‹ Précis de chimie industrielleChapitre 19 sur 215 · EAU. 8S · texte numérisé non relu

EAU. 8S

tapissé d'une assez grande quantité d'oxyde de fer hydraté, sous forme gélatineuse, mélangé de silice, de conferves et de matières sableuses que Feau entraine quelquefois. J'ai constaté dans ce dépôt la présence du manganèse.

a En résumé, on peut conclure de Tensemble de ces expériences quc^ si l'eau du puits foré de Grenelle reste, au point de vue de son emploi dans les ménages et dans les usines, une eau de bonne qualité, à cause de la minime proportion des matières salines qu'elle renferme, elle présente néanmoins, au point de Tue géologique, en raison de la nature même de ces matières et de celle des gaz qu'elle a dissous, quelques-uns des caractères d'une eau minérale.

ff Conformément à l'opinion de M. Walferdin, on attribue l'origine de cette eau à l'eau pluviale qui, pénétrant dans les sables verts, dans les environs de Troyes, à une hauteur de 125 mètres au-dessus du niveau delà mer, ressort par le trou de sonde de l'abattoir de Grenelle.

c Puisque l'eau pluviale ne contient qu'une très-petite quantité d'acide carbonique, il est vraisemblable que l'eau du puits de Grenelle, en* pénétrant dans le sol, en emprunte à l'atmosphère conQnée qui environne la terre végétale. Il est possible aussi qu'elle traverse des couches deterrain imprégnées de ce gaz, sous l'influence duquel elle dissout du» carbonate de chaux et du carbonate de magnésie. C'est probablement aussi à la présence de l'acide carbonique qu'il faut attribuer l'existence de la silice, que cet acide rend libre, en opérant la décomposition des débris feldspathiques que l'eau, qui en est chargée, rencontre sur soiv passage : de là le carbonate de potasse qui donne à celle-ci une réaction alcaline. Quant à l'azote qui existe en dissolution dans cette eau, il proviendrait de l'air que l'eau pluviale renferme, air dont l'oxygène aurait été employé soit à oxyder les produits pyriteux, soit à détruire le sulfure alcalin qui, à un certain moment, a dû se trouver dans cette eau. »

Lorsque les substances salines sont en faibles proportions, comaïc dans des rivières, elles ne nuisent pas sensiblement à la plupart des usages économiques de l'eau ; elles jouent, au contraire, un rôle utile dans la nutrition des êtres et rendent l'eau plus agréable à boire.

Parmi les composés que leur proportion prédominante rend surtout nuisibles soit aux applications industrielles, soit à Tusage domestique, nous citerons le sulfate de chaux des eaux dites séléniteuses. Nous indiquerons, en traitant de ce sel, ses inconvénients et les moyens d'y remédier. Nous devons mentionner aussi le sel marin et le chlorure de magnésium, qui ne permettent pas d'employer l'eau de mer comme boisson, et rendent (le dernier surtout) tellement hygroscopiques les tissus lavés avec cette eau, que le linge de corps devient insalubre et désagréable à porter.

Filtration des eaux. — Lorsqu*on laisse déposer ou filtrer sur du sable les eaux troubles, ou en sépare les corps étrangers insolubles (sable, argile, etc.). La filtration sur des corps poreux, notamment au travers d'une couche de charbon en poudre, peut éliminer les matières gazeuses et organiques putrides ; mais cette sorte d'épuration ne se prolonge guère : bientôt le pouToir absorbant du charbon est épuisé, et dès lors il n'agit plus que comme matière filtrante ; alors aussi il peut offrir Tinconyénient de laisser dissoudre (lorsque la température s'élève) dans l'eau qu'on veut épurer une partie des matières putrides qu'il avait enlevées à l'eau filtrée lorsque la température atmosphérique était plus basse. Il est donc fort utile, dans Tintérét de la salubrité, de faire nettoyer les filtres des fontaines, surtout au moment où la température de l'air s'élève notablement.

On trouvera dans V Annuaire des eaux de la France publié par le Ministère de l'agriculture en 1851-1854 et rédigé par une commission spéciale (*) des notions nombreuses, étendues et détaillées sur les eaux potables (l" partie, p. 3 à 315). M. Payen faisait remarquer alors (p. 6) toute l'importance des matières organiques, plus ou moins azotées, dans les eaux naturelles et dont on n'avait pas assez tenu compte jusqu'alors dans les analyses, leurs influences, tantôt favorables pour les irrigations fécondantes des terres en culture, tantôt nuisibles lorsqu'il s'agit de faire usage des eaux comme boisson pour l'homme et les animaux.

Les eaux des rivières qui traversent les grandes villes pourraient, dans les saisons des basses eaux, devenir moins salubres et surtout moins agréables à boire, en raison de certaines matières organiques qu'y déversent les égouts. En étudiant, à ce point de vue, l'eau de la Seine audessous de Paris, M. Peligot, en 1866, parvenait à en extraire des cristaux d'urée, témoin irrécusable de la présence des urines (**).

Épuration des eaux par la dislillation. — Pour toutes les applications aux préparations et recherches des laboratoires, les eaux naturelles, celles même qui proviennent directement des pluies, sorte de distillation en grand, doivent être épurées par la distillation : car si, d'un côté, les diverses sources alimentées par les eaux pluviales, réunies dans des réservoirs souterrains, se chargent d*acide carbonique, de sels calcaii*es, magnésiens alcalins et des substances organiques qu'elles peuvent dissoudre en filtrant dans les terres, d'une autre part la pluie, en traversant

(*) Ainsi composée : Uéricart de Thiiry, président, Orfila, D' Pâtissier, Dubois (d'Amiens), et de MM. Hecquerel, Bouchardat, Boutron, Cherdlicr, 0. Ilenry, MUue-Edwards, Payen et Ch. Sainte-CIaire-Deville. (MM. Gide et Baudry, éditeurs.)

(**) Les plus importants mémoires publiés sur les eaux potables ont été réunis en un rolame qui fait partie des Mémoires de la Société centrale d'ngriculture de France, pour 1865.

Voyez aussi le Mémoire de M. Boudet sur l'eau de la Seine {Annales de Chimie, 186», t. H), et do )IM. Eoutron et Boudet sur Thydrotimétrie, 4* édition, 1S66.

Tair, en coulant sur les surfaces qui peuvent la diriger vers les citernes, dissout des composés ammoniacaux ou nitreux, rencontre et entraîne divers corps étrangers capables de troubler les délicates réactions de la chimie.

Rien n'est plus simple que la distillation deTeau : les appareils distillatoires (alambics et serpentins) sont connus de tout le monde. De toutes les opérations auxquelles ces appareils s'appliquent, la plus simple, en apparence^ Tépuration complète de Teau, est cependant une des plus difficiles. Voici quelles sont les précautions à prendre pour approcher le plos possible du but qu'on se propose d'atteindre en soumettant l'eau à la distillation :

1° Éviter que, par un chaulfage trop brusque, l'ébuUition devienne tumultueuse, car des gouttelettes de l'eau impure soumise à la distillation seraient projetées jusque dans le serpentin ;

^ Adapter au bas du chapiteau plusieurs diaphragmes pour aiTéter les projections ;

5^ Rejeter au moins le premier dixième du volume qui s'écoule du serpentin, car il contient de l'ammoniaque et parfois d'autres corps plus volatils que l'eau, entraînés surtout avec les premières vapeurs ;

4° Recueillir dans des flacons spéciaux et réserver comme les plus purs les trois dixièmes environ qui s'écoulent ensuite ;

h'* Si l'on remplit alors l'alambic, il faut recommencera fractionner les produits de la même manière ;

6*" Après avoir réitéré cinq ou six fois le remplissage, on doit vider la chaudière (cucurbite) et recommencer les mêmes opérations en la chargeant d'eau nouTelle. Faute de cette dernière précaution, on risquerait de trop concentrer les matières impures qui pourraient alors se décomposer. Le chlorure de magnésium, par exemple, donnerait lieu à des vapeurs d'acide chlorhydrique ; les matières organiques (*) produiraient des corps pyrogénés, des composés ammoniacaux, etc., et tous ces produits de décompositions partielles, passant par le serpentin, iraient se mêler à l'eau distillée.

Les précautions que nous venons d'indiquer doivent être prises avec plus de soin encore, relativement à l'eau de mer que l'on veut rendre potable, car cette eau est bien plus chargée que les eaux usuelles de

n Indépendamment de ces précautions, si l'on tient à se débarrasser des su1)8tances orga- Hms, on metlri avec 100 lilrcs d'enii dans la chaudière de Tatambic 1 litre de solution cjttrgée de manganate de pelasse et 1/2 litre de solution concentrée de potasse. Si l'eau distillée contenait de rammomaquc, il fuudrail la soumettre à une rectification en mettant dans U curcarbile 2 i 4 millièmes de bisuUate de potasse.

substances salines, organiques, etc., qui, outre les inconvénients que nous venons de signaler, donnent lieu à des incrustations plus abondantes et plus tenaces. Sous, ces incrustations la température du métal s'élève parfois au rouge, opère les décompositions précitées, et compromet la résistance des chaudières. Nous indiquerons, en traitant du sulfate de chaux, les moyens d'éviter ou d'amoindrir les inconTénients des incrustations séléniteuses.

Si d'un côté l'on peut obtenir de l'eau douce en distillant l'eau de mer sur les navires durant les voyages, d'un autre côté on peut mettre à profit sur nos plages l'évaporation spontanée de cette eau pour obtenir la plus grande partie des sels de soude et de potasse utiles aux divers usages industriels, agricoles et économiques (voyez plus loin Soudes^ potasses et sels extraits des eaux de la mer).]

Voici la composition moyenne de l'eau de mer :

Eau 90,470

Chlorure de sodium (sel mario) 2,700 \

Chlorure de potassium 0,020

Chlorure de magnésium 0,300

l de chaux 0,140

Sulfates. . . . j de magnésie.. . . . 0,240

f de potasse 0,005

Carbon...... I ^TZ^^'. \ ^'^

Bromures, iodurcs, matières organiques. . . 0,011 Huile essentielle, acide carbonique 0,050

Cette composition est un peu variable : moins abondante en composés magnésiens dans la Méditerranée que dans l'Océan, d'après M. Usiglio, elle est plus riche en composés salins à de grandes profondeurs, suivant M. WoUaston.

Le grand intérêt qui s'attache au traitement des résidus de l'eau de mer (eaux mères des salines) nous décide à donner ici les principaux résultats des travaux dont la composition de cette eau a été l'objet :

ANALYSE DES BAUX DE U M£dITERRAN£E, PAR M. USIGLIO.

iAu pied de la montagne Saint-Clair, a 4,000* du port de Celle devint U fabrique de produiu chimiques de ViUeroy.

Au large, densité = 3**,5 Baume.

A 50" du rivage, = 4» et 4«,5.

Xes résultats des analyses, à div«:^es distances, même plus considéirdbles, ont toujours été discordants. Us n'ont été comparables que lorsqu'on a pris l'eau de mer loin de la côte* et de l'influence de toute cause perturbatrice.

Les échantillons sur lesquels j l'un à 5,000** de la côte, 1" de profondeur. porle l'analyse ont été pris. | l'autre à 5,000** de la côte, 1" »

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