‹ Précis de chimie physiologique animaleChapitre 3 sur 61 · ANIMALE · texte numérisé non relu

ANIMALE

1 . La chimie physiologique comprend l'étude des phénomènes chimiques dont les êtres organisés sont le siège ; elle s'oecupe non- seulement des substances qui composent les plantes et les animaux, mais encore, et principalement, des actions réciproques de ces snbetanctti, ainsi que de l'influence qu'exercent sur elles les agents extérieurs pendant la vie.

Les questions pathologiques sont également du domaine de la chimie physiologique, car les lois qui régissent la vie dans l'état de santé sont les mêmes que dans l'état de maladie, et les différences qu'elles semblent présenter dans les cas pathologiques ne tiennent qu'à certaines causes extérieures. Au point de vue physiologique, il convient, toutefois, de séparer la chimie animale de la chimie végétale, malgré de nombreux points de contact; cette séparation €st rendue nécessaire autant par la nature spéciale des substances qui entrent dans la composition des plantes et des animaux, que par la di-

2 INTROPLXTION.

versité des réactions chimiques propres à ces deux classes d'êtres; aussi ne confondrons-nous les deux brandies que pour développer les relations qui rattachent la vie animale il la vie véjg^tale,

2. La chimie physiologique animale se divise nécessairement en trois parties, ayant pour objet : l'étude des principes immédiats, celle des liquides et des tissus, et celle des réactions chimiques qui s'accomplissent dans l'économie.

La connaissance des principes immédiats de l'organisme forme en quelque soi'te la base de la chimie animale. Il serait impossible, en efTet, de se rendre compte des métamorphoses si variées de l'économie, sans bien connaître les substances qui concourent à les produire, soit que ces substances forment une partie intégrante de l'organisme, soit que, étrangères à sa composition et arrt^nt du dehors, elles viennent réagir sur lui.

Les substances animales doivent toujours être étudiées au double point de vue du chimiste et du physiologiste. Pour comprendre leur rôle, il est indispensable d'approfondir le» relations chimiques de chacune d'elle» en particulier ; il est même nécessaire, avant d'en aborder l'é ^ tude, de se familijiriser avec les théories de chimie pure, ayant cours dans la science. Mais cela ne suffit pas: il faut encore examiner chaque substance dans ses rapports {Physiologiques , c'est-à-dire déterminer les parties de l'organisme où elle se rencontre, les fonctions qu'elle y remplit, les conditions dans lesquelles elle y prend nais^ sance ou disparaît, etc.

La connaifôance des liquides et des tissus permet de

INTRODUCTIOJV. 3

pénétrer plus avant dans le secret des transmutations animales. Ces transmutations ont, en effet, pour résultat final, la production dei liquides et des tissus, et ceux-ci sont à la fois les facteurs et les produits des opérations physiologiques. Mais leur investigation présente des difficultés bien plus grandes que celle des principes immédiats, car les liquides et les tissus de l'organisme sont en général des mélanges mécaniques, fort compliqués, d'un grand nombre de principes dont la séparation est souvent impossible dans Tétat actuel de la science. Les tissus renferment des parties très diverses, qu'on ne parvient à distinguer qu'à Taide du microscope; il en est de même des liquides et particulièrement du sang, le plus important d'entre eux. C'est d'ailleurs un problème des plus complexes que la détermination exacte, au point de vue chimique, des principes du sang considérés suivant leur distribution dans les globules et le sérum ; avant de l'avoir résolu , on ne saurait formuler une théorie complète du rôle physiologique de ce liquide.

Après avoir étudié les caractères chimiques et physiologiques des principes immédiats, ainsi que des liquides et des tissus qui en sont composés, nous aurons à nous occuper d'une autre question de là plus haute importance : nous aurons à examiner les proportions d'après lesquelles les uns et les autres se produisent dans l'économie. Dans les sciences physiques, comme chacun sait, la détermination do certains rapports numériques complète nécessairement les faits observés et leur imprime un cachet scientifique ; avant de porter un jugement sur le rAle des différents facteurs physiologiques, il faut donc

aussi apprécier d'abord la grandeur de chacun d'eux, afin d'avoir ainsi la mesure exacte de leur importance. Sans doute, à cet égard, les simples faits empruntés à la chimie et à la physiologie fournissent déjà bien des renseignements, mais ceux-ci n'acquièrent une véritable valeur que par la détermination quantitative des substances qu'ils concernent.

Comme les fonctions remplies , dans l'économie animale, par les liquides et les tissus, dépendent entièrement de la nature des substances dont ils se composent, nous aurons également besoin de mettre en lumière les relations qui existent entre les fonctions physiologiques et la composition chimique. C'est seulement après ces études préliminaires que nous pourrons considérer dans leur ensemble les différentes transmutations qui s'eftectuent dans l'organisme, et examiner les rapports prochains ou éloignés qu'elles présentent avec les phénomènes vitaux.

Ces transmutations intéressent les problèmes les plus élevés que nous ayons à aborder, puisque c'est sur elles que reposent la nutrition et la formation des sécrétions. Elles nous conduiront surtout à approfondir les rapports qui existent entre tous les phénomènes chimiques dont les organes vivants sont le siège, à préciser l'enchaînement de ces phénomènes et à définir la part qui leur revient dans l'accomplissement des actes vitaux. En exposant ces questions, nous ne pourrons pas, comme précédemment, nous borner à mettre les fonctions chimiques en regard des fonctions physiologiques : il faudra évidemment nous placer à un point de vue plus général.

3. Quant aux méthodes d'investigation qui sont employées par la chimie physiologique, elles peuvent être réduites à trois.

La première, la plus sûre dans Tétat de la science, consiste à déterminer des rapports numériques entre les substances qui sont absorbées par Torganisme et celles qui en sont rejetées, à fixer les proportions d'après lesquelles certaines substances sont réparties dans les divers organes , en un mot , à établir une balance entre ce qui pénètre dans l'organisme et ce qui en sort. Cette méthode fournit des preuves concluantes à Tappui d'un gr<and nombre de vérités physiologiques; mais, bornée à des faits le plus souvent isolés, elle ne permet pas de remon ter à leur cause, ni d'entrevoir les liaisons qui existent entre les phénomènes observés.

D'après une autre méthode, on reproduit, en dehors de l'organisme , les phénomènes chimiques qui s'accomplissent dans son sein, et l'on compare ainsi les opérations physiologiques avec certaines réactions de la chimie organique. De tout temps les physiologistes ont fait des rapprochements entre les phénomènes vitaux et les phénomènes de fermentation et de putréfaction ; les progrès de la science moderne ont fait découvrir à ce sujet les véritables analogies, et à mesure que nos connaissances augmentent en chimie, les efforts qui sont tentés pour les appliquer à la physiologie sont aussi couronnés d'un plus grand succès. On ne saurait nier aujourd'hui que certaines réactions chimiques, composées d'une série de métamorphoses, ne présentent la plus complète ressemblance avec des phénomènes qui se produisent dans l'or-

ganismc vivant ; on se trouve dès lors autorisé à admettre le môme enchaînement de causes dans les deux ordres défaits

C'est donc sur des analogies que reposent les résultats fournis par la méthode dont nous parlons ; en l'appliquant sans discernement à d'autres branches de la physiologie, on a souvent fait fausse route et commis des erreurs grossières; aussi, pour s'en servir, la prudence est d'autant plus nécessaire, que cette méthode est, d'entre toutes, celle qui a été la plus féconde pour la chimie physiologique.

Une troisième méthode d'investigation consiste dans l'emploi des expériences physiologiques proprement dites . C'est le corps vivant qui devient alors le siège de ces expériences, destinées à mettre en évidence les actions vitales dans des conditions qui permettent non-seulement de les constater, mais encore d'en saisir les causes. Cette méthode de l'observation directe promet à la scienf^e des solutions décisives ; elle lui en a déjà fourni un certain nombre, toutefois elle a jusqu'ici rendu moins de services que les méthodes précédentes. C'est que les phénomènes de la vie se plient avec une si extraordinaire facilité aux circonstances extérieures, que rarement la nature répond catégoriquement aux dilemmes qui lui sont posés.

La chimie physiologique se borne ordinairement à l'étude des phénomènes appartenant à ce qu'on appelle la vie végétative ; en effet, les questions relatives à la nutrition et aux sécrétions sont abordées par elle avec le plus de succès. Cependant son champ est plus vaste, car dans

byGoogk

presque toutes les manifestations de la vie, dans presque toulcs les fonctions de l'économie animale, l'action chimique intervient conjointement avec d'autres forces. Personne ne doute que l'action musculaire ne soit accompagnée d'effets chimiques, et il est difficile d'admettre qu'il en soit autrement lorsque le système nerveux est mis en jeu ; chaque fonction, chaque manifestation du corps organisé, est évidemment ou l'effet, ou la cause d'une action chimique ; chaque maladie est aussi accompagnée de certaines actions chimiques particulières.

Comme on ne peut guère démontrer l'existence d'une force dite vitale, appartenant exclusivement aux corps organisés, tous les phénomènes propres aux êtres vivants doivent pouvoir s'expliquer par les lois de la physique et de la chimie ; ces lois seules nous donneront la clef des phénomènes de la vie ; aussi, dans un avenir peu éloigné, la physiologie animale sera-t-elle entièrement réduite aux fcuIs principes de physique et de chimie.

Page 1