Avivage des couleurs d'impression
Une des applications du chlorate de potasse qui en fait consommer des quantités assez considérables consiste à mêler quelques centièmes de chlorate avec certaines couleurs d'impressions; en exposant ensuite les étoffes imprimées à la vapeur pour fixer les couleurs sous une pression de 3 à 4 atmosphères, le chlorate Je potasse se décompose en présence des matières organiques, et, soit par la destruction de matières brunes étrangères, soit par une oxydation de la matière colorante, il produit un avivage remarquable. Il est facile d'essayer sur des échantillons les effets de
'*) On s'occupe de substituer à ces capsules des amorces fixées au centre de U charge introduite par la culasse : le choc d'un petit cylindre dit aiguille suftit pour déterminer la déflagration de l'amorce, qui aussitôt enflamme la
l-uuclre.
ce procédé, afin de reconnaître quelles sont les couleurs qu'il peut aviver.
Parmi les autres applications du chlorate de potasse, nous citerons les nombreuses opérations des laboratoires où Ton a besoin d'un facile dégagement d'oxygène : notamment les analyses organiques élémentaires, pour déterminer les proportions de carbone, d'hydrogène, et en conclure la quantité d'oxygène (*); les essais alcali métriques des soudes sulfureuses, qu'une calcination avec quelques centièmes de chlorate épure en transformant les sulfures en sulfates et faisant ainsi disparaître les degrés illusoires dus aux sulfures. On emploie en médecine le chlorate de potasse pour le traitement de quelques maladies.
(*) Afin d'éviter le dégagement brusque qui aurait lieu lorsque le perchlorate formé se décomposerait, on doit mélanger le chlorate avec 10 à 20 fo» son poids d'oxyde de cuivre ou de bioxyde de manganèse ; la décomposition du chlorate se fuit alois régulièrement.
1. HISTORIQUE. — 2. ALUMINE. — 3. CHLORURE DOUBLE DE SODIUM ET D'ALUMINIUM. — 4. FABRICATION DU SODIUM. — 5. PROPRIÉTÉS ET APPLICATIONS USUELLES DE L'ALUMINIUM.
f . Historique.
Depuis peu de temps, une remarquable industrie, la fabrication de F aluminium, a été fondée en France.
Après avoir fait naître quelques espérances exagérées, puis donné lieu à une réaction en sens inverse, des travaux difficiles, persévérants ont enfin produit plusieurs résultats manufacturiers utiles et constants : le temps est venu de faire connaître l'état réel de cette intéressante question, de signaler à l'attention générale l'avenir de l'industrie nouvelle.
Voici d'abord l'exposé succinct des recherches scientifiques qui lui ont donné naissance.
De 1807 à 1820, Davy, Berzélius, Œrsted tentèrent vainement de décomposer l'alumine par les courants électriques ; Œrsted essaya, mais sans succès, de réduire le chlorure d'aluminium par les métaux alcalins. Ce fut Wœhler qui découvrit, en 1827, le métal de l'alumine : la méthode d'extraction qu'il publia forme la base des procédés de laboratoire mis en usage pour obtenir l'aluminium, comme pour réduire plusieurs autres métaux et les extraire de leurs combinaisons.
Cependant, les beaux travaux de Wœhler avaient donné du nouveau métal une idée bien imparfaite ; son état de division en petits globules et l'interposition de quelques corps étrangers le rendaient altérable par des substances auxquelles il résiste aujourd'hui; d'ailleurs la petite quantité qu'on en pouvait préparer et son prix élevé s'opposaient à toute application industrielle.
Dans ces circonstances, M. Henri Saiute-Claire-Deville entreprit à l'Ecole normale, en 1854, sur l'aluminium une grande série de travaux qui se sont continués sans interruption à Javel, à Nauttrre, puis à Alais : il parvint à obtenir pur, en masses considérables et par degrés plus économiquement, le métal de l'alumine, découvrant enfin des propriétés nouvelles qu'il avait été unpossible d'observer avant lui. La mise en pratique de ces ingénieux procédés offrit des difficultés sérieuses, car il fallut créer
trois autres industries annexes qui alors n'existaient qu en germe dans les laboratoires de chimie. MM. Debray et Morin, réunissant leurs efforts à ceux de M. Deville, et d'un autre côté M. Rousseau, près de Paris, et M. Tissier, près de Rouen, ont donné leur concours pour fonder la fabrication de l'aluminium.
Ne pouvant décrire ici les nombreuses recherches qui ont amené plusieurs phases distinctes de la préparation en grand de l'aluminium, je dois me borner à exposer les principaux détails des opérations instituées et successivement perfectionnées par MM. Deville et Morin, comprenant les préparations distinctes de l'alumine, du chlorure d'aluminium, du sodium, enfin la réaction de ce dernier métal qui réduit en s'y substituant l'aluminium du chlorure.
». Alumine.
Le procédé le plus simple pour préparer l'alumine consistait naguère à dessécher, puis calciner l'alun à base d'ammoniaque, sel double dont la composition est représentée par un équivalent de sulfate d'ammoniaque uni avec un équivalent de sulfate d'alumine et 24 équivalents d'eau (AzHSHOjSO1), (AlîO,,3S0,) + 24HO. {J^oy. plus haut, p. 319 et suiv., la préparation du sulfate d'alumine et de l'alun.)
Pour obtenir l'alumine en grand, on jetait l'alun sur la sole chauffée au rouge d'un four à réverbère ; l'alun graduellement rapproché de l'autel du four était fondu dans son eau de cristallisation ; puis successivement boursouflé, desséché, décomposé, laissant sur la sole l'alumine, résidu final de cette décomposition par la chaleur.
On retirait celle-ci à l'aide d'un râble, alors qu'elle ne laissait plus rien dégager. On en obtenait 13 pour 100 du poids de l'alun, c'est-à-dire deux de plus que la quantité indiquée par la théorie. La différence venait d'une portion de l'acide suif urique que la calcination n'avait pu enlever. La présence de l'acide sulfurique dans l'alumine était fâcheuse, car, sous l'influence du charbon, du chlore et de la chaleur durant la préparation du jchlorui* double d'aluminium et de sodium, cet acide étant réduit, son radical uni au chlore donnait lieu à la formation du chlorure de soufre , composé très-volatil , qui exerçait sur les ouvriers une action délétère; il occasionnait en outre une perte correspondante à la quantité de chlore.
On a essayé d'extraire l'alumine par la calcination du sulfite
d'alumine commercial ; mais celui-ci contient toujours trop de fer, et ne peut donner qu'un aluminium impur. On a cru pouvoir obtenir l'alumine de la cryolithe (fluorure double de sodium et d'aluminium), mais ce minéral contient des phosphates qui donnent lieu à la production du phosphore, dont la présence se retrouve dans l'aluminium. Tous ces procédés ont été abandonnés depuis que l'étude approfondie d'un minerai, situé au village des Baux (*), près deTarascon, a permis de reconnaître qu'on en pouvait extraire économiquement l'alumine plus pure que de toute autre source.
Facilement attaqué par le carbonate de soude dans un four à réverbère, il donne par un simple lessivage de l'aluminate de soude 2A1*08, 3NaO en solution , qui ne contient aucune trace de fer en raison même de la nature alcaline, du dissolvant de l'alumine.
On précipite l'alumine par l'acide carbonique qui reconstitue le carbonate de soude, à évaporer pour une opération suivante.
L'alumine lavée, séchée, puis calcinée, est d'une excellente qualité pour la fabrication du chlorure d'aluminium; elle est plus pure et coûte quatre fois moins que l'alumine extraite de l'alun.