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CHAPITRE XXXIX

Les nombreuses recherches effectuées par une foule d'auteurs, et destinées à découvrir l’agent pathogène de la coqueluche étaient restées vaines jusqu’en 1906. On a accusé des bactéries diverses de jouer un rôle spécifique dans l'étiologie de cette infection. En 1906, Bordet et Gengou ont signalé, dans l’exsudat bronchique, l'existence d’un Coccobacille ressemblant au Bacille de Pfeiffer, mais en différant par ses caractères de culture et ses réactions vis-à-vis du sérum des coquelucheux. La spécificité du Coccobacille de Bordet et Gengou est nettement prouvée par son agglutinabilité avec le sérum des malades et son pouvoir de fixer le complément en présence de ce dernier.

MORPHOLOGIE

Aspect microscopique. — Le microbe de la coqueluche est un petit bâtonnet ovoide dans sa forme moyenne, parfois un peu allongé, parfois plus court au point de ressembler à un microcoque. La coloration teinte ses contours et ses extrémités polaires; le centre, au contraire, reste incolore.

Il se montre à l’état isolé; quelquefois il est accolé à un germe semblable pour figurer un diplococcobacille. Dans l’exsudat bronchique, il est libre (fig. 219), mais parfois phagocyté.

Dans les cultures en milieu solide, ses dimensions sont un peu plus petites, mais il reprend sa forme primitive quand on le réensemence au milieu liquide.

Coloration. — Les solutions d’aniline le colorent faiblement, se fixant de pré'érence, comme il a été dit, aux deux pôles opposés. 11 se décolore par la méthode de Gram.

Bordet et Gengou conseillent de colorer par le bleu de méthylène phéniqué ordinaire, ou le bleu de Kühne, ou mieux encore par le bleu de toluidine phéniqué, préparé comme suit :

Bleu de toluidine (Grübler).............: > graimines. AlCOOE Peter RION DU L'USTENRS 100 cent. cubes. Hausse MUR do ele Déco ere PR 200 —

On attend la dissolution complète, puis on ajoute 500 grammes d'eau phéniquée à 5 p. 100. Filtrer après vingt-quatre ou quarante-huil heures.

Le microbe de la coqueluche est un aérobiestrict. ILne cultive pas sur les milieux ordinaires. Comme beaucoup de microbes fragiles, il

Fig. 219. — Cocobacille de la coqueluche dans un crachat. «

exige, pour se développer, des milieux dans la composition desquels entre l’albumine et de préférence l’albumine humaine.

Milieux solides. — Bordet et Gengou préconisent le milieu suivant :

A 200 centimètrescubes d'eau glycérince à 4 p. 100, ajouter 100 grammes de pommes de terre coupées en tranches. Cuire à l'autoclave, séparer le liquide, et l’on obtient ainsi un extrait concentré glycériné de pommes de terre. |

A 50 centimètr s cubes de cet extrait, ajouter 150 centimètres cubes d'eau physiologique et 5 grammes de gélose. Faire fondre à l’autoclave. Répartir en tubes. étériliser: -

A chaque tube contenant ce milieu fondu, äjouter partie égale de sang défibriné de lapin ou d'homme. Agiter et laisser figer en tubes inclinés.

Sur ce milieu ensemencé avec l’exsudat bronchique coquelucheux prélevé à la période initiale, la culture se développe avec uné cerlaine lenteur ; au bout de vingt-quatre heures à 37, elle n apparaît même pas à l'œil nu.

Vers le cinquième jour cependant, à côté des coloniés de la flore banale des bronches ou de la salive, apparaissent des colonies blanches, saillantes, à bords ent circonscrits. Ce sont celles des Coccobacilles coquelucheux.

Si elles sont assez confluentes, il se forme une strie opaque, faisant une assez forte saillie : les jours suivants, elle ne s'étale pas, mais s’'épaissit, et les bords sont inclinés presque à pic.

Les repiquages peuvent ètre effectués en gélose-ascite, où se développe alors une strie blanche, « d'aspect gras et humide, assez opaque, demeurant, après deux à trois jours, à peu près aussi épaisse que l’est une culture de Bacille typhique sur gélose ordinaire » (Bordet et Gengou). Le microbe finit donc par s’acclimater à la vie artificielle.

Milieux liquides. — Les cultures peuvent encore s’obtenir en bouillon glycériné à 1 p. 100, additionné de sang ou de sérum de lapin à parties égales. On peut encore employer le sérum de cheval normal chauffé à 57° pendant quarante-cinq4 minutes.

Dans les milieux liquides, le germe ne se développe-bien qu'en de bonnes conditions d’aérobiose ; si Le tubé est vertical, le développement est long et pénible; s’il est tenu presque horizontalement, ilse produit un trouble accentué dans la partie où la couche de liquide ést le moins épaisse. Aussi faut-il utiliser de préférence la culture liquide répartie dans des fioles ou boîtes à fond large et plat, sur une épaisseur de 1 centimètre. La culture présente laspect suivant : le liquide est à peine troublé, et, vers le quatrième ou cinquième jour, on perçoit au fond du vase un dépôt blanchâtre, épais et visqueux.

PROPRIÈTÉS BIOLOGIQUES.

On ne possède encore aucune indication concernant la vitalité de ce germe dans les produits pathologiques, ni même les cultures.

Réactions vis-à-vis de l’immun-sérum.— Agglutination. — Bordet et Gengou ont montré que le microbe de la coqueluche est nettement agglutinable par le sérum des chevaux vaccinés par ses cultures, de même aussi par le sérum des convalescents de coque-

Doprer et SACQUÉPÉE. — Bactériologie. 2e édit. 38

luche ; par contre, le sérum de sujets n'ayant jamais contracté l’affection reste totalement inactif vis-à-vis de lui.

Fixation du complément. — Il fixe Le complément quand on le met en présence d’un antisérum, ou du sérum de convalescents. Cette propriété a été utilisée pour le diagnostic (Voy. plus loin).

Pouvoir pathogène expérimental. — L'injection dans le péritoine du cobaye d’une émulsion provenant d’une culture en milieu solide âgée de deux à trois jours (1"8,5 à 2 milligrammes de microbes) amène la mort de l’animal en vingt-quatre ou quarantehuit heures.”

L’autopsie montre l'existence d'un exsudat péritonéal pauvre en microbes, dont la plupart sont phagocytés; sur le péritoine sont disséminées des taches pétéchiales ; Les viscères sont congestionnés; le foie est en état de dégénérescence ; enfin on constate un épanchement liquide, teinté en rouge, dans la plèvre et le péricarde.

Chez le lapin, les lésions sont identiques.

L'injection des cultures tuées par le toluol ou une ‘température de 56° pendant trente minutes produit les mêmes troubles, mais, pour tuer l'animal, la dose de microbes doit être supérieure. |

Signalons enfin les expériences de Klimenko, qui a reproduit la. coqueluche, chez les singes inférieurs et les jeunes chiens, par inoculation au niveau du naso-pharynx d'une culture de Coccobacille de Bordet et Gengou, ou en plaçant ces animaux dans un brouillard microbien provenant de la pulvérisation d'une culture de bacilles coquelucheux.

Les singes présentent de la fièvre, du catarrhe oculo-nasal, de l’éternuement, de la toux rauque, avec vomissements, avec ou sans quintes.

Toxine. — Quand on injecte les cultures vivantes au cobaye ou au lapin, le microbe nese multiplie pas; souvent même il disparaît, et cependant l’animal succombe. Le microbe semble donc agir par une véritable intoxication. Bordet et Gengou ont en effet extrait une toxine des cultures en milieu solide.

Mode d’obtention.— Les cultures en milieu liquide sont peutoxiques. Le liquide, en effet, décanté après centrifugation, et inoculé au cobaye, ne provoque aucun trouble appréciable.

En traitant les cultures en milieux solides par le procédé de Besredka (Voy. p. 553) pour la préparation des endotoxines, ils ont obtenu au contraire un produit éminemment toxique.

Effets de la toxine sur l’animal.— Injectée à la dose d’un quart ou un demi-centimètrecube dans le péritoine du cobaye, elle tue lanimalen vingtquatre heures. L’autopsie montre une exsudation péritonéale hémorragique abondante. Le péritoine est parsemé de pétéchies; en un mot, les lésions

sont analogues à celles que provoque l'injection de microbes vivants.

En injection intraveineuse (1 à 2 centimètres cubes) chez le lapin, ce dernier succombe en dix-huit heures; à l’autopsie, on observe de la congestion du foie et des reins; les capsules surrénales présentent des foyers hémorragiques.

L’injection sous-cutanée chez le cobaye détermine au point d’inoculation un œdème hémorr agique qui, quarante heures après, s’affaisse et est ‘ renplacé par une plaque noire DHROUQUe qui s’élimine lesjours suivants, formant ainsi une ulcération.

Ce poison, qui est sans aucun doute contenu dans le corps microbien, présente donc des propriétés nécrosantes marquées. Bordet et Gengou font observer que les lésions de nécrose constatées par Léonardo Dominici chez l'enfant, dans la région sus-glottique et sous-glottique, sont du même ordre et relèvent vraisemblablement de la toxine coquelucheuse. La nature de cettelésion expliquerait, d’après eux, la persistance de la toux quinteuse, à un moment où le Bacille spécifique devient rare ou même disparaît.

En dehors des moyens cliniques, parfois insuffisants quand l'atteinte n’est pas nettement caractérisée, la coqueluche peut être diagnostiquée par Les procédés de laboratoire.

1° Recherche du microbe. — La recherche du germe spécifique ne peut être un moyen pratique que si elle est effectuée à la période initiale de l'infection. Bordet et Gengou ont en effet montré qu'il ne se trouve en grande abondance dans l’exsudat bronchique que dans les premiers jours; plus tard, il est associé à de nombreuses bactéries banales, et son isolement devient difficile, sinon impossible.

Ensemencer l’exsudat sur tubes ou boîtes de Petri contenant de la gélose-pomme de terre au sang, préparée comme il est dit plus haut. Identifier les colonies par les caractères morphologiques et culturaux précédemment décrits.

On ne devra pas confondre le Coccobacille coquelucheux avec le Bacille de Pfeiffer, qui présente, à première vue, une certaine analogie avec lui. Le Bacille de Pfeiffer est plus long; ses colonies sont bleuâtres et diaphanes ; il ne pousse que sur les milieux contenant de l'hémoglobine; les formes d’involution sontfréquentes; enfin il ne présente aucune agglutinabilité vis-à-vis d’un antisérum ; la fixation du complément reste aussi négative.

2° Séro-agglutination. — On peut tenter un sérodiagnostic en mettant en présence d’une émulsion de bacilles spécifiques le sérum du sujet. Mais l’agglutination ne se produit que si ce dernier est atteint depuis quelque temps, souvent pendant la période de convalescence; la réaction n’est toutefois pas constante; c est ce qui limite son emploi dans les recherches diagnostiques.

3° Fixation du complément. — La propriété du virus coquelucheux de fixer le complément en présence du sérum de coquelu cheux a été appliquée au diagnostic de la coqueluche par Bordet et Gengou, puis Alb Delcourt. Par cette méthode, on peut ainsi dépister non seulement les atteintes avérées, mais les cas frustes, les cas larvés où, les symptômes ne se montrant pas au complet, l'affection peut rester méconnue.

Ce procédé peut être de la plus haute utilité au point de vue prophylactique pour dépister des cas qui risqueraient de passer inaperçeus.

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINOTHÉRAPIE.

Bordet et Gengou ont obtenu un sérum anticoquelucheux en vaccinant le cheval à l’aide de cultures vivantes.

ILest agglutinant, précipitant, sensibilisateur, et parait agir davantage sur les microbes que sur la toxine.

Une première série d'essais curatifs avait été tentée par les auteurs ; les résultats avaient été encourageants. Duthoit vient d'appliquer cette nouvelle sérothérapie sur 21 enfants atteints de coqueluche. Voici ses constatations : le lendemain de l'injection sous-cutanée de 10 centimètres cubes de sérum, ou quelques jours plus tard, lenombre des quintes diminue, les reprises deviennent plus rares, les vomissements s'arrêtent; de plus l’expectoration devient plus facile ; habituellement muqueuse, elle devient muco-purulente et jaunâtre comme dans un rhume de poitrine sur son déclin. La guérison est plus rapide dans les cas traités que dans ceux qui ont subi la thérapeutique usuelle.

Ch. Nicolle et Conor ont imaginé de traiter la coqueluche par des cultures du microbe spécifique de Bordetet Gengou (cultures de quarante-huit heures sur pomme de terre-gélose-sang, émulsionnées dans l’eau physiologique, ayant subi une température de 46° pendant trente minutes, puis centrifugées et lavées). Ces injections vaécinantes sont pratiquées dans les veines; chez le tout jeune enfant, elles sont effectuées sousla peau. En général, l'amélioration obtenue est très rapide; dès la première ou deuxième inoculation, les quintes diminuent de nombre et d'intensité.

Ch. J. Bloom conclut de ses essais à l'efficacité curative de la méthode, grâce à laquelle les complications sont plus rares, la mortalité amoindrie, et la durée de la maladie plus courte.

Des essais de vaccination préventive ont donné entre les mains de Hess, Saunders, Johnson, White, Zahorsky, des résultats encourageants; d’après fless, sur 244 enfants vaccinés, 21 ont contracté la coqueluche, alors que sur 75 non vaccinés 59 en ont été atteints.

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