CHAPITRE SECOND
NE PAS VOIR TOUT CE QUE l’oBJET RENFERME. CAUSES DE CE GENRE D’ERREUR.
i®. Insuffisance naturelle de la faculté ou de l’organe.
Un grand nombre de nos erreurs sur les faits de conscience tiennent à la difficulté même de l’exercice de cette faculté.
On en peut dire autant au sujet de la raison intuitive.
Quelques-unes de nos méprises sur les objets matériels proviennent de l’imperfection de nos organes.
Enfin nous ne jugeons pas tout en présence des faits eux-mêmes , mais la plupart du temps nous établissons nos jugemens sur le rapport de notre mémoire. Or, elle peut ne pas nous retracer tous les élémens de la question.
Il y a cependant ici plutôt manque de connaissance que méprise.
Il n’y aurait pas erreur proprement dite, si au lieu d’affirmer: voilà tout ce, qui est, on se contentait de dire : voilà tout ce que j’ai vu ou tout ce que je me rappelle.
2°. Inattention.
C’est à cette cause que se rattachent les erreurs signalées depuis long-temps sous le nom de a genere ad genus ; post hoc , erg o propter hoc ,* non causa pro causa ; ignoratio elenchi ; petitio principii, a minus noto ad majus notum , ignorantia rei , etc.
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Toutes ces fautes se réduisent à ne pas pousser assez loin l'analyse, à ne pas distinguer ce qui est distinct.
On peut rapporter à cette même classe les erreurs de langage , soit dansTemploi qu’on fait soi-même des mots , soit dans l’acception qu’on prête aux paroles des autres.
Telle est l’erreur connue sous le nom de fallacia corn positionis et dwisionis , etc.
3°. # Induction .
Cette partie de l’induction qui nous fait croire à la généralité des phénomènes naturels, nous entraîne sou • vent à réputer général et unique un élément dont l’existence n’a pas été vérifiée par l’expérience , et même à ne pas vouloir consulter l’expérience dans la crainte de trouver d’autres élémens , et d’être ainsi démenti sur notre généralisation.
C’est ainsi que se sont élevés la plupart des faux systèmes dans les sciences. On peut citer pour exemple la doctrine de la sensation, celle de l’irritation , etc.
4°. Foi à l'autorité.
L’autorité du maître nous empêche souvent d’être frappés par l’évidence , soit de sens intime, soit même de perception matérielle. Mais elle trouble surtout l’exercice de la raison intuitive , et en particulier les notions de beauté et de moralité.
De là les préjugés d’artistes, des sectes religieuses et morales.
5°. Là sensibilité.
On sait assez combien lintérêt nous aveugle. Nous avons déjà eu , en psychologie , l’occasion de signaler l’action de la sensibilité sur L’intelligence. Nous ne citerons ici que l’infiuence de l’esprit de parti.
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L’induction , la foi et la sensibilité forment ensemble cette cause d’erreur que la langue vulgaire exprime par le mot de prévention.
La plupart du temps toutes ces causes agissent ensemble. C’est ainsi , par exemple , que ce qu’on appelle l’esprit de système est souvent le produit de l’insuffisance naturelle d’une faculté, de l’inattention, de l’induction, de la foi à l’autorité et de l’amour-propre d’auteur.
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