissent pendant la vie. — L’érythrocytose est créée. — Elle peut être ïfinitive et fatale ou passagère, ou enfin elle peut n’étre chez le nouveau-né.