CHAPITRE PREMIER
Les relations intimes qui existent entre le sol, l'atmosphère et l'eau, l'immense quantité de matières organiques d'origine végétale ou animale qui se "^trouvent emmagasinées dans la terre, font que l'on trouve, ou que l'on peut rencontrer dans le sol la plupart des bactéries. De plus les bactéries y trouvent de bonnes conditions de culture : humidité, chaleur, aliments. Pour ces motifs le sol doit être considéré comme le réceptacle, l'habitat naturel des bactéries.
Rôle des bactéries. — La matière organique morte doit, pour servir à nouveau à l'élaboration des organismes vivants, être solubilisée; or les bactéries
sont en grande partie les agents de cette solubilisation.
Elle ne s'opère, bien entendu, que par étapes successives, et chacune de ces opérations chimiques est effectuée par des bactéries différentes.
Les substances hydrocarbonèes, ou ternaires, insolubles, telles que amidon, cellulose, sont transformées en dextrines, en gommes, en sucres. Ces substances sont ensuite oxydées et se transforment en acides lactique, acétique, formique; les corps gras en acides gras : acide butyrique, qui aboutissent finalement à l'acide carbonique.
Les substances azotées^ quaternaires, aboutissent par des mutations successives à Tammoniaque, qui est l'équivalent de l'acide carbonique pour les substances hydrocarbonées.
Mais l'ammoniaque n'est assimilable par beaucoup de végétaux que sous la forme de nitrates, et c'est ici qu'interviennent les microbes nitrifiants étudiés par Winogradski. La nitrification se fait en deux phases. Il se forme d'abord des nitrites sous" l'influence des nitrosococciy puis les nitrites sont oxydés par le Dacillus nitrificans et passent à l'état de nitrates (Winogradski *).
Les substances albuminoïdes entrent en putréfao tion. Elles sont d'abord transformées en peptones et ainsi rendues solubles par diverses bactéries aéro-
1. Ann. înst. Past., 1890; Arch. des Se. biol. de Pétersb., 1891-1899.
Les Bactéries dans le sôl lâ8
bies telles que Bacillus mesentericus vulgatus, Dacillus termo, Bacillus subtilis, Bacillus fluorescens liquefaciens, Proteus vulgaris» La putréfaction est commencée et les produits n'ont pas une odeur très mauvaise, car ils sont peu à peu brûlés par l'oxygène. Les aérobies ont consommé l'oxygène du liquide en putréfaction et forment à la surface une couche, un voile qui empêche l'accès de l'air. Alors les anaérobies entrent en scène, disloquent la molécule albuminoïde en produits peu oxygénés : ammoniaques composées, mercaptans, indol, scatol, acides gras volatils, hydrogène sulfuré, phosphore, d'une odeur repoussante; leucine, tyrosine, ptomaïnes diverses.
Ces produits seront ultérieurement transformés en acide carbonique, eau, nitrates, formes sous lesquelles ils seront repris par d'autres végétaux.
Méthode d'analyse. — Le sol renferme des bactéries très variées, et il est évident que le même milieu de culture : gélatine, gélose, ne peut convenir à toutes. Par conséquent il y a des bactéries qui ne se développeront pas et qui passeront inaperçues. D'autre part il existe des germes aérobies et d'autres anaérobies ; il faudra pour ces derniers une culture spéciale. En troisième lieu, les germes sont adhérents aux parcelles de terre et il est fort difficile de les en détacher tous, de sorte que la numération donnera forcément moins de colonies qu'il n'y en a effectivement. Malgré ses imperfections, l'analyse bactériologique du sol présente une grande
utilité et les résultats qu'elle donne sont comparables quand ils sont fournis par le même expérimentateur opérant avec la môme méthode.
Fraenkel * prélève dans une petite cuiller de platine 1«<=,50 ou 0«*',02 de terre et la divise aussi bien que possible dans de la gélatine fondue, qui est ensuite coulée en boîte de Pétri ou en fiole conique à fond plat. Cette méthode ne divise pas assez les germes et ne donne qu'une approximation pour la numération. Il vaut mieux, à l'exemple de Beumer *, triturer la terre dans 100 à 1 000 ce. d'eau stérilisée, bien agiter et faire l'analyse avec cette eau. Connaissant le poids de la terre employé et le volume de l'eau ensemencé on peut facilement ramener les calculs à 1 gr. de terre, qui est l'unité de mesure.
Pour puiser la terre aseptiquement à de grandes profondeurs on se sert de trépans ou de la sonde de Fraenkel.
11 est indispensable que l'analyse soit faite aussitôt après la prise, car le nombre des bactéries augmente ou diminue rapidement dans la terre. Si l'analyse ne peut se faire de suite, la terre doit être conservée dans un récipient entouré de glace.
Comme exemple de variations du nombre de bactéries suivant le temps, citons le tableau suivant de Fraenkel. Les chiffres se rapportent aux colonies