Soc. de biol
Berlioz. — BACTiiuoLOGiE. 2o
ment, car, après un temps plus long les bactéries vulgaires des crachats pullulent et font périr les animaux de septicémie.
Au bout de dix à quinze jours, il se forme au point d'inoculation un nodule qui s'ulcère et suppure jusqu'à la fin de la maladie. Les ganglions voisins sont tuméfiés. Ces deux lésions indiquent la réussite de l'inoculation. Puis les animaux maigrissent et meurent après trois à huit semaines, quelquefois davantage. La durée de la maladie est en rapport avec la virulence du bacille et la quantité de virus injecté, A l'autopsie, le foie, la rate, les poumons, sont plus ou moins farcis de tubercules à l'état cru et ramollis.
Par inoculation péritonéale l'évolution de la maladie est plus rapide. Les organes pris les premiers sont le foie, la rate, les ganglions mésentériques. Ces derniers deviennent énormes et caséeux. Les poumons sont pris les derniers.
L'injection intraoculaire produit d'abord des tubercules sur l'iris, la tuméfaction des ganglions du cou, puis l'infection du poumon.
Uingestion de matières tuberculeuses réussit moins sûrement. Dans ce cas, ce sont le péritoine, les ganglions mésentériques qui se tuberculisent les premiers.
Quelle que soit la région inoculée, l'injection s'avance de proche en proche en suivant la voie des lymphatiques et la tuméfaction des ganglions permet de la suivre un certain temps.
Vinjection intraveineuse réalise de suite Finfection générale avec développement simultané de tubercules dans tous les organes.
Si les bacilles sont trop virulents ou en très grand nombre, Tanimal meurt en quinze jours, sans tubercules apparents, mais les organes renferment des bacilles tuberculeux. C'est l'infection tuberculeuse type Yersin.
L'histogenèse du tubercule a été bien étudiée par Borrel *. L'auteur fait à des lapins des injections intraveineuses de culture et sacrifie ces animaux à intervalles variés. Les préparations histologiques montrent l'évolution du processus tuberculeux dans le poumon. Dix minutes après l'injection on voit les leucocytes polynucléaires se porter en foule vers les bacilles, les englober, les phagocyter en partie. Cette leucocytose et cette lutte des polynucléaires se poursuivent jusqu'au troisième jour. A partir de ce moment ils succombent à la lutte, leur noyau devient homogène, se trouble et se fragmente en granulations chromatiques; ils ont disparu le cinquième jour. Mais dès le troisième jour d'autres cellules ont apparu dans les vaisseaux, ce sont les grands leucocytes mononucléaires dont le protoplasma se prolonge en expansions de pseudopodes. Ces leucocytes se groupent en amas englobant les bacilles et les débris des leucocytes polynucléaires. Ces amas de leucocytes mono- et polynucléaires sont
i, Ann. Inst. Past., 1893.
l'origine du tubercule, les mononucléaires .fusionnés constituent la cellule géante dont la nature a été tant discutée.
Tous ces phénomènes sont intravasculaires. Mais les leucocytes polynucléaires des trois premiers jours, puis les mononucléaires, sont mobiles et gorgés de bacilles, ils sortent des vaisseaux et tombent dans l'alvéole pulmonaire ou dans le tissu périvasculaire.
Dans l'alvéole, bacilles et leucocytes sont entourés par les cellules à poussière^ grandes cellules libres qu'on trouve sur l'épithélium de l'alvéole et des fines ramifications bronchiques et qui ont la spécialité d'absorber les corps étrangers. Ces amas sont l'origine des tubercules alvéolaires. L'inflammation qui accompagne ce processus n'est autre que la pneumonie tuberculeuse.
Dans le tissu périvasculaire, l'accumulation des leucocytes mononucléaires forme les tubercules péribronchiques, périvasculaires et intralymphatiques.
Ces amas ne sont encore que des tubercules microscopiques, mais ils grossissent par l'adjonction de lymphocytes, qui viennent se serrer à la périphérie en couches concentriques. A partir du cinquième jour les granulations sont visibles à l'œil nu.
Le grossissement se fait soit par accumulation de lymphocytes à la périphérie, soit par fusion de tubercules.
Vers le vingtième jour apparaît la caséification, qui n'est autre que la destruction des cellules du tubercule par la tuberculine sécrétée par les bacilles enfermés dans le tubercule. Cette caséification a pour effet de remettre les bacilles en liberté et de créer une nouvelle source d'infection.
De tout ceci il faut conclure que le premier acte de l'organisme est de lutter par la phagocytose, que les phagocytes enferment le bacille dans une prison qui est le tubercule, mais que les murs de cette prison finissent par être rongés par le poison corrosif du bacille.
Tuberculose aviaire. — Les poules, faisans et autres oiseaux sont sujets à la tuberculose. Mais l'inoculation des produits de tuberculose aviaire à des mammifères est le plus souvent négative ; réciproquement l'inoculation de la tuberculose des mammifères aux oiseaux est infructueuse. On en a conclu que les deux bacilles sont différents.
Il est certain que le bacille aviaire ne se comporte pas comme le bacille humain, et voici quelques différences.
Le bacille aviaire se cultive à 45°, l'humain ne pousse pas au-dessus de 42°.
La pellicule de culture de l'aviaire est grasse, molle, celle de l'humain est sèche, cassante, écailleuse.
Le chien est réfractaire, ou à peu près, à la tuberculose aviaire, il est réceptif à l'humaine.
Chez le lapin les deux bacilles se développent en
produisant des granulations miliaires, mais chez le cobaye infecté de bacille aviaire il n'y a pas de tubercules; Tanimal meurt avec des bacilles dans les organes, mais sans tubercules apparents.
L'inoculation du bacille humain au pigeon produit également une septicémie lentement mortelle sans tubercules.
La tuberculine faite avec le bacille aviaire a exactement les mêmes propriétés que celle faite avec les bacilles humains.
On voit donc que s'il y a des différences il y a aussi des points de ressemblance, et devait-on pour cela faire de ces bacilles des espèces difiTérentes?
Nocard * a tranché la question par la négative. 11 introduit des sacs de collodion remplis de bacilles humains dans le péritoine de poules et les y laisse plusieurs mois. Le liquide du sac acclimaté aux humeurs de la poule est ensuite inoculé à ce dernier animal et y développe des tubercules miliaires. En conséquence le bacille aviaire et le bacille humain doivent être considérés comme de môme espèce, mais de race différente.
Au dernier congrès de la tuberculose à Londres (juillet 1901) Koch a prétendu que les bacilles tuberculeux humains n'étaient pas inoculables aux bovidés. Cette assertion a été vivement combattue par Nocard, Lister, qui ont répondu avec raison que les expériences négatives de Koch ne pouvaient pré-