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EXTRACTION DES HUILES ET GRAISSES DES TOURTEAUX ET DE DIVERS RÉSIDUS

C'est à M. Deiss que Ton doit les applications du sulfure de carbone à l'extraction manufacturière des huiles et de diverses autres matières grasses, neutres ou acidifiées^ de la cire, etc., engagées dans des marcs pressés, tourteaux et autres résidus de plusieurs industries. Nous présenterons une énumération sommaire des résidus de ce genre, puis nous donnerons la description de l'appareil employé dans plusieurs usines de M. Deiss et de ses concessionnaires en France, en Italie, en Angleterre et en Belgique.

1° Les dépôts bruns dits glycérine goudronneuse, provenant de la saponification sulfurique, préparatoire à la distillation des acides gras, notamment de l'huile de palme {poy. plus loin les industries stéariques); on en extrait dans l'appareil ci-après décrit 18 à 20 pour 100 d'acides gras, naguère perdus et maintenant obtenus tout préparés pour la distillation. Ces dépôts doivent être (ainsi que les cambouis, graisses de cuisine , etc.) mélangés avec de la sciure de bois, afin de faciliter la filtration du dissolvant.

2° Les cambouis bruns provenant des substances grasses employées au graissage des essieux de wagons et autres voitures; ces résidus doivent être d'abord traités à chaud par l'acide sulfurique, lavés et séchés pour décomposer l'émulsion savonneuse et mettre à nu la matière grasse.

3° Les étoupes et chiffons gras qui ont servi au nettoyage et au graissage des parties frottantes des machines sur les chemins de fer, dans les filatures, etc. Ces filaments et lambeaux de tissas sont assez perméables pour être traités par le sulfure de carbone sans mélange de sciure de bois. On réalise ninsiun triple avantage en utilisant des matières grasses autrefois perdues, rendant propres à un nouveau service les filaments et tissus, enfin prevenant les dangers d'incendie toujours imminents, lorsque ces étoupes et chiffons imprégnés de corps gras, au lieu d'être enfermés dans des vases de tôle, puis expédiés à l'usine de dégraissage étaient abandonnés en tas plus ou moins volumineux dans les coins des ateliers, et absorbaient assez énergiquement l'oxygène de l'air pour s'enflammer spontanément.

4° Les résidus lavés et pressés de l'extraction de la cire d'abeilles, qui étaient vendus comme engrais 18 à 20 fr. les 100 kil.; pour cet usage ils ont tout autant et plus d'efficacité après qu'on en a extrait pour une valeur double d'une cire jaune, applicable au frottage des meubles, des parquets et carrelages.

5° Les sciures de bois après qu'elles ont servi à filtrer les huiles de graines épurées par l'acide sulfurique ; les tourteaux de ces sciures fortement pressées cèdent encore 15 à 18 d'huile pour 100 de leur poids.

6° Les fèces acides ou dépôts boueux des huiles battues avec 25 pour 100 d'acide sulfurique; ces dépôts contiennent 50 pour 100 d'huile que le sulfure de carbone extrait après qu'on les a lavés à l'eau bouillante, afin de décomposer les acides sulfuriques gras, sèches, puis mélangés avec la sciure.

7° Les fragments d'os des animaux de boucherie provenant de la consommation des viandes alimentaires ; ces débris osseux ramassés dans les rues ou recueillis chez les particuliers et dans divers établissements constituent la matière première de la fabrication du noir animal; on en récolte annuellement en France plus de 20 millions de kilogr. , qui, après avoir fourni de la graisse, puis du charbon d'os, retournent à l'agriculture sous le nom de noir des raffineries, comme nous le verrons à la fin du 2e volume; ce que nous devons seulement dire ici, c'est qu'au lieu d'obtenir par les moyens usuels environ 7 de graisse de 100 d'os gras, on en extrait à l'aide du sulfure de carbone 10 à 12 {yoy. plus loin pour les dispositions particulières pour leur traitement dans l'appareil Deiss).

8° Les tourteaux des graines oléagineuses (colza, sésame, œillettes, pavots, cameline, lin, arachides), toutes les fois que diverses circonstances ne permettent pas de les utiliser pour nourrir ou engraisser les animaux (*); en tout cas, avant de soumettre les tourteaux à l'action du sulfure de carbone, on doit les concasser an moyen de cylindres cannelés, en fragments gros comme la moitié d'une noix : ils présentent en cet état une surface suffisante pour que leur épuisement soit complet.

Si les tourteaux épuisés de matière huileuse par le sulfure de

C) En réunissant k la récolte moyenne d'environ 364 000 000 de kilogr. les quantités importées 100 à 119 millions, on traite annuellement en France 480 millions de kilos de ces graines oléagineuses. La mise en consommation des mines étrangères a été, en 1863, de 105 638 917 kilogr. d'après nos états de douanes.

carbone sont impropres à la nourriture des animaux, ils sont au contraire plus favorables à l'alimentation des plantes, car les proportions de substances azotées et salines (des phosphates notamment) s'y trouvent naturellement accrues ; enfin, ni les huiles rancies enlevées par ce traitement, ni les moisissures et leurs séminules détruites sous l'influence toxique du sulfure de carbone, ne peuvent plus exercer sur les plantes les fâcheux effets que Ton a parfois constatés dans l'emploi, comme engrais, de tourteaux emmagasinés depuis longtemps.

Les tourteaux de graines oléagineuses qui n'ont subi qu'une seule pression semblent offrir plus d'avantage dans le traitement par le sulfure, que ceux qu'on a soumis à une double pression à chaud ; en effet, l'extraction mécanique donne dés la première pression la plus grande partie de l'huile ; en outre, pour obtenir environ la moitié de ce qui reste il faut rebattre les tourteaux et les chauffer avant de les livrer à la deuxième expression : on dépense donc plus que la première fois et Ton obtient moins de produit, celui-ci ayant, même à poids égal, une valeur moindre.

Le procédé chimique ne coûte pas plus lorsqu'il s'applique aux tourteaux de lre, 2e ou 3e expression : or, dans le 1er cas on recueille 20 centièmes d'huile environ, au lieu de 10 que l'on obtient après la 2e pression ; l'excédant n'occasionne donc sensiblement aucuns frais, tandis qu'il aurait nécessité par le moyen mécanique une dépense au moins égale à celle de la 1™ opération. On en peut conclure que lorsque le résidu de l'extraction chimique sera, comme engrais, apprécié par les cultivateurs à sa valeur réelle, la méthode la plus avantageuse consistera dans le traitement des tourteaux par le sulfure de carbone après une lw expression (*).

9P Les pains de creton (résidus de la pression des suifs bruts fondus) retenant 20 centièmes de suif que l'on extrait en les traitant par le sulfure de carbone comme les tourteaux de graines.

10° Les détritus de cacao rejetés de la préparation alimentaire et dont on peut extraire par le même dissolvant ce qui reste de la substance butyreuse [beurre de cacao),

(*) La quantité de tourteaux, deux fois pressés, journellement obtenus à Marseille, s'élève à 200 000 kilogr., • représentant au moins 20 000 kiloy. d'huile, ou pour une année de travail de 300 jours, 6 millions de kilogr . M. Dejss rient de monter une usine dans cette localité pour traiter par le sulfure de caroone les tourteaux oléagineux.

11° Les résidus ou marcs d'olives; ou trouve ces résidus sous deux états différents, suivant le système adopté pour extraire Fbuile des olives en Italie, où les plus grandes masses de ces résidus se rencontrent ; une partie est actuellement exploitée à l'aide du sulfure de carbone par les procédés et avec les appareils de M. Deiss ci-après décrits :

Le résidu des olives simplement écrasées et pressées est nommé sanza. Cette matière la plus abondante contient, outre la pulpe du fruit, les noyaux qui en augmentent le volume et le poids sans rien ajouter à leur rendement (*).

La seconde sorte de marc d'olives est désignée en Italie sous le nom de buccia; voici comment on l'obtient :

Les fabricants (frullini) d'huile de recense achètent les marcs dits sanza, les soumettent dans l'eau à une ébullition qui permet d'en séparer les noyaux ; ceux-ci en effet tombent au fond de la chaudière, la pulpe demeurée en suspension dans le liquide est jetée sur un tamis, puis portée à la presse. Quoique uue certaine quantité d'huile soit entraînée avec l'eau par la près* sion, le marc, résidu compacte, ne renfermant pas de noyaux, contient plus de matière huileuse que la sanza : de là vient que les marcs sèches (buccia), brûlant avec une grande flamme, servent en Italie de combustible; que dans plusieurs localités on la met en réserve pour faire des feux de joie à l'occasion des fêtes nombreuses en ce pays ; aussi son prix dépasse- t-il souvent la valeur vénale des 18 à 20 centièmes d'huile qui s'y trouvent contenus : on s'en procure donc assez difficilement des quantités considérables au prix qui permet d'en extraire avec avantage l'huile par le snlfure de carbone. Ces motifs ont décidé M. Deiss à faire construire pour l'exploitation de MM. Daninos et Cie, à Pise, des appareils très-grands afin de traiter principalement la sanza, qui ne renferme pas plus de 12 pour 100 d'huile. Le vase extracteur de ces appareils a une capacité de 21m cubes, et peut traiter à la fois 12 500 lui. de sanza; les 2 appareils contenant 25 000 kil. donnent en 30 heures 2500 à 2700 kil. d'huile.

Le rendement du marc dit buccia desséché s'élève de 22 à 25 pour 100 (parfois à 28 centièmes lorsqu'il vient des Calabres,

(*) L'amande renfermée dans ces noyaux contient une huile que le sulfure de carbone pourrait atteindre et dissoudre si les noyaux étaient cassés, mais on évite de pousser jusque-là le broyage dans la première opération afin de prérenir un mélange de l'huile de noyaux, plus susceptible de rancir, avec l'huile bien meilleure sécrétée dans la pulpe (péricarpe charnu) des olires.

où l'expression des olives triturées est moins énergique). Nous décrivons ci-après un de ces grands appareils; nous ajouterons ensuite quelques nouvelles indications sur les moyens d'approvisionnement des matières premières et les applications des produits.

Les dispositions principales de l'ensemble d'un appareil sont indiquées par les deux figures ci-contre, représentant une coupe verticale et un plan de l'extracteur du récipient, du condensateur et de la chaudière à distiller (*).

Quant aux générateurs de la vapeur d'eau qui doit transmettre toute la chaleur nécessaire à raison de 100 kil. au moins pour distiller 650 kil. de sulfure de carbone, outre les quantités qui servent à éliminer les dernières portions de ce sulfure retenues par les huiles, pour vaporiser également ce qui reste interposé dans les marcs après la fi lt ration et l'égouttage, enfin pour échauffer parfois le même dissolvant pendant la filtration et transmettre la force mécanique aux pompes aspirantes et foulantes, ces générateurs doivent être installés dans un bâtiment isolé (chez MM. Daninos ils sont distants de 28 mètres), afin d'éviter toute chance de communication de la vapeur inflammable du sulfure de carbone avec les foyers.

A, récipient en maçonnerie enduite de ciment romain (qui dépasse à l'un des bouts le réfrigérant I superposé); vers cette extrémité se trouve un trou d'homme, habituellement clos; dans ce récipient aboutissent le tube commun J du réfrigérant et le tube aspirateur H' des pompes H; la longueur totale du récipient est de 6m,60, sa largeur de 2 mètres et sa profondeur de 1",80.

Toute la partie de ce récipient (contenant 23m cubes) qui peut se remplir de sulfure de carbone et d'eau est doublée de plomb (**).

B, extracteur à couvercle bombé en tôle ; les bords rabattus

(*) L'appareil de laboratoire que j'ai fait connaître réalise la filtraùon et la distillation continues. Il peut donner une idée exacte de la théorie de cette extraction économique en grand (voy. les bulletins de la Société d'encouraçement, tome XLIII (1844), p. 459; tome XLIV (1845), p. 535; et tome H, p. 524, du Précis de chimie industrielle , 4° édition).

(**) Suivant les dispositions de l'appareil construit par M. Deiss, à Pantin,

Eres de Paris, le récipient, de même que l'enveloppe du réfrigérant, ainsi que i chaudière distillatoire, sont construits en tôle. Ils se soutiennent sans maçonnerie et leurs parois externes sont de toutes parts accessibles; «part * l'extracteur, qui peut recevoir des résidus acides de l'épuration des boile»» d'us glycérines goudronneuses, etc., les parois et le fond sont en plomb, le couvercle seul est en tôle.

de cet extracteur sont fortement serrés contre les bords du couvercle à l'aide d'une double bride et de boulons articulés qui

Fig. 36.

Fig. 37.

maintiennent la fermeture hermétique. Le vase extracteur a une capacité de 21 000 lit. et peut recevoir 12 500 kil. de sanza; au-dessus de son fond, à 15e, est disposé un faux fond mobile

troué comme une écumoire, formé de plaques juxtaposées, maintenu par des tasseaux et patins en tôle plombée; dans l'intervalle entre le fond et le faux fond, un serpentin troué, mis à volonté en communication par des robinets avec le tube commun abducteur de la vapeur d'eau des générateurs, permet d'introduire cette vapeur au travers du marc après l'égouttage du sulfure de carbone.

Un 2e faux fond mobile, troué également, formé de plaques juxtaposées reposant sur des tasseaux ou appuis fixés aux parois latérales, limite la hauteur de la sanza et régularise le niveau de la couche supérieure aux deux extrémités de ce faux fond, à 50e des parois ; deux ouvertures circulaires reçoivent ua tube trop-plein recourbé, qui, traversant la paroi latérale, se prolongent et aboutissent à la chaudière distillatoire D, où ils conduisent tout le sulfure de carbone liquide plus ou moins chargé d'huile, à mesure que, refoulé par les pompes et ayant traversé la masse de marcs à épuiser, son niveau dépasse un peu le faux fond supérieur.

Immédiatement au-dessous du couvercle, sont fixés aux parois de l'extracteur neuf gros tubes (de 20e de diamètre réduit à 15e à l'autre bout) faisant fonction de cols de chapiteau, conduisant la vapeur aux serpentins du réfrigérant.

Entre le fond et le faux fond de l'extracteur et à ses deux extrémités, aboutissent les tubes ouverts des deux pompes H, H, qui puisent le sulfure de carbone dans le réservoir A, pour le refouler et le faire filtrer de bas en haut dans l'extracteur. Au fond même de l'extracteur est adapté un tube BB' qui aboutit au récipient, de sorte qu'en ouvrant le robinet posé sur le trajet de ce tube, on vide l'extracteur, et le sulfure resté dans la masse de sanza après son épuisement retourne au récipient. Aux deux extrémités du fond de l'extracteur sont disposés deux autres tubes de vidange, munis de robinets que Ton ouvre lorsqu'il s'agit de faire écouler au dehors les eaux de lavage et l'eau de la vapeur condensée.

Les neuf serpentins qui reçoivent les extrémités des neuf cols de cygne partant du haut de l'extracteur, reçoivent également par un ajutage bifurqué ee' les neufs cols de cygne correspondant, par leur autre bout évasé, au couvercle bombé de la chaudière distillatoire D; c'estainsi que la vapeur desulfure de carbone formée dans cette chaudière se rend aux 9 serpentins communs, et que le produit de toutes les condensations se rassemble dans le

récipient, d'où il est repris à volonté par les 2 pompes pour de nouvelles opérations.

Dans ce récipient A on maintient une couche d'eau qui, surnageant le sulfure de carbone, prévient la diffusion de ce liquide volatil dans l'air des ateliers.

La chaudière distillatoire D a 3m,50 de long, lm,6S de large et 40e de profondeur (non compris le bombement du couvercle), elle contient 1 800 litres à demi remplie; recevant, pendant toute la durée de la filtra tion au travers de l'extracteur, le liquide qui déborde par les 2 tubes trop-pleins, elle vaporise le dissolvant et retient la matière grasse, fixe à cette température de + 48° environ ; le chauffage du liquide contenu dans cette chaudière s'effectue à l'aide de deux tubes qui circulent au fond,°recevant aux deux bouts la vapeur d'eau du tube commun F et reconduisant l'eau de condensation aux générateurs ; deux autres tubes partant de la même bifurcation à chaque extrémité de la chaudière évapora toire introduisent à volonté, par l'ouverture de leurs robinets, la vapeur d'eau sortant libre d'une multitude de trous pratiqués dans toute leur étendue, lorsqu'il s'agit, à la fin de la distillation par une élévation de la température à 100° et l'espace que renouvelle l'excès de vapeur d'eau, de chasser les dernières traces de sulfure retenues par la substance huileuse.

Les dispositions et fonctions principales de cet appareil étant indiquées, nous allons reprendre la description des opérations qui s'y effectuent.

On commence par charger dans l'extracteur B sur le 1er faux fond et jusqu'à la hauteur du 2e, les marcs d'olives desséchés et divisés au point convenable; le 2e faux fond étant alors posé et maintenu par quelques boulons à clavettes, on assujettit le couvercle de l'extracteur à l'aide des boulons à vis fortement serrés, alors le sulfure de carbone est puisé dans le récipient et refoulé par les pompes hh\ entrant sous le 1er faux fond aux deux extrémités de l'extracteur, ce liquide monte graduellement au travers de la masse; en se chargeant de la matière grasse il devient plus léger (*), en sorte que l'épuisement est d'autant plus méthodique que les couches liquides superposées ne tendent nullement à se confondre.

On reconnaît que l'épuisement est terminé soit à la durée de

(*) La densité de l'huile étant à peu près 0,900, tandis que celle du sulfure de carbone est 1,293.

CHIMIE IHDUSTB. I 12

la filtration, soit au moyen d'un manchon en cristal interposé sur le trajet des 2 tubes trop-pleins, car la matière colorante du marc d'olives enlevée avec l'huile donnant une teinte brune verdâtre au sulfure de carbone, lorsque ce liquide coule sensiblement incolore, c'est parce qu'il n'entraîne plus de matière grasse. On ouvre alors le robinet qui par le tube b laisse retourner au récipient A le liquide interposé.

Lors même que ce liquide contiendrait encore de la substance huileuse, celle-ci ne serait pas perdue, puisque le même liquide doit servir pour une filtration suivante.

Lorsque l'écoulement et l'égouttage sont terminés, on injecte par les tubes troués en serpentins sous le 1er faux fond de nombreux jets de vapeur d'eau qui élève bientôt à 100° par sa condensation la température de toute la masse et vaporise le sulfure de carbone interposé; l'excès de vapeur d'eau, passant à son tour dans les 9 cols de cygne et les serpentins réfrigérants, se condense et s'écoule liquide dans le même récipient À que le sulfure de carbone, dont cette eau de condensation se sépare en vertu de sa légèreté relative à l'aide de trop-pleins.

La montée du sulfure dans l'extracteur dure 8 heures pour le remplir; il faut 4 heures de filtration pour épuiser les marcs; le retour du sulfure au récipient dure 2 heures, la vaporisation du sulfure pour en débarrasser l'huile exige 8 à 12 heures.

Les marcs d'olives ayant été ainsi épuisés de matière grasse et de sulfure, on ouvre les robinets des 2 tubes de vidange pour laisser écouler au dehors l'eau de condensation ; il ne reste plus qu'à enlever le couvercle et les plaques trouées formant le faux fond supérieur, pour vider le vase extracteur, le nettoyer et recommencer une autre opération. Le résidu est desséché en l'étendant à l'air sur un dallage ou sur une cheminée traînante.

Lorsque l'on effectue dans deux appareils d'égales dimensions deux opérations semblables, en 30 heures 25 000kil. de sanza ainsi traités donnent 2500 kil. d'huile (*) ; on obtient à peu près le double de ce produit lorsque l'on peut se procurer de la buccia, et dans ce cas le résidu ne contenant pas la matière ligneuse des noyaux, a plus de valeur comme engrais, il est

(') Le résidu sec de la sanza est employé à Pise comme combustible pour chauffer les générateurs (jui fournissent sous la pression de 3 à k atmosphères toute la vapeur utile à l'opération.

d'autant mieux utilisé qu'on peut le faire servir de litière dans les étables et d'excipient des urines.

Quant au produit principal, l'huile extraite par ce procédé, on l'emploie avantageusement pour fabriquer avec la solide un savon dur d'excellente qualité, dont la nuance verdàtre est une sorte de cachet de pureté; ce savon, moulé sous forme cubique, reçoit par la pression une marque de fabrique de nature à garantir son origine et prévenir les falsifications (*).

Ce n'est pas seulement dans la partie septentrionale de l'Italie que cette industrie peut être profitable; d'énormes quantités de marcs d'olives sont perdues chaque année dans les Calabres, en Algérie, en Espagne comme aux environs de Marseille; on pourrait compter par centaines de millions dekilogr. les quantités de matière première de ce genre à utiliser suivant l'ingénieuse méthode de M. Deiss.

Le dégraissage des os ou l'extraction par ce procédé de la matière grasse contenue dans toutes les cavités des os creux ou spongieux, offre cet avantage particulier que ces résidus de la consommation de la viande de boucherie, lor» même qu'ils ont été desséchés à l'air, cèdent au sulfure de carbone la plus grande partie de la matière grasse infiltrée dans l'épaisseur des parois osseuses, tandis que dans cet état le moyen usuel de dégraissage par l'eau bouillante laisse perdre toute cette graisse infiltrée.

Le traitement dans l'appareil Deiss des os concassés exige pour être complètement efficace que la température du dissolvant soit élevée à -f-40fC8, ce qui est très-facile en injectant à volonté la vapeur dans le tube à retour d'eau qui rampe en serpentant au fond de l'extracteur.

Quant aux os résidus de cette opération, ils sont très- bien appropriés à la fabrication du noir animal (yojr. fin du 2e volume); il en serait autrement si l'on voulait les faire servir à la préparation de la gélatine. On a constaté en effet que, sous les influences combinées du sulfure de carbone et de la vapeur d'eau à la température de 100°, la matière organique des os éprouve une alté-

(*) Ce savon offre l'avantage que l'on rencontre bien rarement aujourd'hui d'être complètement exempt de substance grasse étrangère à l'huile d'olives ; il a été reconnu dans divers emplois préférable à la plupart des nombreuses variétés de savons fabriqués avec des matières grasses de toute nature, de qualité inférieure, sous ce rapport, à l'huile pure d'olives. Le savon obtenu par les nouveaux procédés avec l'huile naguère perdue, est livré avec bénéfice an prix de 72 fr. (escompte de 10 pour 100 déduit) les 100 kilogr.

ration qui la rend friable après sa transformation en gélatine par l'eau bouillante et sa dessiccation ; mais la fabrication du charbon d'os suffit et bien au delà pour l'emploi de ces résidus, car la consommation elle-même de ce charbon ou noir animal dans les sucreries n'est limitée, en France, que par les quantités d'os dont on peut disposer tous les ans.

Cette altération de la matière organique parait être du même genre que celle qu'éprouvaient les filaments de la laine lorsqu'on a voulu essayer de les dégraisser parle procédé ci-dessus décrit : M. Moison est parvenu à résoudre ce problème industriel en évitant de porter à 1009 la température de la substance textile en contact avec le sulfure et la vapeur d'eau [yoy. ci -après).

Dégraissage des laines par le sulfure de carbone. — Voici comment on effectue ce dégraissage dans l'usine de MM. Moison et Jérôme, près de Mouy (Oise), à l'aide d'un appareil offrant les dispositions qu'indique la figure ci-dessous :

Fig. 38.

A, cylindre en fonte qui se ferme hermétiquement au moyen d'un couvercle portant une rainure circulaire près de ses bords, remplie de plomb et que l'on serre fortement par des boulons à étriers articulés; il est muni d'une double enveloppe en tôle dans laquelle circule à volonté la vapeur d'eau.

A quelques centimètres au-dessus du fond de ce vase cylindrique, se trouve un faux fond troué comme une écu moire ou un grillage en fonte sur lequel repose la laine à dégraisser; un

EXTRACTION DES HUJLES ET GBAISSES. 181

autre disque en fonte également troué est fixé à trois tiges en fer filtées à leur partie supérieure, glissant chacune dans une boîte à étoupe adaptée sur le couvercle en fonte perforé à ces trois points. Ce disque sert à comprimer la laine par les 3 vis et leurs écrous qui, tournant à volonté sous un bâtis en fer cramponné soas les rebords du cylindre, forment une véritable presse.

Le vase extracteur cylindrique A est rempli avec 100 kil. de laine qui se trouve réduite à la moitié de son volume par la pression. Une pompe aspirante et foulante C en fonte, à piston plein, puise le sulfure de carbone dans le récipient en tôle D par son tube d'aspiration et le conduit par le tube de refoulement, sous le feux fond à claire-voie du vase extracteur ; un tube à moitié de la hauteur de ce vase conduit le liquide chargé de substance grasse, goudronneuse ou résineuse, après sa filtration ascendante, dans une chaudière distillatoire B chauffée par la vapeur au moyen d'un serpentin en fer creux à retour d'eau; un robinet adapté au fond de cette chaudière sert à soutirer les corps gras, goudronneux ou résineux, après la distillation et le barbotage de la vapeur d'eau. n

Un second serpentin semblable au premier, mais troué, est disposé entre les spires du premier, il sert à injecter la vapeur afin de chasser les dernières traces de sulfure de carbone avant le soutirage des matières grasses.

Un serpentin en hélice placé dans le réfrigérant J reçoit de la chaudière distillatoire par un tube la vapeur de sulfure qui s'y condense, et reproduit le sulfure liquide immédiatement écoulé dans le récipient commun D, par l'extrémité du tube sortant de l'enveloppe ; la pompe aspirante et soufflante E puise l'air dans le récipient B au-dessus du liquide et refoule cet air par le tube supérieur dans un tuyau réfrigérant, circulant autour de l'atelier, afia de condenser le sulfure entraîné, avant de faire passer cet air dans un tube réchauffeur M à double enveloppe où circule de l'eau chaude, et lui faire traverser ensuite à la température de 70° la laine comprimée dans le vase extracteur; l'air chaud ▼aporise le sulfure interposé dans cette laine, d'où il se rend dans le serpentin H, qui laisse écouler le sulfure condensé dans le récipient commun D*

Un gazomètre à contre-poids G communique avec tout l'appareil par un tube adapté au récipient D, au-dessus du niveau du liquide : il offre un espace variable servant de compensateur. Entre l'extracteur A et la chaudière B, ainsi que près des deux

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bouts des serpentins verticaux H, N, O, se trouvent aux points de courts manchons en cristal (dont le joint est rendu étanche par un vernis alcoolique de gomme laque) servant à reconnaître la nuance du liquide et l'avancement de l'opération. Près de chacun des deux manchons, sous le tube, un très-petit robinet permet de faire tomber quelques gouttes du sulfure de carbone sur une lame de verre, et de reconnaître le moment où il n'entraîne plus de matière grasse. Les robinets x, /, entre le récipient et la pompe et entre l'extracteur et le serpentin H, sont à 3 eaïur, de sorte qu'en ouvrant pour chacun la section qui donne libre accès à l'air atmosphérique, on fait circuler au travers de la masse de laine cet air aspiré en x et expulsé en 7, où est adapté un tube qui porte au dehors de l'atelier la vapeur de sulfure de carbone enlevé à la laine.

Nous allons résumer les opérations effectuées dans cet appareil : La laine sèche étant mise et comprimée dans l'extracteur A, hermétiquement clos, on fait infiltrer par la pompe C, dans la masse de laine de bas en haut, le sulfure de carbone; ce liquide déborde ^u-dessus du 2e faux fond et s'écoule par le tube tropplein dans la chaudière B; lorsqu'on voit dans le manchon en cristal le liquide couler incolore, et que par le petit robinet extrayant quelques gouttes sur une lame de verre, celle-ci ne se recouvre plus après l' évaporât ion d'une tache graisseuse, l'épuisement est achevé.

A mesure que le liquide s'est rendu dans la chaudière B, il est distillé, la condensation de sa vapeur ramène le sulfure de carbone dans le récipient D; le dégraissage étant complet et Tégouttage effectué par le robinet /, il importe beaucoup d'éliminer tout le sulfure, dont la laine reste imprégnée. La pompe C ayant cessé d'agir et ses robinets étant fermés, on met en mouvement la machine soufflante E; dès les premiers coups de piston la plus grande partie du liquide encore interposé est refoulée par le tube y et le serpentin H dans le récipient D. Lorsque par le manchon N on ne voit plus couler de liquide, on échauffe à 70* par un courant de vapeur la double enveloppe M, dans laquelle passe le tube T amenant l'air insufflé, qui après avoir circulé autour de l'usine et dans un réfrigérant spécial, s'est dépouillé de la plus grande partie de la vapeur de sulfure de carbone, dont il était chargé. Cet air à la température de 70°, pénétrant dans l'extracteur, au travers de la substance textile, volatilise le sulfure de carbone y adhérent, puis le dépose condensé dans le serpentin H,

qui le conduit au récipieat commun D. Cette circulation de l'air alternativement refroidi, puis réchauffe, dure environ 3 heures. Ver» la fin, on fait circuler de l'air pur aspiré par le robinet à 3 eaux x, refoulé au travers de la laine et s' échappant par le 2e robinet à 3 eaux /, qui le dirige par un tube vertical audessus de la toiture. On peut alors retirer la laine sèche et dégraissée du vase extracteur, il ne reste plus qu'à en extraire par un battage et le blutage la poussière, entraînant de menus débris laineux employés comme engrais (*).

On nettoie ainsi les laines goudronnées, naguère perdues, provenant des marques de moutons (**) ; on dégraisse économiquement les déchets laineux du débourrage des cardes ; les huiles et autres matières grasses extraites (environ 30 pour 100) servent à fabriquer des savons.

Quant aux laines provenant des marques de moutons avec des peintures à l'huile lithargirée, le sulfure de carbone ne pourrait dissoudre l'huile unie à l'oxyde de plomb : on doit donc éliminer ces laines par un triage à la main et les réunir aux engrais.

Les laines les plus blanches des débourrages de cardes se vendent, après le nettoyage, de 3 à 5 fr. le kilo, lorsque les laines neuves valent de 5 à 7 fr.; les laines bleues mises à part se vendent 2 fr. 50. On remarque que les laines de cette catégorie bleues, violettes ou roses conservent leurs nuances après le traitement par le sulfure de carbone (***).

A l'aide d'un appareil analogue à celui de M. Deiss, M. Moussu a pu extraire des grès imprégnés de bitume, exploités près dé^ Forcalquier, 12 centièmes de bitume pur normal, tandis qu'on en obtient seulement 7 à 8, sensiblement altéré, par le procédé de la distillation, qui laisse un résidu charbonneux.

(*) ijn très-courts brins de la tonte de» draps (tontisse) forment un excellent engrais. Mais on s'en sert quelquefois dans le foulage des draps afin d'augmenter le poids de ceux-ci.

(**) Ces marques traitées à part donnent des goudrons, employés comme combustible mêlés au coke menu ou escwb'dies.

(***) Lorsque les laines à traiter se trouvent plus ou moins chargées de chaux ou plutôt de chaux unie aux acides gras, un lavage avec l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique, puis avec un excès d'eau pure (enfin une dessiccation suffisante), mettant la substance grasse en liberté, serait très- favorable à l'action du sulfure de carbone.

184 PROTOCHLORURE DE SOUFRE.

PROTOCHLORURE DE SOUFRE.

Ce composé OS1, deuxième agent d'un procédé de sulfura tion ou de vulcanisation du caoutchouc, est, à la température ordinaire, liquide, jaune, légèrement orangé : son odeur est désagréable. Le poids spécifique du protochlorure de soufre est égal à 1687; il bout à -+• 138°, et sa vapeur a un poids plus de 4 fois | aussi grand que celui de l'air, ou égal à 4,67, l'air pesant 1 ; mis en présence de l'eau, le protochlorure de soufre est décomposé : il se forme de l'acide chlorhydrique et des acides oxygénés du soufre qui se décomposent promptement en acide sulfureux et soufre.

Voici comment on prépare ce chlorure :

Dans un ballon A (fi g. 24), monté sur un fourneau chauffant par le charbon ou par une lampe à alcool, on dégage, lentement, du chlore au moyen du bioxyde de manganèse et de l'acide chlorhydrique (yoy. cette réaction indiquée plus loin) ; le chlore gazeux passe dans un flacon de lavage B, où il traverse une couche

Fig. 39.

d'eau ; il se rend ensuite, par un tube recourbé, dans un ballon vide G, et se dirige dans un tube D plein de chlorure de calcium en fragments, où il éprouve une dessiccation complète.

Le chlore sec passé alors, par un tube recourbé, dans une cornue E contenant du soufre fondu préalablement et entretenu par une lampe, à la température de 125 à 130° : le gaz, arrivant

PROTOCHLORURE DE SOUFRE. 485

tout près de la superficie du soufre, y rencontre la vapeur de ce corps, s'y combine, et en entraîne un petit excès; le mélange se rend dans un ballon F, où la condensation s'opère sous l'influence d'un courant d'eau froide fourni par un réservoir à robinet ; F air et le gaz en excès peuvent se dégager par le tube qui surmonte le ballon et qui se rend dans la cheminée ou sous une hotte.

On continue l'opération jusqu'à ce que le chlore cesse de se dégager, s'il se trouve un excès de soufre dans la cornue ; il est facile de calculer d'avance ces quantités, puisqu'on sait que 1 équivalent de chlore pesant 443,20 s'unit à 2 équivalents de soufre pesant 400, dont une légère quantité excédante est entraînée.

La purification du chlorure de soufre obtenu est facile : il suffit de distiller ce liquide dans une cornue séchée d'avance et de recevoir le produit dans un ballon également sec : le protochlorure seul passe à la distillation, tandis que le soufre, moins, volatil, reste dans la cornue. On conserve ce liquide distillé, dans des flacons bien bouchés à l'émeri.

Le soufre peut s'unir avec une proportion double de chlore, le composé qu'il forme ainsi, et qui se produit accidentellement pendant la fabrication du chlorure double d'aluminium et de sodium {yoy. plus loin la fabrication de l'aluminium), n'a pas d'application dans l'industrie.

I. COMPOSITION, PROPRIÉTÉS, ÉTAT NATUREL. — 2. PRODUCTION ET CONSOMMATION DU CAOUTCHOUC. — 3. SULFURATION PAR DIVERS MOYENS. — 4- EXTRACTION DU CAOUTCHOUC. — 5. HISTORIQUE DES INDUSTRIES FONDÉES SUR L'EMPLOI DU CAOUT- CHOUC. — 6. FILS DE CAOUTCHOUC NORMAL. — 7. CAOUTCHOUC ÉCRASÉ, LAVÉ, AGGLOMÉRÉ, DÉCOUPÉ EN FEUILLES, EN FILS, MOULÉ, ÉTIRÉ EN LAMES, INTER- POSÉ DANS LES TISSUS. — 8. FILS EN CAOUTCHOUC AGGLOMÉRÉ. — 9. NOUVELLE MACHINE A DÉCOUPER 150 FILS A LA FOIS. — 10. DISSOLUTIONS, PATES DE CAOUT- CHOUC, HUILE A GRAISSER LES MACHINES ET MASTICS DE CAOUTCHOUC. — 11. TUBES. — 12. GRANDES LAMES DE CAOUTCHOUC, TISSUS IMPERMÉABLES, ETC. — 13. AP- PLICATIONS DES FEUILLES DE CAOUTCHOUC DÉBITÉES AU COUTEAU MECANIQUE HORIZONTAL OSCILLANT. — 14. BALLONS LÉGERS A GAZ HYDROGÈNE. — 15. INNO- VATIONS RÉCENTES DE MM. GÉRARD ET AUBERT. — 16. APPLICATIONS DU CAOUT- CHOUC ORDINAIRE. — 17. USAGES DU CAOUTCHOUC VULCANISÉ ET DÉSULFURÉ. — 18. FABRICATION. — 19. APPLICATIONS DU CAOUTCHOUC DUR.

f • Composition, propriétés, état naturel*

Le caoutchouc réside dans le suc propre de différentes plantes : le suc laiteux du Siphonia cahuchu, Euphorbiaceae (Wildenow), d'où on l'extrait communément, en contient environ 0,3 de son poids. C'est la plante qui dans la Guyane, le Brésil et sur une grande étendue de l'Amérique centrale donne les meilleures sortes commerciales introduites sur les marchés des Etats-Unis d'Amérique et de l'Europe.

L'arbre qui fournit la plus grande quantité du caoutchouc brut venant de l'Inde (Asie équatoriale) est le Ficus elastica (Artocarpese), très-abondant à Assam. Les Ficus indica, elliptica et primoïdes fournissent une partie des produits importés de l'Amérique.

Une plante grimpante d'une croissance rapide atteignant des dimensions gigantesques, TUrceola elastica (Apocyneae), de Pe-

(*) On doit compter au nombre des utiles applications du soufre la sulraration du caoutchouc, et parmi les applications du sulfure de carbone dont nous venons de décrire la fabrication, la vulcanisation à froid (à l'aide du chlorure de soufre), les dissolutions du caoutchouc et l'épuration de la guttapercha : cette considération nous a décidé à comprendre dans ce premier volume les industries relatives aux préparations et aux usages du caoutchouc et de la gutta-percha.

nang, produit le caoutchouc des îles de l'Archipel indien, un seul pied peut, dit-on, donner 25 kilogr. par an.

Les Cameraria latifolia (Apocyneœ), plante de l'Amérique du sud, Vaheae gummifera dé Madagascar, Tabernœ mon tan a utilis (arbre à vaches) de l'Amérique tropicale, le Willughbeia edulis de l'Inde orientale et le Melodinus monogynus (Melodineœ), cités par Roxburgh, sont au nombre des plantes dont le suc laiteux fournit du caoutchouc.

%• Production et consommation da eaoatehoae.

La production annuelle totale du caoutchouc est évaluée à environ 4000 000 de kilogr.; la plus grande partie venant de Java et du Brésil, le surplus de Carthagène, Guatemala, Venezuela, Nouvelle-Grenade. On en consomme aux États-Unis d'Amérique, 1 200 000 kilogr.; en Angleterre, 1 050 000 kilogr.; en France, 925 000 kilogr.; en Allemagne et autres contrées, 825 000 kilogr.

Les im|K>rtations du caoutchouc mis en consommation, qui atteignaient à peine 22 000 kilogr. année moyenne, de 1827 à 1837, ont été chez nous, d'après les états de douane en 1863, de 975 843 kilogr., quantité dont il faut déduire 51 000 kilogr., représentant la gutta-percha qui, dans ces tableaux de notre commerce international, est comprise sous le titre Caoutchouc et Gutta-percha.

Le caoutchouc est formé de carbone et d'hydrogène : 8 équivalents du premier et 7 du deuxième; on représente ainsi cette composition C8H7. Complètement pur il est solide, blanc, translucide; son poids spécifique est de 925, l'eau pesant 1000; maintenu aux températures de 25 à 35° il est souple, élastique ; ses surfaces, exemptes de tout corps étranger ou coupées récemment, adhèrent et se soudent entre elles dès qu'on les met en contact, sous une certaine pression. Les propriétés physiques du caoutchouc sont profondément modifiées lorsqu'on abaisse sa température à quelques degrés au-dessous de 0° : il subit alors une contraction notable, devient moins souple, très-peu adhésif, à peine extensible. Ces changements de propriétés persistent même après que sa température a été ramenée à -f- 15 ou 20° ; le caoutchouc refroidi à 0° pendant qu'il est allongé garde ses dimensions, lors même que sa température est ensuite portée à ■+• 20°. Cependant ses caractères primitifs re-

i88 CAOUTCHOUC.

viennent subitement dès que Ton élève sa température à 4- 35 ou 40°. L'expérience est curieuse et facile à faire : on tend une bande de caoutchouc, on la plonge dans l'eau à 0 quelques minutes : sortie de l'eau, elle reste étendue et très-peu élastique à la température ordinaire ; si alors on la plonge dans leau à 40° ou au-dessus, à l'instant même elle reprend ses premières dimensions et toute son élasticité. J'ai constaté qu'une bande de caoutchouc tendue brusquement manifeste une élévation de température sensible si on la met en contact immédiat avec la lèvre. La contraction également brusque manifeste au contraire un abaissement de température : c'est que,. dans le premier cas, l'allongement diminue le volume de la lame, tandis que dans le deuxième cas le volume augmente en revenant aux dimensions primitives.

Plusieurs carbures d'hydrogène, liquides, obtenus du goudron de houille par distillation (la benzine notamment), gonflent et dissolvent en partie le caoutchouc; il en est de même de l'essence de térébenthine, privée d'eau par la chaux vive et bien rectifiée par distillation ; l'essence pure de lavande et le sulfure de carbone sont plus efficaces encore. Les huiles grasses en peuvent dissoudre une petite quantité, surtout à chaud.

L'eau, l'alcool, sans action sur lui, disait-on {yoy. page suivante), exercent une action spéciale et le précipitent en partie de sa solution dans le sulfure de carbone.

Le chlore liquide et gazeux attaque à peine le caoutchouc, qui résiste également à l'acide chlorhydrique, à tous les acides faibles, à la plupart des gaz, aux solutions de potasse et de soude; les acides sulfurique et azotique concentrés l'altèrent rapidement, surtout lorsqu'ils sont mélangés, SO1, HO •+■ AzO\ HO. La vapeur d'eau ramollit le caoutchouc et diminue beaucoup sa ténacité ; chauffé à sec de 35 à 1 20°, il perd peu à peu de sa consistance ; ses morceaux deviennent de plus en plus susceptibles de s'agglutiner entre eux; vers 145 à 155°, il est visqueux, adhérent aux corps durs et secs : une grande partie de sa consistance et de son élasticité reviennent par degrés après son refroidissement. Vers 180 à 200°, il fond et paraît éprouver une modification isomérique : sa composition élémentaire restant la même, il est devenu gluant ; chauffé davantage , de 220 à 230°, il est huileux , très-brun et propre à préserver le fer et l'acier de l'oxydation.

Le caoutchouc au contact d'un corps en ignition s'allume et répand une flamme rouge lumineuse et fumante (*).

Lorsqu'on soumet le caoutchouc à la distillation, il donne différents carbures d'hydrogène, dont deux sont isomériques avec le gaz oléfiant [caoutchcne, heveène) ; plusieurs autres ont une composition élémentaire semblable à celle de l'essence de térébenthine; leurs points d'ébullition sont variés (14°, 33°, 171°, 215*...); la plupart dissolvent bien le caoutchouc sec et divisé.

Avant Tannée 1852 on n'avait pas Je données précises sur la composition immédiate du caoutchouc commercial, on ignorait sa structure propre, ses altérations spontanées, les résultats de Faction de l'eau, de l'alcool et même en partie de ce qu'on appelait ses dissolvants ; enfin le mode de pénétration et les effets si remarquables du soufre à différentes températures, objet* de plusieurs brevets en Amérique, en Angleterre et en France, étaient encore imparfaitement' connus.

Je me suis proposé de combler ces lacunes dans un travail spécial (**) que j'ai étendu à l'examen de la gutta-percha et qui me permettra de rendre moins incomplètes les notions relatives à ces matières premières, aux produits qui en dérivent et qui sont r objet de plusieurs industries importantes, enfin aux altérations de la gutta-percha et du caoutchouc.

Variétés du caoutchouc solide. — Parmi les diverses sortes commerciales de caoutchouc brut, qui sont importées en Europe venant de plusieurs contrées de l'Amérique, de l'Asie, de l'Afrique, etc., on distingue les variétés suivantes :

1° Le caoutchouc blanc opaque en masses volumineuses; 2° celui qui est en feuilles irrégulières, de couleur jaunâtre peu translucide ; 3° une autre sorte, de couleur brune, en feuilles épaisses ou poires creuses, globu li formes , parfois en cordons tordus ou tressés; 4° le caoutchouc brun en masses plus ou

(*) S*il se trouve alors divise en fils, minces lanières, feuilles trouées ou menus objets, son inflammation se propage avec une telle promptitude qu'on ne peut guère parvenir à l'éteindre. Un incendie dû à cette cause au milieu de 1 année dernière, réduisit en cendres, dans l'espace d'une heure, la grande manufacture de caoutchouc de MM. Aubert et Gérard, a Grenelle; une immense colonne de flamme et de fumée, courbée par le vent, traversa la Seine en cet endroit. Il ne resta que d'insignifiants débris des hangars , machines et approvisionnements ; heureusement tout était assuré, en sorte que déjà l'usine réédifiée sur de magnifiques plans d'ensemble, offre un des plus remarquables spécimens des grands établissements de ce genre.

(*•; Voy. Comptes rendus de C Académie des sciences pour 1852, 1er semestre, p. 3, et 453, 2« semestre.

moins fortes, irrégulièrement cubiques à angles arrondis, enfin une variété douée de propriétés spéciales {yoy. plus loin).

La couleur blanche et l'opacité que Ton avait attribuées à nne bonne qualité exceptionnelle dépendent de l'eau interposée en assez grande proportion , qui peut se rencontrer en quantités variables dans toutes les sortes de caoutchouc et dont il importe souvent de tenir compte ; la coloration brune de la plupart des sortes commerciales tient à la présence de matières étrangères.

Structure interne, — En examinant sous le microscope dés lamelles très-minces de caoutchouc, on peut y remarquer des pores irrégulièrement arrondis, très-multipliés, communiquant entre eux, susceptibles de se dilater et de faciliter la pénétration de divers liquides qui, comme l'eau, s'y introduisent sans paraître exercer d'action chimique.

Action de Veau. — L'eau offre un des exemples curieux de ce dernier phénomène : des tranches minces de caoutchouc de différentes qualités plongées durant trente jours dans l'eau froide ont absorbé pour 100 de 18,7 à 26,4 de ce liquide, leur volume était augmenté de 15 à 16 centièmes, leur ténacité ainsi que leur propriété adhésive étaient amoindries (*).

Lorsque l'eau est restée interposée ou s'est, à la longue, introduite dans des masses épaisses de caoutchouc, il faut un temps considérable pour l'éliminer : car les couches superficielles se desséchant les premières, resserrent considérablement leurs pores et s'opposent à l'évaporation dans les parties sous- jacen tes. Le caoutchouc blanchi par cette hydratation toutes péciale a moins de valeur, car une partie de son poids est fictif et il faut diviser ce caoutchouc en lames minces pour effectuer sa dessiccation, indispensable dans la plupart des transformations qu'on veut lui faire subir.

Action de V alcool. — L'alcool anhydre, surtout à chaud, pénètre facilement le caoutchouc en lames minces : immergées durant 8 jours et chauffées à plusieurs reprises, elles sont devenues opaques, plus adhésives, même au sein du liquide ; leur volume avait augmenté de 9,4 pour 100 et leur poids était accru dans le rapport de 100 à 118, bien que l'alcool eût dissous 2 centièmes de matière grasse oléiforme jaunâtre.

(*) Cette hydratation du caoutchouc naturel est considérablement amoindrie aprèi la vulcanisation (vojr. p. 192 et suivantes).

CAOUTCHOUC. f91

Les mêmes tranches, après révaporation de l'alcool absorbé, restèrent moins tenaces, plus translucides et adhésives qu'avant cette réaction.

Action des dissolvants et augmentation de volume. — L'éther, la benzine, l'essence de térébenthine, le sulfure de carbone et plusieurs mélanges entre eux ou avec d'autres liquides s'insinuent rapidement dans les pores du caoutchouc, le gonflent beaucoup et semblent le dissoudre ; mais la dissolution n'est que partielle : presque toute la portion dissoute reste interposée dans la partie fortement gonflée qui, insoluble, mais très-facile à désagréger alors, conserve les formes primitives amplifiées; cette portion non dissoute retient la matière colorante brune, tandis que la portion dissoute extraite par évaporation du dissolvant reste très-peu colorée, plus molle, plus extensible, moins tenace et moins élastique.

L'éther anhydre, plusieurs fois renouvelé, a extrait du caoutchouc translucide, de couleur ambrée, 0,66 de substance presque incolore, laissant indissoute 0,34 de matière de nuance jaunâtre ou brune.

L'essence de térébenthine pure, anhydre, a séparé du caoutchouc brun 49 de matière soluble de couleur ambrée et 51 de matière insoluble devenue brune plus foncée. Des traces de matière résineuse restées dans l'essence suffisent pour rendre les deux produits visqueux difficiles à dessécher et altérables à l'air. •

Le caoutchouc en prismes, immergé dans un excès du dissolvant, se gonfle graduellement de la superficie au centre ; lorsque le gonflement est parvenu à son terme, les dimensions des côtés se sont triplées dans la benzine, l'éther, l'essence de térébenthine et un mélange de sulfure de carbone 100, avec éther hydraté 4 ; la partie non dissoute contenant du liquide interposé était donc 27 fois plus volumineuse que le caoutchouc normal awant l'immersion.

Composition immédiate. — Le caoutchouc commercial est formé de deux parties principales : l'une douée d'une plus forte cohésion, plus tenace et plus résistante à tous les agents; l'autre plus molle, ductile, adhésive et plus soluble; chacune des deux parties offre la même composition élémentaire représentée par la formule CH7; la masse ainsi constituée renferme des matières grasses, une huile essentielle, des matières colorées, trois substances azotées, de Teau en proportions variables qui peuvent

s'élever jusqu'à 26 centièmes, enfin des traces de matières salines.

Aucune de ces substances ne possède les propriétés extensibles et élastiques au même degré que l'ensemble, cela paraît tenir à l'adhérence entre les su/faces de la partie fibreuse que les matières grasses lubrifiaient et à l'isolement de la portion molle et soluble qui rendait la -masse entière plus souple.

La structure et la composition du caoutchouc permettent d'expliquer plusieurs phénomènes de la pénétration du soufre, de la vulcanisation ou sulfuration du caoutchouc et des altérations lentes ou rapides du caoutchouc sulfuré.

Altérations du caoutchouc. — A la longue, surtout à la lumière et lorsque la température de l'air est élevée, le caoutchouc éprouve des altérations dont j'ai constaté plusieurs effets sans déterminer ses résultats sur la composition immédiate : la substance exhale une odeur piquante très-sensible en vases clos, elle devient plus molle, moins résistante, parfois même facile à rompre (*).

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