RECHERCHE DU PARASITE
Le diagnostic du kala-azar ne peut être assuré qu'après la découverte du parasite.
Dans le sang. — Prélever une goutlle de sang suivant la technique habituelle. Faire des frottis suivant les indications de Donovan : l’étalement doit se terminer brusquement, en ligne droite (et non en queue), car c'est à la limite extrême de l’étalement que se rencontrent le plus grand nombre de leucocytes où doit se trouver le parasite. Fixer par l’alcool-éther. Colorer par leliquide de Giemsa.
Cummins conseille l'examen de la sérosité retirée d’une pustule obtenue par un vésicant quelconque : les leucocytes y sont très
abondants,
Dans la rate et le foie. — En cas d'hypertrophie hépatique, ponctionner, avec les précautions d'usage, plutôt le foie que la rate. La ponction splénique peut occasionner une hémorragie mortelle.
Faire un frottis avec la pulpe splénique ou hépatique. Le traiter comme les frottis de sang.
1006 LEISHMANIA.
LEISHMANIA INFANTUM.
Leishmania infantum est l'agent pathogène d’une forme de kalaazar qui sévit chez les enfants en Tunisie et en certaines régions du Sud de l'Italie (anémie splénique infantile fébrile). Découvert par Cathoire à Tunis en 1904, il fut étudié ultérieurement en Italie par Pianese, et en Tunisie par Ch. Nicolle et ses’ élèves. Lemaire
Fig. 352. — Coupe de foie. Fig. 353. — À, parasites dans la pulpe de
Leishkmania dans les cellules endothéliales, rate d’un”enfant, —B, parasites dans le
Ch. Nicolle), — Gross. = 1 000. foie d'un chien infecté (Ch. Nicolle). Gross. = 1 000.
l'a signalé dans la province de Constantine, Sergent et ses collaborateurs dans la province d'Alger.
Morphologie. — Au point de vue morphologique (fig. 352) Leishmania infantum se rapproche très étroitement de Leishmania Donovant.
11 ne se rencontre habituellement pas dans le sang; par contre, il est abondant dans le foie (fig. 352) et surtout la rate (fig. 353) et la moelle osseuse. Dans ces organes, on le rencontre généralement inclus dans les cellules endothéliales et les « gangues ». |
Cultures, — Lu parasite du kala-azar tunisien ne se cultive pas dans le milieu de Rogers. Il donne, au contrairé, une culture
ms fes dd is + à
LEISHMANIA INFANTUM. 1007
abondante dans le milieu de Novy et Mac Neal, qui n’est autre que de la gélose normale au sang (sang de lapin défibriné, 1 partie pour ? parties de gélose); la multiplication s'effectue dans l’eau de condensation.
Ch. Nicolle prépare le milieu suivant, qui donne de meilleurs résultats :
ie ne one ne eee ee ie 900 grammes.
RTE LS nee seed » RO TE PEL 6 — na me sas ec AREAS 14 ==
. La gélose a préalablement macéré dans l’eau pendant vingt-quatre heures pour être débarrassée de ses impuretés.
On répartit en lubes, et l’on ajoute un tiers de sang de lapin défibriné.
Les cultures qui apparaissent dans l'eau de condensation sont très abondantes; elles peuvent être repiquées indéfiniment. Elles se montrent à 22°, vers le septième jour.
Les parasites prennent la forme de flagellés. Dans les vieilles cultures, ils S’'amassent pour figurer des rosaces, vers le centre desquelles se dirigent les extrémités munies des flagelles.
Action pathogène expérimentale. — Contrairement à Leishmania Donovani, Leishmania infantum est inoculable au chien et au singe.
Nicolle a montré la réceptivité du chien à l'action de ce parasite : l’inoculation intrapéritonéale ou intrahépatique d’un fragment de rate parasitée détermine chez lui [a même affection qu'on observe chez l'enfant; la répartition du parasite ést identique dans les deux cas.
L'inoculation de cultures donne des résultats négatifs.
Le singe (Macacus sinicus, Macacus cynomolgus) prend l'infection dans les mêmes conditions. |
Chez le cobaye et la souris, Laveran et Pettit ont obtenu, par inoculation intrapéritonéale, une multiplication locale du parasite mais sans aucune généralisation.
Mode d'infection. — La réceptivité du chien à l’inoculation expérimentale a conduit Ch. Nicolle à envisager cet animal comme un réservoir possible du virus, au contact duquel l'enfant pourrait s’infecter. |
IL examina 220 chiens recueillis à la fourrière de Tunis; chez 4 d’entre eux, il découvrit dans la rate et la moelle osseuse le parasite qu'il put cultiver sur son milieu. Pringault a fait des constatations identiques sur des chiens observés à Marseille.
Par conséquent, le chien contracte spontañhément le kala-azar,
1098 LEISHMANIA.
et ilest vraisemblable d'admettre qu'il constitue ainsi un foyer d'infection pour l’homme. Sergent signa!e que le chat peut s'infecter à la même source.
Ch. Nicolle suppose que la contagion s'effectue par l'intermédiaire des puces. Cette hypothèse a été confirmée par C. Basile.
LEISHMANIA FURONCULOSA.
Ce parasite se rencontre dans la lésion cutanée appelée suivant la région où elle sévit : bouton d'Orient, bouton du Nil, clou de Biskra, clou de (rifsa, bouton d'Alep, bouton de Bagdad. On lui attribue à juste titre un rôle pathogène spécifique dans sa production. |
Vu en 1876 par Lewis et Cunningham. il ne fut envisagé comme protozoaire qu’en 1882 par Cunningham. Les recherches ultérieures (Firth, Wright, Martsinowsky et Bogrow, Naltan-Larrier, Mesnil, Nicolle et Remlinger), en le décelant dans ces diverses productions, contribuèrent à faire aftirmer leur communauté d’origine.
Leishmania furonculosa est morphologiquement semblable à Leishmania Donovani; aucun caractère ne permet de l’en différencier. Comme ce dernier, il est intracellulaire et se rencontre dans les polynucléaires, les g'ands mononucléaires, et les cellules endothéliales ou conjonctives.
11 se cultive en milieu de Novy.
Il est inoculable à l’homme. Ch. Nicolle et Sicre ont pu l’inoculer au Macacus sinicus. Fait curieux, un Macacus sinicus, guéri d’un bouton d'Orient obtenu expérimentalement, est resté réfractaire à l'inoculation, faite onze mois après, de Leishmania infantum (Ch. Nicolle), alors qu'un témoin fut réceptif, ce qui tendrait à démontrer l’analogie qui existe entre ces deux parasites.