‹ Précis de bactériologieChapitre 88 sur 197 · MORPHOLOGIE DU PARASITE · texte numérisé non relu

MORPHOLOGIE DU PARASITE

Le parasite est un blastomycète (et non un protozoaire, comme certains l’ont prétendu); on le rencontre dans les lésions de date récente, comme dans les lésions déjà anciennes. Dans ces dernières, en raison de la suppuration qui les accompagne, les cryptocoques sont mêlés aux éléments du pus et souvent inclus dans les leucocytes, ce qui a fait supposer à {ort que l'agent pathogène était un parasite leucocytaire. Dans les lésions jeunes, où les leucocytes sont rares, les cryptocoques sont libres et nombreux au point qu’une nodosité de volume minime ressemble à une colonie de cryptocoques.

Aspect du parasite. — Le cryptocoque se présente sous l’aspect de cellules revêtant une forme ovale et elliptique, parfois « en cihon », limitées par une membrane d’enveloppe, épaisse, accusée par un double contour, réfringente à l'état frais. Un certain nombre

d'entre elles présentent des bourgeonnements, qui sont indiscutablement des formes de reproduction. Bref le parasite présente, au point de vue morphologique, une analogie très étroite avec une levure (Gasperini, puis Bridré, L. Nègre et Trouette).

Coloration. — Le cryptocoque se colore assez dilficilement par les méthodes ordinaires; il prend le Gram, mais un certain nombre d'éléments restent incolores.

Il se colore mieux par la méthode de Claudius, Bridré, Nègre et

Fig. 293, — Cryptocoque dans le pus d’un ulcère.

Trouette conseillent de prolonger pendant une heure le contact avec le violet de gentiane et l'acide picrique, et de décolorer ensuite à l’aide du chloroforme ; le parasite apparaît teinté en bleu violet.

Des résultats favorables sont également obtenus avec le bleu de toluidine et la méthode de Giemsa avec différenciation au tanin.

La cullure de Cryptococcus farciminosus, après une foulé d'essais infructueux, a été réalisée pour la première fois par Nègre etBoquet. Ces auteurs avaient déjà obtenu une certaine pullulation du parasite dans le liquide de condensation de divers milieux (sérum

870 CRYPTOCOCCUS FARCIMINO: US.

de cheval ou de mouton coagulé et glycériné à 6 p. 100; gélosesérum de cheval, gélose ordinaire, gélose au haricot, glucosée à 2 p. 100, non neutralisée). Ces cultures, mises à l’étuve à 25° ou 30, montraient, du sixième au quinzième jour, un développement in liscutable de formations mycélienne, issues des bourgeons de c-yptocoque. Après quatre repiquages (tous les quinze à vingt jours), la culture finissait par s’éteindre.

Gélose au crottin. — Préparation de ce milieu :

Faire macérer à froid pendant vingt-quatre heures 400 grammes de crotlin de cheval sec, dans 2 litres d’eau ordinaire.

Filtrer sur tarlatane, exprimer et filtrer sur papier sans neutraliser. Ajouter 10 grammes de peptone et faire dissoudre 18 grammes de gélose pour 1000 du liquide précédent.

Stériliser trente minules à 1200. Filtrer. Ajouter 40 grammes p. 1000 de glucose, répartir et stériliser vingt minutes à 1150.

Ensemencer la surface de ce milieu à l’aide d'une grosse goutte de pus prélevée dans un ab:ès clos des cordons lymphatiques. En quarante-huit heures, la culture se développe, mais n'est pas apparente; les repiquages restent négatifs. La formation de colonies et les repiquages peuvent être réalisés en répandant, après l’ensemencement, 20 gouttes d’un dépôt provenant d’une macération sucrée (20 grammes de g'ucose) de ganglions lymphatiques hachés finement (100 grammes). Etuve à 25°-30c.

Quatre à six semaines après, les premières colonies apparaissent : petites (une tête d’épingle), arrondies, saillantes, blanc grisâtre, légèrement duveteuses. En s’accroissant, elles deviennent plus proéminentes, festonnées, brunâtres, se parsèment de points blancs, deviennent adhérentes à la gélose, difficiles à dissocier.

Gélose de Sabouraud (recouverte de macération de ganglions). — À leur apparition, mêmes caractères que précédemment. Plus tard, les colonies prennent une teinte blanc jaunâtre, sablonneuse, et s'entourent d’une zone duveteuse blanche; elles foncent en vieillissant,

Ces cultures peuvent être obtenues en série; mais alors qu’au premier ensemencement la température de choix est de 259 à 30°, la température de 37° est plus favorable aux repiquages.

Quarante-huit heures après l’ensemencement, le cryptocoque s’arrondit, il se charge de gouttes d'huile et émet par bourgeonnement des tubes mycéliens qui se cloisonnent et s’accroissent pour atteindre une longueur totale de 75 à 100 uw. Aux extrémités.ct sur les ramifications des tubes, naissent de nouvelles formes rondes qui se séparent par une cloison et un étranglement

él

du mycélium qui les soutient, et se rendent libres, pour donner lieu à des formations identiques.

Lors des repiquages, les colonies sont constituées par des tubes mycéliens, à parois minces, étroits, cloisonnés, donnant des ramilications latérales ; ilexiste ainsi des ramifications secondaires et tertiaires ayant mème épaisseur que le tube principal.

Ces filaments portent à leur extrémité de petits bourgeons piriformes dont la paroi, prend un double contour ; et qui se séparent du tube mycélien qui les porte par une cloison; ils contiennent

Fig. 294. — Cryptocoque dans les cultures (d'après Nègre et Boquet).

des gouttelettes huileuses. Ce sont les spores externes (Nègre et Boquet) ; à malurité, elles se détachent (4 à 12 à de diamètre) et donnent naissance à des tubes mycéliens à double contour.

Au bout d'un certain temps, rien ne distingue plus les spores externes des formes arrondies des cryptocoques. Ces derniers paraissent être « une forme de multiplication de la spore externe dans l’organisme du cheval ».

822 CRYPTOCOCCUS FARCIMINOSUS.

L’inoculation de pus cryptococcique reproduit l'infection dans des conditions quasi natureiles.

Celle-ci peut être reproduite également chez le cheval par inoculation de cultures. Mais alors que les scarifications de l'épiderme et les injections intradermiques ne donnent que des abcès à cryptocoques localisés au point d’inoculation, l'injection sous-cutanée entraine la généralisation du processus, la formation de cordes Iymphatiques reproduisant trait pour trait l'infection, et donnant ainsi la preuve la plus irréfutable de Ia spécificité du cryptocoque.

Chez le lapin et la souris, Nègre et Boquet n’ont pu obtenir, au bout de cinq semaines, qu'un abcès au lieu de l'injection : les cryptocoques sont rares et extraleucocytaires.

IMMUNITÉ

Un animal guéri d’une première atteinte naturelle est réfractaire à de nouvelles atteintes.

Cette immunité a été observée par Nègre et Boquet après l’infect'on expérimentale : chez des chevaux guéris de cette dernière, l'injection sous-cutanée ne développe plus qu'un œædème douloureux très passager, remplacé par des nodules de dimensions très réduites qui se résorbent spontanément; une nouvelle injection est suivie de la formation d'un nodule qui s’abcède, mais le pus formé ne contient pas de cryptocoques.

La présence d'anticorps dans le sérum des chevaux ainsi guéris est d’ailleurs un témoin de cette immunité.

Bridré, Nègre et Trouette avaient déjà montré l'existence d'une sensibilisatrice dans le sérum mis en contact avec une émulsion de cryplocoques venant du pus; en prenant comme antigène les cultures, les résultats sont identiques. La sensibilisatrice exerce également son action sur des cultures de Sp. Beurmanni et de levures. L'ambocepteur apparaît vingt jours environ après le début apparent de l'infection ; il persiste au moins pendant huit mois (Nègre et Boquet).

DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE.

Ce diagnostic s'effectue par la mise en culture du pus des nodules farcineux, telle qu’elle a été décrite plus haut, et par la recherche de la fixation du complément.

Page 1