CHAPITRE IV
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De V imagination , V invention et dé l’imita-
tion poétiques.
La* connaissance des choses matérielles arrive à l’esprit par le moyen des sens ; l’imagination crée un ordre de choses que les sens n’atteignent pas. Cette opération de l’esprit n’est que le résultat d’une combinaison nouvelle des images reçues, des impressions éprouvées; c’est une sorte de révélation de l’inconnu par le connu.
L’observation des objets existans, des
choses réelles, conduit à la recherche de leurs principes inaperçus ou de leurs conséquences ; le plus ou le moins de facilité qu’éprouve l’esprit à expliquer ces phénomènes de manière à satisfaire la raison , indique le plus ou le moins d’imagination : si, sans s’arrêter aux probabilités rationelles , l’auteur s’attache à considérer les objets dans leurs rapports d’ordre, de grandeur et de beauté pour produire des impressions ‘ • analogues, son imagination est poétique.
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IMAGINATION, INVENTION, IMITATION. 65 L’imagination, dans ses plus grands écarts, doit donc encore se conformer à une certaine méthode que la nature n’abandonne jamais dans aucune de ses productions : faute par l’imagination de procéder par analogies, par conséquences, elle ne trouve plus d’échos dans les esprits , ce n’est plus qu’une idée bizarre, déréglée, singulière , propre seulement à son auteur ; une fantaisie.
L’imagination , indépendamment des fictions qu’elle produit, peut coordonner à sa manière les événemens de l’histoire, les modifier, en créer même , sans avoir le droit d'intervertir leur ordre naturel et probable, pour leur donner l’apparence, l’aspect poétique : elle peut encore y faire intervenir des personnages inconnus et même divins, tels que le comporte l’épopée.
L’imagination n’est du ^este autre chose que l’invention : en vain prétendrait-on que l’invention n’est que le produit de l’imagination; c’est une querelle de mots; car la nation qui a produit le Dante, l’Arioste et le Tasse, ne peut certainement pas passer
pour un peuple sans imagination, et il n’a pas poétique. 5
66 POÉSIE EK GÉKÉRAI»
de terme dans sa langue qui réponde à ce mot.
L’invention ou l’imagination poétique n’étant que le résultat de l’observation des objets et des sentimens naturels considérés et reproduits d’une manière abstraite, ne serait donc en définitive qu’une imitation agrandie, embellie ?
Qui dit imitation dit vérité, ou du moins vraisemblance; mais, et ainsi que l’a dit Boileau ,
« Le vrai peut quelquefois n'étre pas vraisemblable ; »
tandis que d’un autre côté une cliose non vraie peut avoir un certain degré de possible plus poétique que la réalité. Il appartient seulement au génie du poète de n’outrepasser la nature au-delà du réel , que de la distance que l’esprit du lecteur peut franchir sans effort.
Indépendamment de l’imitation de la nature, il est encore une imitation que je crois inévitable aujourd’hui, celle des ouvrages antérieurement produits par les poètes de l’antiquité, ou par ceux des temps modernes.
Nous yenons tard : la pensée a été tellement