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MORPHOLOGIE. — ASPECT MICROSCOPIQUE

L'aspect est le même dans l'organisme et les cultures. C’est un bâtonnet court de 1 à 3 y, aussi lonz quele Bacille typhique, mais

Fig. 210. — Culture du Bacille de Shiga sur gélose âgée de vingt-quatre heures. plus trapu et plus épais (fig. 210); il est arrondi à ses extrémités. Dans les cultures liquides, au bout de quelques jours, se montrent des formes longues d'involution.

Examiné à l'état frais, il est dénué de mouvements propres, mais présente des mouvements d’oscillation sur lui-même (comme l'aiguille d’une boussole) ; il (tournoie sur lui-même ou fait comme une pirouette. Mais, à l'inverse du Bacille typhique, il n'effectue aucun mouvement de projection, ni de reptation.

Il ne possède pas de cils et ne forme pas de spores.

Coloration. — [1 se colore aisément par toutes les couleurs d'aniline et ne prend pas le Gram. Dans les préparations colorées par la fuchsine de Ziehl diluée ou le bleu de méthylène, ilprésente souvent des granulations polaires, retenant davantage la coloration ; le corps du microbe présente une teinte plus claire.

Il cultive abondamment dans les milieux aérobies et anaérobies. Sa température optima est de 37°, A la température du laboratoire,

Fig. 211. — Bacille dysentérique dans un frottis de selles.

il pousse, mais moins bien ; au-dessous de + 60, il ne se développe plus. La réaction des milieux doit être alcaline ; en milieu légèrementacide, sa culture est grêle ou nulle.

Bouillon ordinaire. — Le développement apparaît vers la sixième ou huitième heure; au bout de vingt-quatre heures, le trouble estuniforme ;unelégère agitation produit des ondes moirées, analogues à celles du Bacille typhique. Les jours suivants, un dépôt glutineux se forme.

Il nese forme jamaisde voile àlasurface, mais, au bout de quelques

jours, une légère collerette se montre sur ies bords du tube, à la partie la plus superficielle du liquide.

Gélatine.— La gélatine n’est pas liquéfiée. En surface inclinée, il se forme une membrane mince, pelliculaire, opaline, à bords irréguliers, presque identique à celle du Bacilie typhique.

Les colonies isolées sont minces, translucides, à bords découpés, traversées par des sillons semblables aux nervures d’une feuille de vigne.

EN pPiQure. — Vers le deuxième jour, un pointillé blanchâtre, confluent, apparaît le long de la piqüre : à la surface, c’est un disque mince, transparent, à bords irisés, qui s’opacifie dans la suite.

Gélose. — La strie d’ensemencement est mince, blanc opalin, humide, glutineuse, semi-transparente, à peine saillante; elle est un peu plus épaisse que celle du Bacille typhique.

Les colonies isolées présentent les mêmes caractères.

Sur gélose d’'Endo, les colonies restent rosées, prenant seulement la teinte du milieu, alors que le Colibacille donne des colonies rouge vif.

Sérum coagulé. — Culture blanc jaunâtre différant peu des cultures sur gélose.

Pomme de terre. — Au bout de vingt-quatre à quarante-huit

heures, prend naissance une glaçure humide, très mince, peu visible. Suivant la qualité de la pomme de terre, elle devient, dans la suite, grisâtre ou jaunâtre. Les formes d’involution sont fréquentes.

Laït. — Pousse abondamment sans le coaguler.

Vitalité. — La vitalité du Bacille de Shiga est faible. Dans les cultures, il ne vit pas plus de trois à quatre semaines.

ll est très sensible aux influences extérieures.

1! est tué en quelques minutes par la température de l’ébullition; un chauffage à 58° pendant une heure le fait succomber. Par contre, G. Schmidt a constaté sa résistance pendant deux mois à l’action d’un froid modéré.

La dessiccation, la lumière du soleil ont sur luiune influencebactéricide énergique ; sous l’action du soleil, il ne résiste pas plus de trente minutes (Shiga). L'humidité, au contraire, l'obscurité favoriseraient sa résistance.

Dans les selles rejetées dans le milieu extérieur, où il souffre de

Doprer et SacquéPée. — Bactériologie, 2% édit. 39

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la concurrence vitale des germes intestinaux, il disparaît au bout de deux à trois jours.

Dans l'eau, sa résistance varie suivant la qualité de cet élément : Eau de source stérilisée à 15° : survie de six à sept jours; Eaux impures stérilisées à 159: survie de dix à douze jours; Plus l’eau est impure, plus courte est la vitalité. Diverses conditions influent défavorablement sur cette dernière,

notamment la lumière et la température de l'eau. 11 résiste

cinquante-quatre à soixante-huit jours par une température de 6°, et beaucoup moins par une température de 38° que de 20° (H. Vincent).

Réactions biochimiques. — Absence de production d’indol. — La recherche de l’indol dans les cultures en bouillon ou en eau peptonée reste toujours négative avec le Bacille de Shiga.

Action sur les sucres. — Le Bacille dysentérique du type Shiga ne fait fermenter aucun sucre (lactose, mannite, maltose, Saccharose, etc.). Ce caractère est important à retenir pour le différencier des types Flexner et Hiss.

Le lait n’est pas coagulé. En lait tournesolé, la teinte bleue n’est pas modifiée ; ou bien il se produit un faible virage au violet rougeâtre ; la teinte bleue reparaît au bout de quarante-huit heures.

En petit-lait tournesolé (milieu de Petruschky), il se produit une culture légère ; après vingt-quatre heures d’étuve, le milieu vire légèrement au rouge; la teinte améthyste reparaît quarante-huit à soixante-douze heures après,

En bouillon lactosé carbonaté, aucun dégagement de gaz.

Les milieux au rouge neutre ne sont pas influencés; la teinte est conservée, sans aucune fluorescence.

En gélose lactosée tournesolée, le Bacille de Shiga ne fait pas virer la teinte bleue du tournesol : pas de bulles de gaz. Il en est de même de tous les milieux sucrés à composition semblable (gélose mannitée, maltosée, saccharosée, additionnée de tournesol).

Ce germe ne produit donc aucune fermentation sucrée (fig. 244).

Ces caractères se retrouvent avec les milieux de Barsiekow, que l’on prépare avec les sucres précédents.

On observe les mêmes résultats avec les milieux à l’ovalbuminate de soude (Hollande et Fumey) additionnés de papiers réactifs tournesolés et des sucres à étudier; la gélification est plus rapide qu’avec le caséinate de soude (nutrose) contenu dans les milieux de Barsiekow.

Action sur les milieux minéraux (Dopter et Sicre). — Sur gélose au tartrate defer à 3 p. 100, pas dé changement de coloration

(le Bacille typhique donne une teinte noire en deux jours, le Colibacille plus tardivement).

Sur gélose au nitroprussiate de soude, la teinte devient bleue ou verte en quarante-huit heures (réaction identique à celle du Colibacille ; le typhique donne une teinte bleue légère en plusieurs jours).

Sur gélose à l’acétate basique de plomb, la coloration ne change pas (comme avec le Colibacille ; teinte noire en quarante-huit heures avec le Bacille typhique).

Cultures en bouillon phéniqué et arsénié. — En bouillon phéniqué à 0,75 p. 100 à 41°, en bouillon arsénié à 1 p. 100, la culture est tive

Milieux vaccinés. — Le Bacille de Shiga, ensemencé sur une culture de Shiga raclée, ne pousse pas. Le Bacille typhique y pousse maigrement, le Colibacille abondamment.

Sur cultures raclées de typhique et de Colibacille, le Shiga ne pousse pas.

Pouvoir microbicide de la bile. — fl. Vincent a démontré que le Bacille de Shiga ne pousse pas dans la bile stérilisée de l'homme, du bœuf et du cobaye; bien plus il est tué par ce produit, car quatre, six ou sept jours après l’ensemencement ce germe disparaît.

Dans l'infection dysentérique humaine, de même dans l'infection dysentérique expérimentale par voie veineuse, ce germe n'existe pas dans la bile, qui semble donc posséder vis-à-vis de lui un pouvoir microbicide.

Action antagoniste du microbe bactériophage de d’Hérelle. — Quand on filtre sur bougie Chamberland 12, 11 à [il gouttes de selles diarrhéiques de nature dysentérique, additionnées de 10 cent. cubes de bouillon, on obtient un filtrat qui, ajouté à une émulsion de Bacille de Shiga en bouillon, tue ces germes en quelques heures, puis le bouillon s’éclaircit peu à peu et l’on observe leur lyse totale. Cette dernière s'opère sous l’influence d’un microbe bactériophage que d'Hérelle a mis en évidence.

Réactions vis-à-vis des antisérums. — Le sérum des animaux préparés par injections de Bacille de Shiga et le sérum des malades contiennent des anticorps vis-à-vis de ce dernier, parfois aussi, mais moins abondants, vis-à-vis des Bacilles voisins.

Agglutination. — Sérum des animaux immunisés — Le sérum des animaux (lapin, chèvre, âne, cheval, etc.) qui ont reçu, à doses’ croissantes, des injections sous-cutanées, intraveineuses, intrapéritonéales de Bacille de Shiga acquiert des propriétés agglutinatives élevées vis-à-vis de ce germe.

Ce pouvoir agglutinant est spécifique, car:

1° Le sérum normal n’est jamais agglutinant pour le Bacille de Shiga.

2° Un sérum anti-Shiga ne contient d’agglutinines spécifiques que pour le Bacille de Shiga ; il en est totalement dépourvu vis-à-vis de germes cependant très voisins: le Bacille typhique, les paratyphiques, le Colibacille,.

Le même sérum cependant est généralement agglutinant pour les Bacilles de Flexner et Hiss. S'il provient du lapin, il agglutine ces derniers à un taux moins élevé que le Bacille de Shiga; s’il provient du cheval, il peut les agglutiner à un taux supérieur. Mais l'épreuve de saturation des agglutinines effectuée suivant la méthode de Castellani montre qu'il s’agit alors de coagglutinines, ou agglutinines de groupe, non spécifiques.

39 Inversement, un sérum anti-Flexner ou anti-Hiss reste sans action sur le bacille de Shiga ; les coagglutinines sont exceptionnelles pour ce dernier.

Sérum des sujets atteints de dysenterie bacillaire. — Les recherches concernant les sérums humains montrent que:

1° Le sérum d'un sujet infecté par le type Shiga agglutine spécifiquement le Shiga infectant et les germes qui rentrent dans son cadre; il peut agglutiner les bacilles du groupe Flexner-Hiss, mais l'épreuve de Castellani montre qu'en ce cas, il s’agit de coagglutininesnon spécifiques.

2° Par contre, le sérum d'un malade infecté par un bacille autre que le Shi;a agglutine les bacilles correspondants : mais ses propriétés agglutinatives sont nulles pour les germes du type Shiga.

39 Le sérum de sujets sains ou atteints d'infections étrangères à la dysenterie bacillaire n’agglutine spécifiquement aucun des bacilles dysentériques (mention spéciale doit être faite des malades atteints de dysenterie amibienne et de diarrhée de Cochinchine, dont les sérums sont dénués d’agglutinines quand ces affections sont seules en cause). Dans les cas d'infection mixte par l’'Amibe et le Bacille dysentérique, l’agglutination peut se produire vis-à-vis de ce dernier.

4 L’agglutination spécifique ne se montre que dans les formes moyennes ou graves ; elle apparaît habituellement vers le huitième ou dixième jour de la maladie, persiste pendant toute sa durée, s’observe pendant la convalescence et survit parfois deux à trois mois à la guérison.

Dans les formes légères, son absence est la règle, car elles guérissent avant le délai minimum d'apparition du pouvoir agglutinant.

Si elles se prolongent, celui-ci peut se montrer, même dans le cas de diarrhée simple survenant en pleine épidémie, à côté d’atteintes bien caractérisées (Dopter).

Précipitines. — Un Shiga-sérum mélangé à une culture filtrée de Bacille de Shiga (I goutte de sérum pour X gouttes de filtrat) donne lieu immédiatement à un précipité qui s’amasse au fond du tube. La même culture, mélangée à un Flexner-sérum, donne également un précipité, mais moins abondant.

Cette réaction des précipitines est nulle avec le sérum normal ou d’autres antisérums.

Sensibilisatrice. — Sérums expérimentaux. — Le sérum des animaux vaccinés contre le Bacille de Shiga contient une sensibilisatrice spécifique vis-à-vis de ce germe. Contrairement à ce qui se passe pour l’agglutination, l’action spécifique des ambocepteurs s'exerce aussi vis-à-vis des autres types connus de Bacille dysentérique. L'épreuve s'effectue classiquement par la fixation du complément.

Sérums humains.— La mème expérience effectuée avec le sérum des malades atteints de dysenterie bacillaire donne des résultats identiques. Autrement dit, le sérum d’un sujet infecté par le Shiga possède une sensibilisatrice non seulement pour le Shiga, mais pour le Flexner, le Bacille de Hiss (Dopter).

Cette sensibilisatrice est constante dans les formes graves et moyennes; elle est parfois perceptible dans les formes légères.

Elle apparaît vers le cinquième, sixième ou septième jour de la maladie, et persiste habituellement pendant la convalescence. Sa production est indépendante de celle des agglutinines.

Le sérum des sujets normaux, des sujets atteints dé dysenterie amibienne en est complètement dépourvu.

La réalisation de la dysenterie expérimentale chez l’homme et l'animal constitue la preuve la plus évidente du rôle pathogène spécifique du Bacille dysentérique de Shiga.

Expérimentation surl’homme.— En 1901, Strong et Musgrave, aux Philippines, font ingérer à un condamné à mort une culture de Bacilles dysentériques; six heures après, il fut atteint des symptômes classiques de la dysenterie ; il guérit dans la suite.

Plus tard, Kruse, Lüdke, ayant avalé par mégarde des cultures du Bacille de Shiga, contractèrent la dysenterie.

Expérimentation sur l'animal. — En général, l'animal est

sensible au Bacille de Shiga. Le chien, le lapin, le rat, la souris sont les plus réceptifs; le cobaye est plus réfractaire.

Inoculation intrapéritonéale. — Elle est suivie d’une péritonite suppurée, caractérisée par la production d’un pus grisâtre, filant, visqueux, contenant en foule des Bacilles spécifiques, inclus dans les globules pyoïdes, mais aussi extracellulaires. Le Bacille se généralise et se retrouve dans tous les viscères. La mort survient en douze à quarante-huit heures, suivant la dose injectée.

Inoculation intraveineuse. — Elle détermine chez le lapin des phénomènes paralytiques, de l’hypothermie, de la diarrhée. A l’autopsie, on constate de l’œdème de la muqueuse du gros intestin, parfois des suffusions hémorragiques. Maïs la mort survient trop rapidement pour qu'on puisse réaliser au complet la dysenterie expérimentale.

Les ensemencements du sang, des selles, des reins, de l’urine, de la rate restent stériles. Dans les expériences de M. Nicolle, Debains et Loiseau, la présence du germe pathogène serait constante dans le foie.

Inoculation sous-cutanée. — Lapin. — L'inoculation souscutanée de 3 à 4 centimètres cubes d’une culture en bouillon de Bacille de Shiga, âgée de vingt-quatre heures, détermine chez un lapin de 2 kilos les phénomènes suivants :

Au point d’inoculation se développe un œdème inflammatoire énorme, où le Bacille injecté pullule ; la température s’élève à 400. Le lendemain, l'animal est abattu, son poil se hérisse; il présente une diarrhée muqueuse abondante, parfois sanguinolente.

Vers le troisième jour, on observe une paralysie du train postérieur ou antérieur, précédée ou non de convulsions. Puis l’hypothermie apparaît, et l'animal succombe vers le quatrième ou cinquième jour.

A l’autopsie, le gros intestin est extrêmement épaissi et æœdématié; la surface de la muqueuse est hyperémiée et parsemée de suffusions hémorragiques. A un degré plus avancé, la congestion œdémateuse est intense et, sur la teinte lie de vin que présente la muqueuse, se détachent, principalement au niveau des replis, des taches grisâtres, s’effritant facilement, et laissant à nu, une fois soulevées, une surface rouge vif, extrêmement vascularisée. Quand ces taches, véritables plaques de nécrose, se détachent d’ellesmêmes, elles sont remplacées par des ulcérations irrégulières, à bords anfractueux, dont le fond est constitué par un tissu friable, sanieux, comme gangréné (Vaillard et Dopter).

L'intestin grêle, habituellement sain, ne contient qu’un liquide diarrhéique. Il est remarquable de voir le contraste frappant entre

cette intégrité relative et les lésions cæteles qui débutent à la face inférieure dé la valvule de Bauhin.

L’estomac est parfois parsemé, au niveau de la muqueuse, d’hémorragies punctiformes, lenticulaires, qui font saillie dans la cavité gastrique.

Le foie, la rate, le rein sont indemnes; les capsules surrénales sont hypertrophiées et très congestionnées. Les ganglions mésentériques sont hyperémiés et hypertrophiés.

Caen. — Chez le chien jeune ou débilité par un artifice, l’inoculation sous-cutanée réalise mieux encore l’image de la dysenterie humaine (Vaillard et Dopter).

L’inoculation sous la peau d’un à deux tubes de culture en gélose développe un œdème sous-cutané énorme, dont le liquide, riche en bacilles, prend un caractère hémorragique. Puis l'animal perd l'appétit, devient triste, reste couché dans sa cage et paraît - souffrir; parfois il gémit et semble torturé par des besoins répétés, Les selles sont tantôt dures, ovillées, striées de sang, tantôt molles, visqueuses, semblables aux crachats rouillés de la pneumonie; tantôt plus fluides et s’étalant en nappes de mucus mélangé de sang. On voit alors l'animal rejeter des placards glaireux et sanglants identiques à ceux de la dysenterie grave de l’homme. Il maigrit rapidement, et meurt du quatrième au sixième jour dans l’hypothermie (32° à 33°).

A l’autopsie, les lésions sont calquées sur celles de la dysenterie bumaine : le gros intestin est épaissi, æœdémateux ; la muqueuse est boursouflée, tuméfiée, rappelant l’aspect du velours, rouge sombre, marbrée d’ecchymoses; à ces lésions initiales se surajoutent des foyers de nécrose superficielle : plaques jaunâtres, diphtéroïdes, écailleuses, friables, dont la chute amène des ulcérations superiicielles, à bords irréguliers.

L'épiploon,'le mésentère sont ædémateux et congestionnés, les ganglions mésentériques sont rouges et hypertrophiés.

L'intestin grêle est presque indemne; il en est de même des autres viscères. |

On ne peut qu'être frappé de la similitude de ces lésions macroscopiques avec celles de la dysenterie humaine; la similitude s’accuse encore quand on compare entre elles les Zésions histologiques qui présentent un parallélisme absolu dans les différents stades qu'elles parcourent. Signalons, en outre, l’affinité élective bien curieuse de ce virus, qui, introduit sous la peau, va se localiser exclusivement sur le gros intestin. A elle seule, cette propriété prouverait déjà la spécificité du microbe en cause.

Inoculation par les voies digestives. — Jusqu'en 1909, on n'avait pu reproduire expérimentalement la dysenterie bacillaire chez l'animal par ingestion. On peut cependant arriver à ce résultat (Kazarinow, Dopter et Repaci) en faisant ingérer à de jeunes lapins de 700 à 800 grammes des doses énormes de Bacilles dysentériques (émulsion de deux boîtes de Roux raclées dans du bouillon).

Le lendemain ou les jours suivants, l’animal présente une diarrhée intense ; il maiïgrit considérablement. Puis les membres postérieurs se paralysent, et l’animal meurt dans l’hypothermie, cinq à vingt jours après le repas infectant.

A l’autopsie, on retrouve les mêmes lésions que quand l’inoculation a été pratiquée par la voie sous-cutanée. Le Bacille dysentérique se rencontre dans les déjections ; il ne se généralise pas aux viscères.

Besredka a récemment confirmé ces faits ; il a constaté de plus que chez les animaux qui guérissent, le sérum devient légèrement

agglulinant; mais si on renouvelle l'administration per os de nouvelles doses, le sérum perd ses agglutinines.

TOXINE DYSENTÉRIQUE.

L'observation montre que les cultures tuées par la chaleur ou le chloroforme sont douées du même pouvoir pathogène que les cultures vivantes (Drigalski et Conradi, Vaillard et Dopter). Elles provoquent les mêmes symptômes etles mêmes lésions. Ces résultatsont conduit à penser que la nocivité du Bacille de Shiga devait avoir pour cause une substance toxique retenue à l’intérieur des cellules microbiennes et libérée dans l'organisme, autrement dit une toxine. Cette toxine existe en effet.

Préparation de la toxine. — Procédé de l’autolyse aseptique (Conradi).— On émulsionne dans 20 centimètres cubes d’eau physiologique une culture sur agar en boîte de Roux. Mise à l’étuve à 37° pendant vingt-quatre à quarante-huit heures. On filtre au filtre Berkefeld : 0®%,1 du filtrat injecté dans les veines d’un lapin de 2 à 3 kilogrammes lui donne de la diarrhée, des paralysies, de l’hypothermie; il succombe en quarante-huit heures.

Neisser et Shiga, puis Dœærr ont proposé un procédé presque identique: Dœrr émulsionne une culture en boîte de Roux dans 50 centimètres cubes d’eau physiologique ; et, sans chauffer, sans mettre à l’étuve, il filtre sur bougie Reichel : Oc,3 ou Oc,5 du filtrat tuent le lapin dans les veines en trois jours.

Procédé de Todd et Rosenthal. — Ensemencer du Bacille de

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Shiga en bouillon assez fortement alcalin , mettre à l’étuve à 37° pendant trois semaines, puis on filtre sur bougie Chamberland. On obtient ainsi un liquide extrêmement toxique pour l'animal : 0cc,01 injecté dans les veines d’un lapin de 1 600 à 1 700 grammes le tue en quarante-huit heures. Quand la filtration est effectuée avant le délai indiqué, la toxicité est moindre ; mais plus elle se rapproche du vingtièmejour, plus elle est accusée. Après la troisième semaine, la toxicité décroît progressivement.

La toxine obtenue peut être précipitée par l'addition de sulfate d'’ammoniaque à saturation : un précipité brunâtre se forme à la surface du liquide ; on le recueille, on le dialyse, on le dessèche, puis il est pulvérisé 0sr,002 de cette poudre dissoute dans l’eau tue en deux à cinq jours un lapin de 1800 grammes injecté dans les veines.

La précipitation peut être opérée par l’alcool absolu (5 à 6 volumes pour 4 volume de filtrat). Un précipité se forme qui se sédimente. Sa toxicité est égale à celle de la poudre précédente.

Procédé de Besredka. — Des cultures sur agar en boîtes de Roux, âgées de seize à dix-huit heures, sont émulsionnées dans l’eau physiologique, tuées à 609 pendant une heure et desséchées dans le vide ; 08r,4 de bacilles secs sont mélangés avec 08,145 de chlorure de sodium sec, puis triturés dans un mortier d’agate jusqu’à l'obtention d'une poudre impalpable.

Dans le mortier, on verse alors goutte à goutte 1 à 2 centimètres cubes d’eau distillée qui dissout le sel; les microbes s’agglutinent ; ajouter 20 centimètres cubes d’eau pour ramener la concentration à celle de l’eau physiologique ; transvaser dans un tube à essai cette émulsion, dont les germes se déposent au fond du tube. Après agitation, abandonner le mélange à la température ordinaire. Le lendemain, décanter la partie liquide supérieure, opalescente, renfermantla toxine en solution.

Procédé de M. Nicolle, Debains et Jouan (technique Rowland). — Les bacilles vivants, pesés et versés dans un mortier stérile, sont abandonnés au froid pendant une heure. Ajouter en broyant une partie et demie de sulfate de soude fraîchement calciné. Le mélange finit par prendre l'aspect pulvérulent.

Pour obtenir l'extrait, ajouter 20 centimètres cubes d’eau distillée à 1 gramme de poudre; abandonner vingt-quatre heures au froid, et passer ensuite sur de laterre d’infusoires suivant le procédé ci-dessous :

Dans un tube à essai verser un peu de terre d'infusoires (de quoi remplir le fond arrondi); verser 20 centimètres cubes d’eau, boucher et agiter fortement. Préparer un autre tube avec entonnoir et filtre plissé. Porter la suspension de terre sur ce filtre : le liquide passe clair et la poudre tapisse le papier. Rejeter l’eau. Verser par portions l’'émulsion bactérienne qui passe parfaitement limpide. Le liquide ainsi clarifié est très toxique pour le lapin.

Propriétés de la toxine dysentérique. — La toxine dysentérique possède plusieurs propriétés qui la distinguent des toxines similaires :

Elle est assez résistante à la chaleur, puisque un chauffage de 75° pendant une heure l'affaiblit sans la détruire; elle n’est détruite que par un chauffage d'au moins 84° pendant une heure.

Dœrr a montré sa résistance à la lumière, aux acides minéraux à 20 p.100, à la bile, aux ferments du tube digestif, comme la trypsine.

Parcontre, son activité est anéantie quand on la met en contact avec la pulpe d’intestin grêle du lapin normal pendant deux heures à l’étuve (Dœrr). La pulpe des autres viscères la laisse indemne.

Nature de la toxine. — Deux opinions sont en présence : les uns (Kraus et Dœrr), s'appuyant sur l’obtention de la toxine par le procédé de Todd et Rosenthal, l’envisagent comme une toxine soluble; les autres la considèrent comme une toxine retenue dans les corps microbiens, autrement dit comme une endotoxine.

Cette conception paraît être la plus vraisemblable ; la toxine obtenue par le procédé de Todd et Rosenthal possède les mêmes qualités et propriétés que celle qu’on extrait des corps microbiens par les méthodesd'’autolyse ; son pouvoir pathogène est identique encore; enfia le poison contenu dans les ballons de bouillon de Todd et Rosenthal est assurément celui qui a été, non pas sécrété par les germes, mais dégorgé par les corps microbiens dans le liquide; en effet, dans ces ballons, la culture cesse, et les microbes succombent vers le dixième jour, alors que la toxicité du filtrat présente son maximum au vingtième jour. Il se produit non pas une sécrétion, mais une excrétion de toxine.

Effets pathogènes de la toxine sur l'animal. — La toxine dysentérique, injectée seule dans les veines ou sous la peau du lapin, reproduit trait pour trait les symptômes et les lésions qu'on provoque avec les cultures vivantes; les lésions portent principalement sur le gros intestin et le système nerveux.

Sur le gros intestin, on a l’image de la dysenterie humaine.

Au niveau du système nerveux, on observe des altérations plus particulièrement au niveau de la moelle. Elles atteignent l'axe gris, sont diffuses ou de préférence localisées ; elles consistent alors en de véritables foyers de ramollissement se développant dans les cornes antérieures : lésions nécrotiques détruisant les éléments cellulaires et les fibres myéliniques, En somme, on observe une véritable poliomyélite, dont dépendent les phénomènes paralytiques observés pendant la vie.

Ces faits permettent d'expliquer la pathogénie de la dysenterie bacillaire humaine : le Bacille pullule dans le gros intestin, s'y cantonne, mais élabore une toxine qui diffuse dans l'organisme et y produit les phénomènes d'intoxication qu'on observe régulièrement.

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