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PRECIS

d’un

INTRODUCTION

Depuis les temps les plus reculés de l’antiquité grecque, jusque vers le milieu du vie siècle avant J.-C., les hommes qui, poussés par le désir de savoir naturel à l’humanité, cherchèrent à pénétrer la raison des choses, furent appelés les sages , o\ Soc poi. Le mouvement des astres et leur essence, la terre et son origine, les animaux qui l’habitent, les végétaux qui la décorent, l’air qui l’environne, le feu qui la vivifie, les élémens qui la composent; l’intelligence et ses facultés; puis, les nombres, la morale, la politique, etc.;... chaeun de ces sages embrassait à peu près tout dans ses méditations. Cependant il ne pouvait tout analyser; il se contentait donc de quelques décompositions qu’il avait faites sur un point quelconque, et il étendait cette explication à tout le reste, ou niait l’existence de ce quelle paraissait ne pas pouvoir expliquer. Pythagore, né en 584 avant J.-C., signala, le premier, les imperfections de cette sagesse ; il déclara que la méditation des penseurs ne devait pas s’appeler science , looua, mais recherche de la science , $iXo(70<pla; et c’est ainsi que fut créé le nom de philosophie. Pythagore, imitant ses devanciers , voulut aussi tout comprendre dans ses re cherches, et il aboutit comme eux à une analyse sur un seul point, et à une hypothèse sur le reste. L’objet qu’il décomposa, et qu’il voulut étendre à l’explication de l’Univers, fut le nombre . Les écoles qui succédèrent à celle de Pythagore, jusqu’au moyen âge, conservèrent plus ou moins cette tendance à une explication universelle; et le mot de philosophie continua de signifier recherche de la

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science en toute chose , contenant en résultat quelques» analyses partielles, et des conclusions générales. Sous Charlemagne, le nom de philosophie disparaît, et fait place aux titres des sept arts libéraux , qui sont : la grammaire y la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique. Après la mort de ce prince, on voit reparaître le mot de philosophie ; mais il a perdu sa vaste signification, et il n’exprime plus guère que les moyens d'arriver à la théologie par les lumières de la raison. Cette philosophie se divise en logique , métaphysique et morale. La morale n’est que l’exposition des dogmes moraux de 1 Eglise, exposition qu’on cherche à rendre scientifique; quant au mot de métaphysique , en voici l’origqne. Lorsque Sylla revint d’Athènes > il en rapporta les manuscrits d’Aristote, qu’il remit entre les mains d’Andronicus de Rhodes. Celui-ci ayant trouvé, après les livres intitulés toc cpucrcxoc, les choses naturelles , cinq livres qui n’avaient point de titre particulier, voulut en marquer la place, et les désigna par ces mots : roc jucst oc toc cpuc7cxoc , livres jaisant suite aux choses physiques. Or, ces livres traitaient de nos idées ôi être en général , de possible, de cause , etc... Ces idées, et surtout des spéculations sur Dieu et ses attributs, sur les esprits inférieurs et sur l’âme, en tant que substance immatérielle, composent ce qu’on appelle la métaphysique , dans la philosophie scholastique. Quant à la logique , elle cherche, d’après Aristote, à faire l’inventaire de toutes les idées, à les classer, à en expliquer l’origine, et elle pousse jusqu’à une subtilité minutieuse et frivole la théorie du raisonnement et do l’argumentation.

Vers la fin du xvie siècle, le mot de philosophie reprend son antique signification. Les recherches physiques, trop long-temps négligées par les philosophes , ont retrouvé faveur auprès d’eux. L’objet de la philosophie est triple , dit Bacon : elle comprend Dieu , la nature et Y homme*

INTRODUCTION

Quand Pythagore avait substitué le nom de philosophie à la science mensongère de ses prédécesseurs, il avait constaté un grand progrès de l’esprit humain , en montrant que les penseurs n’étaient plus dupes de leurs spéculations, et que, s’ils ne tenaient pas la vérité, ils ne croyaient plus la tenir, et savaient au moins leur ignorance. Il restait à faire un second pas : c’était de prendre la route qui devait faire sortir de ces ténèbres reconnues. Telle fut la gloire de Bacon et de Descartes. L’un et l’autre proclamèrent que, pour arriver à la science, il fallait observer avec soin, c’est-à-dire analyser ce qu’on voulait connaître, et s’interdire toute conclusion hypothétique ou fondée seulement sur une autorité. L’un appliqua principalement sa méthode à la nature physique, et l’autre à l’entendement humain. C’est de leur siècle que date la division sérieuse et durable des différentes études. Elle ne pouvait avoir lieu plus tôt, car l’esprit humain, avant d’aborder l’étude des détails, veut avoir une connaissance vague de l’ensemble. Toutefois, ces deux philosophes furent plutôt les organes que les auteurs de cette révolution. On vit alors des hommes se consacrer spécialement à l’observation exacte et patiente d’une petite portion de cet ensemble qu’un seul individu voulait saisir autrefois tout entier. La philosophie signifiait donc encore la recherche de la science en toute chose , mais on s’était partagé les diverses parties de cette immense recherche. Jusque vers la fin du xvme siècle, on la divise assez généralement en logique , métaphysique , morale et physique ; ou bien encore en philosophie naturelle , comprenant la dernière des divisions précédentes, et en philosophie intellectuelle et morale , ou simplement philosophie , comprenant les trois autres divisions.

La philosophie naturelle est la recherche de la vérité touchant les pbjets qui affectent nos sens physiques; elle se subdivise en physique , chimie , zoologie , etc.

INTRODUCTION

La philosophie intellectuelle et morale est la recherche de la vérité touchant, i° les phénomènes attestés parle sens intime, psychologie et logique ; i° les objets saisis par la raison intuitive, morale , esthétique , ontologie et théodicée.

(Les mathématiques , qu’on range quelquefois à tort parmi les sciences physiques, rentrent dans la dernière subdivision ; mais elles sont l’objet d’un cours spécial, et nous n’avons pas à nous en occuper ).

La psychologie est la description des états et des opérations de notre âme.

La logique recherche les causes de nos erreurs, et indique les moyens d’y remédier.

La morale, l’esthétique, l’ontologie et la théodicée, se composent des combinaisons et déductions que nous fournissent les notions de moralité, de beauté, de substance et de cause.

Avant d’aborder ces déductions, il faut examiner en psychologie les notions ou principes d’où elles dérivent.

D’un autre côté l’histoire de nos facultés doit précéder l’art d’en diriger la marche. Un cours de philosophie intellectuelle et morale doit donc commencer par la

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