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Extraction du caoutchouc

On tire le caoutchouc principalement du Brésil, de Mexico, de Buenos- Ayres, de Carthagène, de Valparaiso, de Java, de Sumatra, du royaume d'Assam, de Singapore, du Gabon et de plusieurs autres parties de l'Afrique (*) , en sorte que, comme on le voit, 1* Amérique, l'Asie et l'Afrique concourent à livrer au commerce cette matière première.

La meilleure qualité de caoutchouc brut, vendu de deux à trois fois plus cher que les autres variétés, est désignée sous le nom de Para, province et ville du Brésil, dont le commerce est facilité par la navigation sur la branche méridionale de l'Amazone.

(*) Depuis 1853, il arrive d'Afrique un caoutchouc naturel, très-élastique et tenace, blanchâtre, mais contenant 0,35 à 0,40 d'eau, en partie logée dans des cavités plus ou moins grandi s; il exhale une odeur vineuse, aigre, légèrement putride comme le jus du tan en contact arec les peaux; ce produit est extrait, sans doute, en recueillant le suc liquide, laissant rassembler et s'agglomérer à la superficie le principe immédiat, et l'expédiant ainsi en masses volumineuses sans éliminer le liquide se veux; on l'obtiendrait moics aqueux en laissant le (ait dans des vases plats où la crème se solidifierait plus mince. On pourrait laver et dessécher les lambeaux avant de les agglomérer en masses, on éviterait sans doute ainsi les altérations qu'il éprouve après son arrivée ou même plus tard lorsqu'il a subi les façons et transformations usuelles.

Ce caoutchouc du Brésil nous arrive sous les formes de poires creuses, de lames ou de plaques.

Voici l'aspect que présentent plusieurs autres sortes commerciales de caoutchouc brut, de qualité moins bonnes et plus altérables que le caoutchouc du Brésil, et surtout que celui du Para :

Jata : En masses de 0,25 il 0,20 de mètre cube formées de plaques et lanières enroulées, brunes, irrégulières, très-élastiques, mais renfermant jusqu'à 40, 4 5, même 20 0/0 de matières étrangères.

Valparaiso (Chili) : En lames plus épaisses, enroulées, plus brunes, un peu moins élastiques.

Gabon (Sénégal, Afrique française) : Lanières larges, épaisses, isolées, blanchâtres, hydratées, odeur de tan aigri, convenablement élastiques , mais spontanément altérables, plus rapidement que les précédentes. En Algérie on a obtenu du Ficus elastica, cultivé dans les pépinières du gouvernement, un caoutchouc analogue à celui du Gabon.

Carthagène (Nouvelle-Grenade) : Lames brunes fibreuses, élasticité restreinte.

Buenos-Ayres (Rio de la Plata) : Morceaux épais, blancliatres , hydratés, peu odorants, bonne élasticité.

Assam : Masses très-épaisses, assez homogènes, souples, blanchâtres, hydratées, odeur de cuir assez prononcée, d'une bonne élasticité, mais spontanément altérable.

Dans ces diverses contrées le mode d'extraction est fort simple; Ton pratique aux arbres jusqu'au liber des incisions par lesquelles le suc laiteux s'écoule : au Brésil on le reçoit dans des cavités pratiquées au pied des arbres, puis on le fait adhérer par immersion sur des moules en argile séchée, ayant la forme de bouteilles irrégulièrement arrondies : le liquide s'épaissit à l'air, le principe spécial se concrète et forme des couches qui se soudent en se superposant. On hâte la dessiccation en chauffant audessous d'une flamme légère les couches qui se superposent. Lorsque l'épaisseur atteint de 8 à 10 millimètres, et que la solidification est suffisante, on plonge le tout dans Peau, la terre argileuse se délaye, on la fait sortir par le goulot de l'enveloppe en caoutchouc solidifié, et Ton obtient la gomme élastique brute en forme de poires creuses; quelquefois le moulage se fait sur une épaisse lame de terre ou sur une sorte de battoir en bois, que le suc enveloppe de même ; cette dernière forme permet de faire aisément sécher au feu la couche de caoutchouc, ce qui prévient les altérations ultérieures; ou coupe les bords sur trois des côtés, et l'on obtient une plaque plus ou moins épaisse et irrégulière de caoutchouc.

Le caoutchouc se présente sous des formes variées dans le commerce, parfois en lanières roulées en torsades et réunies en paquets. On reçoit particulièrement de l'Inde orientale et de l'Afrique du caoutchouc en masses volumineuses provenant du liquide laiteux reçu et concrète dans des trous en terre pratiqués

au pied des arbres incisés. D'autres masses importées résultent de la superposition de plaques enlevées à la superficie des vases où la matière crémeuse se rassemble et se concrète.

On a essayé d'expédier, des lieux de production en Europe, le suc naturel (sève descendante) ou lait de caoutchouc, les altérations spontanées ont été prévenues par l'addition de quelques centièmes d'ammoniaque. Cette sorte d'importation, plus abondante en Angleterre que chez nous, n'a eu toutefois aucun ré" sultat industriel sérieux.

M. Anthoine, représentant delà Californie à l'Exposition universelle de 1855, a proposé une nouvelle méthode d'extraction rapide du caoutchouc : il fait écouler le suc dans un baquet, et facilite la séparation de la crème de caoutchouc en ajoutant au suc 2 à 3 centièmes de rhum ou d'eau-de-vie; puis il verse le liquide dans un châssis tendu de toile et posé sur le sable, le liquide aqueux s'infiltre dans le sable, tandis que la couche surnageante de caoutchouc s'applique sur la toile. On l'en détache aisément pour l'étendre et la faire sécher à l'air.

Les feuilles ainsi préparées, admises à l'Exposition, constituaient les premiers échantillons de ce nouveau produit venus de Carthagène en Europe.

Une variété de caoutchouc, dont on ne connatt pas encore les applications praticables, nous vient de Vizagapatam; elle parait extraite du suc de l'Euphorbia antiquorum (Roxburgh), et se présente en plaques de 5 ou 6 millimètres d'épaisseur, dure, non élastique, un peu souple, susceptible de s'amollir par la chaleur, de devenir alors très-adhésive, et de reprendre ses caractères primitifs en refroidissant ; elle pourrait sans doute servir aux impressions sur étoffes de poudres métalliques à chaud, et à d'autres usages où sa propriété adhésive et sa résistance à l'humidité seraient mises à profit.

Plusieurs sortes de caoutchouc arrivent en Europe altérées par suite de la putréfaction de la sève aqueuse interposée.

On doit à M. Faraday une analyse du suc naturel du Siphonia cahuchu contenant le caoutchouc, publiée en 1824; elle a donné les résultats suivants :

Caoutchouc * 3* ,70 \

Albumine t <,»0|

Substance araère azotée, soluble dans l'eau et l'alcool.. . 7,43 400

Substance soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. . . . 2,90 I

Cire, traces ; eau contenant un peu d'acide 66,87 ;

Ce suc avait un poids spécifique de 1011,74. Appliqué sur un

corps solide, il s'est concrète en une pellicule élastique, flexible, tenace, jaunâtre. Le suc chauffé se coagule entièrement sous le caoutchouc crémeux.

On aurait un grand intérêt à connaître les agents capables, soit de conserver l'état émulsif du suc pour le transporter économiquement en Europe (*) , soit de hâter la séparation du caoutchouc afin de l'extraire sans altération.

6. Historique des Industries fondées sur remploi du caoutchouc.

Le caoutchouc et quelques-uns de ses usages grossiers étaient connus depuis fort longtemps dans l'Amérique du Sud et dans l'Inde.

En 1736, la Condamine, de l'Institut de France, envoyé au Pérou avec Bouguer pour des déterminations astronomiques, adressa le premier échantillon de cette substance à l'Académie des sciences de l'Institut. Fresnau et Macquer adressèrent en 1751 et 1768 à l'Académie des sciences des échantillons du caoutchouc récolté à Cayenne.

Importé seulement vers la fin du siècle dernier en Angleterre, le caoutchouc y fut désigné sous le nom (VIndia-rubber. Pendant longtemps, on n'en fit guère, en effet, d'autre usage que pour efiacer par le frottement les traces du crayon de graphite [mine de plomb) ; il fut nommé en France gomme élastique.

En 1790, on se servit des produits bruts découpés en lanières pour former des pelotes ou balles élastiques; on en faisait des ligatures extensibles, des espèces de ressorts; on parvenait à ramollir le caoutchouc et à l'étendre sur les tissus grossiers qu'on voulait rendre imperméables. Fourcroy parvint à le gonfler et à le dissoudre partiellement au moyen de l'éther.

En 1791, Grassart en confectionna des tubes au moyen de lanières découpées, contournées en hélice, soudées et moulées sur des tubes légèrement coniques en verre. On rendit à la fois résistants et régulièrement flexibles ces tubes en les formant comme une enveloppe continue autour de ressorts dits de bretelles en acier ou en laiton.

Nadler, en 1820, trouva le moyen de découper le caoutchouc

(*) Il paraît qu'une addition à ce suc de 0,25 d'ammoniaque liquide produit cet effet, surtout lorsqu'on enferme le mélange immédiatement en vase hermétiquement clos.

CAOUTCHOUC. 20i

en fils propres à façonner divers objets usuels et des tissus élastiques. Quelques années plus tard, Mackintosch perfectionna la fabrication des tissus fins, simples ou doubles, rendus imperméables par une couche de pute de caoutchouc et d'essence de térébenthine interposée ; il donna une grande extension à la fabrication' des manteaux confectionnés avec ces tissus et qui portent encore son nom.

Vers 1830, Raltier et Guibal appliquèrent la propriété du contrebandier de durcir, étendu au froid, pour tisser (comme chaîne) les fils roidis de caoutchouc, ils en ont confectionné des lacets, qui , échauffés à -h 40°, se contractaient et reprenaient leur élasticité primitive; ils obtinrent en ce genre des produits remarquables par leur perfection, encore fabriqués aujourd'hui, mais susceptibles de durcir au froid.

Le brevet d'Hayward, pris le 24 février 1839 par Goodyear, son représentant, signalait les changements opérés sous l'influence d'une minime quantité de soufre, mais il n'indiqua ni les proportions, ni la température utiles à la transformation.

En 1844, Goodyear décrivit les propriétés entrevues par lui dès 1839, que le soufre donne au caoutchouc en s'y unissant; on désigna dès lors cette opération sous le nom de vulcanisation ou de vulcanisation.

La même année Hancock parvint à vulcaniser le caoutchouc en se servant d'un bain de soufre.

MM. Rattier et Guibal améliorèrent les procédés de préparation et de sulfuration du caoutchouc. Parkes, en 1846, trouva le moyen de vulcaniser le caoutchouc en immergeant à froid les objets confectionnés, dans du sulfure de carbone contenant -fo (ou pour 100, 2,5) de protochlorure de soufre; M. Peroncel et plusieurs autres manufacturiers donnèrent à ce moyen diverses applications, et confectionnèrent une foule d'objets usuels pour les ails industriels, la chirurgie et l'économie domestique.

M. Guibal confectionna à l'aide de caoutchouc et de talc mélangés en pâte des cylindres dans lesquels on découpe d'épaisses rondelles interposées dans les étoupes des Stuf'fing-boxes.

Récemment, M. Gérard a construit une ingénieuse machine découpant à la fois 150 fils prismatiques au lieu des 8 à 10 obtenus naguère (vojr. p. 207).

M. Gillard est parvenu à former des ballons assez imperméables et légers pour être gonflés par l'hydrogène, et s'enlever dans l'air {yoy. plus loin la description de ce procédé).

Nous décrirons maintenant les principales opérations auxquelles le caoutchouc brut donne lieu dans plusieurs fabriques importantes qui transforment cette matière.

Lorsque les procédés d'extraction du caoutchouc aux contrées de production seront perfectionnés, on pourra sans doute obtenir directement des plaques épaisses et homogènes, dés cylindres exempts de corps étrangers. U sera dès lors facile de transformer mécaniquement ces produits bruts, bien moins altérables, en lames minces, et fils fins, et d'en confectionner une foule d'objets plus résistants que ceux qui sont préparés en malaxant le caoutchouc, car alors la texture naturelle ne sera plus modifiée défavorablement par une température trop élevée.

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