Variété* commerciales da Terre et leurs
propriétés*
On désigne sous le nom de verres diverses substances fusibles à une température élevée, solides à la température ordinaire, cassantes et brillantes; mais dans les arts industriels, le verre est toujours formé de silicates. On peut distinguer les espèces suivantes :
1° Verre so lubie ; silicate simple de potasse ou de soude, ou mélange de ces deux silicates [voy* ci-dessus, p. 591 et 597); 2° Ferre de Bohême : silicate de potasse et de chaux ; 3° Ferre à vitres i gobeleterie, glaces ^ crown-glass , etc. : silicate de potasse ou de soude et de chaux (contenant presque toujours des traces d'alumine et d'oxyde de fer) ; 4° Ferre a bouteilles : silicate de potasse ou de soude, de chaux, d'alumine et d'oxyde de fer ; 5° Cristal ordinaire : silicate de potasse et d'oxyde de plomb ^renfermant quelquefois de la baryte ou de l'oxyde de zinc) ; 6° Flint-glass : silicate de potasse et d'oxyde de plomb, plus riche en oxyde de plomb que le précédent ; 7° Strass : silicate de potasse et d'oxyde de plomb, contenant plus d'oxyde de plomb que le flint-glass, et dont on se sert pour les imitations de diamants et des pierres précieuses ; 8° Email : silicate et stannate ou antimoniate de potasse ou de soude et de plomb.
Ces verres, teints par des silicates colorés, mélangés à dessein ou accidentellement pendant qu'ils sont foudus, sont employés dans l'art de la peinture sur verre.
Sous l'influence de la chaleur (rouge cerise et au-dessus) les espèces de verres ci-dessus indiquées peuvent éprouver un ramollissement, puis une fusion complète. Les verres à base d'oxyde de plomb sont d'autant plus fusibles qu'ils renferment une plus forte proportion de cet oxyde. Les verres ordinaires sont d'autant moins fusibles qu'ils contiennent de plus fortes doses de chaux et d'alumine : ainsi le strass, le flint-glass et le cristal sont plus fusibles que le verre ordinaire, qui lui-même est sensiblement plus fusible que le verre à bouteilles.
Les verres même à plusieurs bases éprouvent diverses altérations lorsqu'ils sont refondus, puis refroidis très-lentement : une
'{u'on les a réduits en pondre très-fine, non-seulement par les acides, mais même par l'eau pure qui leur enlève une partie de leurs bases alcaline».
partie des bases alcalines se volatilisent, la silice se partage entre les bases, et forme des composés à proportions définies, qui cristallisent en se séparant ; le mélange intime et amorphe qui constituait le verre diaphane se trouve détruit ; le produit devient très-dur, fibreux, cristallin, à peine translucide, moins fusible, meilleur conducteur de l'électricité et de la chaleur. En cet état on Tappelle verre dévitrifié.
La découverte de la dévitrification du verre est due à Réaumur. C'est un phénomène général que peuvent présenter toutes les espèces de verre, mais surtout les verres contenant plusieurs bases terreuses et des oxydes de fer et de manganèse ; les verres plombifères et les verres à bases de soude ou de potasse sont moins sujets à cette transformation cristalline.
On peut presque toujours opérer la dévitrification en fondant le verre et Y abandonnant, en grandes masses, à un refroidissement gradué très-lent, ou bien en le chauffant au point de le ramollir, le soumettant d'abord à cette température prolongée, puis à un refroidissement très-graduel (*). L'opération réussit mieux sur le verre à bouteilles que sur les autres ; viennent ensuite le verre vert ordinaire, le verre blanc, le verre simple à base de soude, puis le cristal, et enfin le verre simple à base de potasse, qui est plus difficilement dévitrifiable que tous les autres.
Cette propriété explique pourquoi, dans la fabrication des bouteilles, on évite avec soin de réchauffer plusieurs fois la masse du verre qu'on veut façonner, autrement il se dévitrifierait au bout de peu d'instants : le verre deviendrait dur, peu fusible, et présenterait une foule de grains solides, sortes de sphéroïdes de cristaux irradiés, disséminés dans une matière encore molle ; de là vient le nom de verre galeux que lui donnent les ouvriers, lorsque ce phénomène se présente. On conçoit de môme pourquoi le verre vert (même le verre blanc ordinaire), et, à plus forte raison, le verre à bouteilles, ne peuvent être façonnés à la lampe d'émailleur qu'à la condition que l'ouvrier apporte une assez grande célérité dans sou travail ; lorsqu'il y met quelque
(*) M. Pelouze a démontré que le verre dé vitrifié peut offrir la même composition que le vene trausparent dont il provient : qu'un fragment d'une glace de Saint-Gobaiu chu u fié 2k à k% heure» sur la sole d'un four à recuire s'est dévitrifié sans ctnnger de poids, que le cristal lui-même peut être dévitrifié quoique plus difficilement que les autres verres. Les verres à base de soude sont bien plus sujets à se dévitrifier que les verres à. base de potasse.
lenteur, qu'il réchauffe à plusieurs reprises le tube de verre, la masse se dévitrifie. En vain essayerait-il alors de souffler une boule : le verre n'est plus assez mou ; la matière est devenue rugueuse, demi -transparente, et infusible à la flamme ordinaire de la lampe d'émailleur.
D'après ces données , on conçoit combien il importe de choisir avec soin les verres destinés à fournir des masses volumineuses, celles, par exemple, qu'on destine à la fabrication des lentilles pour les grands instruments d'optique. On ne réussit guère qu'avec le verre à base de plomb et de potasse, et celui à base de potasse et de chaux, qui peuvent, sans se dévitrifier, supporter un refroidissement très-lent. Aussi ces deux sortes de verres, qui constituent le flint-glass et le crown-glass, sont -ils employés exclusivement à la fabrication des objectifs pour les lunettes astronomiques. On essaye depuis quelque temps pour ces applications les verres ou cristaux à base d'oxyde de zinc et les borosilicates.
Sous un certain point de vue, la dévitrification a paru offrir un véritable intérêt : si l'on parvenait à bien régulariser cette préparation, on pourrait remplacer la porcelaine, dans plusieurs de ses usages, parle verre dévitrifié. Ainsi, on fournirait aux laboratoires de chimie des tubes, des cornues, des ballons, des capsules qui résistent au feu, aux acides, et s'obtiennent d'une seule pièce, sous des formes variées que le moulage de la porcelaine réalise difficilement.
Darcet a fabriqué avec le verre à bouteilles dévitrifié des camées, des carreaux d'appartement, des porphyres, des mortiers très-durs et des pierres colorées pour la mosaïque. On a depuis essayé cette fabrication en grand ; mais on n'a pu encore obtenir des résultats constants assez économiques.
4* Verre soluble.
Le verre soluble longtemps inconnu, quoiqu'il se produisit dans certains mélanges, laissa, jusque dans ces derniers temps, beaucoup d'accidents inexpliqués. C'est un silicate simple à base de potasse ou de soude, complètement soluble dans l'eau bouillante, plus ou moins attaquable à l'eau froide, et très-hygroscopique. Le fait suivant démontre les inconvénients qui parfois résultèrent de sa formation accidentelle.
En 1780, on fit en France des verres de Bohême, dont le pro-
cédé était récemment importé, au moyen des deux recettes suivantes :