V. cholérique (différents types
Cils vibraliles.
3" Mobilité. — Très mobile. Cils de nombre et de disposition variables (Nki-hauss) (lig. 319). Le type ne possède qu'un cil a
684 l'K VIRHION CIlOLÉlUQrE
chaque extrémité ; il peut y avoir un bouquet de 3 ou 4 cils à chaque extrémité (Nicolle et Morax) ; les cils peuvent manquer. Les rechercher en jeune culture sur gélose.
4** Spores. — Pas de spores.
C) Caractères riologiques
1° Habitat. — Hors des déjections cholériques, il peut exister dans les eaux et les boues.
2® Vitalité. — Les cultures sur gélose conservent leur vitalité plusieurs mois, si on les maintient à l'abri de la lumière et de la dessiccation. La dessiccation les tue très vite; elle a moins d'action sur les déjections cholériques.
Une culture est stérilisée par un chauiïage de dix minutes ù + 60o.
Des traces d'antiseptiques arrêtent les cultures.
Le y. cholérique se conserve un an et plus dans Teau stérilisée (Hochsteter), moins longtemps pour Straus et Dubarry ; il vit longtemps dans le lait, dans le beurre (Heim).
3" Virulence. — Extrêmement variable. L'atténuation des cultures est rapide.
Voy. : exaltation (p. 689) . On arrive à avoir un virus fixe.
4° Caractères biochimiques. — Le V. cholérique réduit les nitrates et forme des ni tri tes (eau peptonée) ; il fait de Vindol. Voy. 240, la réaction du rouge choléra qui n'est pas caractéristique et manque souvent. Le V. cholérique fait fermenter le glucose, et, à moindre degré, la maltose, la lactose, etc. (Kupria- N'ow), avec formation d'acides lactique, acétique, butyrique.
5^ Agglutination. — L'agglutination avait été vue, en 1889, par Chahrin et Roger, dans des cultures de B. pyocyanique en sérum de vacciné, mais c'est à propos du V. cholérique que cette curieuse et si importante propriété des microbes a été mise en lumière.
Pfeiffer cl IssAEFP (1894) ont d'abord vu le phénomène in vivo (phénomène de Pfeiffer). Si on injecte de la culture dans le péritoine d'un cobaye hypervacciné, ou, dans le péritoine d'un cobaye neuf, 1 centimètre cube d'une émulsion de V. cholérique mélangée avec quelques gouttes de sérum préventif (anticholérique ou de convalescent), le liquide péritonéal, examiné au bout de dix k trente minutes, montre des microbes immobiles, granuleux, en forme de boules, en voie de destruction. C'est l'agglutination suivie de la dissolution des vibrions. Cette expérience a donné lieu à de nombreuses controverses. En tous cas, le phénomène de Pfeiffer n'est pas spécifique; on peut réussir avec du sérum neuf, avec du bouillon. D'autres vibrions peuvent être agglutinés et détruits dans les mômes conditions. Il ne peut donc servir à la diagnose de l'espèce.
BoRDET (1895), Grûber et Durham (1896) obtiennent la réaction 171 vitro. Une émulsion de culture gélosée, additionnée de 1/20 de sérum préventif, est rapidement agglutinée. Donc : les sérums d'immunisés agglutinent le V. cholérique. Peut-on utiliser celte propriété pour la diagnose de l'espèce vibrionienne ? Non. L'agglutination de V. authentiques peut manquer; des Vibrions paracholériques peuvent agglutiner.
Certaines substances chimiques agglutinent le V. cholérique (chrysoïdine, formaline, etc.) .
Voyez page 692, le Sérodiagnostic.
D) Action pathogène
l*» Action naturelle. — Le V. cholérique est l'agent du choléra asiatique de l'homme. Il n'est pas naturellement pathogène pour les animaux (le choléra des poules, etc., n'ont de commun que le nom). Il reste cantonné dans V intestin et sécrète une toxine, qui engendre les symptômes. Le choléra est une intoxication. 11 existe dans les matières fécales et rarement dans les vomissements. 11 peut persister assez longtemps dans les fèces après la guérison .
On avait souvent essayé, sans succès, de faire ingérer à l'homme des matières fécales de cholériques (Bochefontaine,
686 LE VIBRION CHOLÉRIQUE
Klkin) ou dos cultures de V. cholérique (Pkttknkoffkr et Emmr- RicH, IIasterlick cl Strickbh, Ferran), en y ajoutant des purgatifs et en réalisant les meilleures conditions alimentaires. Une simple diarrhée était le seul résultat. Mktchnikoff (1893), après plusieurs insuccès, finit par donner à Tliomme, par l'ingestion d'une culture, un véritable choléra asiatique avec diarrhée rhizifornie, hypothermie, vomissements, crampes, vibrions dans les selles, etc. ; le cas ne fut pas mortel. Il chercha les causes qui peuvent ainsi faire varier les résultats de l'ingestion, et étudia la flore stomaccale et intestinale de l'homme. Telle fut Torigine de ses travaux sur les microbes favorisants ou empêchants. En somme : le choléra (comme le tétanos, p. 594, comme la gangrène gazeuse, p. 580) a besoin d'associations microbiennes pour se développer. Le V. cholérique^ en présence d'une muqueuse intestinale saine et privée des microbes favorisants, est inofTcnsif ; il l'est encore bien mieux s'il rencontre des microbes empêchants. A insi s'expliquent l'immunité de certains individus et surtout de certaines villes (Lyon, Versailles) vis-à-vis du choléra. Ce qui manque, dans ces cas, c'est la flore intestinale favorisante.
2'^ Action expérimentale. —A. Cobaye. — a. Inoculation sous-cutanée. — 11 faut de fortes doses de vibrions très virulents. Septicémie avec vibrions dans le sang. Hypothermie. Convusions. Collapsus.
b. Inoculation intramusculaire. — Réussit mieux.
c. Inoculation intrapéritonéale (méthode de choix). — Péritonite rapidement mortelle (Pfeiffkr) avec hypothermie, convulsions, collapsus. A l'autopsie : exsudât péritonéal avec quelques vibrions; intestin congestionné ; pas de lésions des viscères; vibrions dans le sang. La réussite de l'inoculation intrapéritonéale n'est pas un signe diagnostique du V. cholérique. Des vibrions, récemment isolés de selles cholériques, peuvent ne pas produire de péritonite, alors que des vibrions, ne provenant pas de cholériques, sont très virulents.
On inoculera de préférence une culture sur gélose. Les passages successifs exaltent : virulence fixe au 20*^ passage (Haffkine).
d. Ingestion. — L'ingestion simple esi> sans effets. Nicati et RiETSGH obtiennent, le premier, du choléra intestinal, en inoculant directement le V. dans le duodénum. Koch introduit dans Testomac, avec une sonde, un peu de carbonate de soude et, ensuite, la culture; il injecte, en même temps, 1",j de teinture d'opium dans le péritoine. Le choléra survient vers la 12* heure ; hypothermie, collapsus, selles diarrhéiques. Mort vers le 3® jour. Autopsie : intestin congestionné avec liquide séreux et flocons crémeux, contenant des vibrions en grande quantité et k l'état presque pur. Doybn remplace l'opium par l«c,8 d'alcool à 40^ par 100 grammes de cobaye et obtient les mêmes résultats. Mktch- NiKOFF a essayé l'action des microbes favorisants chez le jeune cobaye; le choléra obtenu est moins caractéristique que chez le jeune lapin.
B. Spbrmophile. — Plus sensible que le cobaye (Zabolotny). L'inoculation sous-cutanée réussit bien. L'ingestion de quelques gouttes de culture, sans aucun artifice, donne un choléra intestinal À la moitié des animaux : hypothermie, diarrhée, cyanose. Autopsie : intestin congestionné avec liquide riche en vibrions ; sang fertile.
C. Lapin. — C'est sur le jeune lapin que Metchnikokf (1894) est arrivé t reproduire, à coup sûr, le choléra intestinal.
Le jeune lapin, encore nourri au lait, a une flore intestinale peu riche. Il succombe vers le 6« jour au choléra intestinal, une fois sur deux, si on lui introduit de la culture par la bouche. Les lésions sont celles du choléra.
Si on ajoute au V. cholérique une culture de trois microbes (une torula, une sarcine blanche et un Colibacille), isolés de l'estomac de l'homme, 90 p. 100 des lapins meurent du choléra {microbes favorisants). Mort en hypothermie, après une longue agonie. Diarrhée séreuse avec grumeaux. Autopsie : uniquement de la congestion de l'intestin grêle (teinte hortensia) qui est distendu par un liquide glaireux, alcalin, avec flocons de mucus. Les microbes favorisants ont disparu. Une fois sur quati*e, le vibrion passe dans le sang.
688 LE VIBRION cholkriqi:e
Le choléra des jeunes lapins est contagieux par les inamciles des mères.
Dès que les lapins sont sevrés, ils deviennent plus résistants; les inicrohos favorisants ne suffisent plus à leur donner le choléra. Adultes, ils sont réfractaires.
D. Chien. — Karlinskk GamaleFa ont reproduit le choléra intestinal chez le jeune chien.
E. Chat. — Karlinski, Wiener ont reproduit le choléra intestinal chez le jeune chat.
E) Toxines
Le choléra est une intoxication. Jusqu'en d896. la plus grande incertitude a régné sur Tcxistence de cette toxine dans les cultures.
Behring et Ransom (1895) soutenaient l'existence d'une toxine dlfTusible dans les bouillons, résistant à + 100^, très active pour le cobaye. Au contraire, Ouchinsky, Pfeifper pensaient que la toxine étant inlraprotoplasniique, ne diffusait pas.
HuEPPE et ScHOLL pensaient que, pour avoir une toxine active, il faut cultiver dans des œufs, à lahri de l'air. Le contenu de l'œuf, précipité par lalcool, est très toxique. Mais Grûber et Wiener montrèrent que cet empoisonnement (qui est subit) est produit par l'hydrogène sulfuré et l'alcool.
G.^maleFa croyait à la pluralité des toxines. Brieger et Frobn- KEL parlaient d'une toxalbumine, mais Ocghinsky montrait que la toxine peut être sécrétée dans un milieu exclusivement minéral.
Pétri avait choisi des cultui*es stérilisées à + 120® pt avait admis l'existence d'une toxopeptone qui tuait le cobaye, après une période d'incubation précédant la période morbide.
En 1896, Metchnikoff, Roux etTAURELLi-SALiMBRNi confirment les travaux de Behring et de Hansom. Le V. cholérique sécrète, de son vivant, dans les cultures, une toxine qui passe à travers les filtres de porcelaine, est modifiée par Tébullition, est rapi-
IMMUNISATION 689
demenl altérée par l'air et la lumière, est précipitée par l'alcool fort et le sulfate d'ammoniaque. La semence employée tuait le cobaye à 1 / 1 60 de centimètre cube en quelques heures (exaltation par cultures en sac de collodion dans le péritoine, alternées avec des inoculations directes dans le péritoine du cobaye). "La culture était faite en solution de peptone à 20 p. 4O0O, gélatinée à 20 p. 1000. La filtration avait été opérée le quatrième jour. La culture filtrée tue le cobaye en quelques minutes à trente heures, avec tous les symptômes du choléra; le lapin est trois fois moins sensible, la souris encore moins.
La même année, J. Courmont et Doyon ont confirmé ces résultats. Leurs cultures filtrées (anaérobies, mais surtout aérobies) ont tué le cobaye avec tous les symptômes classiques. Certains cobayes ont présenté une véritable maladie cui'able avec hypothermie. Certains lapins ont eu une paraplégie flasque avec anesthésie, due à des névrites périphériques (Paviot) . Les cultures tuées à -f- b2^ étaient plus toxiques que les cultures filtrées.
F) Immunisation
1^ Inoculation de cultures vivantes. — Ferran (1885) vaccine le cobaye et V homme (50 000 vaccinations humaines) en inoculant de petites doses de cultures virulentes. Le cobaye est ainsi devenu réfractaire aux doses mortelles. L'homme, après deux inoculations sous-cutanées, serait vacciné.
Haffkine (1892) inocule des vibrions à virulence fixe, atténués par la culture à + 39^ en présence d'un courant d'air (plusieurs cultures successives, de deux en deux jours) au cobaye et t Vhomme. Le cobaye est vacciné contre l'inoculation intrapéritonéale; il ne parait pas l'être contre le choléra intestinal. L'homme reçoit un vaccin, puis, huit jours après, une culture virulente : l'efficacité est douteuse.
S"" Inoculation de cultures tuées. — Klemperer, Vincenzi, Pkeiffer vaccinent avec des cultures tuées par la chaleur, injectées dans le péritoine du cobaye, contre la péritonite cholérique. Mais, on démontre bientôt que ce n'est pas une vaccination
PRÉCIS DE B.\CTÉIUOLOGIE, 2« édit. 44
690 LE VIBRION CHOLÉRIQUE
spécifique. Les injections de cultures chauffées de Micracoccus 2^rodigiosus (Klkin), de bouillon neuf (Israël), de sérum humain. de solution salée (Metchnikoff) agissent de même, en excitant la défense phagocytaire, qui a raison des vibrions injectés. bossABRT (1898) a immunisé la chèvre avec des cultures tuées à -h 60^ ou par le chloroforme.
30 Injection de toxine. — Metchnikoff, Roux et Taurelli- Salimheni ont vacciné avec leur toxine soluble (voy. p. 688). Les cobayes, les lapina, les chevaux, les chaires s'y accoutument vile et sont faciles à immuniser. Au bout de six mois, les chevaux reçoivent, sans réagir, une injection de 200 centimètres cubes de toxine, alors qu'ils étaient, au début, très malades à la suite d'une injection de 10 centimètres cubes.
(î) Diagnostic bactkriologioue
Le diagnostic bactériologique du choléra est très utile au clinicien et à l'hygiéniste, surtout au début des épidémies. Les premiers cas ne sont par toujours typiques; les médecins n'ont pas l'expérience d'une maladie qu'ils n'ont en général jamais vue; cependant l'hygiéniste, les pouvoirs publics exigent un prompt diagnostic. 11 s'est produit, en outre, en Europe, pendant ces dernières années, des épidémies locales, des cas isolés qu'on hésite à classer dans le choléra asiatique.
10 Constatation du vibrion cholérique dans les selles —
(Nestlé procédé de choix. Isoler les vibrions est chose très facile, mais les identifier est un des problèmes les plus difficiles à résoudre de la bactériologie.
A. Recherche du vibrion. — a. E.vamen microscopique. — On prend un grain rizi forme, on Técrase entre deux lamelles, on colore à la fuchsine de Ziehl diluée. Dans quelques cas, on verra des amas de vibrions, en culture pure, tous orientés dans le même sens; cela suffit au diagnostic. Bien plus souvent, les résultats de l'examen seront incertains .
DIAGNOSTIC HACTÉniOLOGigUE 691
b. Cultures. — 1^* On ensemence un peu de matière cholérique dans plusieurs ballons de lu solution de Mrtchnikoff :
Eau 1 000 grammes
Peptone 10 —
Sel marin 5 —
(Jêlaline 20 —
Alcaliniser.
Le trouble se manifeste en trois heures, le voile apparaît vers la septième heure. Ce voile est composé de bacilles virgules (voy. flg. 318).
Chantkmessg (1902) a proposé son gélo-diagnostic (yoy. p. 421). On opérera comme pour la fièvre typhoïde, mais en employant du sérum anticholérique à la place du sérum antityphique. On essuiera le bouchon de carafe sur deux plaques de gélatine ordinaire. Nous préférons le premier procédé.
D. Identification du vibrion. — Nous Pavons dit, c'est là le point dinicile. A vrai dire nous ne possédons aucun signe distinctif certain pour afiirmer qu'un vibrion est bien celui de Koch. En temps d'épidémie, la différenciation n'est pas nécessaire, l'existence d'une culture abondante de vibrions provenant des selles est jugée comme suffisante. Mais, au début d'une épidémie, alors que du diagnostic différentiel dépendent les mesures hygiéniques les plus graves, ou pour une épidémie établie mais qui parait très bénigne, pour conclure dans une analyse d'eau, etc., une identification certaine serait de toute utilité. Pendant la dernière épidémie parisienne, on a trouvé des vibrions dans certaines eaux, on les a retrouvés après la disparition de l'épidémie. Était-ce des vibrions cholériques? Les vibrions des eaux sont nombreux; Sanarklli en a trouvé trentedeux espèces dans les eaux de Paris. Nous le répétons, il n'existe pas un seul caractère pathognomonique^ ou plutôt, il n'en existe qu'un seul, trop long et compliqué : la reproduction du choléra chez le jeune lapin. Ce qui manque, c'est un procédé rapide et commode.
iVil LE VIBRION CHOLERIQUE
On s'adressera aux rnractèros suivants :
!• L'aspect des cultures sur j^'elaline (p. 681). l2« La coloratioQ des cils (p. 683).
3* La réaction du rouge-choléra (p. 2W). 4» La non-coagulation du lait (p. 6Kâ). 5» L'inoculation intrapéritonéale au cobaye (p. 686). 6« Le phénomène de Pfeiffer (p. 685).
7» L'agglutination par le sérum anticholérique (p. 685). 8» L'inoculation au cobaye immunisé par le sérum iréaction d'immunité ip. 693).
On se reportera à la description de chacun de ces signes pour voir qu'il n'est pas pathognomonique, mais s'ils existent tous, cet ensemble aura une grande signifîcation.
2'' Sérodiagnostic. — l^our Achard et Bexsaude (1897}, le sang des cholériques (13 fois sur 14), dès le premier jour delà maladie, agglutinerait, en moins d'une heure, à 1/10 et 1, 15 une émulsion de culture sur gélose de V. cholérique. Le sérodiagnostic serait possible. Si le fait se confirme, le sérodiagnostic rendra les plus grands services.
II) Traitement bactériologique
±» Inoculation de cultures. — Voir plus haut (p. 689) les tentatives de Fehrax et de IIaffkine.
2^ Sérothérapie. — Lazarus voit que le sang des convalescents du choléra peut immuniser le cobaye. Mais le sérum d'hommes n'ayant jamais eu le choléra peut agir de même (Metchnikoff, Klemperer). Le sang d'un homme venant de succomber peut être très préventif, tandis que celui d'un homme guéri peut être inactif (Metchnikoff).
Klemperer montre que le sérum des animaux vaccinés est préventif. Pfeiffer et Issaîîff (1894) obtiennent un sérum qui préserve le cobaye t\ la dose de 1/15 de milligramme (très aclil). et qui est très agglutinant. Pour Metchnikoff, ce sérum n'est ni bactéricide, ni antitoxique, puisqu'il est ineflicace Kîontre le
TRAITEMENT BACTÉRIOLOGIQUE 693
choléra intestinal; il agit en excitant les phagocytes du péritoine du cobave.
Pfeiffer pensait qu'on pourrait différencier le V. cholérique par l'action immunisante de son sérum {réaction d'immunité). Serait cholérique tout vibrion qui, injecté dans le péritoine, tuerait le cobaye neuf et respecterait le cobaye vacciné ; serait pseudo-cholérique tout vibrion qui ne serait pas influencé par l'immunisation. Mais, celle réaclion peut manquer vis-ft-vis de vibrions cholériques authentiques, retirés des selles, et elle peut exister pour des vibrions saprophytes.
Metchsikoff, Houx et Taurelli-Salimbexi ont étudié le sérum de leurs chevaux immunisés (voy. p. 090). Il est préventif visà-vis de la péritonite du cobaye à O'^^GOo. Il est aniitoxiquc; 2 centimètres cubes neutralisent quatre doses mortelles de toxine. ïl est, consé(|uemment, préventif vis-à-vis du choléra intestinal du jeune lapin qui est une intoxication: 60 p. 100 de? lapins ayant reçu 4 à 8 centimètres cubes sous la peau, résistent. Il n'est pas cura/ewr, injecté vingt-quatre heures après l'ingestion du vibrion.
GIIAPITRK XIIÏ BACILLE DE L'INFLIENZA
11 a élc découvert par Pfeifper (1892), dont les travaux ont été confirmés par Wkichselbaum, Klkin, etc. Est-il spécifique? Beaucoup d'auteurs le nient. Pkkiffer lui-méine ne l'a pas trouvé dans la grippe de 1895. Besson, Achalme, Rosentual ont également échoué. C'est probablement, dans ces cas, qu'on observe le B, de Teissier, Roux et Pittion.
RosENTHAL conclut i « le coccobacille hémophile de Pfeiffer est un microbe vulgaire du poumon, il n'est pas le bacille de l'inlluenza. » Cette conclusion est prématurée. Le B. de Pfeiffer peut trè.s bien vivre habituellement sur nous en saprophvle, en dehors des cas d'influenza tout en étant l'agent de celle-ci. 11 est, en outre, possible que nous rangions sous l'étiquette» Infiuenza » des maladies diverses. 11 est également, possible que le B, de Pfeiffer occasionne des affections pulmonaires, autres que celles de l'influenza. Nous admettrons, en tout cas, que le B. de Pfeiffer est pathogène pour l'homme.
Pfeiffer avait décrit un Pscudoinflucnza bacillus. On est d'accord pour ridentifier avec le véritable, aiusi que les B. de Gr\s-
SRERGER et d'ELMASSIAX.
A) Is(n.EMENT, Cultures
l*^ Isolement. — Faire gargariser le malade et le faire cra" cher dans de l'eau .stérilisée; laver plusieurs fois la partie solide du crachat; prendre le centre; éniulsionner dans de l'eau stérilisée; ensemencer par stries des tubes de gélose sanglante
CAttACTERES MICROSCOPIQUES 695
2^ Caractères généraux des cultures. — Exige de Thémoglobine (?) dans les milieux nutritifs; ne végète pas sur les milieux ordinaires. Exclusivement aérobie. Végète de -f- 26^ à + 42^^; T<^ optîma = 37«^.
3^ Cultures sur milieux solides. — Le seul milieu favorable est la gélose sanglante. On prend un tube de gélose (neutre ou légèrement alcaline), on le liquéfie ; dès le refroidissement on étale sur la surface inclinée une goutte de sang (d'homme, de cheval, de lapin, de pigeon) en couche très mince. On peut aussi employer le sang gélose de Voges ou de Bkzançon (voy. p. H2) qui donne des colonies un peu plus grosses. Le chauffage préalable du sang à + 50®, 60° fournit de meilleurs milieux.
L'ensemencement donne, en vingt-quatre ou quarante-huit heures, des colonies très fines, visibles seulement à la loupe, ressemblant à des goutelettes d'eau. Pfeiffer a obtenu des passages successifs. 11 faut garder les tubes en milieu humide (voy. Vitalité).
C'est ïhémoglobine qui favorise la culture (Pfciffer); les milieux à l'hémoglobine de IIuuër ne sont cependant guère favorables.
On peut réussir sur gélosc-ascitc (Elmassian, Kosenthal), donc sans hémoglobine.
4^ Cultures en milieux liquides. — Le sérum rouge de lapin (coloré par l'hémoglobine) est un bon milieu (Hosenthal). Il en est de même du bouillon additionné de sang de pigeon. Trouble uniforme qui augmente pendant trois jours, puis le bouillon s'éclaircil.
B) Coloration, (Caractères microscopiques
1«> Coloration. — Se colore diflicilement. 11 faut employer une solution mordancée (fuchsine de Ziehl diluée à l/*20) pendant une dizaine de minutes et à chaud. Ne prend pas le Gram.
2® Forme. — Le B. de l influcnza est extrêmement petit,
696 BACILLE DE L IXFLUENZA
aussi petit que le bacille de la septicémie des souris (1 jx sur 1.2^1).
Il a la forme d'un coccobacille. qu'on ne distingue qu'avec de forts grossissements.
Il est isolé, ou en chaînettes de trois ou quatre éléments. Dans les crachats il est spécialement petit et réuni en amas; on en
Fig. 320.
B. de Vinfluenza.
Culture de 24 heures sur sang gélose. (Fort grossissement.)
trouve à l'intérieur des leucocytes. Dans les cultures (ûg. 320) il est un peu plus gros, sous forme de petits bâtonnets à bouts arrondis (pendant quarante-huit heures) puis il s'allonge en filaments parfois fort longs (10 ,u et plus, (jrassberger) ; enfin, dans les cultures anciennes, les formes d'involution ne sont pas rares (bacilles à vacuole, formes sinueuses, formes monstres en coin ou en massue, etc.). Les formes longues se voient surtout dans les milieux peu favorables (Delius et Kolle).
ACTION PATHOGKNE 697
3° Immobilité. — Immobile.
A^ Spores. — Pas de spores.
Q CARACTÈnES BIOLOGIQUES
1*^ Habitat. — En dehors des malades, le B. de rin/îuenza, peut persister des semaines après la guérison dans les crachats, dans des lésions cavilaires tuberculeuses, etc. D'après Rosenthal. c'est un hôte habituel de nos poumons.
Z° Vitalité. — Dans les crachats humides, il se conserve quatorze jours au moins. Quarante heures de dessiccation stérilisent les crachats. Les cultures sur sang gélose meurent vers le douzième jour ou avant. La dessiccation tue une culture en deux heures à + 37^. La chaleur les tue facilement. En repiquant les cultures tous les quatre ou cinq jours, on peut avoir des passages positifs pendant plusieurs mois, mais on échoue souvent.
La grande sensibilité du microbe à la dessiccation est une propriété à retenir.
30 Virulence. — Elle se perd très vite en cultures artificielles.
4^ Agglutination. — Nulle, par le sang des malades ayant le microbe dans les crachats (Meunier).
D) Action PATiiooèNE
1^ Action naturelle. — Linflucnza (bien qu'on ait .soutenu le contraire) est une maladie exclusivement humaine. Est-elle toujours due au B. (le Pfeiffer ? N'y a-t-il pas plusieurs influenzas 1 Le B, de Pfeiffer n'est-il pas (comme le Pneumocoque et tant d'autres) un hôte habituel de nos voies respiratoires ? Autant de questions en suspens. En tous cas, le B. de Pfeiffer ioue certainement un rôle pathogène chez l'homme, dans les maladies influenziques (broncho-pneumonies, pleurésies, méningites, arthrites, périostites, etc.).
698 BACILLE DE LINFLUENZA
Il existe dans les crachats, le mucus nasal, les voies respiratoires. Il peut faire des broncho-pneumonies. Il n existe pas, pendant la vie, dans le sang des malados (rinfluenza est une intoxication], d'après Pfëikkëh : Hosknthal le trouve dans le sang du cœur après la mort. Il persiste longtemps après la guérison.
11 est presque toujours associé au Pneumocoque et au Streptocoque (vingt-quatre fois sur trente; Giussbergeu). quelquefois au Staphylocoque et au Colibacille. Ces associations microbiennes, qui jouent certainement un rôle dans la gravité de la maladie, favorisent les cultures. Dans un tube où végète le StaphylocoquCy les colonies du B. de Pfeiffcr poussent plus vite et sont plus grosses (colonies géantes). Ces grosses colonies, repiquées pures, redeviennent petites. Cette action favorisante est due aux produits solubles sécrétés par le Staphylocoque. Les autres microbes sont moins favorisants.
Réciproquement (Hosenthal), le Pneumocoque, mélangé au B. de Pfeiffer se repique indéfiniment (au lieu de périr rapidement) sur sang gélose.
2^ Action expérimentale. — Le dnge seul est sensible (Pfeiffeb). L'inoculation de crachats ou d'une première culture dans les voies respiratoires donne une influenza curable.
Cependant, on a tué la souris, par inoculation intrapéritonéale, et le lapin, par injection intraveineuse. Ils meurent d'intoxication par les produits préformés : il n'y a pas d'infection. Meunier. KosENTHAL sertiieut cependant arrivés à infecter des lapins. Delius et KoLLE ont, disent-ils, infecté souris, lapins et cobayes par voie péritonéale.
Slatineano (1901) aurait exalté la virulence, par passages dans le péritoine du cobaye (ac. lactique). Après cent quarante cinq passages, le bacille tuait rapidement par septicémie le lapin, le cobaye, la souris. L'auteur aurait immunisé le cobaye et obtenu un sérum préventif.
Cantani tue le lapin par inoculation sous-méningée.
Jagobson, ayant inoculé, dans le sang, le lapiri avec du B. de Pfeiffer mélangé à du Streptocoque aurait obtenu une septicé-
DIAGNOSTIC BACTÉKIOLOGIQUE 699
mie uniquement k B, de Pfeiffer, On réussit aussi chez la souris, et la virulence s'exalte.
E) DiAGxNOSTIG BACTÉRIOLOGIQUE
11 faut rechercher le bacille dans les crachats, à l'intérieur des petites masses compactes. On fera un frottis, qu'on colorera avec la fuchsine de Ziehl diluée ou la thionine aqueuse à 2 p. 100, et on examinera avec un fort grossissement.
Dans les coupes : colorer pendant une demi-heure dans la fuchsine de Ziehl diluée; traiter pendant quelques secondes par l'alcool absolu faiblement acidulé avec l'acide acétique; dès que la coupe est rose violet, l'éclaircir et la monter. Les bacilles sont rouges sur fond rose.
On fera une culture sur gélose sanglante ou sang gélose (voy. Isolement y p. 695). On a utilisé Faction favorisante du Staphylocoque. On fait, sur le tube de sang gélose, préalablement ensemencé avec le crachat, quelques stries avec une aiguille de platine chargée de staphylocoque. 11 se développe des colonies géantes à B, (le Pfeiffer le long des stries, (lela facilite beaucoup le diagnostic. Chez les enfants, on examinera le mucus pharyngien.
L'absence du B. de Pfeiffer ne peut faire rejeter le diagnostic d'influenza.
ClIAPITRli XIY BACILLE Dr CÎTANCKE MOT
DérouYcrl par DrcREV. de Xaples ^1889). Etudie par Uxna, par (ji. NiooLLE (1893). CuUivé par Bezaxvon, Griffox cl Lk S(H'Ri> (1900). pcul-L'lre par Lkn(;lf.t (1898).
A) ISOLKMRXT, (IlLTURES
1*^ Isolement. — Ensemencer lanfcmenl le pus du chancre (celui du bubon est souvent stérile).
2*' Caractères généraux des cultures. — Ne cultive pas sur les milieux ordinaires, uîcme après acclimatement. Aérobie.
3 ' Cultures sur milieux solides. — On les obtient sxivMng de lapin gélose (Brzan<;c)n, (îriffon et Le Sourd) (voj'. p. 112). En vingt-quatre heures, j'i + 37* : colonies arrondies, saillantes, hrillautos. Au bout de (juarante-huit heures : colonies de 1 ù 2 millimètres, opatpies. grisàlrcs. difficiles j\ dissocier; glissant sous l'aiguille de platine. Les colrmies sont plus volumineuses au repiquage, mais ne sont jamais confluenles.
4" Cultures en milieux liquides. — En aêrum non coagulé (le lapin : trouble léger, floconneux. Périssent rapidement.
H) CoLouATiox, (Caractères microscopiques
1^ Coloration. — Se colore bien par les couleurs basiques d'aniline. Ne prend pas le Grain.
CAHACTÈRES BIOLOGIQUES 701
2*^ Forme. — Gros bacille trapu (iyVt à 2 [x sur 0,5 [i), à extrémités arrondies, et parfois un peu renflées. Le centre prend mal la couleur, d'où l'aspect en navette.
Fig. 3ii.
B. de Ducrey.
Cultivé sur sang gélose (d'après Bezançox, Ghiffon et Le Sourd).
Dans le pus : en chaînettes de 3 à 20 éléments, parfois serrées les unes contre les autres, formant de gros amas ; quelques éléments libres dans les polynucléaires.
Dans les cultures solides : en amas ou en courtes chaînettes (fig. 321). Longues chaînettes grêles et flexueuses, dans le liquide de condensation.
Dans les cultui'es liquides : streptobacilles (fig. 322).
C) Caractères biologiques
Le pus chancrcux reste longtemps virulent si on le conserve à l'abri de l'air (dix-sept jours et plus). La dessiccation à la tem-
»Ac:iLLK DU CHANCRE MOU
pcraliire ordinaii*p le ron<l rapidement inarlif (vingt-quatre à Irente-six heures). Un chauiïage d'une heure à + 42" le stérilise (Aubert). II est très sensible aux antiseptiques.
D. de Ducrey.
Cultivé en sérum liquide (d'après Bezançon, Griffon et Le Sourd).
La vitalité et la virulence se conservent longtemps dans les cultures sur sang gélose ; il suffit de les repiquer tous les quinze jours.
D) Action patiioc.knk
1° Action natureUe. —Microbe du chancre mou de l'homme ; associé à d'autres microbes dans le chancre; pur dans le bubon chancrclleux, où il est difficile à voir, mais assez commode à cultiver.
2° Action expérimentale. — A . Homme. — On sait qu'un pro-
DIAGNOSTIC IJACTÊRIOLOr.igUE 703
cédé de diagnostic du chancre mou est sa roinoculation au porteur (Uollet), une première atteinte ne conférant pas l'immunité; le chancre mou est indéfiniment réinoculable chez le même individu. On choisit la région externe du bras et on éraille simplement la peau; on recouvre d'un verre de montre flambé. Le chancre est caractéristique du quatrième au sixième jour.
I^es cultures reproduisent le chancre, comme le pus, dés le deuxième jour.
B, Animaux. — On n'a pu reproduire le chancre que sur le singe (Qv\KQV WD et Nicolle), peut-être sur le lapin.
E) Diagnostic bactériologique
1^ Examen direct. — Etaler le pus sans écraser. Colorer à la thionine. Colorer les coupes par le bleu phcniqué de Kilhne, et faire agir la solution de tanin de Nicolle, pendant quelques secondes.
2*' Cultures. — Dcsinfcrtor le chancre, laisser s'accumuler le pus. Ensemencer largement.
S^ Inoculation. — Inoculer le porteur, comme il a été dît plus haut. Se rappeler qu'il existe dos chancres mixtes (Uollet).