SIÈGE DU MÉNINGOCOQUE DANS L'ORGANISME HUMAIN
Méningocoque détermine, inilialement, une rhino-pharyngite; le mucus rhino-pharyngé des méninzitiques est en effet riche en Méningocoques (fig. 153), au moins au début ; c’est au niveau de la muqueuse de l’espice sus et sous-choanal qu'ils se cantonnent de prélérence. Ce germe y est constant dans toute atteinte méningococcique ; il di «paraît parfois rapidement, mais, en d'au'res circonstances, il persiste pendant toute la durée de la méningite et survit même à sa guérison. Cest l'existence indubitable de cetle rhino-
Fig. 153. — Méningocoques dans le mucus rhino-pharyngé : situalion intracellulaire les aulres formes appartiennent à la flore normale,
pharyngite qui a permis.de comprendre la contagiosité dela méningite cérébro-spinale, et la façon dont s'opère sa propagation des malades à leur entourage.
Notion nouvelle de première importance, non seulement les’ méningiliques, mais les suj.ts sains ayant été en contact avec ces derniers peuvent porter dans leur rhino-pharynx le germe spécifique. Chez eux la présence du Méningocoque est liée à l'existence d’une rhino-pharyngile méningococcique, qui évolue seule, sans donner de complications méningées; le coccus de Weichselbaum, chez ces porteurs sains, persiste en moyenne quinze jours; certains faits, cependant, montrent qu'il peut durer plusieurs mois.
Dorrter et SAcQuÉPéE. — Bactériologie, 2° édit. 21
392 c MÉNINGOCOQUE.
Circulation sanguine. — Le Méningocoque se retrouve encore dans la circulation sanguine, où on peut le déceler par. l'hémoculture. Il provoque ainsi une septicémie méningococcique, qui se révèle en généralavant l’éclosion des phénomènes méningés. Elle peut se montrer sans que ces derniers apparaissent, il s’agit alors de méningococcémie sans méningite (Bovaird, Netter, ete.).
‘ Enfin le Méningocoque provoque encore des arthrites, des pleurésies, des péricardites, des bronchopneumonies, où l’examen bactériologique permet de le mettre en évidence.
4 Chez l'animal, le pouvoir pathogène des Méningocoques est assez limité et très irrégulier dans ses effets. Les animaux Les plus sensibles sont le jeune cobaye de 150 à 200 grammes et la souris.
Cobaye. — [L'irjection sous-cutanée, même de fortes doses, reste toujours négative; il se forme parfois seulement un abcès au point d’inoculation.
L injection péritonéale de 1 à 3 doses de culture sur agar, âgée de vingt-quatre heures, produit en général une péritonite purulente, mortelle en un ou deux jours. Quand la mort est rapide, Le pus est séreux, louche, et contient peu de leucocytes, mais fourmille de Méningocoques. Si elle tarde, le pus est grisâtre, opaque, contient une foule de leucocytes polynucléaires, plus ou moins déformés, et habituellement peu de Méningocoques; ces derniers sont intracellulaires. Le plus souvent, le Méningocoque n’envahit pas la circulation; on ne le décèle pas dans les viscères. En raison du petit nombre de germes contenus par ce pus, on estime en général que l'animal succombe par intoxication plutôt que par infection.
L’injection intra-veineuse tue l’animal, mais sans provoquer de septicémie ; il succombe aussi par intoxication.
Les injections intrarachidiennes ne donnent aucun résultat appré-. ciable ; l'animal succombe, mais sans formation de pus dans les méninges.
Souris. — Les résultats sont à peu près semblables; l’injection intrapéritonéale provoque aussi une péritonite suppurée où les Méningocoques sont décelables. L’injection intrapleurale produit une pleurésie purulente.
Variabilité de la virulence. — La virulence présente des variations énormes suivant l'échantillon qu’on utilise. Il en est de même quand on injecte des cultures du même échantillon à plusieurs cobayes de même poids et de mème âge. Certains cobayes
TOXINE. : 323
succombent avec une dose minime; d’autres résistent avec une dose dix fois inférieure.
Méningite cérébro-spinale expérimentale. — V. Lingelsheim et Leuchs, puis Flexner ont réalisé une véritable méningite méningococeique expérimentale en injectant aux singes macaques des cultures de Méningocoques dans la cavité rachidienne. À l’aide de fortes doses, l'animal succombe en quelques heures ; il est préférable d'opérer à des doses plus faibles, permettant une certaine survie ; la méningite qui se développe est alors anatomiquement et bactériologiquement superposable à celle de l’homme. On trouve en effet à l’autopsie les méninges fortement congestionnées et infiltrées ; les ventricules et l'épendyme sont dilatés ; le tout baigne dans une sérosité louche qui contient de nombreux polynucléaires et des Méningocoques intracellulaires. En certains cas, Flexner a pu voir se développer des hydrocéphalies, comme en patholozie humaine, à la suite de l’obturation du trou de Magendie.
Enfin, fait intéressant, on a trouvé chez les singes ainsi inoculés le Méningocoque dans le mucus nasal.
TOXINE
Le fait que le cobaye injecté dans le péritoine meurt plutôt d'intoxication que d'infection implique l’idée que le Méningocoque contient une toxine qui diffuse dans l'organisme. On est assez mal renseigné sur la nature de ce poison méningococcique.
On peut le mettre en évidence par les procédés suivants:
19 On racle une culture suragaren boîte de Roux, âgée de vingt-quatre heures; on l’émulsionne dans 20 centimètres cubes d’eau distillée. L’émulsion est abandonnée à la température du laboratoire à l'obscurité, pendant quarante-huit heures, ou bien encore soumise à l’agitation mécanique. On centrifuge pour séparer du liquide les germes en suspension.
Un quart et même un dixième de centimètre cube du liquide injecté dans le péritoine d’un cobaye de 150 à 160 grammes le tue en douze ou vingt-quatre heures,
Kraus et Dœrr, pour assurer davantage la dissolution des microbes, remplacent l’eau distillée par une solution de carbonate de soude à un dixième; il ajoutent de plus du toluol, qu'ils évaporent ensuite, pour la stérilisation du liquide.
2° Dessécher dans le vide le produit de raclage d’une culture en boîte de Roux; en prélever 5 milligrammes qu’on triture dans un mortier jusqu’à obten'‘ion d’une poudre impalpable.
Ajouter 08,08 de sel marin. Triturer à nouveau. Verser petit à petit 10 centimètres cubes d’eau distillée stérile pour ramener la so!ution salée à la teneur de l’eau physiologique.
324 MÉNINGOCOQUE.
Abandonner pendant vingt-quatre heures à la températuré du liboratoire l’'émulsion ainsi obtenue. Centrifuger.
Ce procédé, calqué sur celui que Besredka a fait connaître pour l'obtention des endotoxines en général, donne un produit Ioxue | aussi actif que le précédent.
3° Le procédé de Gordon se rapproche beaucoup de ce dernier.
Broyer dans un mortier d’agate À décigramme de corps microbiens desséchés avec un poids. égal de sable; émulsionner peu à peu dans 5 centimètres cubes d’eau distillée ; laisser repos:r une nuit à la glacière et centrifuger. Le liquide surnageant est desséché dans le vide.
Le produit ainsi obtenu lue la souris à la dose de 2 à 10 milligrammes.
4 Von Lingelsheim et Leuchs ont décelé la toxine dans les vieilles cultures en bouillon âgées de cinq semaines. Le liquide filtré était injecté sous la peau des souris: 1 centimètre cube suffisait à Les tuer en vingt-quatre heures.
Ces faits sont de nature à montrer qu'il ne s’agit pas d’une toxine soluble, mais d’un poison retenu par le corps microbien.
CARACTÈRES SPÉCIAUX A CHACUNE DES VARIÉTÉS A, B, C, D DE MÉNIN- GOCOQUES.
L'expérience montre que chacune des variétés ac'uellement connues À, B, C et D de Méningocoques constitue un antigène se séparant des antigènes voisins par la propriété d’engendrer des anticorps différents, n’agissant spécifiquement que vis-à-vis de Pantigène homologue. C’est d’ailleurs par la mise en évidence de ces réactions étroitement spécifiques que leur distinction a pu être effectuée (Dopter et Pauron).