CHAPITRE XXI
ENTÉROCOQUE
L'Entérocoque, entrevu par divers auteurs, a été isolé et bien étudié par Thiercelin (1899). Son histoire est encore incomplète.
Fig. 149, — Entérocoque (culture en bouillon).
Caractères microscopiques.— L'Entérocoque est protéiforme (Jouhaud), mais ce caractère paraît avoir été quelque peu exagéré, |
Sans errer beaucoup, on peut dire que l'Entérocoque rappelle le Pneumocoque dans l'organisme et le Streptocoque dans les cultures
en bouil!on.
310 ENTÉROCOQUE.
Dans l'organisme, la forme ordinaire est un diplocoque lancéolé et auréolé. Les deux éléments du diplocoque sont souvent dissemblables, l’un d'eux étant arrondi, l’autre ovoïde ; ils sont parfois disposés en accent circonflexe (aspect en besace). Assez souvent les diplocoques se disposent bout à bout pour former des chaïinettes. Dans une même préparation, les éléments sont de faille très variable. L'auréole, fréquente dans les selles pathologiques (entérite), dans les crachats, le pus, habituelle chez la souris inoculée, serait plus rare dans les selles normales.
Dans les cultures (fig. 149), la morphologie varie suivant les milieux. Sur bouillon (cultures de vingt-quatre heures), on trouve généralement de courtes chaînettes de diplocoques (diplo-streptocoques), mélangées à des diplocoques, avec quelques petits amas peu cohérents, des formes en tétrade ou en trièdre et des éléments bacillaires courts. L'auréole existe souvent dans la première génération pour disparaître ensuite. Les cultures anciennes donnent des formes d’involution très variées: filaments géants, filaments moniliformes (avec étranglements), formes en massues, énormes boules, etc.
Sur gélose, le polymorphisme augmente, les chaïnettes étant plus rares et les amas plus fournis.
En sérum de lapin jeune, on trouve surtout des amas de chainettes enchevêtrées ou accolées (Bezançon).
Coloration. — L'Entérocoque se colore bien par les couleurs d’aniline. 1l prend le Gram.
Spores. — Mobilité. — Pas de spores. Immobile. CULTURES.
Conditions générales. — Anaérobie facultatif; la tempéralure optima est 370.
Bouillon. — Après vingt-quatre heures, trouble avec dépôt. Après quelques jours, le liquide s’éclaircit ; il s’est formé au fond un dépôt adhérent, que l'agitation soulève en tire-bouchon sans le dissocier dans le liquide. C'est un bon caractère différentiel.
Lait. — Coagulé en un ou deux jours (inconslant).
Sérum liquide et sérosité d’ascite. — Cullure maigre, floconneuse.
Gélose inclinée. — Colonies petites, d'abord transparentes, bleutées ; elles deviennent ensuite opalescentes ou opaques.
Sérum coagulé. — Culture très maigre, sèche.
UT ls
ACTION PATHOGÈNE. | 344 Gélatine en strie. — Glaçure blanchâtre, demi-transparente. Pas de liquétaction.
Pomme de terre. — Pas de culture apparente.
Vitalité. — L'Entérocoque est généralement très résistant dans les cultures; il y demeure vivant pendant plusieurs mois. Toxines. — Les cultures filtrées (Thiercelin) ou stérilisées par ébulli-
tion (Rosenthal et Chazarain-Wetzel) tuent le lapin par cachexie subaiguë. Les cultures bouillies de certains échantillons sont pathogènes pour la souris par injection et par ingestion (Sacquépée).
Siège. — L'Entérocoque e$t un saprophyte normal des voies digestives, de la bouche. Il se rencontre en outre dans les organes ou tissus au cours de diverses infections (Voy. Action pathogène).
ACTION PATHOGÈNE
Dans les conditions naturelles. — Chez l'homme. — Les manifestations pathologiques de l'Entérocoque sont diverses. Il provoque souvent des entérites chez l'enfant et chez l'adulte (Thiercelin), parfois des empoisonnements alimentaires (Sacquépée).
Rosenthal lui attribue une forme traînante de bronchopneumonie.
Thiercelin et Rosenthal l'ont également décelé dans certaines méningites suppurées. Le microbe décrit sous le nom de « Streptocoque de Bonome », fréquemment rencontré dans les méningites (p. 312), nous paraît à peu près identique à l Entérocoque.
il existe également des septicémies à Entérocoques (Trastour). Triboulet et Coyon ont souvent rencontré dans le sang, au cours du rhumatisme articulaire aigu, un microbe qui ressemble beaucoup à l'Entérocoque.
L'Entérocoque est parfois agent d'infection secondaire au cours de
la tuberculose, des infections paratyphoïdes, ete. On le rencontre fréquemment dans les plaies de guerre.
Inoculation à l’animal. — Virulence. — La virulence de l'Entérocoque est variable. On peut augmenter la virulence par passages : inoculer sous la peau du lapin, de manière à produire un abcès : inoculer ensuite lé pus à la souris : elle succombe; inoculer le sang'à d’autres souris (Thiercel'n).
La souris est l’animal le plus réceptif. Inoculée sous la peau avec un microbe virulent, elle succombe en vingt-quatre à quarante-huit heures; l’'Entérocoque est abondant dans les organes et le sang.
312 ENTÉROCOQUE.
Certains échantillons sont également pathogènes par ingestion. Le lap'n est moins sensible. Des échantillons très virulents tuent par septicémie. Moins virulents, ils provoquent un abcès local; l'animal meurt ensuite cachectique après plusieurs semaines. Le cobaye est peu sensible.
Le diagnostic est basé sur la constatation du microbe.
Recherche du microbe. — Dans les produits pathologiques (sérosité, pus), on procédera tout d'abord à l'examen direct avec coloration au Gram. Cet e:amen est nécessaire, mais ne peut à lui seul donner que des présomptions assez grossièies.
On cultivera ensuite, de préférence sur gélose ordinaire, de ma-°
nière à oblenir des colonies séparées. On peut également cultiver d’emb'ée en bouillon et avec la culture développée. pratiquer un isvlement sur gélose. Sur les colonies isolées, on procédera à l’identification du microbe : morphologie, caractères de culture, inoculation à la souris.
Pour les selles, Thiercelin indique le procédé suivant: ensemencer en bouillon anaérobie une trace de matières fécales; l’Entérocoque y prend le dessus dans les premières heures. Après vingt-quatre heures, prélever un peu de Culture, procéder à des isolements sur gélose inclinée. |
On différenciera des microbes voisins (Pneumocoque et Streptocoque) par le polymorphisme, la facilité de culture sur gélatine, la grande vitalité sur milieux ordinaires. À
STREPTOCOQUE DE BONOME.
Avant que le Méningocoque ne fût bien connu, on a considéré pendant quelque temps le Streptocoque de Bonome comme l’agent le plus ordinaire de la méningite cérébro-spinale. Il est aujourd'hui bien déchu de ce rôle usurpé. ze
Le Streptocoque de Bonome nous paraît être singulièrement voisin de l'Entérocoque: aspect en courtes chaînettes capsulées dans l'organisme (pus méningé, animaux inoculés}; chaïnettes enchevêtrées en sérum de lapin (Bezançon et Griffon).
Les caractères de culture sont ceux de l'Entérocoque : même éleclivité pour la souris, pour le lapin, même inactivité à l'égard du cobaye ; : même vitalité (Bonome, Chantemesse). Après passages successifs par le rat blanc, ce microbe reprend l'aspect diplococcique du Paeumocoque (Netter), aspect qui est également celui de l’Entérocoque dans l'organisme.