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Extraction manufacturière

Dans les dix fabriques (**) établies actuellement sur les points accessibles des coteaux des Maremmes, non loin de Pomerance, où les suffioni se montrent plus nombreux, les dispositions sont semblables.

Les suffioni par groupes de deux, trois, jusqu'à quatorze sont entourés de bassins en maçonnerie, AB, CD, EF, GH (pi. XII, %• 1). A la partie inférieure de ces bassins, appelés lagoni, des tuyaux en bois ay i, c, d permettent de faire écouler F eau. On introduit dans le bassin supérieur AB de l'eau d'une source voisine, en profitant en général d'une pente naturelle, quelquefois en l'élevant à l'aide de pompes. Les gaz et les vapeurs des suffioni traversent sans cesse le liquide en l'agitant et le projetant à 1, 2 et 3 mètres de hauteur. Au bout de vingt-quatre heures, on vide tonte cette eau bourbeuse dans un deuxième bassin CD ; on remplit le premier bassin d'eau nouvelle, et l'on fait passer successivement ainsi, dans quatre ou cinq bassins étages, le liquide, qui est aussitôt remplacé.

Le bassin GH, situé le plus bas, verse le liquide dans de grands réservoirs rectangulaires en maçonnerie I, J, K (fig. 2), appelés

(*) En se fondant sur cette hypothèse que j'avais primitivement émise, on a enfoncé un tube dans un des suffioni de la fabrique de Larderello ; puis, à l'aide de la pression produite par la colonne d'eau introduite dans le tube, le liquide se trouve, au bout d'un temps plus ou moins long, rejeté au dehors : il est alors plus chargé d'acide borique que dans les lagoni à barbotage {?oy. page suivante). La pratique parait donc, depuis deux ans, avoir justifié ce complément de la théorie en question.

(**) Désignées sous les noms ae Monte Cerboli, Larderello, San Federigo, Castel Nuovo, Sasso, Monte Rotondo, Lustignano, Serrazzano, La go, San Eduardo. Chacune de ces fabriques contient 8, 15, 17, 30 et jusqu'à 35 lagoni, ayant de 10 à 20 mètres de diamètre, distants les uns des autres de 50 à 200 mètres et recevant chacun plusieurs suffioni

casques, où les matières terreuses se déposent. De la dernière vasque, la solution est décantée dans des chaudières évaporatoires L, M, N, O, P, Q (fig. 2 et 3) disposées en gradins (*).

Dans l'origine de la fondation de ces fabriques, en 1812,révaporation se faisait entièrement à l'aide de la combustion du bois; mais le prix de ce combustible, devenant de plus en plus élevé, rendit bientôt l'opération trop dispendieuse, et l'industrie succomba, ne pouvant soutenir la concurrence avec le borax de Tlnde. Un ingénieux manufacturier parvint à la relever presque aussitôt, grâce à une idée simple, mais importante, puisqu'elle changea la cause de perte en une source de profits. Larderel imagina de supprimer tout emploi de combustible, et d'emprunter aux vapeurs de quelques suffioni mal situés l'énorme quantité de chaleur nécessaire à l évapora tion des eaux et à la dessiccation des produits ; il en résulta une économie telle qu'en peu d'années une fortune considérable récompensa l'auteur de cette idée, qu'il avait su réaliser en dépit d'une foule de difficultés locales.

Les dispositions en elles-mêmes sont peu compliquées : la vapeur, amenée par des conduits en bois ou en poterie, est introduite sous les deux dernières chaudières Q d'une batterie étagee. La vapeur parcourt, en se condensant, l'intervalle compris entre le fond des chaudières Q, P, O, N, M, L et une maçonnerie en briques, chaux et ciment, qui laisse écouler l'eau condensée; l'excès de vapeur et des gaz non condensables sort vers l'extrémité supérieure de la batterie.

Les chaudières sont en plomb ; elles ont 2m,90 en carré et 33 centimètres de profondeur ; elles sont soutenues par des chevrons en bois assez rapprochés.

Le liquide, décanté de la dernière vasque K, remplit d'abord les huit premières chaudières L, M,N, O ; il est échauffé et s'évapore pendant vingt-quatre heures; de 18,3 il se concentre à 2*, 5 environ ; on le fait passer alors, à l'aide de siphons, dans les quatre chaudières suivantes, où il séjourne et s'évapore durant vingt-quatre heures : il marque environ 5*. On le décante de même dans les quatre dernières chaudières, où il reste vingtquatre heures encore, et de 5° il arrive à 10°. La température, comme la vapeur, suit une marche inverse : ainsi, le liquide des quatre chaudières inférieures marque 80° cz; dans les quatre

(*) Ces chaudières sont au nombre de seize et disposées en deux rangea; on n'en a dessiné que douze dans la figure 3, afin de ménager l'espace.

précédentes, la température est de 75°, et elle s'abaisse de 71 à 60° dans les huit plus élevées. Dans toutes ces chaudières, il se forme des dépôts abondants et des incrustations de sulfate de chaux cristallin que Ton enlève pour les jeter.

La solution concentrée marquant 10° à l'aréomètre, est versée par des entonnoirs R, R dans des cristallisoirs S, S (fig. 2, 3 et 4) : ce sont des cuves en bois doublées de plomb. Au bout de vingtquatre heures, la cristallisation s'y est opérée ; on décante l'eau mère dans des réservoirs inférieurs, et Ton verse celle-ci dans les quatre chaudières Q, P, quelques heures avant la fin d'une concentration semblable à celle que nous venons de décrire.

Les cristaux sont retirés avec un puisoir, mis dans des mannes d'osier J, et, après vingt-quatre heures d'égouttage, on les verse sur la sole en briques CC d'une étuve D (fig. 5) chauffée par la vapeur des suffioni, qui circule de A en B sous un carrelage. L'acide, étencûi en couche de 5 à 8 centimètres, retourné plusieurs fois par jour, est sec au bout de vingt-quatre heures ; on l'embarille alors pour l'expédier. Une opération, dans une pareille batterie, donne 90 kilogr. d'acide.

La figure 6 (pi. XII) indique une modification introduite dans l'appareil évaporatoire. Le liquide déposé successivement dans les vasques A, B est décanté de cette dernière dans une chaudière plate C, qui se déverse par un trop-plein denté, sur une nappe en plomb D £, inclinée, longue de 45 à 50 mètres et présentant des ondulations qui forment une série de petits caniveaux : le liquide en coulant sur cette nappe s'évapore graduellement et arrive dans le bassin F, au degré convenable pour la cristallisation ; le chauffage a lieu au moyen de la vapeur d'un des suffioni , introduite sous le bassin E et montant jusqu'en C. Toutes ces manipulations se font comme nous l'avons dit ; elles sont plus faciles et la quantité de plomb, pour un égal effet d'évaporation, est moins considérable.

Accidents de l'extraction. — Quelques accidents remarquables semblaient menacer d'anéantir cette industrie; nous indiquerons seulement ici les deux principaux.

L'un consiste dans la désagrégation du terrain par l'action incessante des vapeurs souterraines. Ce phénomène rend parfois très-dangereux le parcours entre les I agoni y ainsi que les opérations manuelles indispensables pour faire écouler les eaux des uns dans les autres et pour réparer les maçonneries et les conduits : il est souvent arrivé que des cavités, creusées par la va-

peur sous les sentiers, ont occasionné la chute des ouvriers dans des creux pleins de vapeur ou de liquide brûlant, masqués par une croûte peu épaisse de terrain. Une observation attentive, et la précaution de frapper le sol en avant avec une perche lorsqu'on marche sur ces sentiers, diminuent les chances d'accidents, souvent graves, que nous venons de signaler. Parfois aussi la vapeur occasionne des bouleversements tels, que les lagoni sont démolis et les eaux dispersées. Il arrive en6n que des orages répandent sur les lagoni, toujours en plein air, des eaux torrentielles qui endommagent les travaux, et entraînent les eaux déjà chargées. En somme, ces pertes accidentelles n'augmentent que de quelques centièmes les frais généraux.

L'autre phénomène, en apparence plus menaçant encore, consiste dans l'énorme dégagement d'hydrogène sulfuré répandu sans cesse avec les vapeurs des suffioni. Ce gaz domine tellement dans l'air même des habitations distantes des usines, que l'odeur forte de l'acide sulfhydrique y règne toujours, et que les pièces d'argenterie, les peintures à la céruse, et même les cartes de visite (glacées au carbonate de plomb) tenues dans la poche, deviennent noires, en quelques jours, par sulfuration; qu'ainsi, on a dû exclure des habitations situées auprès de ces fabriques les objets sulfurables de ce genre (yoy. plus loin les chapitres Aluminium, Céruse et Blanc de zinc).

Ces circonstances ont, dans l'origine, fait attribuer à l'air ambiant une insalubrité d'autant plus redoutable en apparence, que l'on avait cru pouvoir expliquer l'insalubrité bien réelle des vallées voisines par les émanations de l'hydrogène sulfuré.

Les faits mieux- observés ont prouvé que ce gaz infect n'est pas la cause des maladies endémiques ; qu'il n'entre même pour rien dans les effets pernicieux de la mat aria des Maremmes. En effet, dans les vallées insalubres, le gaz sulfhydrique est à peine sensible, tandis que dans les usines où le gaz est toujours abondant, aucune affection spéciale ne s'est manifestée. La salubrité complète de l'air de ces usines est aujourd'hui reconnue ; et le préjugé qui faisait croire au danger du séjour près des lagoni est entièrement dissipé.

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