Consommation annuelle et applications
On consomme en France environ 4 500 000 kilogr . d'acide azotique pour les divers usages énumérés ci-après :
Fabrication de ? acide sulfurique; dérochage du cuivre, des bronzes et laitons; affinage de r argent et de Cor; préparation de Veau régale pour dissoudre Y or et le platine et attaquer divers métaux et alliages ; dédorage des cuivres et laitons dorés (par une immersion dans le mélange de quelques centièmes d'acide azotique avec l'acide sulfurique chauffé à 200*); préparation des azotates de mercure, de cuivre, a" argent (pierre infernale), azotate de plomb, bichlorure détain; sous-azotate de bismuth (fréquemment employé en médecine); fabrication de T acide oxalique, des amorces fulminantes, dupyroxyle (coton-poudre), de la nitro-gtycérine, de la dextrine, du précipité rouge (deutoxyde de mercure); gravure dite à Y eau- forte; sècr étage des poils pour la chapellerie; essais de tor, de V argent, du bronze, des soudes contenant des sulfures; séparation de té tain (attaqué et converti eu acide métastannique SnO* insoluble) ; épuration complète de r argent {*) ; préparations diverses et incinérations dans les laboratoires de chimie, cautérisations, impressions en jaune orangé sur soie (par Faction successive 1° de l'acide à 24° épaissi au moyen de la gomme, el 2° de l'ammoniaque étendue). Fabrication de Y acide picrique (carbazotique) pour la teinture de la soie en jaune citrin {vojr. à la fin du 2e volume les applications des huiles extraites des goudrons, résidus des usines à gaz d'éclairage).
On fait très-fréquemment usage de l'acide azotique pour des travaux de recherches expérimentales en raison de ses propriétés oxydantes non-seulement sur les métaux, mais sur les substances organiques ; il transforme l'indigo en acide indigotique, le camphre en acide camphorique, Phuile d'amandes amères en, acide benzoïque, etc.
(*) 500 grammes d'argent ordinaire, dissous dans l'acide azotique, la solution étendue de 8 litres d'eau distillée, déposée, filtrée (triple papier), on élimine ainsi des traces d'or. La liqueur limpide précipitée en agitant avec acide chlorhydrique, le liquide clair décanté, on lave par décantation le précipité avec de l'eau jusqu'à cessation de traces de cuivre par le prussiate de potasse. Le chlorure d'argent ainsi épuré est desséché au bain-marie dans une capsule de porcelaine; puis on en effectue la réduction à l'état métallique dans un creuset en ajoutant pour 100 parties 70 de craie et k de charbon de bois. Le culot obtenu, lavé, refondu sous une couche de charbon est coulé en lame et représente l'argent pur, dit à 1000 millièmes.
applications du bisulfate de soude résidu de la fabrication
de F acide azotique.
On ne saurait employer plus utilement ce bisulfate qu'en le faisant entrer dans les mélanges qui ont pour but d'obtenir le sulfate de soude neutre par la décomposition du sel marin : dans cette application, en effet, le double équivalent d'acide sulfurique décompose un équivalent de chlorure de sodium, et ici la température plus élevée pour compléter la réaction n'offre aucun inconvénient [voy. plus haut la fabrication de la soude artificielle).
On peut aussi se servir du bisulfate de soude pour fabriquer l'acide sulfurique fumant dit de Nordhausen (yoy. p. 305).
1. PRODUCTION NATURELLE. — 2. COMPOSITION, PROPRIÉTÉS. — 3. HISTORIQUE. — 4. THÉORIE DE LA FORMATION DE L'ACIDE BORIQUE. — 5. EXTRACTION MANUFAC- TURIÈRE. — 6. ÉPURATION DE L' ACIDE BORIQUE. — 7. APPLICATIONS.
ê. Production naturelle.
L'acide borique n'existe guère à l'état libre que dans des produits gazéiformes journellement amenés à la surface du sol par des [fumerolles ou suffioni) phénomènes analogues à ceux qui entourent plusieurs productions volcaniques; cette source, naguère sans importance, fournit actuellement la plus grande partie de l'acide borique consommé en Europe.
A l'état de combinaison avec la magnésie {boracite)^ la chaux ou la soude (borax), l'acide borique est assez abondant en certaines contrées; les eaux naturelles qui tiennent en solution le borate de soude dans l'Inde, la Perse, la Chine, l'île de Ceylan, la Tartarie méridionale, donnent, par leur évaporation spontanée, le borax brut du commerce, que Ton emploie encore concurremment avec le borax fabriqué .au moyen de l'acide borique de Toscane et de la soude artificielle (*). On traite le borax brut des deux origines par le même procédé de raffinage décrit plus loin.
S. Composition» propriétés.
2 équivalents de bore (**) et 6 équivalents d'oxygène composent l'acide borique dont l'équivalent 2BOs est de 272,30 + 600 = 872,3 (***). Cet acide est blanc, solubledans l'eau, cristallisable
(*) Le borate de soude a été rencontré dans les eaux thermales de Wiesbaden et d'Aix-la-Chapelle, par M. Frésénius, dans celles de Baréges, Bagnère-de-Luchon, Cauterets, d'Olette (Bonis) , de Vichy ; dans les potasses des végétaux, la pegmatite de l'Aveyron et le feldspath des Pyrénées.
(**) On peut obtenir le bore en décomposant à chaud l'acide borique par le potassium. Le bore amorphe brûle facilement, tandis qu'à l'état cristallisé graphitoîde, il ne s'enflamme pas chauffé au rouge en contact avec l'air. La découverte du bore a été simultanément faite en France par Gay-Lussac et Thénard, en Angleterre par Davy.
(***) Si l'on représente l'équivalent du bore par 136,15, l'acide borique =436,15, et 2 équivalents =872,30; en se combinant à la soude, 387,5 forment le borax = 1259,80.
par refroidissement en petits prismes ou en lamelles, lorsque la solution est rendue un peu visqueuse (par l'albumine) ; ses cristaux, qui contiennent 6 équivalents = 675 ou 0,436 d'eau, perdent la moitié de cette eau à la température de 100#, 5 équivalents sur 6 à + 160°, en prenant une fluidité visqueuse, et le reste à une plus haute température ; à la température rouge, devenu anhydre, il peut être facilement étiré en fils très-longs et déliés. L'acide borique cristallisé est doué d'une faible saveur acidulé, aussi fait-il seulement virer au violet vineux la couleur bleue du tournesol, et non au rouge clair, comme la plupart des autres acides. L'eau n'en dissout que 2 pour 100 à -h 10* et 8 à 100°; l'alcool et l'esprit de bois peuvent aussi dissoudre l'acide borique, et ces solutions brûlent avec une flamme verte.
L'acide borique en cristaux, soumis à une température élevée, se fond et bouillonne ; une partie, entraînée avec la vapeur d'eau, se sublime et se dépose en paillettes légères, diaphanes, brillantes; la portion restée anhydre éprouve, à une température rouge clair, la fusion ignée, et peut alors être étirée en fils vitriformes très-ductiles pendant que la transition de l'état liquide à l'état pâteux et solide s'effectue graduellement. L'acide borique présente donc des analogies avec la silice ou acide silicique, quoique bien plus fusible ; aussi les borates sont-ils plus facilement fusibles que les silicates, et leur introduction dans la composition du verre et des couvertes des émaux formant des boro-silicates rend-elle ces produits plus faciles à fondre et à travailler. L'acide borique liquéfié à une température rouge cerise n'entre pas en ébullition, quoiqu'il se vaporise lentement au rouge blanc.
Cette grande résistance explique son action à une température élevée sur les sels qu'il décompose : par exemple, les sulfates dont il chasse l'acide à une haute température, tandis qu'à froid ou à 100* il n'agit pas sur eux, et qu'à ces températures, au contraire, les borates sont décomposés par l'acide sulfurique.