Altérations spontanées
La gutta-percha normale et la gutta isolée éprouvent à l'air, surtout sous F influence d'une température de + 25 à 30°, et lorsqu'elles sont en feuilles minces ou en (ils, une altération spéciale, plus ou moins lente ou rapide, que décèle une odeur piquante, parfois assez forte, accompagnée d'un dégagement de vapeur acide et d'une coloration jaunâtre. Cette altération doit fixer l'attention des fabricants et des consommateurs : elle ôte, peu à peu, à la gutta-percha sa flexibilité, sa ténacité, son extensibilité, à ce point que cette substance peut devenir friable et dépourvue de ténacité ; alors ne contenant plus de gutta, elle est devenue presque totalement soluble dans l'alcool anhydre froid.
On comprend toute l'importance de ces changements, qui peuvent rendrp fragiles divers ustensiles minces, tels que les sondes chirurgicales, les cordes et courroies des machines. Des accidents assez graves sont arrivés par cette cause, depuis la première publicité que j'ai donnée aux faits ci-dessus que j'avais observés. Les mêmes altérations continues sont cause de l'odeur sensible que contracte en quelques heures l'eau ainsi que les autres boissons enfermées dans des vases en gutta-percha.
Il serait fort désirable que l'on pût trouver un vernis souple, capable de prévenir ou de retarder ces altérations spontanées. Une immersion constante dans l'eau produit en grande partie ces effets de conservation, bien que le liquide devienne légèrement acide : on comprend donc que les applications dans lesquelles la gutta-percha se trouve constamment immergée doivent être particulièrement avantageuses (*).
Les transformations faciles de la gutta-percha commerciale tiennent surtout à ce qu'elle s'amollit par la température de 60 à 100°, au point d'être moulée, laminée et étirée en fils ou tubes; de pouvoir être soudée avec elle-même, et de reprendre par le refroidissement sa dureté et sa ténacité primitives. Elle peut alors être travaillée au tour, et par ces di-
(*) Et qu'il puisse être avantageux, aussi, de conserver la gutta-percha brute sous l'eau dans des vases fermés, en tôle ou en fonte : le métal en s'oxydant débarrasserait le liquide de l'oxygène libre qui peut oxyder la gutta.
vers moyens être mise sous toutes les formes désirables, ornée de toute espèce de moulures et sculptures en creux et relief. Elle conserve, aux températures ordinaires de notre climat (de -+- 5 à 27°), une dureté comparable à celle du bois, avec une souplesse et une ténacité analogues à celles du cuir, et de plus une extensibilité notable qui change sa structure : celle-ci de celluleuse devient alors fibreuse et se maintient à la température ordinaire.
• S* Extraction.
On abat l'arbre (*), on place sous son tronc soulevé des vases en bois ou formés de feuilles de bananier, dans lesquels est reçu le suc laiteux qui s'écoule. La matière qui forme l'émulsion se concrète à l'air, on la sépare du liquide aqueux, on la laisse dessécher, puis on superpose ou Ton enroule cette matière fibreuse, grisâtre en masses plus ou moins fortes, que Ton expédie en Europe dans des caisses ou des enveloppes de tissus grossiers. •
6* Épuration.
La gutta-percha arrive dans le commerce en masses feuilletées ou enroulées, impures, contenant, interposés, des matières terreuses, des débris ligneux, etc. Pour l'épurer, on la divise d'abord à l'aide d'un coupe-racine (fig. 3, 4 et 5, pi. IV), dont là pièce principale est un disque muni de trois lames de rabots A, A' A* (fig. 3), planes ou courbes, chacune des lames constamment arrosée, rencontrant à son tour les masses de gutta-percha A (fig. 5)i les tranches en copeaux minces irréguliers qui passent dans la lumière du disque B (fig. 5) et tombent en avant.
On jette ces copeaux dans l'eau à 15 ou 20°, afin que les débris ligneux s'imbibent et deviennent plus lourds que la gutta qui surnage; la matière est ensuite portée sur une tablette A (fig. 1), entraînée par deux rouleaux devant un cylindre B armé de lames de scie comme une râpe à betteraves {voy* 2e volume, l'article Sucrb) et tournant au-dessus d'un bac C rempli d'eau froide. La division nouvelle opérée par ce cylindre met en liberté les substances étrangères; parmi celles-ci, les unes se déposent, d'autres se dissolvent, tandis que la gutta-percha surnage l'eau et arrive bientôt
(*) Il serait bien préférable de procéder à l'extraction du suc par voie d'incisions, qui ménageraient l'arbre et accroîtraient la production.
sur une toile sans fin D, qui la dirige devant un cylindre diviseur E semblable au premier; elle retombe sur l'eau en F, est soumise dans ce deuxième bassin à une opération semblable, et passe sous un troisième cylindre H agissant comme une pile à défiler (pcy. la fabrication du papier, 2e volume) (*).
Après avoir subi ces trois opérations successives, la gutta-percha est agitée en I sur l'eau chauffée à 80°, et poussée vers la troisième toile sans fin I, sous le cylindre J, armé de lames épaisses, et engagée entre ces lames et des lames semblables fixes d'une platine courbe analogue à la platine armée de lames, des piles à papier; ce dernier déchiquetage la met dans des conditions propres à l'agglomération qu'elle subit après avoir été agitée en passant par le moulinet K, elle est conduite par la toile L, entre cinq paires de rouleaux de M en M' ; une dernière toile sans fin M'N, dont elle suit le mouvement, l'engage entre les deux rouleaux lamineurs N, qui en expriment l'eau : elle peut être directement conduite alors, soit dans un laminoir en O, qui la façonne en une feuille plus ou moins épaisse, soit entre les deux cylindres cannelés (fig. 2), qui, mus en sens contraire par la roue d'engrenage A et la transmission BG, la découpent en lanières, bandes ou fils cylindriques, ou rectangulaires, suivant les formes et les dimensions de ces cannelures.
Au lieu de façonner ainsi directement la gutta-percba, il vaut mieux se contenter de la mettre sous forme de feuilles; celles-ci sont ensuite ramollies et mises en fusion pâteuse par une température de 112 à 115°, dans une chaudière hémisphérique en fonte munie d'une double enveloppe, dans laquelle circule la vapeur d'un générateur chauffée à 153* sous la pression correspondante de ô atmosphères. En remuant la pâte on fait aisément évaporer l'eau interposée qui ferait obstacle à l'adhérence de toutes les parties comme aux soudures, et diminuerait la solidité des objets façonnés.
Plusieurs perfectionnements notables dans l'épuration et le travail de la gutta-percha ont été réalisés par MM. Leverd, à l'aide des opérations et des appareils que nous allons décrire.
(*) En ce moment où le cours de l'alcool est très-bas (50 fr. les 100 litres), il y aurait peut- être avantage à épurer la gutta-percha par ce dissolvant qui enlèverait les substances résineuses (albane, fluavile, etc.), laissant la gutta pure bien plus tenace et moins altérable. On éviterait une perte très-notable d'alcool en employant pour cette extraction un appareil semblable à celui que M. Deiss a construit pour le traitement des tourteaux gras (yojr. ci-dessus, p. 169).
La division plus complète des pains ou blocs de la substance brute (préalablement découpés en prismes irréguliers par une scie circulaire arrosée) s'effectue directement à l'aide d'une râpe formée de disques A, à fortes dentures B, alternes (fis. 56), et solidement assemblés sur un axe, serrés entre une embase et un écrou, constituant dans leur ensemble une râpe de 30e de diamètre et 15e de large, représentée par la figure 57, et dontl'action
est aidée par un continuel arrosage. L'espèce de pulpe obtenue ainsi est épurée par un lavage à trois eaux, en la transportant successivement dans trois cuves de 10 hectolitres ou dans trois cases d'un grand bassin rectangulaire, en madriers, de 3 mètres de long, 1 mètre 33 de large et 1 mètre de profondeur. L'eau suit une marche inverse : de la dernière cuve ou case, elle passe par des tubes ou siphons dans la "2" et la 1", d'où elle eel rejetée lorsqu'elle est chargée de corps étrangers dissous ou en suspension.
La pulpe lavée est étendue sur un dallage ou sur une aire bitumée en pente ou elle s'égoutte-
On la passe ensuite entre les deux cylindres d'un laminoir en fonte ayant 1 mètre de longueur et 40 c. de diamètre, chauffés intérieurement par un jet de vapeur. La pulpe se transforme en une pâte malaxée en la faisant passer cinq ou six fois entre les cylindres. Lorsque le pétrissage est suffisant, ou coupe parallèlement à l'axe la pâte qui enveloppe le cylindre supérieur, on rapproche à \ millimètre ou presque au contact les deux cylindres continuellement mouillés entre lesquels, dès lors, il ne s'engage plus qu'une très-mince épaisseur de substance ; la feuille molle qui sort de ce laminage est saisie des deux côtés du larni -
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noir par deux hommes qui, à l'aide d'une traction ménagée, l'étendent au point de doubler sa largeur, et enlèvent quelques débris ligneux qu'il est alors facile d'apercevoir. Ces feuilles, excessivement minces, sèchent promptement à l'air; on achève la dessiccation en même temps que l'on soude toutes les parties par une fusion pâteuse, dans une chaudière plate, de 1 mètre 50 de diamètre, A (6g. 58), à double enveloppe B chauffée à 110 : ou 115*, par-un jet de vapeur qu'amène un robinet C; l'eau condensée entre les deux fonds s'écoule par le tube D, vers le retour d'eau du générateur. Un couvercle eu trois parties mobiles permet de charger cette chaudière et d'en retirer la pâte lorsque l'eau en a été chassée par la vaporisation . La matière en cet état est portée dans un pétrisseur (fig. 59) à deux cylindres cannelés longitudinalement, engrenant ensemble et tournant, par conséquent, en sens contraire dans les directions des flèches, ce qui produit un pétrissage énergique en laminant la matière de dessous en dessus. La chaudière A, large de 80e, longue de 1 mètre et profonde de 1 mètre, est munie d'une enveloppe laissant un intervalle y. It de 1 à 5 centimètres B pour la libre
circulation de la vapeur qu'amène a volonté un robinet e; l'eau de condensation fait retour au générateur par le tube f.
Ordinairement, au bout d'une heure, la malaxation est complète, et l'on peut enlever la pâte de gutta-percha qui remplît la chaudière pour la livrer aux laminoirs à cylindres pleins ou cannelés transversalement; elle est ainsi moulée sous formes de lames ou de courroies plus ou moins larges et épaisses.
Cette pâte s'emploie également pour confectionner des courroies cylindriques et des tubes par une forte pression imprimée au piston d'une sorte de presse à macaroni, mais horizontale.
Les figures 6, 7, S, 9 et 10, pi. IV, indiquent cette machine spéciale : le cylindre A (6g. 6, 7 et 8), a double enveloppe chauffée par la vapeur, reçoit la pâte dans la cavité en avant du pistou. Celui-ci, mù par la roue dentée B que commande le pi-
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gnon C, pousse cette pâte maintenue à 1001 environ, dans la filière conique d à mandrin e cylindrique ; la première portion tubulaire qui sort étant rendue défectueuse par l'air interposé, doit être retranchée.
Dès lors on lève une vanne qui retenait l'eau de la bâche f, ayant une longueur de 10 mètres; cette eau arrive au contact de la filière et refroidit la pâte du tube, de façon à lui donner plus de consistance à mesure qu'il pénètre dans la bâche. Le tube encore un peu mou est d'ailleurs soutenu dans la direction rectiligne horizontale et par l'eau qui le supporte et par un guide gy long de 2 mètres, en fer. On parvient sans peine à donner aux tubes plus de résistance à l'allongement, en même temps qu'on transforme leur texture celluleuse que l'on rend fibreuse, en forçant ces tubes et courroies à passer dans des filières plus étroites au moyen d'un banc à tirer usuel qui les allonge d'un tiers environ.
9« Transformations en feuilles» llls, cravaches
et eovrroles*
On confectionne en gutta-percha, par le laminage et le corroyage, de fortes courroies pour les transmissions de mouvement dans les papeteries ou autres usines dans lesquelles ces courroies sont habituellement mouillées, ou du moins à l'abri d'june élévation de température qui les rendrait trop molles, susceptibles de s'allonger ou de se rompre. Les ateliers habituellement chauffés, notamment les imprimeries, offrent des circonstances défavorables pour les transmissions de mouvement à l'intérieur par les courroies en gutta-percha.