DU MOMENT OPPORTUN POUR L'EXTRACTION
En terminant l'étude de la cataracte, nous devons nous occuper d'un point de pratique qui n'est pas dépourvu d'importance : c'est de savoir à quel moment il convient, pour ce qui regarde la cataracte sénile, de recourir a l'opération.
Un cas qui se présente assez souvent, c'est celui où la cataracte étant complète sur un œil, l'autre n'offre qu'une légère opacité cristallinienne ou même est complètement indemne. Dans ces conditions, on conseillera néanmoins l'extraction de la cataracte complète s'il s'agit de personnes dont les occupations rendent dangereuse la réduction du champ visuel binoculaire. Tels sont les ouvriers occupés dans des usines où fonctionnent de nombreuses machines, les cochers, et ceux, en général, qui doivent fréquemment circuler dans les rues des grandes villes.
Au contraire, les personnes qui ne sont pas astreintes à un travail, pourront attendre le moment où le seul œil dont elles disposent encore leur fera défaut pour la lecture. Encore faut-il remarquer que la situation ainsi faite à ces malades, surtout s'ils sont d'une nature nerveuse et impressionnable, est des plus pénibles. Beaucoup ne se sentiront pas devenir progressivement
aveugles sans que leur moral et même leur santé ne s'en trouvent sensiblement affectés, et dans nombre de cas il y aura avantage à opérer, alors que l'autre œil est encore capable de suffire aux besoins ordinaires, dans l'unique but de donner en quelque sorte un œil de réserve et d'éloigner toute crainte de cécité possible. En réalité, si on opère dans ces conditions, le malade appréciera beaucoup moins le service qui lui est rendu, mais son intérêt doit alors primer toute autre considération.
Une circonstance fâcheuse résulte d'une marche de la cataracte sensiblement égale sur les deux jeux. Si on ne veut pas dans ce cas laisser le malade devenir tout à fait aveugle, il faudra se décider à opérer une cataracte incomplète. C'est en effet le parti auquel on doit s'arrêter, en choisissant l'œil le plus affecté, s'il existe une petite différence dans le développement de la cataracte sur les deux yeux, et en fixant l'opération au moment où le cataracte ne peut plus se livrer à ses occupations habituelles. Ainsi que de Wecker l'a fréquemment fait observer, l'extraction de cataractes incomplètes donne un résultat tout aussi satisfaisant que si la maturité était parfaite, lorsqu'on a soin de donner à la section cornéenne une étendue suffisante pour permettre la sortie du cristallin dans sa totalité, en détachant, suivant ses indications, un lambeau périphérique qui mesure exactement 4 millimètres de hauteur, c'està-dire représentant un tiers du diamètre de la cornée. Aussi ne concevons-nous pas quels avantages peuvent retirer les malades d'opérations pratiquées dans le but de compléter la cataracte, même lorsque ces opérations sont, d'une façon générale, inoffensives et consistent, suivant le conseil de Fœrster, à exercer un frottement