TOME DEUXIÈME
î COMPOSITION DES PLANTES.
dustries relatives aux substances organiques. Nous exposerons d'abord quelques-uns des principes généraux de la constitution des végétaux.
Dans les jeunes organes où se concentre la force vitale des plantes, c'est-à-dire dans Tembryon naissant, la radicule et la gemmule des graines, les spongioîes des radicelles et les parties centrales des bourgeons non développés, comme dans tous les tissus naissants, on trouve renfermées dans des cellules à minces parois et plus abondamment que dans les autres parties des végétaux, outre les composés minéraux, des substances organiques neutres, offrant une composition quaternaire analogue à celle des matières animales ; ces organismes des plantes renferment pour 100, de 19 à 66 de matières azotées, représentant 3 à 10 d'azote.
On retrouve même ces matières oi^aniques azotées granuleuses avant toute structure discernable, dans le cambium (*) : ce sont elles qui sécrètent la cellulose, s'en enveloppent et forment les utricules ou cellules primitives.
Les parties des végétaux qui commencent à se développer affectent la structure cellulaire. Les formes et l'arrangement de ces cellules peuvent varier ; M. de Mirbel a démontré que les utricules allongées, disposées bout à bout, forment des tubes par leur soudure et la résorption de la double membrane qui les séparait les unes des autres : une partie se transforme, dans les plantes vasculaires, en tubes diversement épaissis et perforés; mais je suis parvenu à constater que la composition de leur trame est constante dans tous les végétaux. La substance qui compose cette trame a reçu le nom de cellulose; elle contient 44,44 pour 100 de carbone et 55,56 d'hydrogène et d'oxygène: ces deux derniers offrant entre eux le rapport exact de la com-
de C Institut de France; voyez aussi les mémoires que j'ai présentés à Tlnstitut avec M. de Mirbel, t. XX et XXII des Mémoires de P-jécadémie; enfin les Comptes rendus de C Académie des sciences^ 1842 à 1867; les Bulletins de la So^ ciété d^ agriculture^ et les Annales du Conservatoire^ 1862 à 1867.
(*) Le cambium^ dont on n'avait autrefois qu^une idée bien imparfaite, que Ton considérait comme un mucilage semblable à la gomme, doit être considéré comme le mélange des deux sèves contenant les matières azotées douces de rénergie vitale, une ou plusieurs substances congénères de la cellulose : gomme, sucre , dextriue, et les matières minérales indispensables à la vie des plantes., Voy, les mémoires et notes de MM. Mirbel et Payen dans les recueils de 1* Académie des sciences, 1842 i 1846, et le résumé de ces travaux dans I.Vloge historique de M. Mirbel : Mémoires de la Société impériale et centrale d* agriculture pour 1858.
position de r eau. La composition de la cellulose est représentée par la formule générale C** H" O".
Vépiderme des plantes, en général, ses parties externes ou la cuticule épidermique qui le recouvre souvent, sont formés de cellulose agrégée fortement et injectée de composés calcaires, de silice, de substances grasses et de matière azotée (f^o/., p. 6, leur composition immédiate).
Lorsque Tépiderme se détache ou se trouve accidentellement enlevé, les parois des cellules sous-jacentes, en contact avec Fair, s^injectent de substances azotées et calcaires, de silice, de matière gratoe» et acquièrent la résistance et plusieura caractères des couches épîdermiques.
La cellulose constitue également la trame des cellules, plus ou moins allongées, minces, dans le coton (poils de la graine du Cotonnier), ou épaissies, par couches concentriques dans les fibres textiles du Chanvre, duLin, duPhormium tenax^ de YAgw€j4me' ricana j de VUrtica niçœa, du Bananier, etc., formées de cellules cylindroides soudées bout à bout communiquant entre elles par un canal qui les traverse dans toute leur longueur (*), ou enfin épaissies et incrustées, comme dans les fibres ligneuses des tissus du bois. Dans ces derniers tissus la cellulose, qui épaissit les parois de Tutricule primitive par des incrustations internes de ces fibres, est sensiblement spongieuse, et pénétrée de matières hgneuses et de principes colorables pu colorés ; quelquefois , comme dans les Algues et les Lichens, la cellulose est injectée dHnuline, les membranes ou les cellules végétales sont souvent agglutinées par la pectose, la pectine ou Tacide pectique libre ou formant plusieurs combinaisons, pectates de chaux, de magnésie, de potasse et de soude, notamment dans toute l'épaisseur du tissu épidermique des Cactées, dans les faisceaux de fibres textiles corticales du chanvre, du lin, dans les tissus cellulaires des racines tuberculeuses et des rhizomes féculents (Carottes, Panais, Betteraves, Pommes de terre) de certains fruits (Bananes, Potirons) ; aussi peut- on disloquer leurs tissus en isolant les cellules , faciles à obsei*ver alors sous le microscope : il suffit de
(*) Foimant ainsi de longs tubes qui offrent en apparence une texture homogène, mais que je suis parvenu à disloquer sous forme de globules rappelant sans doute les cellules primitives soudées bout à bout. Il suffit d'imprégner d'iode ces fibres textiles, puis d'ajouter une ou deux gouttes d'acide sulfuriqae i 60 ou 62* pour voir les fibres se gonfler, bleuir, puis se fragmenter en tronçons globuleux : c'est une jolie vue microscopique.
faire réagir à froid, pendant 12 à 1 5 jours, sur des tranches trèsminces, Tacide chlorhjdrique étendu de 10 volumes d'eau qui sVmpare des bases; puis, après lavage à Teau, Tammoniaque affaiblie qui dissout à son tour Tacide pectique en s'y combinant. Les fibres ligneuses qui constituent la masse du cœur et de l'aubier des arbres ne sont pas agglutinées entre elles par des composés pectiques.
La substance ligneuse qui, dans lebois, injecte la cellulose et que j'ai désignée sous le nom de matière incrustante^ est une matière dure, amorphe, cassante, de nature complexe, plus riche en carbone que la cellulose et renfermant un excès d'hydrogène de 3 à 6 millièmes sur les proportions qui constituent l'eau; elle se renconti^e aussi dans les concrétions dures des écorces , du liège et du périsperme de certains fruits , dans les enveloppes dures des noyaux ; elle forme en grande partie, avec la cellulose, les concrétions pierreuses des poires. Sa proportion varie dans les différentes essences de bois, qui doivent à sa présence et à ses proportions leur plus grande dureté, leur poids plus considérable, leur fragilité, la dose plus forte et variable de carbone ainsi que le léger excès d'hydrogène qu'ils contiennent.
La matière incrustante, déposée successivement par epuches concentriques, mêlée de cellulose spongieuse, sur les parois internes des membranes de cellulose résistante, est accompagnée, dans les fibres du bois, de principes colorants, d'une partie des substances azotées qui s'y trouvaient lors de la formation des fibres. Plus le bois est jeirae, moins II renferme de matière incrustante, plus il contient de cellulose et de matière azotée, altérable : cause principale de la grande altérabilité des parties jeunes du bois : de l'aubier, par exemple.
Chacune des fibres ligneuses épaissies est partiellement recouverte dans les méats intercellulaircs d'une pellicule adhérente et très-persistante, injectée de substance azotée, analogue à la cuticule épidermique, et qui comme elle imprégnée d'une solution aqueuse d'iode résiste à l'action de l'acide sulfurique à 60 ou 62 degrés qui désagrège la cellulose pure.
Les substances d'origine minérale ne sont pas elles -mêmes distribuées au hasard dans les plantes; elles sont sécrétées à part et renfermées soit dans l'épaisseur des membranes, soit dans des cellules ou des cavités spéciales.
C'est ainsi que Ton remarque les nombreuses concrétions calcaires dans les feuilles des plantes appartenant à la classe des
Urticées, comprenant aujourd'hui cinq familles distinctes (*), dans Tépaisseur des parois de cellulose spongieuse des noyaux des diÔerenies espèces de Geltis (**], dans certaines espèces de Characées et dans les tissus incrustés des Corallinées (dont les articulations flexibles sont exemptes de ces incrustations calcaires). On trouve les concrétions cristallines d^oxalate de chaux universellement répandues dans les planter phanérogames, et surtout dans les feuilles, autour des faisceaux vasculaires des nervures; elles occupent une situation semblable dans les tiges et se rencontrent en abondance croissante sous les couches épidermiques et dans les tissus cellulaires des divers Cactus.
Plusieurs de ces concrétions sont représentées (pi. XVIII) par des coupes vues sous le microscope à Taide d'un grossissement de 300 à 500 diamètres : fig. 1 . Concrétion calcaire contenue dans un tissu spécial très-léger : A, pédicelle de matière organique (cellulose) qui maintient suspendus sous la cuticule épidermique le tissu et la concrétion A' d'une feuille de figuier [Fieus elastica)\ — fig. 2. B, pédicelle désagrégé par l'acide sulfurique et bleui par l'iode; B', tissu léger privé du carbonate de chaux par l'acide chlorhydrique étendu, puis désagrégé par l'acide sulfurique concentré et bleui par l'iode. On voit dans cette figure toutes les parois des cellules attaquées par l'acide sulfurique, bleuir par l'iode, prenant ainsi un des caractères des particules amylacées. Dans la même figure, la cuticule épidermique bbb de la feuille, en raison de sa cohésion plus forte et des matières azotées, grasses, salines, et de la silice qu'elle renferme, se montre beaucoup plus résistante à l'action de l'acide sulfurique; elle est colorée en jaune orangé par l'action que l'iode exerce sur les matières azotées et grasses.
La figure 3 indique une concrétion C d'oxalate de chaux enveloppée d'uu tissu spécial C dans une feuille de noyer (Juglans re-
(•) - J Ulmacées : UUnus^ Planera,
\ Celtidées : Celtis, Or. Occ, cordata Tourne fortii, Audibertiana,