III. — MODIFICATIONS PORTANT SUR L'ORGANISME ET SUR LES BACTÉRIES
La gravité de l'infection peut être très fortement influencée suivant la porte d'entrée qui aura été choisie pour l'introduction des virus.
Mode d'inoculation. — Le virus de la péripneumonie contagieuse du bœuf détermine, quand il est injecté dans le tissu conjonctif du tronc, des tuméfactions énormes et souvent la mort. Willems observa qu'en l'injectant à l'extrémité de la queue il ne se produisait qu'une tuméfaction légère, et que l'animal était vacciné. Ce fait a conduit à une méthode de vaccination employée depuis plus de quarante ans.
Chauveau vaccine également contre la péripneumonie bovine en injectant le virus directement dans les veines. Maiâ, d'après Arloing, les résultats sont moins bons.
Le charbon symptomatique tue le mouton et le bœuf en injection sous-cutanée; injecté dans les veines, il vaccine (Arloing, Cornevin et Thomas). Chauveau et Arloing vaccinent également contre la septicémie par injection intraveineuse du virus. Galtier a opéré de même pour la rage, Straus pour la morve chez le chien. L'innocuité de ces injections
intraveineuses s'explique par la dilution dans le sang des bactéries et des toxines, dilution qui favorise la phagocytose.
Associations microbiennes. Antagonisme. Synergie. — Quand des bactéries d'espèce différente se trouvent en contact dans un même milieu, vivant ou non, ce milieu subit des modifications qui se répercutent naturellement sur les bactéries elles-mêmes. Quand la virulence se trouve augmentée, il y a synergie; quand elle est diminuée, c'est Vantagonisme.
Les résultats sont souvent différents et môme contraires suivant qu'on les observe in vitro ou in vivo. 11 y a donc lieu d'étudier séparément ces deux conditions.
In vitrOf quand plusieurs espèces bactériennes se trouvent en contact, il y en a toujours quelqu*une qui prend la prédominance. C'est la concurrence vitale, dont nous avons déjà parlé au chapitre des bactéries de l'eau, du sol, au chapitre de l'influence du milieu sur les bactéries, au chapitre de l'atténuation des bactéries. L'association des bactéries in vitro a presque toujours pour conséquence la disparition d'une ou plusieurs espèces, c'est de l'antagonisme. In vivo, l'association aboutit tantôt à la synergie, tantôt à l'antagonisme. Le phénomène doit être étudié suivant que l'on opère avec les bactéries vivantes ou avec les toxines.
On a réussi quelquefois à enrayer une infection par une autre infection. Ainsi la maladie charbon-
Modifications sur l'organisme et les bactéries 255
lieuse peut être combattue par le bacille de Fricd- Lander^ le Staphylococcus aureus, le Micrococcus prodigiosus (Pawlowski *), par le bacille typhique (Pavone), par le bacille pyocyanique (Bouchard 2), par le streptocoque de Vérysipèle (Emmerich) ^. Les expériences de Blàgovestchensky * montrent que la préservation du charbon par le bacille pyocyanique ne s'obtient plus si on injecte les deux microbes ensemble dans les veines. Dans ce cas les animaux meurent des deux infections. Chelmonski et d'autres ont prétendu guérir le cancer par le streptocoque de Vérysipèle.
Si au lieu d'employer des cultures virulentes on injecte des produits solubles, les toxines, on obtient aussi des résultats intéressants.
Freduenreich 5, Woodhead et Cartwright * réus' sissent à guérir ou à ralentir l'évolution du charbon en injectant aux lapins les cultures stérilisées du bacille pyocyanique. Bouchard avait cependant échoué. Buchner ^ guérit le charbon par les cultures stérilisées du bacille de Friedlander, Zagari par les toxines du bacille cholérique, Rostjarine et Kraïnski par du bouillon putréfié et stérilisé.
D'après Bouchard les lapins vaccinés contre le