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CHAPITRE LXXVIIL

MICROBES ULTRAMICROSCOPIQUES

« Les dimensions des microbes ne s'arrêtent pas justement à celles que le microscope nous permet d'apercevoir » (Roux). En 1881, Pasteur avait eu la même pensée quand il avait émis l'hypothèse que le virus rabique devait être un germe invisible. Le bien-fondé de cette hypothèse ne s’est vérifié qu'en 1893, où l’on a décrit les premiers microbes possédant ce caractère essentiel. Depuis, de multiples travaux ont révélé que de nombreuses infections relevaient de certains d’entre eux.

Après les premières recherches qui ont mis ces germes en évidencrs, on s’accordait à reconnaître qu’un germe dit « invisible » possédait en outre la propriété de traverser les filtres, si bien que les étiquettes « microbe invisible » et « microbe filtrant » pouvaient être considérérs comme synronymes.

On sait actuellement que cette synonymie n'existe pas. En effet, certains virus invisibles ne traversent pas les filtres ; d'autre part certains microbes filtrants ont pu être décelés par l'observation microscopique directe, tel le virus de la fièvre jaune, tel aussi celui de la péripneumonie (1).

Il n’est pas inutile au préalable de fixer les conditions d’expérimentation qui permettent d'attribuer à un germe la propriété de traverser les filtres. Certaines règles relatives à la filtration sont en effet indispensables à suivre :

Cette filtration doit être effectuée rapidement et sous faible pression, car, à la longue, tout filtre finit par laisser passer les microbes : quand on place une bougie dans du bouillon ensemencé avec une eau impure, elle ne {tarde pas à être traversée par des microbes mobiles.

La filtration doit être opérée avec le liquide pathologique virulent, non pas pur, mais dilué dans dix, vingt, trente fois son volume d’eau, car la présence d'une grande quantité d’albumine assure rapidement le colmatage des bougies.

La nature de la bougie estimportante à envisager ; la bougie Berkefeld, en lerre d’infusoires, est plus perméable aux microbes que la bougie Chamberland. Certains d'entre eux cependant traversent les bougies EF et MEME D,

Les expériences de filtration ont besoin d’un contrôle, permettant d'établir que le filtre ne possède aucune tare et n’expose à aucune cause d’er-

(1) C'est uniquement en raison de son intérèt historique que nous faisons figurer ici le microbe de la péripneumonie dans le cadre des germes ultra-microscopiques.

MICROBE DE LA PÉRIPNÉUMONIE DES BOVIDÉS. 1025

reur. Aussi tous les auteurs ont-ils soin de mélanger au produit à filtrer une culture « test » qui doit être retenue par le filtre (B. fluorescens, choléra des poules, ou une eau de conduite ordinaire, riche en formes vibrioniennes).

Ces microbes, invisibles au microscope, sont encore imperceptibles à la culture. Exception doit être faite cependant pour certains d'entre eux, dont le microbe de la péripneumonie des bovidés, que Roux et Nocard

ont pu cultiver, et que Bordet a mis ultérieurement en évidence par des colorations spéciales.

MICROBE DE LA PÉRIPNEUMONIE DES BOVIDÉS.

La péripneumonie est une affection contagieus”® qui sévit sur les bovidés: elle est constituée par le développement, dans les mailles du tissu conjonctif interlobulaire, d’une quantité énorme de sérosité limpide, présentant une teinte ambrée. Cette accumulation de liquide séreux amène surtout des troubles respiratoires.

L’affection peut être aiguë ou chronique.

Elle estinoculab'e aux bovidés seuls ; les autres animaux sontréfractaires. L’inoculation expérimentale de la sérosité sous la peau de l’encolure ou du tronc d'un veau détermine chez l'animal une fièvre intense, puis un ædème colossal, envahissant tout le tissu cellulaire sous-cutané du tronc.

L'infection, ainsi provoquée, est presque toujours mortelle,

Quand la sérosité est introduite dans le tissu cellulaire de l'extrémité

de la queue, elle ne provoque qu'une affection bénigne avec œdème peu intense, se résorbant rapidement.

Nature du virus.— De nombreux germes ont été décrits, n'étant doués d'aucun caractère -spécifique. En 1898, Nocard, Roux, Borrel et Salimbeni, par la méthode des sacs de collodion, mirent en

évidence la nature spéciale du microbe de la péripneumonie de la facon suivante : ;

Une trace de lymphe péripneumonique, où le microscope ne décèle aucun germe, est ensemencée dans un sac de collodion rempli de bouillon stérile ; le sac est introduit dams le péritoine d’un lapin; au bout de quinze jours, on le recueille et on aspire son contenu; ce dernier est opalescent et montre au microscope des granulations impossibles à colorer, et sur la nature desquelles on ne peut se prononcer. Après plusieurs passages en sacs, le liquide inoculé dans le tissu cellulaire reproduit la maladie expérimentale.

Les lapins ainsi traités maigrissent progressivement et finissent par succomber vers le vingtième jour, sans lésion appréciable; les organes et les humeurs restent stériles.

Dans des expériences témoins, des lapins reçoivent des sacs non ensemencés ; leur contenu reste clairet les animaux ne présententaucun trouble. Il estévident qu'une culture s’estdéveloppée dans les sacs ensemencés, que cette culture est virulente, et cependant aucun germe n’est perceptible.

Plus tard, Dujardin-Beaumetz réussit à obtenir des cultures in vitro à 380 dans du bouillon Marlin, additionné de 6 à 8 p. 100 de sérum Doprer et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 2° édit, 65

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de bœuf; il obtint un louche à peine sensible. En additionnant de gélose ce bouillon-sérum, on obtient un milieu solide qui, ensemencé, donne lieu à une foule de petites colonies si minimes qu’elles ne forment qu'un dépôt à la surface du milieu. Ces colonies se teintent par les matières colorantes usuelles et ne prennent pas le Gram émulsionnées dans l’eau sur une lame, elles se montrent compo-; sées de grains très ténus, dont la forme est impossible à définir. L'inoculation de ces cultures donne des résultats positifs.

S'agirait-il d'un virus filtrant?

On filtre sur bougie Be, kefeld ou sur bougie F. Chamberland de la sérosité étendue de trente fois son volume d’eau. Le filtrat est ensemencé en bouillon-sérum; ce dernier donne une culture typique; on l'inocule sous la peau d’un veau; il détermine la maladie expérimentale.

On pouvait donc conclure que le virus de la péripneumonie était un virus filtrant et un germe invisible par les procédés d’investigation connus.

Des recherches récentes de Bordet, reprises par Borrel, Dujardin- Beaumetz, Jeantet et Jouan vinrent compléter les résultats précédents.

Pour essayer de cultiver le virus, Bordet utilisa la gélose sanglante contenant de l'extrait de pomme de terre et de la glycérine, comme pour la culture du Bacille de la coqueluche. Après vingt-quatre à quarante-huit heures d’étuve à 370, le milieu prend une teinte noirâtre le long de la strie d'ensemencement. Il ne se forme aucune culture apparente; cependant, en frottant la surface avec une fine baguette de verre, on ramène de quoi faire une préparation. On émulsionne dans une gouttelette d’eau, on fixe par l’alcool absolu.

La coloration au Giemsa permet de percevoir un microbe se montrant sous l’aspect d’un filament ondulé, ou enroulé en S, formant même des spires, ressemblant, en un mot, à un spirochète.

Après repiquage en bouillon ordinaire (deux volumes) additionné d’un volume de sérum frais de lapin, on obtient des cultures opalescentes, montrant Les mêmes filaments. Après plusieurs jours, on observe des formes globuleuses, des granulations à centre clair.

Borrel, Dujardin-Beaumetz, Jeantet et Jouan ont repris cette étude et ont observé ce germe à l’ultramicroscope et après surcoloration, précédée d’un mordançage par le procédé de Lôffler. Pour avoir un matériel d'étude plus abondant, ils ont opéré sur le culot de centrifugation des cultures, lavé dans l’eau physivlogique. Ils ont constaté ainsi un extraordinaire polymorphisme du germe en question, se montrant sous forme de diplocoque, de tétrade, de morula, de fila-

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