Les glycérides (corps gras neutres
Un chapitre spécial sera consacré aux corps, comme les résines et les matières colorantes , sur les fonctions chimiques desquels on ne peut encore rien préciser.
34. On appelle sel ou combinaison saline tout groupe moléculaire qui renferme un certain nombre d'éciuivalents d'hydrogène ou de métal pouvant être remplacés, directement ou i)ar double décomposition , par un même nombre d'équivalents d'un autre métal ou d'hydrogène.
Cette suljstitutiun s'elfectue (l) directement lurs([u'ii laide dun métal , du potassium , par exemple , on déplace l'hydrogène ; (2) par double décomposition , lors(|u'on enlève l'iiydrogène ou le métal du sel [a) au moyen d'un oxyde, d'un sulfure, etc., de manière à produin; et à élimin<u' de l'eau ou un autre oxyde, sulfure , etc., et à laisser le nictal du premier oxyde ou sulfure à
la place de l'hydrogène ou du métal renfermé primitivement dans la matière organique ; (b) au moyen d'un autre sel , organique ou minéral , par l'effet d'un simi)le échange d'hydrogène ou de métal.
Exemples : 2 é(|. d'acétate plombique décomposés par 1 éq. d'hydrogène sulfuré donnent 2 éq. d'acétate normal (acide acétique) et 1 éq. de sulfure plombique :
2C2(II3P6)02 -f- SII2 = 2C2H^02 + SPf;2.
Ce même acétate plombique précipité par du sulfate sodique foiu'nit de l'acétate sodique et du sulfate plombiciue :
2C2(H3pi)02 + SNa20i = 2C2(H3Nfl)02 -f SP620*.
Les équivalents d'hydrogène ou de métal ([ui peuvent ainsi s'éliminer et se remplacer s'appellent la base du sel. Dans le plus grand nombre des cas, on emploie la double décomposition pour en opérer l'échange.
Pour distinguer entre elles les espèces salines appartenant à un même genre , on joint au nom de celui-ci le nom de la base ; ainsi on dit acétate plombique, acétate argentique, etc. ; benzoate calcique , benzoate potassique, benzoate bary tique, etc., lorsque ces sels appartiennent aux genres acétate et benzoate, etc. Lorsque la base est entièrement constituée par de l'hydrogène , le sel est dit normal.
Il est à remarquer que les noms de la plupart des genres salins se reconnaissent à la terminaison ate ; quelques uns , il est \Tai , ont été terminés en ure (cyanure, sulfocyanure ) , mais le nombre en est liien restreint. Cette anomalie dans la nomenclature tient aux théories particulières émises lors delà découverte de ces sels sur leur constitution chiini([ue.
Les sels à base d'hydrogène sont généralement connus sous le nom d'acides, en raison de leur saveur aigre et de la propriété qu'ils possèdent de rougir la teinture de tournesol. C'est à leur aide (|u'on prépare le plus grand nombre des sels métalliques , et nous devons leur vouer d'autant plus d'attention qu'ils sont, pour ainsi dire , plus organiques que ceux-ci , car l'hydrogène lui-même est un des cjivitre éléments organiques. Cet élément joue d'ailleurs plusieurs rôles : tantôt il est basique, comme dans
le cas qui nous occupe , tantôt il peut s'échanger pour du chlore ou du brome, tantôt enlin il résiste à toutes les tentatives de substitution ; il n'est même pas rare de voir l'hydrogène affecter ces trois formes dans un seul et même groupe moléculaire.
35. Basicité. — Les sels examinés juscpi'à présent varient quant au nombre des équivalents de base; il en existe à un seul, à deux, à trois équivalents, qui sont représentés soit par de l'hydrogène ou par le même métal, soit par de l'hydrogène et un métal , soit par deux métaux différents.
Dans un sel unibasique, la base est représentée par 1 éq. d'hydrogène ou de métal.
Benzoate normal (acide benzoïque) C'HW
Benzoates métalliques C^(H5iM)02.
Cyanure normal (acide cyanhydrique) CHN
Cyanures métalliques CMN
Les acides oxygénés volatils , ainsi que quelques acides azotés , appartiennent à cette classe.
Dans un sel bibasique , il peut arriver que la moitié seulement de la base soit métallique , ou que les deux équivalents de base constituent deux métaux différents.
Tartrate normal (acide tartrique) C^H^O''
— potassique (crème de tnrtrc) C''(H5K)0^
— bipotassique (tartrate dit neutre) C^(H4K2)0^
— sodico-potassique (sel de Seiguette) C^(H<KNa)0^.
Les sels qui, dans cette classe, renferment à la fois de l'hydro gène et un métal, rougissent ordinairement le tournesol, et s'appellent pour cela sels acides, par opposition aux sels neutres, où toute la base est représentée par un métal. Mais cette dénoniiiialion n'offre rien de précis, puiscjue l'action sur le fourijcsol dépend ii(';r;essaireinent de la natun? de la base.
On compte dans ccUc classe le plus grand noml)n' des sels fort oxygénés.
On reconnaît généralement les acides bibasi([iu'SJi la projjriéh' (il? s'accoupler avec l'alcool ou l'esprit de bois di; nianièie à donner ce (ju'on a[)pelle des acides copules ou viniques (jui ne satuicnl (|u'unseul équivalent de base (acide tarlrovini(|ue, camplio-
vinique , etc. ). Les acides unibasiqucs ne produisent pas de semblables combinaisons.
Les acides bibasiques, comme les acides unibasiques , donnent des étbers neutres; mais la composition de ceux-ci diffère suivant la basicité des acides employés à leur formation ( voir plus bas , Sels copules et Ethers).
Les sels tribmiques que l'on a étudiés sont peu nombreux; il faut y ranger les citrates , les aconitates , les méconates , et probablement aussi les tannâtes. Comme dans le cas précédent, la base peut être formée par un seul élément ou par des éléments différents :
Méconate normal (acide méconique) CtfO^
— tripotassique C'(nK3)0'
— bipotassique C'CH^K^jO'
— potassique CT(H3K)0^
Dans cet exemple, sur 4 équivalents d'hydrogène contenus dans l'acide, un seul n'est point basique.
Il ne faut pas confondre l'expression basique, dans le sens que nous y attachons , avec le même mot employé par la plupart des chimistes pour désigner des sels métalliques renfermant, en sus de la base proprement dite, un ou plusieurs équivalents d'un oxyde métallique, tel que l'oxyde de plomb. Pour éviter toute erreur, nous appellerons ces derniers composés sels surbasiques. Exemples tirés des acétates :
Acétate normal C2H*02
— plombique C2(H3P6)02.
Sels surbasiques :
Rapport du métal contenu dans le sel normal au métal de l'oxyde :
C2(Il3pfc)02 -f Vb^O 1 : 2
2[C2(I13P6)02] + 5Pt2o. 1:5.
Le premier de ces sels surbasiques est l'acétate surbasique ordinaire, communément appelé tril)asique {i>b^7\, suivant M. Berzélius), et l'autre l'acétate sexbasique {i>b^Â). Pour les désigner d'une manière plus exacte, il conviendrait peut-être d'exprimer dans les noms le rapport du métal contenu dans le sel neutre à celui qui se trouve dans l'oxyde excédant , à peu près de la manière suivante : acétate de plomb bisurbasique , acétate de plomb
quintisurhasique . Les anciennes dénominations se confondent trop facilement avec celles qu'on applique aux sels, à plusieurs équivalents de base, ou polybasiques , et qui ne contiennent pas d'oxyde excédant.
On ne sait rien de précis quant à la constitution de ces sels surbasiques; il serait possible que l'oxyde excédant y jouât un rôle semblable à celui de l'eau de cristallisation dans d'autres sels. La chaux et la baryte en fournissent quelquefois comme l'oxyde de plomb , mais bien plus rarement.
36. Èmétiqnes. — Les oxydes métalliques (1) dont la composition ne correspond pas à celle de l'eau, tels que les oxydes de chrome, de fer, d'antimoine, etc. (CHO^, Fe^O^, S6*0^), se comportent avec les acides d'une manière toute particulière, et l'on peut dire que leurs métaux , échangés contre l'hydrogène de ces acides, ne jouent plus, dans la plupart des cas, le rôle de bases; du moins il est certain que les sels de cette espèce n'offi'ent plus les mêmes phénomènes de double décomposition que les sels métalliques obtenus avec les oxydes qui con'espondent à l'eau : ainsi, par exemple, l'acide tartrique et le tartrate acide de potassimn dissolvent l'oxyde de fer rouge, mais celui-ci n'en est plus précipité par la potasse ou la soude ; il en est de même de l'oxyde d'anthnoine contenu dansl'émétique des officines. M. Malaguti a décrit tout récemment de semblables composés obtenus avec l'oxyde de chrome et les acides tartrique, citrique, oxalique, etc.
Par l'ébuUition d'un mélange do crème de tartre et d'oxyde d'antimoine, on obtient l'émétique ordinaire :
2[C4(II5K)06] 4- 56^03 = 2[C<(II<K, Sb'^0)0<^] + 1120.
Ce qu'il y a de particulier dans ce genre de réaction, c'est que les oxydes en question ne lâchent pas tout leur oxygène en se décomposant avec l'hydrogène du sel de potassium. S6*0' est évid«;rament égal à 2 (Sb^O) -}- 0, c'est-à-dire à 2 éciuivalents d'un oxyde correspondant à l'eau, plus 1 écpiivalcnt d'oxygèiio; or,
(1) Il faut se rappeler ici que , pour nous, l'éciuivalmt de la plupart des métaux est la moitié de celui qn'aduicnenl pénéraleuient les rliiuiisles.dc sorte que Vc'-O, A//-(), Vb'M) est pour rux l-VO, Aj/O, VbO; de nièuie ils expriinciil Vc*0\ V.r*(J\ S6<0^ par l-'c^O^ Cr-0^ S^20^ etc.
c'est ce dernier équivalent qui seul opère la formation de l'eau aux dépens de l'iiydrogènt! de la crème de tartre (1), tandis que les éléments restants 2 [Sb-O] remplacent cet hydrogène. Mais si l'on chauffe le produit à 200°, on observe une nouvelle formation d'eau :
G<(H<K, Si20)06 donne C^(H2K, S62)06 4 rSQ.
A cette température, l'oxygène que l'antimoine avait entraîné en combinaison s'élimine donc avec 2 équivalents de cette portion d'hydrogène qui n'est point basique dans les tartrates ordinaires : aussi ne voit-on plus dans l'émétique le même nombre d'équivalents que dans ceux-ci, et il est juste de dire qu'il appartient à un autre système moléculaire. La singularité de ses réactions justifie d'ailleurs cette constitution, et nous nous rangeons volontiers à l'opinion de M. Malaguti en le rayant de la liste des véritables tartrates.
De ce que Sb* 0^ produit en somme 3 H^ 0 en agissant sur la crème de tartre, M. Liebig conclut que S 6^ est l'équivalent de 3H2 = H6; mais le fait sur lequel ce chimiste s'appuie prouve tout simplement, ce nous semble, qu'on ne peut produire avec tout l'oxygène de 1 équivalent d'oxyde d'antimoine que 3 équivalents d'eau , puisque cet oxyde renferme 3 écpiivalents d'oxygène et que l'eau en renferme un seul ; on n'en saurait inférer autre chose.
L'alun présente des rapports tout semblables; kl* y remplace H6.
Nous donnerons le nom générique à'émétiqués à ces composés produits par les oxydes dont la composition ne correspond pas à celle de l'eau. Plusieurs acides minéraux, d'une constitution semblable, se comportent de la même manière; l'acide arsénieux, l'acide borique, etc., donnent en effet naissance à de pareils composés.
Dans ces émétiques, l'antimoine, le chrome, le fer, l'arsenic, ne se déplacent pas directement l'un par l'autre , tandis que les autres métaux dont les oxydes ont une composition semblable à celle de l'eau s'y échangent par voie directe. Ainsi , par exemple, lorsqu'on ajoute à la dissolution de l'émétique des offi-
(1) Excepté cependant dans rémétique citrique.
cines (émétique antimoiiique à base de potassium) une dissolution de nitrate de ploml) ou d'argent, on obtient des précipités renfermant les mêmes éléments que cet émétique, mais il s'y trouve de l'argent ou du plomb à la place du potassium :
C^(H^K, Sb^O)0^ Émétique des officines.
0{U*\g, S6-0)0^. Précipité occas. par les sels d'argent.
C^(n^P6, Sb-0)0^. Précipité octas. par les sels de plomb.
Pour distinguer entre eux les différents émétiques , nous proposons de conserver le nom d' émétique aux composés formés par l'acide tartrique; les épithètes antimonique, ferrique, cliromique, arsénieux, etc., indiqueront les oxydes métalliques par lesquels ils ont formés. Quant aux autres acides , on distinguera leurs émétiques par les noms citr émétique , o.xalémétiqne , lactémétiqiie, pour indiquer les émétiques des acides citrique , oxalique, lactique , etc. Dès lors on saisira facilement les dénominations suivantes :
Émétique ferrico-potassique (boules de Nancy?) ; Émétique borico-potassique (crème de tartre soluble) ; Émétique antimonico-plombique , etc.
37. Tous les sels organiques renferment, outre la base, au moins deux autres éléments ; le plus souvent ils en contiennent trois. Cette partie non basique est composée de carbone , d'hydrogène et d'oxygène, dans le plus grand nombre des acides organiques ; jamais elle ne se compose que de carbone et d'hydrogène ; quelquefois elle est représentée par du carbone et de l'azote, comme dans racid(» cyanliydrique et les cyanures; d'autres fois enfin elle est quaternaire, et compi'end le carbone, l'hyih'ogène, l'azote et l'oxygène. Le soufre s'y associe aussi ({uelquefois.
Les types salins de la chimie minérale sont toujours binaires ou ternaires. Nous considérons comme sels non seulement les acides, mais aussi certains oxydes, sulfures et chlorures, etc., c'est-à- (Mre tous les compos(\s renfermant de l'hydrogène ou des métaux qui peuvent s'échanger par ddublc décomposition. Exemples :
A. Sels monobasiques.
(a) Sels binaires.
Ils comprennent les chlorures , bromures , iodures , fluorures :
HCl KCl
AgCl
Chlorure d'hydrogène
— de potassium
— d'argent
Bromure d'argent
AflfBr,etc.
(b) Sels ternaires.
Ils renferment trois éléments, comme les nitrates , les nitrites, les chlorates , etc. :
Nitrate d'hydrogi-ne ou acide nitrique NIIO'
• — de potassium
— d'argent Nitrite de plomlj Chlorate de potassium Hyposulfate de potassium
NK03